DÉPOUILLER (SE) — DÉPOURVU (AU
* «Je me suis aussi esbahi souventesfois de ceux qui, pour s'esloigner du commun parler, ont esté les premiers auteurs d'user de composez au lieu de simples, et de simples au lieu de composez : comme de déporter au lieu ae porter, et de porter au lieu de $vpporter. Ex. : «rll s'est bien déporté en ceste affaire», au lieu de : «Il s'est bien porté»; et «Il estoit porté par les plus grands» , au lieu de dire supporté, . . Et quand est aussi du verbal deportement, il me semble qu'il ba encores plus mauvaise grâce que son verbe déporter. Je confesse bien que le simple portement n'est point ou gueres en usage ; mais aussi qu'est-il besoin de dire : «rSes actions et deportemens» , puisque le premier suffit ?» - H. Estiejcjce, Conform. du long, franc, avec le grec, édit. Feugère, p. An.
Ni Robert Estienne, ni Nicot ne donnent ce mot; Nicot (1 573) a une longue note sur l'emploi très vieux romans» de déport dans le sens de plaisirs, ébats. On le trouve, pour la première fois, dans le Diction, des Rimes d'Odet de la Noue (1596), puis dans le Gotgrave de 1611 ; il se retrouve dans le Monet de i6ao, de i636, puis dans Oudin (16/12), etc.
DÉPOUILLER (SE), au figuré.
A-t-on jamais rien vu . . . de plus impertinent et de plus ridicule que d'amasser du bien avec de grands travaux, et élever une fille avec beaucoup de soin et de tendresse, pour se dépouiller de l'un et de l'autre entre les mains d'un homme qui* ne nous touche de rien?
Am. méd., I, 5.
108 Sus, Magdeleine, il se faut, et pour cause.
Dépouiller nue, et quitter cet habit. - La Font., V, p. 4o5 : Contes, IV, 10.
i38ft Mais je veux bien cesser d'être son ennemi.
J'en dépouille, Madame, et la haine et le titre. - Rac. , Alex., V, 2.
Luther s'est expliqué contre les vœux monastiques d'une manière terrible , jusqu'à dire de celuy de la continence (fermez les oreilles, âmes chastes) qu'il estoit aussi peu possible de l'accomplir que de se dépouiller de son sexe.
Bosscet, Hist. des Var., a in- A0, 1688; I, p. 166.
DÉPOURVU (Au), à l'improviste.
1810 Mais je vous avouerai que cette gayeté
Surprend au dépourvu toute ma fermeté. - D. Gare, V, 6.
990 Sitôt qu'au dépourvu sa fortune lui montre
Le lieu qui fut témoin d'un si lâche méfait. . . - Malh., I, i5.
Leur éclat a surpris mon cœur au dépourvu. \
Th. Corn., D. Bertr. de Cig., II, h.
* Il nous en prend comme aux mauvais messagers qui, pour avoir plus tost faict, empruntent de leurs voisins ce qu'ils trouverovent chez eux, s'ils vouloyent prendre la peine de le chercher. Et encores misons-nous souvent bien pis, quand nous laissons, sans sçavoir pourquoy, les mots qui sont de nostre creu et que nous avons en main , pour nous servir de ceux que nous avons ramassez d'ailleurs. . . Pourquoy trouvons-nous plus beau à Yimproviste que au despourveu ? - H. Estibnne, Conform. dufr. avec le grec, édit. Feugère, p. a a.