FRONDER
«Fripon, a rag, or laltered clown; also, an unworlhie fellow; one that useth, or is given to, base tnckes and shifls; or onc that hath no inclination to any eoodnesse.» C'està-dire : un chiffon, ou un restant loqueteux; un jeune vaurien; un qui s adonne aux ruses et vilenies; qui n'a aucune inclination pour le bien. — Whence, doù :
«Fripon de collège, a wag, a rakeheil; or one that loves to be gadding abroad when hc should bee at his book.» C'est-à-dire : un goinfre, goimpre, sagoin , fripon de collège (wag), un pendard (rakehell); un qui aime à courir quand il devroit être à ses livres.
En 1618, dans son Diction, fr.-flam., Mellema donne une définition analogue; en 169&, Monet définit : «fripon, un jeune garçon ne se souciant que de friper le temps en jeux et déduits»; il ajoute : «fripon, finet, rusé; rusé, trompeur; garnement».
Le sens de finet, rusé, nous rapproche du sens où le mot fripon est employé dans les exemples cités, et qui n'est pas le sens actuel le plus ordinaire.
On trouve déjà le fripon de collège dans la « Farce à quatre personnages du Badin qui se loue» :
Baillez-moy, je vous prie, la clef
De la cave et du cellier,
Du lard, du pain et de l'argent.
Je m'y monstreray diligent;
J'ay esté fripon de collège. - Ane. Th.fr., bibl. eizév., I, p. i83.
Le mot devait être assez rarement employé cependant en dehors du quartier des collèges, ainsi qu'il résulte du passage suivant de Henri Estiennc :
«Tant s'en faut que telles façons de parler aillent jusques à la Cour, qu'aucunes d'icclles ne passent pas l'Université de Paris. . . Il y a plusieurs mots que l'autre partie de la ville n'entend pas, si l'exposition ne luy est apportée de là (du quartier de l'Université ). Car comment peuvent sçavoir les marchands de la me Saint- Denys que c'est à dire un juppin, xmfrippon , un potte et postiquer f j> - H. Estienh k , Long, franc .-ital. , édit. Liseux , Il , p. a 9 a .
L'indulgence acquise aux fripons de collège a amené le sens plutôt favorable et amicalement familier donné plus tard au mot fripon, qui s'explique d'ailleurs par le sens ancien de ruté, finet.
FRONDER ; on Y employait à V actif ou au neutre ; on le trouve dans le sens propre de lancer avec une (ronde , et dans le sens figuré de censurer, critiquer.
Bien des gens ont frondé d'abord cette comédie; mais les rieurs ont été pour elle. — Avert. en tête de YÉc. des Fem.
La Cour a quelques ridicules,. . . et je suis. . . le premier à les fronder. — Crit. de VEc. des Fem., se. 6.
Il ne se soucie pas qu'on fronde ses pièces, pourvu qu'il y vienne du monde. -Ibid., ibid.
Raincy, mesprisant la souppe de village , entasme un pain , le trouve dur et trop rassis, en fronde un abricotier voisin et le rend inhabile à porter fruit.
Scabroii, Dern. Œuvr., Paris, David, 1700; I, p. 6.
Mais le Ciel sur qui luy plaist fronde.
Puisqu'il veut me traiter ainsi ,
Soit fait; je le veux bien ainsi. - Id., Œuvr., édit. citée, I, p. 3o.
FRONTEÀU — FROTTER 433
Chacun d'eux a voit une fronde,
Non pas pour fronder des arrêts,
Mais des pierres , cailloux et grès. - Se a a ho n , Virg. trav. , 1 700 ; il , p. 58.
A 8 On joua YEcole des Femmes,. . .
Pièce qu'en plusieurs lieux on fronde.
Loret, Muze histor., i3 janvier i663>
7 Que dis-tu de l'ardeur dont la Cour échauffée
Frondoit en ce temps-là les grands concerts d'Orphée ?
La Font., IX, p. i54 : Epît. à M. de Niert, de l'Opéra.
Je croy que tout ce que l'on ferait contre luy (contre Élomire-Molière) ne servirait qu'à augmenter sa gloire; et ses satyres luy ont fait tant d'amis, qu'ils ne manqueraient pas d'aller fronder la pièce qu'on jouerait contre luy. — Les frondeurs sont insupportables, et je ne sçaurois souffrir que l'on fronde mesme les pièces qui ne valent rien. - Zelinde, i663, se. 10.
Vous voulez . . . que nous frondions son Ecole de» Femtnes f — Les hommes y sont du moins aussi galamment ajustez que les femmes. — 11 y met en assez beaux draps blancs les uns et les autres ... — Ce n'est point son Ecole seule que je veux critiquer. - Robinet, Panégyr. de l'Ëc. de$ Fem., 166&, à* entrée.
Je te redisois les mêmes paroles qu'il m'a dites quand j'ay voulu fronder sa comédie. - Baron, Hom. à b.fort., I, p. îa.
Les ignorants furent^/rotu&a. . . et leurs bons mots. - Skv., IX, p. 319.
Cette comédie ... — Franchement , vous autres gens d'épée , vous avez quelque sujet de la fronder. - Regnard, Crit. de l'Hotn. à b.fort., se. 1.
* Le verbe fronder se trouve dans plusieurs de nos anciens dictionnaires, entre autres dans Nicol (1606) avec le sens de lancer des pierres avec h fronde; puis il disparaît dans Monel, Gaudin, Guy Miègc, etc., et ne reparait plus qu'en 1680, dans Richelet, avec son sens primitif, auquel s'ajoute le sens nouveau de railler, critiquer, qui remonte au temps de la Fronde.
FRONTEÀU.
Tout ce que j'y voudrois, c'est. . . de lui composer un fronteau où il entre du sel. - Pourc, I, 8.
* «Fronteau, remède qu'on applique sur le front avec un bandeau, pour guérir les maux de tête et la migraine.?» - Diction, de Trévoux.
FROTTER, caresser avec un bâton, battre.
Doux objet de mes vœux, je vous frotterai les oreilles.
Méd. malgré lui, 1 , 1 .
Il ne viendra point seul , il aura de l'escorte ; Ils nous pourront frotter assurément , Monsieur.
D'Outillé, Coiffeuse à la mode, IV, 1.
Assemblons donc les forces nôtres, Et frottons bien nos ennemis.
Scauon, Virg. trav,, 1705; II, p. 293.
IIHIIM» VftTIVIàU.