HABILETÉ
* <r Habile a presque change de signification. On ne le dit plus guère pour dire docte et sçavant; et on entend par un homme habile, un homme adroit et qui a de la conduite. Mal-habile est un mot nouveau, qui signifie le contraire. » - Le P. Rouhouhs, Ariste et Eug., a* édit. , 1671, p. 161.
Les exemples suivants de La Rochefoucauld nous présentent habile dans son sens ancien , qui est celui de Molière, et dans le nouveau :
Sens ancien : <rLa passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles. n - I, p. 3a.
Sens nouveau : «r II n'y a point d* accidents si malheureux dont les habile* gens ne tirent quelque avantage.» - I, p. 55.
De même dans La Bruyère :
Sent ancien : «On se nourrit des anciens et des habile* modernes, on les presse, on en tire le plus que Ton peut.» - I, p. 117.
Sent nouveau : <r L'honnête homme tient le milieu entre Y habile homme et l'homme de bien.» - II, p. 99.
V habile homme est celui qui cache ses passions, qui entend ses intérêts.
Id., II, p. 100.
568 En habile homme,
Usez de la faveur que vous fera la somme. - La Font., VU, p. 177 : Clymène.
Habileté.
Celle-ci pousse l'affaire plus avant qu'aucune; et Y habileté de son scrupule découvre des saletés où jamais personne n en avoit vu.
Crit. de VÉc. des Fem., se. 5.
Mazarin profitoit avec habileté des fautes de ses ennemis. - La Rochef. , II, p. 65. 11 est difficile de juger si un procédé net , sincère et honnête est un effet de probité ou d'habileté. - Id. , I , p. 99.
* Deux éditions de Molière, les éditions de 1675* et de 1686*, citées dans la Coll. de* Gr. Ecriv., donnent habilité, et c'est cette forme qu'on trouve aussi dans toutes les éditions dos Maxime* publiées du vivant de La Rochefoucauld.
Les Diction. JrAat. de Rob. Estienne (i539 et 10^19) et de Nicot (1673 et 1606), le Dictionariolum puerorum (i586) donueut habileté; tous les autres, y compris les Nicot do 1618 et de i6a5, donnent habilité. Cependant Colgrave, en 1611, et Monet, en 16:10, admettent les deux formes habileté et habilité. En i636, Monet donne habileté et Wapsbergue habilité; Anl. Oudin (i64a), habileté et habilité; d'Arsv (i6/i3), habilité; Diction, de* Rime* (1668), habileté; Hier. Victor (16/16), Diction, fr.-ital. (166/4), P. Royer, Biblioth. univ., (1669), habilité; Ant. Oudin, Duez (1660), habileté et habilité; Pomey (1676), Gaudin (1677), habileté; Guy Miège (1679) est le dernier des dictionnaires où paraisse encore le mot habilité. A partir de Richelet (1680), Danet (i683), Furetière (1690) et l'Académie française (1696), la seule forme usitée est habileté.
Rien que le mot fût déjà dans la langue en 1089, le P. Rouhours écrivait, en 1671, dans ses Entretien* d' Ariste et d'Eugène : «Vous sçavez qu'exactitude, emportement, habileté.. . sont des ternies assez nouveaux?), a* édit, 1671, p. 116. La même année, Sorel , dans sa Connaissance de* livre* , disait : <r Habileté n'est pas si nouveau que grossièreté, qui se dit à cette heure et est éventé depuis peu.» - P. 396.