‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 573 sur 625 · JOUE — JOUER UNE CHOSE · texte numérisé non relu

JOUE — JOUER UNE CHOSE

sommes élégantes formarum spectatcres ... — Enfin un vray mérite. Le P. Boubours ne saurait se défaire de ses façons de parler précieuses. . . Ces façons de parler aftetées, qui ne siéent pas mal aux femmes, ne sont pas séantes à une personne de sa condition.

«J'ajoute aux Remarques du P. Bouhours, touchant le mot de joli, que ce mot vient de jocus , joculus , joculitui ; joli , c'est à dire paré de joyaux.»

Ménage, Observ., 1676; II, p. 309 et ai6-ai8.

Pourquoi, dirons-nous à notre tour, joli ne viendrail-il pas de jocus, si, comme le veut Ménage, chez vient de apud, capud, chapud, chap, chez? — laquai* de verna, vernula, vernulacuë, vernulacaiui , lacaiusf — Avec ce système, on va loin.

Andry de Boisregard, qui a voulu aussi dire son mot sur la question, est d'accord avec le P. Bouhours pour reconnaître que «joli ne se dit que des petites choses. . . Qui dirait que Ciceron étoit xrnjoly esprit, que Corneille faisoit jolyment des vers, se ferait siffler, et il faudrait le mettre avec ce provincial qui, ayant esté à Versailles, disoit qu'il Ta voit trouvé joly.y*

Audbt de Boisbeoabd, Réfl. tur l'usage prés, de la lang. franc., s" édit., 169a , p. 37a.

JOUE : COUCHER EN JOUE, viser, avoir en vue.

* Voir t. I, p. A 99, Coucher enjoué.

JOUER UNE CHOSE, UNE PERSONNE, cest-dr-dire se jouer d'une chose, dune personne.

Jusques ici vous avez joué mes accusations. - G. Dand., III, 6.

Quand de la façon l'on me loue , Je sens fort bien que Ton me joue; Mais me jouer beaucoup ou peu , Comte, c'est jouer petit jeu, Et qui ne vaut pas la chandelle.

Scarror, Œuvr., Paris, M. David, 1, p. 1 33.

Cet Oronte me fourbe, il me joue, il me brave.

Th. Corn., Amour à la mode, V, a; - Cf. Id., ibid., IV, 7.

Voilà ce oui compose la pièce de Molière (D. Juan). Le Maistre et le Valet jouait la Divinité différemment: le Maistre attaque avec audace, et le Valet dcflbnd avec foiblesse ; le Maistre se moque du Ciel , et le Valet se rit du foudre qui le rend redoutable.

Dr RoCHBMOirr (? Barbieb d'Aucour), Observ. sur le Festin de Pierre, 1 665 ; Genève, Gay, 1869, p. i5.

Un Marquis, après avoir embrassé Molière et l'avoir appelé cent fois l'inimitable, se tournant vers l'un de ses amis, luy dit qu'il n'avoit jamais veu un plus mauvais bouffon, ny une farce (D. Juan) plus pitoyable : et je connus par là que le Marquis jouoit quelquefois Molière , de mesme que Molière raille quelquefois les marquis. - Id., ibid, p. 18.

35 Eb bien! me plains-je à tort? Me joues-tu pas, Amour?

La Foîit., VIII, p. 36o : Élég. II.

a 37 Ainsi vous m'accusez, quand tout Paris \cjoue. - Dbspr., Sot. IX.

Ah ! traître, c'est donc ainsi que tu me joues I - Rrgrard, Hom. à b.fort., I, k.

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