‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 119 sur 395 · BADIN · texte numérisé non relu

BADIN

Il ne faut que les fesses d'un singe pour mettre tous les badaude en campagne.

Rborabd, Crit. de l'Hom, à h, fort,, se. k.

:(( Nous trouvons le mot pour la première fois dans le DicL Jr.-lat. de Rob. Estienne (iSÂg) sous la forme badault, badatdde, badelori, badin, et avec la traduction de inepltu.

On dit «ries badaud» de Paris,» comme tries ahuris de Chai Ilot,?) comme tries Gacous de Paray^D etc. D*où vient celte expression? Ménage la tire de Titalien badar, regarder; dans son Dict. de l'anc, lang,fr. M. Godefroy donne sous la même rubrique les formes béer, baer, baier, bayer, beier, beyer et bader. Encore en 1690, Monet, dans son Parallèle de» deux long, lat, etfr. dit : fx Bader, béer la gueule; ImuU, gueule badée, béante;» mais aucun autre lexique ancien n'a recueilli ce mot , rappelé cependant par Furetière : ff Badaud ^ dit-il, sot, niais, ignorant. G'est un sobriquet injurieux qu'on a donné aux habitants de Paris, à cause qu'ils s'attroupent et s'amusent à voir et à admirer tout ce qui se rencontre en leur chemin, pour peu qu'il leur semble extraordinaire. . . Le mot vient apparemment du mot italien badar, qui veut dire regarder. . . On disoit autrefois en franc, bader, pour dire : tenir la bouche ou la gueule ouverte et béante. »

Voltaire, dans son Dict. pkUo». , repousse le sens de ineptu», donné par les anc. dict. lat.franç., et de »ot, niai», ignorant, du Dict. de Furetière : il le fait venir, lui aussi, de l'italien badar; il ajoute : «Si on a donné ce nom au peuple de Paris plus volontiers qu'à un autre, c'est uniquement parce qu'il y a plus de monde à Paris qu'ailleurs, et par conséquent plus de gens inutiles qui s'attroupent pour voir le premier objet auquel ils ne sont pas accoutumés. . . Il y a des badauds partout, mais on a donné la préférence k ceux de Paris.n

Voir dans le Dict, étym. de Ménage (édit. de 1760) les bizarres étymologics imaginées par le P. Labbe , et dans Furetière une autre non moins étrange.

Badin, insensé.

61 Ma foi, j'en suis d'avis, que ces penards chagrins

Nous viennent étourdir de leurs contes badins. -UEt.y I, 9.

glib Et pourtant Trufaldin

Est si bien imprimé de ce conte badin. . . - Ibid., III, 9.

111 Moi, jaloux? Dieu m'en garde, et d'être assez badin

Pour m'allcr emmaigrir avec un tel chagrin. - Dép. am., 1,9.

Nous voyons les Gomedians Ilalicns masquer leur Pantalon, et le François hailin se barbouiller et fariner de farine. - Guill. Bouchbt, Serée», I, iSg.

Il vaut mieux faire plaisir d'un pied à un honncste homme que d'un doigt à un sot et badin, ~ Larivet, Le Fidelle, V, 3.

Pour les louanges que vous donnez à Glémeul Marot, pource que c'est un badin, je n'en dis mot; seulement vous respons-je qu'il méritoit d être loué de voslrc plume. Le p. Garasse, Rech. de» Bech, de M' E»t. Patquier, 16 au, p. 955.

Quand nous avions compagnie à disncr . . . , nous servions avec grand respect . . . les gens de qualité. . . ; mais les importuns, les sots et les badin», qui vcnoicnl sans mander, nous leur faisions mille niches.

GflAPBLAiif, Trad. de Guzm, d*Alfar., i6do, II, p. g8.

Pouvois-jc eslre plus badin et plus sol quV'ii rerevanl foules sortes de visites indifféremment? - 1d., ibid., III, p. /1/19.

Ce badin. . . de Platon. . . nous vent repailn» de ses idres chim(^ri([uos.

SoREL, I^lyandre, lGâ8,II, 1771

Page 1