CHÈVRE : PRENDRE LA CHÈVRE
S'eiies se mettent en deffense, Pour cela point ne les laissez , Car après bien en cheviret, - Moralité de» et^anit de maintenant.
Ces demoiseaux et demoiselles . . . font-ils des inversions de phrases en devisant , desquelles bon gré mal gré ces Poètes d'aujourd'huy sont forcez de s'escrimer assez de fois? Évitent-ils les métaphores s'ils en peuvent chevirf
M"* DE GoDBJVAT, L'Ombre, 1627, p. 6ai-6a9.
n a ajouté que ses cheveux la font chevir des volontez de tout le monde.
L*abbé de La Motbb lb Vâtbr, £«0 Parante Mormon, dans Sallbngbb, Hitt, de P. de Montmaur, a in-8*, 1716, 1, p. 316-217.
* On trouve chevir, sans explication, dans le Dict, fr.-lat. de ibSg; en 1673, Nicot, complétant le Dict,fr.-lat, de 1 5^9, dit : v Chevir, c'est-à-dire venir à chef et à bout de quelque chose , car il vient de chef tout ainsi que chevùeance et achever. Selon ce , on dict chevir d'ung homme revcsche , d'ung cheval farouche : c'est en venir à bout et le mettre à raison , potiri. On dict aussi chevir pour se mettre hors de redebvances par payement ou pour faire composition sur icelles, comme // a chevi avec ses créanciers. 7)
Chèvre : prendre la chèvre, loc. prov., se fâcher.
3 1 9 D'un mari sur ce point j'approuve le souci ;
Mais c'est prendre la chèvre un peu bien vite aussi . — Sgan. , se. ta.
Notre accueil de ce matin t'a fait prendre la chèvre.
Bourg, gent., III, 10.
Hf Bien que cette locution ne se trouve dans les proverbes ajoutés au dictionnaire de Nicot ni en 1606 ni en 1618, elle est fort ancienne dans la langue. — H. Estienne l'explique ainsi :
«Personne n'entendra bien que c'est à dire Un Pathelin, qui n'aura leu ceste farce ou comédie (de Maître Pathelin). Elle a aussi amené ce proverbe : Retoumone à noe moutone , pour dire : Retournons à nostre propos. Car ces mots qui sont là si souvent répétez furent depuis tournez en proverbes. Et croy qu'entre les autres manières de parler qui nous sont comme proverbiales, il y en a qui sont venues de quelque farce fort vulgaire. Tellement que , pour bien comprendre la raison d'icelles , il faudret avoir leu la farce. Pour exemple, quand nous oisons : // a prie la chèvre, de quelcun qui s'est dépité.» - Lang.fr. italianizé, édit. Liseux, I, i63.
Rabelais, dans le même sens, dit chevreter.
Advenant le cas, ne seroit-ce que pour chevreter.
Prol. du liv. III de Pantagruel, édit. Lemerre.
J'en ay veu nrendre la chèvre de ce qu'on leur trouvoit le visage frais et le poub posé, contraindre leur ris parce qu'il trahissoit leur guerison.
MoNTAiGHB, 111, IX, p. 728, édit. iu-fol., l659.
Ce n'est que pour rire, et tu prends la chèvre. - Cotnéd. de» Proc, II, 3.
On vient civilement pour s'édaircir d'un doute ,
Et Monsieur prend la More ! 11 met tout en déroute !
Rborabd, Joueur, III, 19.