‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 418 sur 625 · A&8 GALANT (UN · texte numérisé non relu

A&8 GALANT (UN

Galant (Un), Galante (Une), sues'., un amoureux; m homme élégant et a la mode.

1790 Voici voire galand, à qui, pour récompense,

Vous pouvez faire une humble et douce révérence.

Éc. de* Fem.,

C'est une chose étrange . . . qu'un mari et un galund rega même personne avec des yeux si différents. - Impr. de Vert., 1

Vous faites une de ces femmes qui. . . appellent amis ce autres nomment galant. - Ibid. , ibid.

La belle chose qu'un Roi d'une taille gâtante! - Ibid., ibid.

Si j'étoîs galant d'une femme qui fût au pouvoir de quelc mellrois toute mon étude à rendre ce quelqu'un jaloux. - Sta

Corbleul Je lui passerais mon épée au travers du corps, a t galant, s! elle avoit forfait à son honneur. - G. Dand., I, fx.

Quoi qu'on en puisse dire , les galand* n'obsèdent jamais qu on le veut bien. - Ibid., II, 3.

De vous dire que cette fille-là mène une vie déshonnête, ce un peu trop fort; cherchons, pour nous expliquer, quelque plus doux. Le mot de galante aussi n'est pas assez ; celui de achevée me semble propre à ce que nous voulons. - Pourc. , I

Que je suis contente d'avoir un tel époux ! Souffrez que je l'ei et que je lui témoigne. . . — Doucement, ma fille, douces Tudicu, quelle galante! Comme elle prend feu I - Ibid. , II, 6

Durant votre séjour à Paris, vous avez fait bien des conq qualité. — Vous pouvez bien croire , Madame , que tout ce qui les galants de la Cour n'a pas manqué de venir à ma porte , et conter. . . Il n'est pas nécessaire de vous dire leurs noms: 01 qu'on veut dire par les galants de la Cour. - Etearb., se. a.

11 faudrait qu'eu tel cas (de viol), le procureur du Boy cuit cogtu tante. . . Le» galandt auraient plus de peur, et les galanati plus de bon CainuiK, Trait, de Guim, d'AI/ar., i63o ; III. Il y tint aussi des bigots.. . .

Ce sont les galam de ces soties Que je viens de nommer liigotles.

Sus ton, Virg. Irai1., Paris, 170S ; II, Aucuns dansent des Iricnlets.

Ce sont ceux qui furent coquets, El quelques do nielles sçavioles

De ces g ala M sont les gaiantci. - In., ibid.; II. p. 17 1. Tantôt, l'œil vif et gai, vous faites le gâtant; Tantôt, morne et pensif, vous faites le dolent.

Ta. Cors-, Amour à la moth

La promenade est belle et ce lieu fort charmant. . .

Aux rendez- vous publics d'ordinaire il abonde,

Et surtout nos galant* prennent soin chaque jour

D'y venir débiter leurs gazettes d'amour,

C'est-à-dire, Lisette, autant de menteries. - Th. Corn., Amour a la mode, 11, 3.

Au sortir de l'enfance et dans sa première jeunesse, il avoit fait le galand de plusieurs Dames. - Seghiis, Nouv. franc., i656; iM Nouv., p. Aa4.

Où , qui dit un galant dit un fourbe achevé.

Quiiuult, Les Rivales, V, k ; - Cf. Id., ibid., V, 7.

Cloris pour un homme d'Eglise

Quitte les galant de la Cour

Car désormais sa teste grise ,

Veut sanctifier son amour. - Gombacld, Epigr., in-ia, 1657, p. 1 4 1.

Elle cajole son mari, et vit avec lui comme si c'étoit son galant.

La Font., IX, p. a85 : Lettre à ta femme; - Cf. Id., IX, p. s34.

1 1 D'autre part, un galant de qui tout le métier Est de courir le jour de quartier en quartier, Et d'aller, à l'abri d'une perruque blonde, De ses froides fadeurs fatiguer tout le monde , Condamne la science, et, blâmaut tout écrit, Croit qu'en lui l'ignorance est un titre d'esprit , Que c'est des gens de Cour le plus beau privilège Et renvoie un savant dans le fond d'un collège.

Dbspr., Sat. IV ; - Cf. Id., Sat. V, vers 8 a.

Je veux vous tenir lieu de galant, de mari, D'Adonis, de Phœbus, de cher, de favori.

Montflbuby, Gentil h. deBeauce, III, 8.

Demeurons tous d'accord qu'un galant touche au cœur,

Et qu'en tous lieux ils sont tellement en usage

Qu'un mari fait partout un fort sot personnage. - Poisson, Fem. coq., V, 5.

Hélas! qu'ai-je entendu? Comment donc, malheureuse, Vous avez un galant? Vous êtes amoureuse?

Id., Amant indiscret, V, 5; - Cf. Id., ifcitf., IV, 10.

Un ancien salant tient à si peu de chose, qu'il cède à un nouveau mari; et celui-ci dure si peu, qu'un nouveau galant qui survient lui rend le change.

La Bbuy., I, 170.

Mon oncle a le visage, ou du moins peu s'en faut, D'un galant de trente ans. — Oui, qui mourra bientôt.

Rbonard, Légat, univ., I, 7.

* Le mot galant a trop d'importance dans la langue du xvu* siècle pour que nous puissions nous dispenser de reproduire ici, malgré sa longueur, la Remarque de Vaugelas et les commentaires auxquels elle a donné lieu de la part de Patru, de Th. Corneille et de l'Académie française.

«Galant a plusieurs significations, et comme substantif, et comme adjectif. Je les laisse toutes pour ne parler que d'une seule, qui est le sujet de cette Remarque. C'est dans le sens qu'on dit à la Cour qu'un homme est galant O, qu'ti dit et qu'tï fait toutes

(,) «J'avois cru que ce mot, en cette signification et avec cette orthographe, estoit fait de nos jours. Mais je le trouve dans Amyot : «Ses ruses, dit-il en parlant d'Aristophane , et ses finesses «ne sont point galantes.* Note de Patru. — Patru a trouvé le mot aussi dans le Roman de la Rose et dans Villon.

imiiiui itiiuiui.

chou» galammant, qu'il t'habille galamment, et mille autres choses semblables. On demande ce que c'est qu'un homme galant ou une femme galante de cette sorte, qui fait et qui dit les choses d'un air galant et d'une façon galante. J'ay veu autrefois agiter cette question parmy des gens de Cour et des plus galon» de l'un et de l'autre sexe, qui «voient bien de la peine à le définir. Les uns soustenoient que c'est ce je ne »çay quoy, qui diffère peu de la bonne grâce; les autres, que ce n'estoit pas assez du je ne tçay quoy ny de la bonne grâce, qui sont des choses naturelles, mais qu'il falloit que l'un et l'autre fust accompagné d'un certain air qu'on prend à la Cour, et qui ne s'acquiert qu'à force de hanter les Grands et les Dames. D'autres disoient que ces choses extérieures ne suffisoient pas, et que ce mot de galand avoit une plus grande estendue, dans laquelle il embrassoit plusieurs qualitez ensemble; qu'en un mot, c'estoit un compote où il entroit du je ne »çay quoy ou de la bonne grâce, de l'air de la Cour, de l'esprit, du jugement, de la civilité, de la courtoi»ie et de la gayelé, le tout tan» contrainte, tan» affectation et tan» vice. Avec cela, il y a dequoy faire un honneste homme à la mode de la Cour. Ce sentiment fut suivy comme le plus approchant de la vérité; mais on ne laissoit pas de dire que cette définition estoit encore imparfaite, et qu'il y avoit quelque chose de plus dans la signification de ce mot,

Su'on ne pouvoit exprimer; car pour ce qui est, par exemple, de t' habiller galamment, et anter galamment , et de faire toutes ces autres choses qui consistent plus aux dons du corps qu'en ceux de l'esprit, il est aisé d'en donner une définition O; mais quand on passe du corps à l'esprit, et que dans la conversation des Grands et des Dames et dans la manière de traiter et de vivre à la Cour, on s'y est acquis le nom de galant, il n'est pas si aisé à définir, car cela présuppose beaucoup d'excellentes qualitez qu'on aurait bien de la peine à nommer toutes, et dont une seule venant à manquer suffirait à faire qu'il ne serait plus galant. On peut encore dire la mesme chose des Lettrée galante». En cette sorte de lettres, la France peut se vanter d'avoir une personne (Voiture) à qui tout le monde le cède . . .

vrAu reste, quoy qu'en une autre signification on die galand et galante W avec un d,

(l) Outre tout cela , galant signifie amant, ce qui emporte presque toujours qu'on est favorise c'ett ton galant. En ma jeunesse on disoit amy, témoin la chanson :

Car on mary

\jur un uiarj Sans ud aroy, Ce n'est rien faire qu'à demr.

«Depuis, galant prit sa place, et maintenant amy est revenu à la mode, galant qui se dit pourtant encore, ayant paru dire les choses un peu trop ouvertement, au lieu qu'amy, qui est équivoque, parle plus couverteraenL Galant signifie encore fourbe et fripon; et en ce sens il se dit de tontes personnes : Mou galant n'y a pas manqué , le galant homme m'a fait le tour, c'est-à-dire le fourbe , le fripon m*a fait le tour; la galande m'en a donné à garder, c'est-à-dire la fourbe qu'elle est m'a trompé. » - Note de Patbu.

(t} «Galand et galande avec un d ne se dit communément que des jeunes personnes, et il marque qu'il y a dans leur manière de vivre quelque chose de trop éveillé , et approchant du fripon , sans aller au criminel : c'est un galand, c'ett une galande, c'ett un bon galand, c'ett une bonne galande: c'est ce qu'on dit autrement : c'ett un éveillé ou un bon éveillé ; c'est une éveillée ou une bonne éveillée. Quand on dit : c'ett un petit galand on petit éveillé, une petite galande ou petite éveillée, cela marque une plus grande jeunesse , et qui n'est pas loin de l'enfance.

«Au reste , ce que notre Autheur semble dire que galand et galande en cette signification s'écrit avec un t aussi bien qu'avec un d , je ne le croy pas. Il est vray que galand avec un t ou un d viennent tous deux du vieux mot galler, qui signifie plaisanter, te réjouir, faire la débauche , honnestement neantmoins, comme galles, au pluriel, signifie réjouissance, plaisanterie ou débauche honneste. Mais l'usage qui a distingué la signification de galant avec un t et de galand avec un d, semble désirer qu'on les distingue par l'orthographe; et d'autant plus que nous n'avons point de verbe ni de substantif qui vienne de galand avec un d, au lieu que de galant, avec un t, nous avons galanûser et galanterie. Galantiser une Dame, c'est-à-dire lui faire l'amour. On disoit autrefois en ce sens là mugueter une Dame , qui ne se dit plus que par le peuple. A l'égard de galanterie, il signifie les mesmes choses que galant avec un t; et, outre cela , il signifie amourettes: il a une galanterie, c'est-à-dire amourette: c'est sa galanterie, c'est-à-dire son inclination.!) - Note de Patio

aussi bien qu'avec un t , si est-ce qu'en celle que nous traitons, il faut dire galant et galants avec un d.»

Voici, sur cette Remarque, les commentaires de Th. Corneille et de l'Académie; ils s'attachent surtout à préciser le sens de galant homme :

<rLa définition d'homme galant, que M. de Vaugelas donne dans cette Remarque , nous en fait voir le vrai caractère , dit Th. Corneille. Il y a cependant sujet d'admirer la bizarrerie de nostre langue, en ce que galant mis après homme, signifie toute autre chose que quand il est mis devant. On dit: c'e$t un homme galant, pour dire qu'il a de la bonne grâce et qu'il cherche à plaire aux Dames par ses manières complaisantes et honnestes, et on dit c'est un galant homme, pour dire qu'il fait les choses avec honneur, et qu'il sait bien se tirer de toutes sortes d'affaires. Galantiser, pour signifier faire ta cour aux Damée, est un terme bas dont on ne se sert plus.»

L'Académie s'en tient à galant homme : « L'Académie, dit le commentaire cité, a donné trois acceptions à ce mot de galant homme. Il se dit d'un homme civil , honneste , poli , de bonne compagnie et de conversation agréable. On le dit aussi pour faire entendre un homme habile dans sa profession, et qui entend bien les choses dont il se mesle, qui a du jugement et de la conduite : Vous luy pouvez confier votre affaire, c'est un galant homme. On l'employé encore par flatterie ou nar familiarité, pour louer une personne de quelque chose : Vous êtes un galant homme, d'estre venu disner avec moy.a

Voir dans Va u gelas, édit. Chassang, II, p. 908-911.

Le P. Lemoine , le galant Jésuite , a donné lui aussi sa définition de ce qui est galant :

«Comme il y a d'honnestes gens de plus d'un sexe, dit-il, et de plus d'une profession, il y a aussi des galanteries de plus d'une espèce. Mais, de quelque espèce qu'elles soient, il faut que l'esprit y règne : je ne dis pas l'esprit de l'Université et du collège; je dis l'esprit de la Cour et du grand monde.

trli est arrivé de là qu'on a donné le nom de galant à tout ce qu'il y a de plus ingénieux et de plus exquis, de plus raffiné et de plus spirituel dans les arts; on l'a donné à ce je ne sçay quoy qui est comme la fleur et le lustre de chaque chose , et , non seulement il y a de la galanterie dans les beaux vers, dans les belles- lettres, dans les belles devises, qui sont des ouvrages de pur esprit , il s'en est mesme trouvé pour les armes et pour les meubles, pour les exercices et pour les jeux, pour les plaisirs et pour les délices, je dis pour les plaisirs des sçavans polis et pour les délices des sages de bel-esprit. . •

<r . . . Cette galanterie est toute d'esprit et de grâce. »

Le P. Lemoine, Dévotion aisée, 9* édit., 1668, p. i3a-i33.

Andry de Boisregard distingue aussi le galant homme de Y homme galant :

rr C'est un galant homme marque un homme d'esprit, un homme enjoué, agréable. Mais homme galant marque un homme qui a de certaines passions qu'il ne devroit point avoir.»

A. D. B., Réjl. sur l'usage prés, de la long, franc., 1699, p. a 36.

Galant, ornement, parure de femme; ruban, nœud de rubans.

i/i95 Tiens, tiens, sans y chercher tant de façon, voilà Ton beau galant de neige, avec ta nompareille.

Dép. am., IV, 4.

Si tu fais ce coup-là , que ton pouvoir est grand ! Viens, je te veux donner tout à l'heure un galantL — Voyez, Monsieur, j'en ai des plus beaux de la terre; En voilà de Paris, d'Avignon, d'Angleterre.

ÀBom, après avoir regardé une boite de galand$ : Tous vos rubans n'ont point d'assez vives couleurs.

Corn., Gai. du Pal, IV, i5.

Vous dépensez en fard, en robes, en galant; Vous ne portez jamais deux fois les mêmes gans.

Chevreau, Âdvocat duppé, 1637 » *» a*

Elles (les dames) se contentent de porter la couleur qu'elles aiment davantage en quelque ruban satiné qu'on appelle un galand, qui sert à pendre un miroir ou une montre, ou quelque gentillesse à la mode.

Soril , Nouv. Recueil des pièces le$ plus agréable* de ce temps , 1 64 6 , p. 68-66 : Le Jeu du galand : suite d'équivoques sur les divers sens du mot galant.

S'est présentée une mercière du Palais, requérant qu'il fust bon françois de dire qu'une dame porte un galant. - Accordé.

Id. , Rôle des présentations faites aux Grands Jours de l'Eloquence française (i656).

J'en connois une icy parfaitement aymable , Gbez qui j'ay, ce matin , rencontré deux amants De fort bonne façon , tous couverts de galands.

D'Ouvillb, Coiffeuse à la mode, 1667; 11, 3.

Madame, vous plaist-il d'une façon nouvelle

Voir des coëfles, des nœuds, des tresses, des rubans,

Des bracelets brodez et de fort beaux galands? - Id., ibtd., 111, 5.

J'ay donné des galons. — J'ay donné des bouquets.

Gilet de la Tessonhbeib, Le Desniaisé, 1668 ; IV, 5.

C'est peu de ebose qu'un galant, Fût-il de ruban d'Angleterre.

Scarroji, Remerc. à Mm' de Pommereuil.

C'est merveille de ses beaux nœuds, Des beaux galons de sa guitterre.

Dassouct, Ovide en belle humeur, iC5o, p. 101.

J'ay de beaux masques, de beaux glands,

De beaux mouchoirs , de beaux galands :

Venez icy, Mademoiselle. - Birthod, Paris en vers burl, i65a.

Elle le patine et le flatte,

Luy met des guirlandes de fleurs,

Qu'avec galands de ses couleurs

A ses cornes elle entortille. - Richer, Ovide bouffon, 1669, p. 266.

Elle fit floter sur son eau

De Proserpine la ceinture,

Son galant et sa garniture. - Id., ibid., p. 586.

Un brandon de galands luy sortoit de sa poebe comme d'une corne d'abondance.

Mm* de Villedieu, Récit de la farce des Précieuses.

* Le Pays, A mitiez, amours, amourettes, écrit toute une longue lettre remplie d'équivoques sur le môme sujet (i665), p. 176-177.

Même jeu de mots dans Montreuil, Œuvr., 1666, p. 86 : «Vous estes trop galante pour n'avoir que des galants (amoureux) à galants noirs», c'est-à-dire à rubans noirs, comme en portaient les abbés.

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