‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 135 sur 625 · ÉCARQUILLER · texte numérisé non relu

ÉCARQUILLER

Gomme il couroit à l'espée, Riclet, qui connoissoit son maître,. . . escarquille les ongles, et, tournant les yeux dans la teste avec un grand bruit, fit tomber de frayeur Monsieur le baron à la renverse, et lui sa chambrière.

D'AuBiGiti, Baron de Fœneste, 111, 26. - Edit. de la bibl. elzév., p. ai 4.

Ragonde. . . luy dit, en écarquiUant les yeux. . .

Sorbl, Polyandre, 1 648 ; II, 34t.

La prophétesse, après avoir Sur le trépied fait son devoir, C'est-à-dire nue en chemise S'être longtemps tenue assise, Ses deux jambes équarquillant. . .

Scabhou, Virg. trav., Paris, David, 1705; I, p. 109. -

Lors équarquillant les cinq doigts,. . .

Elle engloutit sa riche proye. - Richbr, Ovide bouffon, 166a , p. a44.

Les spectateurs dans une nuit profonde EcarquUlaient les yeux et ne pouvaient rien voir.

Floriajc, Fable» (Le Singe qui montre la lant. mag.).

* «H est indécent (Tescarquiller les jambes en une honneste compagnie. » - Fumtiers.

et Y stbtdi. I stond a stridlyng wilh my legges, je me escarquyUe; Stryde and y will dryve thés schepe betwene thy iegges, escarquylle-toy, et je chasseray ce» brebis entre te» jambe». — I stryde over a brocke or any fowie place as y am going, je jamboye. — You nede nat to lepe for so narowe a ditche, you may stride ove easely, U ne»t pa» besoing de taillir pour ung »i petit fo»»é; vou» pouez assez bien jamboyer oultre.n

Parsghayb, édit. Génin, p. 738, col. 1, et 739, col. a.

trHis eyes be so bleared with drinkyng, that they be as reed as a fyrret : Se» yeux sont »i tre» enraillez or etcarquillez de force de boire, qu'il le» a aussi rouge» qu'un g furon.n

Id., p. 457, col. a.

En i539, Rob. Estienne ne donne pas ecarquiller dans la première édition de son Diction. Jranç.-lat. ; mais, dans la deuxième édition (1549), on trouve «encarquilter, voir e»quarquiUerr>. Nicot(en 1573, 1606, 1618, i6a5) renvoie de même du premier au second, et donne également eequarquiller les jambes, esquarquiller les yeux; en 1618 et i6a5, il admet une variante : «eequarquiller ou esparpiller les yeux.» — Gotgrave ( 161 1. i63a, i65o) donne le double exemple: eequarquiller les jambes, les yeux. — Monet, en i6ao et surtout en 1 636, donne des emplois plus variés : « escarquiller, \oir esquarquiller; equarquiller : ouvrir en élargissant. . . Plante les chapons (ceps de vigne) trois à trois an une fosse, et les equarquille par le haut.» — Il donne en outre le subst. equarquillemant.

Ménage se vante, avec une fatuité naïve (édit. 1750), d'avoir découvert l'étymologie de ecarquiller :

«Ecarquiller les jambes: divaricare entra. Wexvarieare, de cette manière: varu», varie*». - Ovide, liv. III, De Arte amandi :

Illa , velut conjux Umbri rubicunda mariû, Ambulat, ingente» varica fertque gradu».

<r Varicu», variculu», variculare: variquu», variquillu», variquillare ; et par le changement de l'V consonne en U voyelle, uariquiUare ; et par l'addition de G devant U (comme en guetpe, de vetpa, en gué de vadum, en Gatcon de Va»co ) , guariquillare : dont quarquiUare et ensuite varquillare, et, par l'addition de la particule ex, excarquillare : dont escarquiller. J'ai quelque opinion que cette étymologie ne déplaira pas aux étymologistes. Quelques-uns disent écartiller les jambes pour ecarquiller les jambes, d'expartillare.»

Page 1