‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 417 sur 625 · GAIETÉ DE COEUR (DE) — GAILLARD · texte numérisé non relu

GAIETÉ DE COEUR (DE) — GAILLARD

Gaieté de cœur (De), locution.

Il m'attaque de gaieté de cœur, pour se faire connoltre.

Impr. de Vers., se. 3.

On fait courir le même risque et passer mal aussi le temps à ceux qui prennent fantaisie de nous venir faire une offense de gaieté de cœur.

D. Juan. III, 3.

1990 Mais que, de gayeîé de cœur, On passe aux mouvements d'une fureur extrême . . .

Amph., II, 6.

Pourquoi, de gaieté de cœur, veux-tu chercher à t'attirer de méchantes affaires? - Faurb. de Scap., III, 1.

C'est une licence que prennent Messieurs les poètes, de mentir de gaieté de cœur. - Escarb. , se. 1 .

Je fis fort bien de ne me pas purger de gaieté de cœur.

Sobbl, Berg. extrav., 1637 ; I, p. 397.

Est-ce gloire, est-ce gain qui vous fait tant écrire?

Ou bien fatiguez-vous , de gayeté de cœur,

Le siècle, dont vos vers sont le plus grand malheur?

Scarro* , Œuvr., Paris, M. David, 1700; I, p. 76-77.

Il faudrait . . . représenter quelque héros ivre , qui se voudroit faire haïr de sa maîtresse de gaieté de cœur. - Rac. , 1 " préf. de Britann.

C'est bien assez qu'elle (Gléopâtre) se fasse mourir de gaieté de cœur sans y être forcée. - Id., VI, p. 359. (Livr. annot.)

Une guerre continuée de gaieté de cœur. - La Rochbf. , II, p. A Ai.

* On remarquera, dans le vers 1390 d'Amphitryon, que gayeté est compté pour trois syllabes. Il en est de même dans les vers cités de Scarron.

Dans D. Garde, Molière a fait également gayeté de trois syllabes :

1810 Mais je vous avouerai que cette gayeté

Surprend au dépourvu toute ma fermeté. - D. Gare., V, 6.

GAILLARD, gai, joyeux; bien porlant.

i° Gai, joyeux.

3o6 Bon! voici de nouveau quelque conte gaillard.

Éc. des Fein., 1,6.

a5o Cette fille est jolie; elle a l'esprit gaillard. - Cobr., Suite du Ment., I, 3.

139 Jamais Mezzetin ny Scapin,. . .

Ny Colombine, ny Briguclle, Ny le rare Polichinelle,

Ny Gorju, le pédant gaillard.. .

Ne divertirent mieux la Cour

Qu'elle le fut en cedit jour. - Loret, Muze hûlor., \U février iti5â.

Tant qu'arrivés au port , comme un Colin-Maillard Nous Pavons débarqué. Le tour est-il gaillard f ,

MoCTFLEuar, Ec. de» Jaloux, 11, 3.

Je vais jouer, Madame, un gaillard personnage.

\v., Ambigu corn., a* interna., 3.

Tout gaillard de cette victoire, Ce champion demande à boire.

Richrr, Ovide bouffon, 166a, p. A97.

Ne puis-je point alors en toute humilité, Pour le remercier de ses humeurs gaillarde», Lui donner seulement trois ou quatre nazardes?

Th. Gobn. , Am. à la mode, 111, 1.

Ce qui m'en plait, Monsieur, sa folie est gaillarde. - Regnard, Fol. am., Il, 7.

20 Bien portant.

961 Que fait-il? Que dit-il? Est-il toujours gaillard.

Ec. des Fem., 1, 4.

Nous en revînmes toutes deux saines et gaillardes.

Crit. de TEc. des Fem., se. 3.

M* Pasquier.. . . après avoir dit mal de tout le monde, n'en demeure que plus frais et gaillard pour entonner sa louange.

Le P. Garasse, Rech. de» Rech., 162a, p.isg.

Mais, toute raillerie à part, Sois sobre et tu seras gaillard.

Martin, UEscole de Sol. en ver» burl., i65o, p. là.

Adieu, Monsieur, tenez-vous gaillard.

ScARRoii, Dern. Œuvr., Paris, David, 1700; 1, p. Ai.

Que le Ciel pour longtemps la santé vous envoie, Vous conserve gaillard et vous maintienne en joie !

Regnard, Fol am., 111, h.

* <r Gaillard, c'est joyeux, çay, esbaudy, qui tressaut de joye , hilari» . 11 semble estre extrait de dyaXXtdù), grec, qui signifie ce tressaillement en se resjouissant de quelque bonne rencontre. Le François a estendu ce mot à la signification de dehaict, pour dire joyeux, sans souci , et prompt à tout faire sans précèdent discours. Il le prend aussi en diminution de escervelé, pour celuy qui est un peu moins que tel, et attribue le nom de gaillardi»ef par atténuation à un acte follement et indiscrètement fait, et par trop grande jeunesse, par imitation de ce que ceux qui sont transportez de trop grande liesse tombent en maints actes indécents, peu et mal considérez.» - Nicot, 1606.

GALANT, élégant, distingué, ayant l'air de cour.

La belle chose qu'un Roi d'une taille galante!

Impr. de Vers., se. t.

3 s 5 Ah ! qu'en termes galants ces choses-là sont mises ! - Misanth. , î .

Voici encore un petit déshabillé pour faire le matin mes exercices. — Il est galant. - Bourg, gent., I, a.

Ce sera galant, oui? — Sans doute. - Ibid., II, 4; - Cf. III, 4.

* Joach. Perion a cherché l'étymologie de ce mot, dans son ouvrage: De lingum Gaiticm cum Grmea cognatione, i556, p. g5a<tk; nous le traduisons :

crTout le monde, dit-il, appelle galand, galande ou galante, un homme ou une chose remarquable. . . C'est depuis peu d'années. Le mot est venu du grec xdXov, bon et beau; ou, peut-être, du latin valente, en changeant v en g, comme Guillaume pour Vuillaume. Car peu de temps auparavant nous appelions ces hommes et ces choses vaillent* et vaillent», et le mot s'est perdu, excepté quand il est question d'art militaire. Nous avons vu aussi ce mot pris seulement en mauvaise part; mais autre me parait l'origine de galand. . . Ces hommes qui, dans la fleur de l'âge, sont prêts à agir avec audace, nous les appelons galande et vert galande, du verbe aller; car nous les appelons allante et gallande, comme nous disons gallerie, c'est-à-dire alerte de aller.»

Ménage donne une étymologie beaucoup plus vraisemblable; il tire galand, galanterie, eaUlard, du vieux mot français gale, fête, réjouissance, d'où le verbe galer, être en fête; il en cite des exemples d'Alain Chartier et de Froissard; il aurait pu citer aussi ces deux vers du Grand Teetament de Villon (st. aa) :

Je plaings le temps de ma jeunesse Ouquel j'ay plus qu'autre galle.

D'après le commentaire d'André Duchesne sur Alain Chartier, Ménage est disposé à croire que gale et galber viendraient eux-mêmes de gaUare, c'est-à-dire se réjouir et boire d autant, à la façon des prêtres de Cybèle appelés galli. 11 cite ce passage curieux de Varron : «Video Gallorum trequenliam, qui. . . Deam gaïlante» vario detinebant studio, d — En espagnol et en italien, on retrouve les équivalents de gale et galer dans les mots gala et galar.

De galer vient certainement galois; un bon galoit c'était un bon vivant, un bon galant.

il semble que l'adjectif galant ne soit entré dans la langue qu'après le substantif un galant. Ce mot ne se trouve ni dans les glossaires qui accompagnent les ouvrages publiés par la Société des anciens textes, ni dans Ducange, ni, en i53q dans le Rob. Estienne; M. Godefroy l'a cependant relevé dans deux textes, l'un de 1/471 , l'autre de 1679 ; — 1/171 : «Les supplians povres gens de labour, pour obvier aux entreprises de nos adversaires, se sont mis sus en armes avec autres que communément on appeloit les galons de la feuillie»; — 1A72 : tr Lequel de la Vigne estoit mal renommé, veu qu'il avoit esté galant de feuillien.

Dans ces exemples, galant parait avec le sens de garçon, de garnement, que lui attribue le Diction, de Palsgrave eu i53o : wHe is the most neglygent folowe that ever i sawe, be recketh for nothing, cest le plus négligent gallant que je vis jamays, il ne porte soing de riens.»

En 1569, Rob. Estienne traduit galant homme par tcitut , graphicue homo, homme accompli, et la même traduction se perpétue dans Nicot (1573, 1606) et dans Cotgrave (1611, i63a, i65o). — En i6ao, Monet en donne plusieurs traductions : <r i° métable an ce dont il se mesle, egregiue: galant capitaine, galant philosophe, galant médecin; 9° honnête et de belle humeur : voilà un galant homme , a mon gré ; c'est bien le plus galant jeune homme de son âge, excellentUiimtu ; 3° garnement, iiebulo : venés ça, galant, hùc adet, improbe; c'est un galant, ne vous y fiez pas; 6° arrogant, arrogant, prmsidene.n

Dans la «Farce nouvelle d'un savetier nommé Calbain» (1 568), les trois personnages sont Calbin, la Femme et le Gallant; le rôle de celui-ci n'est que d'un voisin ou dun ami. Calbain, qui ne répond aux prières de sa femme que par des chansons, chante ce couplet :

Je suis Allemande ,

Friscande, gaUandê. • .

où le mot gaUandê n'a pas un sens bien défini. Mais voici d'autres exemples où le mot galant a la troisième signification donnée par Monet :

Ce pauvre idiot, croyant de léger, déchargea un grand coup de pierre sur le front de cet homme riche, lequel, faisant saisir le galand, luy fit donner de l'estrapade. - Le P. Gàrassb, Rech. des Rech. de AT Est. Pasquier, 169a, p. 179.

Le premier fut un certain bélistre nommé Théophile. . . Puis, ayant advancé quelques paroles à l'Empereur Michel, pour avoir advancé ce galant, il adjouste. . .

Id., Doctr. cur., 169&, p. 7.

Sous le règne d'Edouard (roi d'Angleterre). . . il y eut une trezene de maraux qui se disoient estre les nouveaux apôtres, et adoraient un galand de leur trouppe, nommé Guillaume Hacquet, comme s'il avoit esté Jésus-Christ.

Id., Una\, 1696, p. 81.

L'un d'eux me dit : Tirez-vous à quartier, galand; hors d'ici I

Chapelain, Trad. de Guzm. d*Alfar.f i63o; I, p. 157.

Mon maistre. . . m'ayant trouvé là, me dit : Quel marché faites-vous, galand?

Id., ibid. ; I, p. 91&; - Cf. ibid.; I, p. 969 ; III, p. i5i.

Ce n'est qu'au milieu du xvii' siècle que le mot prit le sens qu'il conserva et que définit Vaugelas en 1667, trois ans après la publication de la curieuse plaquette intitulée Let loix de la galanterie, qui sont, à vrai dire, les lois de l'élégance. — Voir l'article suivant.

1668 Certes Voiture fut un homme Digne de Paris et de Rome; Ce fut un esprit excellent, Qui ne fit rien que de galant.

Scarbor, Œuvr.j Paris, David, 1700; I, p. 436.

i656 Du remords et du scrupule A des gens faits comme Jule, Pour un cœur fier et vaillant, Cela seroit bien galant I - Bribiuf, Lucain trav., t656, p. 109.

i658 Des brasselets et des coliers

Galant , jolis et singuliers. - Lobbt, Muze hietor., 6 avril i658.

176 La Pucelle est encore une œuvre bien galante!

Dispi., Sat. III; - Cf. Id., Sot. X, v. i56.

L'air que je dois chanter me semble si galant Que je ne sais comment je ne chante en parlant.

Mohtfleuey, Coméd. PoéU, I, k.

Cette harangue est une des plus belles pièces d'Homère et des plus galantes.

Rac, VI, p. 110.

Je reviens à notre victoire du Grand Conseil ... Le succès a été joli et galant,

S iv., IX, p. 8.

L'homme coquet et la femme galante vont assez de pair. - La Bbdt., I, p. 175.

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