JOLI
Dans les Mots à la mode (1693), de Caliières signale l'abus du mot joli et la sottise des jeunes courtisans qui ne savent « mieux louer M. de Luxembourg qu'en disant que c'est un joli officier» (p. 13). — «Le mol de joly homme ne peut jamais signifier autre chose qu'un homme joli, c'est-à-dire bien fait, agréable et qui plaît, et je consens que cet le façon de parler demeure en usage dans ce sens-là ... un jeune colonel dit en présence de son père, qui étoit officier gênerai, que feu M. de Turenne éloit un fort joli homme. — Et vous, mon fils, répondit le père en colère, vous êtes un fort joli sot!» - lbid., p. ioi-io5; - Cf. Du bon et du mauvais usage des mots, du même auteur, 1693, p. 109.
Costar oppose joli à grand, 11 avait traduit en ces termes une épigramme de Platon : crMon astre, vous regardez les astres : ah! que ne suis-je le Ciel pour vous considérer avec plus d'yeux !» - Défense de Voiture, p. 63. — Le Tasse, reprenant cette pensée, dit :
II Cielo esser vorrei . . .
Io vagheggiar potessi
Mille bellezze tue, con luci mille.
«M. de La Mesnardière, ajoute Costar, a étendu cette pensée, et en l'étendant Ta rendue plus grande, au lieu que les autres n'avoient songé qu'à la faire bim jolie.» Costar, Lettr. à M. de Heurles, k la suite de son Apologie, in- 6°, 1657, p. U 19.
Le mot joli a donné lieu à de longues dissertations, à de vives discussions aussi, entre le P. Bouhours et le très irascible Ménage.
«Joli ; ce mot, dit le P. Bouhours, est plus usité que jamais; il se met à tout, et les femmes l'ont presque toujours k la bouche ; elles ne trouvent rien à leur gré , qui ne soit pour elles ou enchanté on joli. Nous disons particulièrement jolies choses ;. . . «On ne sçau- «roit avoir trop d'esprit dans une conversation enjouée, dit M. le chevalier de Méré dans «ses Conversations; il se faut pourtant bien garder de paroislrc toujours prest à dire de <rbons mots et de jolies choses.»
«Nous entendons quelquefois par jolies choses, non seulement des pensées ingénieuses et délicates, mais aussi des ouvrages d'esprit. . . M. de Balzac dit, en parlant de la lettre qu'écrivit M. de Voiture à Miu de Rambouillet, sur le bruit qui courut que l'Académie vouloit bannir car de noslre langue : <rLe car de nostre ami est une fort jolie chose.» Cela ne se dit ordinairement que des petits ouvrages d'esprit, car joli est de soy opposé au grand. . . On oppose mesme quelquefois joli au beau : crElle n'est pas belle, dit-on, mais (relie est jolie.*
Le P. Bouhours établit ensuite la différence qui existe entre les deux idées quand nous disons d'une femme : a Elle est jolie v ou « c'est une jolie femme» : — «Nous n'entendons guère, par jolie tout seul, qu'une taille fine, un air agréable; nous entendons par jolie femme, de la beauté, de l'agrément, de l'esprit, de la raison, de la vertu, enfin un vray mérite.
«On ne dit pas : « C'est un joli homme» dans le sens qu'on dit tr C'est une jolie femme» ; l'un est une louange , et l'autre une espèce de raillerie . . .
«Enfin, joli a pris en quelque façon la place de gentil, que nous avons presque perdu. . .» - Le r. Bouhours, Hem. nouv., 3* édit., 1683, p. i5i-i55.
Ménage répond, et sa réponse, très méchante, n'est pas une contradiction :
«Telles sont les méditations qu'a faites de nostre langue, en faveur des Dames, le Révérend et Précieux Père Bouhours, prestre et théologien de la Compagnie de Jésus. . .
rrVoicy de toutes les observations du P. Bouhours celle qui lui a plu davantage. Et j'ay ou y dire à une personne digne de foi, que le P. Bouhours, en la lisant un jour à quelquesuns de ses confrères, en fut tellement charmé, qu'appréhendant d'offenser Dieu dans le plaisir qu'il avoit de cette belle découverte, il s'écria, en levant les yeux au Ciel : Domine, Domine, non nohis, sed nomini tuo da gloriam!. . .
crAWi n'entendons, nous entendons, c'est à dire nous autres connoisseurs, nous qui