‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 2)Chapitre 537 sur 596 · INTRIGUE · texte numérisé non relu

INTRIGUE

Si, en i6Ââ, Oudin est le premier qui ait enregistré ie mot intrigue, le P. Pomey, en 1676, est le premier qui ait noté son sens actuel : v Intrigue, pratique, menée; nouer des intriguée ; affaire embrouillée ; secrète conduite et poursuite d'une affaire ; homme ^intrigue; intrigue d^une pièce de théâtre.»

Le P. Gaudin, en 1677 : 9 Intrigue, menée, secrette pratique pour venir à bout de quelque dessein ; conduire bien une intrigue ; il sçait les intrigues du Cabinet ; un homme Q*intrigue; démêler une intrigue, ou se démêler d^une intrigue; intrigue d'une pièce de théâtre; le dénouement de Vintrigue dWe tragédie. j»

Vaugelas, mort en 16/18, s'est déjà occupé du mot intrigue : «rLa pluspart font ce mot féminin ; je dis la pluspart, parce qu'il y en a qui le font de l'autre genre ; il faut dire intrigue avec un g, et non pas intriquê avec un q, comme force gens le disent et l'escri vent. C'est un nouveau mot pris de l'italien, qui neantmoins est fort bon et fort en usage.» - Vadgblas, édit. Chassang, I, p. aao.

Dans ses Obierv, iur Vaugelas, l'Académie française dit : crll n*y a plus personne aujourd'huy qui ne fasse intrigue féminin. Ceux d'entre les poètes qui ont escrit intrique en mettant un q au lieu d'un g à la troisième syllabe, Tout fait afin que le mot pût rimer à pratique ; mais c'est une liberté trop licentieuse , et qu^il ne faut pas prendre. »

Ohserv, de VAcad, franc, sur Vaugelas, Paris, Coignard, 170/1, in- A*, p. lûa.

Th. Corneille, dans ses Ohserv, sur Vaugelas, parle comme l'Académie; mais et l'Académie et Th. Corneille auraient dû se rappeler que P. Corneille avait employé intrique au masculin et en prose, comme on le verra plus loin.

En 167a , dans le premier volume de ses Ohserv, sur la lang, franc,. Ménage 8*cxprime ainsi, p. i36 :

^Intrigue, féminin, quoiqu'il vienne de l'italien intrigo, masculin. — ffVintrigue fut cr conduite si secrètement», dit le P. Bouhours, jésuite, p. 17 de la première édition de ses Entretiens, 7>

Nous ne pousserons pas plus loin notre revue des dictionnaires. Si nous consultons les écrivains qui se sont servis du mot intrigue, nous avons à citer les passages suivants :

Je luy contay comme j'avois remarqué la sottise étrange qu'ils (les courtisans) faisoiont paroistre, usant à tous coups de sept ou huit mots affectci entre eux, et qu'ils croyoient s'estre monstrcz très nabiles hommes quand ils disoient «tres-iiidubitablement, ils allarent, ils parlarent, vous avez bien de la propreté, vous estes fort admirable,. . . vous estes un homme d'intrigue,'»

SoBEL, Franeion^ édit. de Leyde, 1731 ; I, p. 3/ii, liv. VI. — N. B, Les sept premiers livres ont paru en i6aa.

Il quitte pour un temps Vintrigue des affaires.

Ant. Corn. , Presbytère d'HénoutnUe,

P. Corneille a employé intrique, masculin, et intrigue, masculin et féminin.

Voici quelques-uns des exemples recueillis dans le savant lexique de M. Marty-Laveaux :

Un seul intrique brouille les uns et les autres.

Corn., I, 68, Disc, du Poème dram,

370 Enfin ces pratiques

Vous peuvent engager en de fâcheux intriques. - la.. Ment,, I, 6.

Th. Corneille a changé ce vers dans l'édition de 169a et mis : Vous couvriront de honte en devenant publiques.

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