BIZARRE S
Aa figuré, tons ces moU signifiaient infortune, désastre, malheur résultant d*une fatalité.
*>. Encores en ce temps est Tan du biê$extê estimé malheureux. Voire que si nous reprochons h quelquW qu'il est cause des nostre malheur, nous hiy disons : Vous me portez bitêexti.yt - Poirros db TniD, Diêc. philos,, fol. 363 v".
On lit dans le GUm, du Centré de la France, du comte Jaubert : «Aux environs de La Châtre, on croit encore au grand biesétre. Faire bieeélre, causer un malheur ou au moins commettre une lourde maladresse.»
En dépit des exemples si probants qui précèdent, au xfii* siècle et même au n6tre, Torigine du mot bicétre ou bieeélre a été très discutée.
Les seuls dictionnaires, antérieurs k T Académie, où nous Tayons trouvé sous une de ses deux formes, sont ceiu de Ménage ( Or^Vie< . . .), de Gotgrave et de Furetière ; Nicot, Monet, Guy Miège, Richelct, dans sa première édition (1680), ne Tout pas admis.
GoTORATB : vBiseeetre, ill lucke; (from Bieeexte, which is held unluckte)», c*e8t-4-dire : bieeeetre, malheur, mauvaise fortune (de bieeexte, jour complémentaire de février dans les années bissextiles, qui a été reconnu jour malheureux).
MiHiOB donne le sens du mot biuexte, et renvoie au mot déeaetre, où il parle de Tinfluence de la marche des astres snr la vie humaine.
FcBiTiiRB : n Bieeeetre, s. masc. Accident causé par l'imprudence de quelqu'un. Si vous laissez entrer un étourdy, il fera quelque bieeeetre en la maison. Ce terme est populaire, et est venu par corruption de bieeexte, parce que les superstitieux ont cru que c*étoît une année malheureuse. y>
L'explication qui précède a été adoptée par Genin , qui condamne Tétymologie donnée par le uietion, de Trévoux. Là on lit une définition du mot biceetre qui n'est ni celle de Gotgrave ni celle de Ménage :
ft Biceetre, G'est un nom populaire et bas et que l'on donne à des enfants crieurs, opiniâtres, malins, fripons,. . . en un mot, semblables à ceux qu'on enferme à Bicestre : car c'est de là qu'est venu ce mot. 9»
Et maintenant , qu'est-ce que le château de Bicétre f Le Diction, de Trévoux dit :
ft Biceetre, château proche de Paris, au-dessus du village de Gentilly. Une charte de 1990 fait connoitre que cette maison appartenoit en ce temps-là à l'évéque de Paris, et qu'elle étoit appelée la Grange aux gueux. Ce château ayant ensuite été possédé par Jean, évèque ae Wincester, en Angleterre, il fut appelé ensuite le château de Winccstrc, d'où l'on a fait par corruption Bic&re : nom qu'il a toujours conservé, quoique, dans la suite des temps, il ait été démoly et bâty bien des fois. C'est aujourd'huy (i73si)unhô-
Îiital et une espèce de prison où l'on enferme les gueux, les vagabonds, les coureurs et es jeunes garçons dont les parents sont mal rontens. n
Des trois exemples tirés de Loret, le premier est favorable à cette dernière explication , et le troisième à la première.
Dans ses Curioiitez franc, , Oudin traduit : Il me porte bic^re, par : Il me porte malheur.
Bizarre, bizarrerie.
339 Et ce seroit péché qu'une beauté si rare
Fût laissée au pouvoir de cet homme bizarre,
Éc. des Fem.y I, &•
9 Mais encor dites-moi quelle bizarrerie. - Misanth., I, 1.
PuiL\iiso?iB. . . Incontinent qu'un mot vous semble un peu bizarre, vous voulez qu'il soit tenu pour estranger, et spécialement pour italien. — Gbltopbilb. Encore maintenant venez-vous d'user d'un mot italianizé. — Phil. . . Quel mot? — Gblt. Bizarre. — Phil. 11 y a si longtemps qu'on le dit. — Gblt. Pour cela il ne laisse pas d'cslre italianizé, sinon que vous vouliez dire que Bocace au contraire eust fran-
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çoiflé en disant bizarro. . . Et quant k nous, pensei-vous que n'ayons point de mot pour signifier ce que nous exprimons par ce mot bÎTMrre f — Phil. Je pense que nous n*en avons point. • . — Gblt. On peut dire, en on bon françois (tiré de œ noble langage grec) un phantoêtiqw. Et, pour parler plus couYertement et honnestemenl, nous dirons aussi : Cest un homme qui est on peu suspect à ses fantasies; c'est un homme qui a ses façons. — Phil. Je doute si ces manières de parler respondent assez bien au mot bizarre, - H. Estibniib, Deux DiaL du long, fr.-iial,, édit. Liseux, I, 1&5-1&7.
Il a Tair d*un bizarre, et tantôt, i le voir,
J*ai connu dans ses yeux ce qu'on m'en fait savoir.
Th. Gobn., Charme de la voix, III, 1.
337 Un honneste homme, un fat, un jaloux, un bizarre, - Dbspb., Art poét,, III.
369 La nature, fertile en bizarre$ portraits. - 1d., ibid,, ibid.
Mais pour nous voir, malgré son bizarre de père ,
Nous avons concerté tout ce que je vais faire. - Poissoti , Fou de qualité, se 1 .
Mais le frère est peut être un fantasque, un bizarre,
MoKTPLBCBT, CotiM, poét, , Il ^ 1.
Démetrius éprouva un sort bizarre. Il fut souvent relasché et autant de fois retenu, suivant que l'espérance ou la crainte prévaloienl dans l'esprit de son beaupere. - Bossubt, Hitt, univ,, in-/i% 1681, p. 86.
On estoit scandalisé, mesme parmi ses discipler, ... de la manière bizarre dont il (Luther) décidoit sur les dogmes.
Id., Hiêt, dea Var,, a vol. in-â% 1688, I, p. bh.
Toutes les hérésies reviennent sous cent noms bizarreê et inouis.
Id., ibid,, II, p. 3ao.
Par une bizarrerie dont on ne sait point l'origine, Sardanapale se trouve nommé par les Grecs Tonos Goncoleros. - Id., Hiet, univ,, 1681, p. ^8.
Leur conduite inégale (des Athéniens) déplaisoit à leurs alliez, et estoit encore plus insupportable à leurs sujets. Il falloit essuyer les bizarreriêê d'un peuple daté, c'est-à-dire, selon Platon, quelque chose de plus dangereux que eellee d'un Prince gasté par la flatterie. - Id. , ibid,, p. /199. - Gf. Id., ibid,, p. i36.
Ils (les Manichéens) croyoient tout jurement défendu, et, interrogez sur leur pays, ils ne craignoient que de se paijurer : tant il y a de bizarrerie et d'inconstance dans les esprits excessifs. - Id., Hiit, dee Var,, a vol. in-A% 1688, I, p. i8&-i85.
Je suis un monsieur rare,
Gharmé de mon savoir, gueux, ivrogne et bizarre, - Regnabd, Le Bal, se. 10.
4c Bizarre ou bigearre ne figure ni dans Palsgrave (i53o), ni dans Henri Estienne (i539 et 1669); mais on le trouve déjà sous la forme bizarre dans le Nicot de 1673, qui cite cet exemple de Pasquicr: «rLa nature s'est trouvée en moy fantastique et bizarre,ii Dans le Tréeor de» Troie languet, 1616, on trouve biTMrre traduit en italien par bizarro, fantattico; en espagnol, par fanîaetico, mohino; cependant les mots bizarro, hizarria paraissent dans la partie espagnole du Dictionnaire, et bizarria est traduit par galantiu, braverie , pompe , piaffe en nabiu, bizarrerie , fantaêie , diversité, — En 1618, le Dictionnaire françois-flamand traduit biearre et bizarre par fantaetijc, — En 1690, Monet donne bizarre, bigearre (c'est la première fois que parait cette forme) qu'il explique porfantaeque et traduit par moroeus; il se répète en i636.
Gomeille, dans la Galerie du Palait (i63â) et dans V Excuse à Ariste (même date) avait employé bigearre; il le remplaça, en 1660, par bizarre. Dans Tiulervalle, en 1667, Vaugelas avait publié ses Bemarques, dont Gomeille tenait grand compte, et avait dit : «rfft-