‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 259 sur 395 · S6& CHAISE · texte numérisé non relu

S6& CHAISE

De peur qu^on en doutât, il s^est fait peindre en ehaite, — Point; c^est qu*étant assis, on est plus à son aise.

MoNTPLBURT, Impr, d/t l'hôtel de Condé, se. 3.

N. B, n semblerait, diaprés ce passage, que Molière s^est fait représenter dans nne chaire de prédicateur; point : dans la gravure qui précède la première édition de VÉe, det Fem,, Molière est assis sur une simple chatte, sans bras, à dossier élevé et le siège garni d*un coussin.

S'il lui restoit encore (à Molière) quelque ombre de pudeur, ne lui seroit-ii pas fâcheux de passer pour un libertin dans 1 esprit de tous les prédicateurs, et d*entendre toutes les langues que le Saint-Esprit anime, déclamer contre lui dans les chaiie» et condamner publiquement ses nouveaux blasphèmes?

Db RocHBMonT (?Barbibr d*Aucoub), Obterv. eur le Feetin de Pierre, dans le Molière de la Coll. des Gr. Écriv., Y, p. 939.

Je luy dis que j'avois fait faire une chatte, parce que Molière devoit venir jouer le Malade imaginaire chez moy.

DBvisé, Orait.Jun, de Molière, nouv. coll. moliér., p. a5.

Il monta en chaite avec un sérieux qui fit rire toute l'assemblée.

Id., ibid,, p. 96.

Ces paroles ne conviennent pas au sujet qui m'a fait monter dans cette chaite,

Id., ibid,, p. 97.

Voulez-vous un fauteuil? Vous jouerez à votre aise.

L'action n'est jamais belle dans une chaite, - Poisson, Poète batque, se. 9.

4e Depuis longtemps déjà , la distinction était faite entre la chaire du prédicateur ou du professeur et la chaite de leur auditeur: Vaugelas le dit en 16/17 (^* I^^ P* ^^7* ^^^* Chassaiiff), et Cl. Irson le répète en 16 56, à la p. 99 de sa Nouv, méth, pour apprendre let prinetpet et la mireté de la lang.fr. Mais, jusqu'en 1611, tous les dictionnaires donnaient le mot chaire seul ; Cotgrave (1611) admet chaire et chaize.

Le Monet de i6ao comprend toutes les variétés de chairet, non de chaitet, savoir : «chaire, selle dossiere, selle à dossier; chaire, selle dossiere de Docteur, en son particulier; chaire à haranguer, à prescher; chaire à bras; chaire à porter quelqu'un; chittre royale, throne royal; chaire percée, selle pour les nécessitez naturelles». Il faut passer de là au Monet de i636 et au Dict, det rimet de t6&8 pour retrouver chaire et chaite; et encore même plusieurs dictionnaires postérieurs à cette date n'ont-ils pas la forme chaite, qui était considérée comme une forme du parler parisien.

Ce langage, nous n'osons dire patois, parisien changeait constamment r en i et i en r. Les renseignements abondent sur ce point. Déjà en i53o, dans Letclarcittement de la langue francoy te , Palsgrave a un long chapitre sur la lettre R (le 61*), où il fait remarquer que les Parisiens (rsounde somtyme (prononcent quelquefois) r comme z, sayeng (disant) Pozyt for (pour) Airtf , paùtien for paritien, chaize for chayre, mazy for maryi».

En i53i, dans son Itagoge in linguam gallicam, Dubois (Sylvius) blâme cet abus, familier aux femmelettes de Paris; après avoir noté chez les Latins la confusion fréquente des lettres r et i , il ajoute : tfln utroquo vitio mulierculœ sunt Parrhisinie, et, eorum modo, quidam parum viri, dum r in t, et, contra Eretriensium more, i in r^ passim magna affectatione convertunt, dicentes Jeru Matia, ma mete, mon pete, mon frète, et id genus sexccnta, pro Jetu Maria, mère, père, frère, n (P. 5s.)

En i533, Ch. de Bovelles (Car. Bovillus) formule la même plainte dans son livre de Differentia vulgarium termonum et gallici termonit varietate, p. 36-37; ^^ "^^^ mete, frète, pour mère, frère, et au contraire courin, oreille, pour coutin, oteUle; il cite enfin certaines enseignes de Paris, au gril cotuonné, a letteUe (FestoUe) cotuonn^, au bœuf coutonnd (couronné).

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