GUÉRIR — GUET-À-PENS
ni Meigrel (i565), ni Ramus, même dans son édition de 1587 cr revue et enrichie en plusieurs endroits ï», ne parlent du mot guère en traitant des adverbes. Cependant, atnl Ramus, Joach. Pcrion, dans ses Dial, de linguœ gallicœ crigine (i554), avait déjà recooin à guère le sens de beaucoup :
«Nous ne nous servons pas du mot guèree, dit-il, sans y joindre une négation. Âinâ, quand nous disons : 72 n'i ha gueree que tuU venu, nous déclarons qu^il n*y a pas 6cmhcoup de temps que nous sommes venus; et quand nous disons : Ge n'hai gmere» de tmft pour eetudier, nous déclarons que nous n*avons pas beaucoup de temps k donner à Tétode* (p. t&5*). De même, en 1669, Rob. Estienne, contredisant son dictionnaire, dit : «Gwrr ou gaire signifie beaucoup ou moult, soit de temps ou autre chose, et ne se met jamais sans négation précédente, comme : Il n'y a guère qu^il est venu, pour : il n'y a pemi moult de temps. Il n'y a guère de vin. Les Savoyens en usent sans négation en inteinH gant : guère cda? Gomme s^ils disoyent : cela coustera il beaucoup? v — Rob. Esnnoi, Gramm, franc, , iSGq, p. 87.
En 1606, le dictionnaire de Nicot écrit indifféremment guère, guèrtê ou gmèree. H ajoute : <rEst adverbe qui veut tousjours estre précédé d^une particule négative. . . Lltiben dit guari, peu usitéement, et par emprunt du provençal, lequel eut guafre pvt obscur. ii
Ni, au xvit'siède, la Gramm, d*Ant. Oudin (1 64 5), ni, au xvui*, les Gramm. de Régnier Desmarais (1706) ou celle du P. Buffier (1709) ne parlent du mot guère et de son emploi; peut-être était-il un peu abandonné, car, en 1676, dans sa Bhétorique, p. a34 , René Bary écrit : «On n^use pas beaucoup des mots de gueree ny de quoMun
Guérir.
Nicole. De quoi est-ce que tout cela guérit? - Bourg, gent.y III, 3.
* Ccst-à-dire : à quoi tout cela sert-il?
Guet : avoir l'oeil au guet, locution.
Aye aussi Pceil au guet, Nérine. - Pourc, I, i.
Celui s^accoutra pour aller au guet. - Guili. Boucbbt, Seréee, «dit. Roybet, I,p. &i.
a 3 Etre toujours au guet et faire sentinelle. - La Foîtt., 1, p. 356 : Fabl.,l\, m-
Faiê le guet, et avertis-nous. . . — Ma pauvre Élise, yài« bien le guet.
SuBLiGNT, Folle Querelle, 1668; II, 3.
Pour savoir leurs complots , je suis toujours au guet.
MoRTFLeuRT, Coméd. poète, 111,1.
Monsieur de Boisiuisaut, le beau-père futur, A toujours l'cnl au guet et n*a pas Pcsprit dur.
Poisson, ConM. aoiia titra, il, t.
J) \ a mille autres choses sur quoy il faut que }aye l'œil au guet.
Du Verdibr, Flatteur, 1696; V, a.
Glet-v-pens.
Après tout, ma faute est pardonnable. — Comment, pardonnable' Un guet à-fensf un assassinat de la sorte? - UAv., V, 3.
GUEULE — GU'EUSER 513
le Nous avons écrit guet-à-pem comme les trois premières éditions du Dictionnaire de TAcadémie française. Depuis l'édition de 176a, TAcadémie écrit ioujouvs guet-aperu.
Les preuves de cette maxime tavernière. . . m'ont esté rapportées à moy-mesmc, non par gaillardise seulement, mais de guet-à-pen$.
Le P. Garasse, Doctr, cui\, i6â6, p. 371.
Toute cette parure ajoutée i vos charmes
Est un vray guet à pend; vous êtes sous les armes.
Hautbbochb, Bourg, de quai y II, h.
Un pli qui par Lazard est resté dans ses draps
Lui semble un guet à peru pour lui meiu*lrir les bras.
Poisson, Coméd, tant titre, I, 1.
Gueule : fort en gueule.
* Voir ci-dessus, p. 608, Fort en gueule.
GUEUSER, verbe neutre, parfois actif.
i6o3 Et moi qui l'ai reçu gueusant et n'ayant rien. . . - Tart., V, 1.
969 Pour moi, je ne vois rien de plus sot à mon sens Qu'un auteur qui partout va guetiser des encens.
Fetn, sav.y III, 3.
. . . Puis gueux en gueusant trouvent maintes délices. - Rbcniir , Sat. IL
Piédeschaux. . . signifie en nostre langue quelque pauvre quaymand qui s^en va gueusant de porte en porte.
Le P. Gabassk, Rech. des Rech. de M' Est. Pasquier, 16a a, p. 781.
Les Alemans. . . gueusent eu chantant et de compagnie, les François en priant, les Flamans en faisant des révérences, les Egyptiens en importunant, les Portugais en pleurant, les Italiens en haranguant, les Espagnols avec rodomontades.
Chapelain, Trad. de Guzm. d'Al/ar., i63o; II, p. 16.
Mélibée n*est-il pas le premier qui ait entrepris de gueuser avec honneur?
SoREL, Francion, liv. V, p. 3a3.
Je résolus de gueuser encore, afin de traverser sans soupçon le reste de la ville.
Gtr. de Bbro. , Voy. dans le Soleil.
Ce que j^en dy n'est pas que je cay mande : Pay trop de cueur, je ne gueutay jamais.
Saiht-Amaxt, OEuvr., bibl. elzév., I, p. 870.
SMl est sans cœur, 9^'û est sans âme , . . .
Et pire quW gueux reveslu.
Son nom tous les vices efface :
C'est assez, pour toute vertu.
Que dVstre d'ancienne race. - Gombauld, Epigr. , in-ia, 1657, p. 69.
Pauvre glorieux.
Pour abaisser André la Fortune fait rage.
Mais en luy chacun apperçoit
Qu'un brave et genercui courage Ne fait jamais le guetur, encore qu'il le soit. - la., ibid.^ p. i3a.