JOLI
Datifl les Mou à la mode (169a), de Gaiiières signale Tabus du mot^olt et U sottise des jeunes courtisans qui ne savent «mieux louer M. de Luxembourg quVn disant que c'est un joli officier» (p. la). — «Le mot dejoly homme ne peut jamais signifier autre chose qu*un homme joli, c*est-à-dire bien fait, agréable et qui plaît, et je consens que cetle façon de parler demeure en usage dans ce sens-là ... Un jeune colonel dit en présence de son père, qui étoit officier gênerai, que feu M. de Turenne étoit un forijsk homme. — Et vous, mon fils, répondit le père en colère, vous êtes un (ori joli sotli - Ibid., p. ioi-io5; - Cf. Du bon et du mauvais u$a^ des moU, du même auteur, 1693,
Costar oppose joli à grand. 11 avait traduit en ces termes une épigramme de Platon : ffMon astre, vous regardez les astres : ah! que ne suis-je le Ciel pour vous considérer avec plus d'yeux !» - Défense de Voiture, p. 63. — Le Tasse, reprenant cette pensée, dit :
Il Cielo esscr vorrei. . .
lo vagbeggiar potessi
Mille beliezze tue, con luci mille.
«M. de La Mesnardièrc, ajoute Costar, a étendu cette pensée, et en retendant Ta rendue plus grande, au lieu que les autres n*avoient songé qu*à la faire hieajoUê.'B CosTAB, LeUr. à M. de Heurlet, à la suite de son Apologie, in-&*, 1667, P* ^^*'
Le moi joli a donné lieu à de longues dissertations, à de vives discusaions aussi, entre le P. Bouhours et le très irascible Ménage.
fsJoli; ce mot, dit le P. Bouhours, est plus usité que jamais; il se met à tout, et les femmes Font presque toujours à la bouche ; elles ne trouvent rien k leur gré , qui ne sait pour elles ou enchanté on joli. Nous disons particulièrement jo/îet ehoêee .*. • . irOn ne sçantrroit avoir trop d'esprit dans une conversation enjouée, dit M. le chevalier de Méré dans ffses Concersatiom ; il se faut pourtant bien garder de paroistre toujours prest à dire de ffbons mots et de jolies choses.»
(tNous entendons quelquefois ^wr jolies choses, non seulement des pensées ingémeoses et délicates, mais aussi des ouvrages d'esprit. . . M. de Balzac dit, en parlant de la lettre qu'écrivit M. de Voiture à M"* de Rambouillet, sur le bruit qui courut que rAcadémie vouloit bannir car de nostre langue : trLe car de nostrc ami est une (ori joiie cbose.'? Ceb ne se dit ordinairement que des petits ouvrages d'esprit, car joli est de soy opposé ao grand ... On oppose mesme quelquefois joli au beau : «Elle n'est pas belle , dit-on , mais (telle esijolie.n
Le P. Bouhours établit ensuite la difiérence qui existe entre les deux idées quand noos disons d'une femme : trEUe catjolien ou «c'est une jolie femme» : — crNous n'entendom guère, ^T jolie tout seul, qu'une taille fine, un air agréable; nous entendons par jWif femme, de la beauté, de l'agrément, de l'esprit, de la raison, de la vertu, enfin un vrav mérite.
(rOn ne dit pas : rr C'est nn joli homme» dans le sens qu'on dit tr C'est une jolie femme?*; l'un est ime louange, et l'autre une espèce de raillerie. . .
«Enfin, joli a pris en quelque façon la place de gentil, que nous avons presque perdu...» - Le P. Bouhours, Rem. nouv., 3' édit., 168a, p. i5i-i55.
Ménage répond, et sa réponse, très méchante, n'est pas une contradiction :
«r Telles sont les méditations qu'a faites de nostre langue, en faveur des Dames, le Révérend et Précieux Père Bouhours, prcstre ot théologien de la Compagnie de Jésus. . .
ff Voicy (Je toutes les observations du P. Bouhours celle qui lui a plu davantage. Et j'ay ouy dire à une personne digne de foi, que le P. Bouhours, en la lisant un jour à quelquesuns de ses confrères, en fut tellement charme, qu'appréhendant d'offenser Dieu dans le plaisir qu'il avoit de celte belle découverte, il s'écria, en levant les yeux au Ciel : DomÎM, Domine, non nabis, sed nomini tua da gloriam!. . .
rtNous n'entendons, nous entendons, c'est à dire nous autres connoisseurs, noos qui