‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 343 sur 625 · FEU · texte numérisé non relu

FEU

Vous ne m'écoutez point; vous dédaignez mon /eu :

De vos beaux yeux pourtant, cruelle, il est l'ouvrage. - Righabd, Joueur, II, 1 1.

* Dans les «r Marguerite» françoises , ou Thresor des Fleure du bien-dire, recueillies des

S lus beaux et rares discours de ce temps» (1609), Fr. Des-Rues n'a eu garde d'oublier es fleurs comme celles-ci :

<rUn mesme/<?ti consommoit jadis nos cœurs, mais il n'y a eu que le mien qui ait esté réduit en cendre.» — P. 202.

<rJe ne suis capable d'autre feu que de celuy de vos yeux, car les plus clairs flambeaux d'amour ne me semblent que des biuetles trop petites pour m'eschauffer.» - P. 20 5.

Dans le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac , II , 9 , on voit une longue série de jeux de mots et de dissertations plaisamment pédantes sur le feu, les feux.. .

Feu : mettre la main au feu , locution.

i io5 J'aurois pour elle au feu mis la main que voilà.

Éc. des Mar.y III, 9.

Je mettroie bien ma main au feu Que leur lignée incomparable Sera d'une taille admirable

ScAnnoif, Œuvr., Paris, M. David, 1700; 1, p. 19a.

Elle pour qui j'aurois bouté ma main au feu.

MoifTFLBURT, Ambigu corn., 3* interm., 16.

FEU, ddj. : FEU MA FEMME.

178 Je tiens de feu ma femme, et je nie sens comme elle

Pour les désirs d'autrui beaucoup d'humanité. - Mélic., 1,6.

595 Et Ton dit qu'autrefois feu Belisc, sa mère. . . - Ibid., II, 7.

* Molière suit ici la règle de Vaugelas: «Feu, pour défunt, est un mot indéclinable qui n'a ny genre ny nombre :feu ma mère, et non feue ma mère, comme quelques uns escrivent; et feu mes frères, et non feux mes frères. Il y en a mesme à la Cour qui de feu et de défunt font un mot, et disent : défeu mon père; mais cela est barbare. — Au reste, on ne sçait pas bien l'étymologie de ce mot; mais il y a apparence qu'il vient de fut, comme encore quelques-uns Inscrivent : fut mon père , c'est-à-dire qui fut et qui n'est plus, mais qu'après, par adoucissement, on a osté le t, comme kfavorit, où je vous renvoyé. Et, pour plus grande douceur, on a ajouté un e devant lu pour faire une diphtongue. Ceux-là sont plaisans qui le dérivent de feu, ignis, parce que les anciens brûloient les corps.. . » - Vaugblas, édit. Chassang, U, p. 696.

Les commentateurs habituels de Vaugelas, Patru, Th. Corneille, sont muets sur ce point. Mais Ménage reprend la question. Après avoir remarqué que «feu et deffunct, qui est la même chose, ne se disent que des personnes mortes que nous avons veues ou que nous avons pu voir», il ajoute : <r Plusieurs disent feu, en parlant d'une femme, estant persuadez que ce mot vient défait, et que, par conséquent, il est indéclinable. Mais ils se trompent et dans leur décision, et dans la raison de leur décision. Feu ne vient point de fuit. 11 vient defelix. Et il se décline. On dit : la feue Reine-Mère, et non pas : la feu Reine. C'est comme parlent ceux qui parlent bien.?; - Ménage , Obterv., I, 167a , p. 4a5.

Dans ses Additions, il nous explique comment feu vient defelix; son procédé de dérivation vaut celui qui tire chez de apud: cr Ajoutez, dit-il, felix, felicie, felice, felce, feu.

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