‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 32 sur 395 · AIMER — AIR · texte numérisé non relu

AIMER — AIR

:¥ M. Paul Mesnard , dans l'excellente édition de la Collection de» Grands Écrwaint , cite deux exemples, que nous lui empruntons :

Je m'ame mieux douzième ou quatorzième à table que treizième.

MoNTÂiGiri, Eêioiê, III, 8.

n (le fou mélancolique) i'aimê mieux dans un tronc d*arbre ou dans une grotte que dans un palais ou sur un trône. - Li P. Lbhoutb, Peinturée moralee,

AiMBR.

fay un furieux tendre pour les hommes d'épée. — Préc. rid., se. 1 1.

* Au mot aimer, Somaize donne, en la modifiant un peu, la phrase de Molière :

Vaiifme beaucoup les gens d*esprit : j*ai un furieux tendre pour les gens d^esprit.

SoMÀiZB, Gr, Diction, de$ Frécieueet,

AÎNESSE, âge plus avancé, années de plus.

23 1 Mais lui cède-t-on fort pour quelque peu d'aînesse?

Psyché, I, 1.

8o8 Est-ce un crime pour moi que Vatneue d*un frère?

GoRif., Tite et Bérén,, III, a.

Ainsi soit que . . .

Comme ainsi soù çu'on ne puisse guérir une maladie qu'on ne la connoisse parfaitement. . . — Pourc, l, 8.

Qu ainsi ne soit, pour diagnostique incontestable de ce que je dis, vous n'avez qu à considérer ce grand sérieux que vous voyez. — Ilnd.

Qu ainti ne toit, ayant fiait entendre aux spectateurs. . . - Lettre tur la Comédie de l'Impoitew, dans le Mou&bb de la CoUect, de$ Gr, Écriv., IV, 535.

Solemnitez et loix n^empéchent pas Qu'avec Thymen amour ait des débats.

Qu'atnn ne »oit, voyons d*autres états.

Là Fout., V, 7. - Conte»: Belphégor.

Air ; ce mot , alors à la mode , avait plusieurs acceptions.

a. Air de qualité, air de cour, le bel air.

Vous devriez un peu vous faire apprendre le bel air des choses.

Préc. rid., se. 4.

Ils n'ont point cet air qui donne bonne opinion des gens.

Ibid,, se. û.

61 Car les gens du bel air, pour agir galamment,

Se gardent bien surtout d'ouïr le dénouement. — Fâch. , 1 , 1 .

Vos paroles, le ton de votre voix, vos regards, vos pas, votre action et votre ajustement ont je ne sais quel air de qualité qui enchante les gens. — Crit. de VÉc. des Fem., se. 3.

Tu es donc. Marquis, de ces Messieurs du bel air, qui ne veulent pas que le parterre ait du sens commun? — Ifnd.y se. 5.

Souvenez-vous bien, vous, de venir, comme je vous ai dit, là, avec cet air qu'on nomme bel air y peignant votre perruque, et grondant une petite chanson entre vos dents. - Impr. de Vers, y se. 9.

Pour le bel air, Dieu merci , nous ne le cédons à personne.

Princ. iÈ., II, 2.

Que dans tous leurs discours et dans toutes leurs actions les gens de Cour ont un air agréable I — G. Dand,, II, 3.

Laissez-moi faire. Pai vu les personnes du bel air. - Pourc, III, 9.

L'approche de latr de la Cour a donné à son ridicule de nouveaux agréments. - Escarb. , se. i .

* A la première entrée du Ballet de$ Nations oui termine le Bourg. gerU., on voit fifprer des tr Hommes du hd airn et des «Femmes du bel atrn,

II ne sçait pas du tout la manière de faire les choses : il ne sçait pas du tout le bel air des choses. - Somaizi, Gr, Diction, de» Précietuee. Voir Manière.

Ces personnes-là n*ont point cet air qui plait. - lo. , ibid. Voir Plaire.

Si toutes les belles

Traitoient ainsi que vous Tamour de bagatelles,

A quoi seroient réduits nos galants du oel air

Qui, par là, près de vous apprennent i parler? - Th. Cobh. , Comf . d'Or^., 1, 6.

Moy I femme d'un marchand I moy I Peut-on concevoir Qu*un air comme le mien soit un air de comptoir I

GHiiiPiiB8Lé, Crisp. chewd., se. 8.

Cest luy-mesme , c*est luy. Qud air ! Quel équipage I . . . Cet air bas, dépouillé de perruque et de linge, N'expose i mes regards qu'une mine de singe, Salope, dégoûtante. - Id., ibid., se. à.

M"* de Scodéry a essayé le bon air au lieu du bel air, expression consacrée ; Monlflenry Ta imitée.

^e étoit fort propre, et habillée d'un û bon air qu'il n'y avoit rien de mieux.

M'^ Di ScuD^RT, Mathildê, 1667, p. 88.

Car, bien que nous soyons assez de qualité Pour estre du bel air, il croit en vérité . . . Que tout votre soin n'est que de faire l'aumône. - Poissoh, Frnn. coq., 1, 1.

Vous avex l'otr. . . — On dit que j'ai l'fltr singulier.

L'atr est pour une fille un point de conséquence.

Il marque. . . Voyez-moi faire la révérence.

Gela ne sent-il pas son air de qualité f - MoifTFLsnBT, Coméd. poète, III, 7.

Vous êtes riche? — Un peu. — Bien fait — Sans vanité, Nous avons le bon air, - Moiitflbuht, FUle du Capitaine, IV, 7.

... De bon air je le trouve équipé

Et je vois tous les jours cent gens de qualité

Qui n^ont pas meMeur air. - id., Dupt de toi-même, IV, a.

Lorsque nous fusmes arrivez dans la salle basse d*un petit chasteau fossoyé, assez raisonnable, une grande femme maigre, entre deux âges, parut vêtue d*un manteau feuille morte, qui assortissoit à merveille la coideur de son teint Je luy trouvay tout Voir de maoame Jourdain à la Comédie du Bourgeoie gentilhomme.

Araepe et Simandre, 1679, I, p. 76-75.

J*avois toujours cru que TOpéra était le lieu du monde où Ton prenoit le meilleur air. - Rbohard, Divorce, I, 7.

Je ne comprends pas quel plaisir prennent certaines personnes à être toujours derrière les acteurs. — Vous moquez-vous? G^est le bel air, et les gens de qualité ne voient plus la comédie que par le dos. - lo., Crtt de VHom. à b.fort., se. h.

Pour être présentement femme de bel air, il ne faut prendre un mari que comme un surtout de bienséance et un paravent de réputation.

Id., Detcente d'Arleq. , se. 10.

Ce sont les cavaliers qui ont lancé, à ce qu*ii semble, Texpression de bel air :

tU y a plusieurs sortes d'actions que le cavalier apprend à son cheval, soit pour s'en servir, soit pour son plaisir, les unes plus basses, les autres plus relevées, selon qu'il juge son inclination, sa force, sa gentillesse et sa légèreté, comme terre-à-terre, courbettes ou mezert, balotades ou groupades, qui est une mesme chose, caprioUes et un pas et un saut : toutes lesquelles actions le cavalier a nommées ain, et a pris ce nom-là de relèvement que fait le cheval en l'air, et dit on celuy manier du plus bel air, qui s'en approche le plus près et qui s'esleve le plus haut : qui est, comme j'estime, la raison pour laquelle on se sert de ce nom otr.» - Rziri db Mbhou, La Pratique du cavaUer, in-4% i65o ; 3* part , chap. i.

En 1671, le P. Bonheurs constate la vogue du mot : nAir est tout à fait du bel usage, n a Vair d'un homme de qualité; il a Vair noble; il a 60» air; il a méchant air; cela a méchant air; il s'habille, il danse de bon otr; il y a dans tous ses ouvrages un air de politesse qui le distingue des autres ... — Vous oubliez le bel air, dit Ariste ; je connois des sens qui l'ont incessamment à la bouche, et qui prétendent parler à la mode en disant : Il a le W otr; il chante, il danse, il s'habille du bel air; il fait tout de bel air; il a l'esprit tout à fait du bel air; il le porte du bel air. — Ces gens-là sont bien ridicules avec leur bel air, reprit Eugène ; cette façon de parier est décriée parmi ceux qui parient bien; ils ne s'en servent quen riant, pour se moquer des gens du bd air,i> - Lb P. BoDHouis, Ariete et Eug., i6yi, p. ]a5-ia6.

En 1699 , de Gallières reprenait la même critique de l'abus de l'expression : «Se donner des aire, quand on ne met rien au bout, est usé à la Cour, et il n'y a plus que les femmes de la viHe qui le disent ... Je conseille à Messieurs les courtisans de renvoyer encore à la bourgeoisie tous vos autres ain, car ils ne sont pas moins mauvais, et tout ce que je puis faire pour votre service et pour celui des aire, c'est d'approuver qu'on continue d'appder vos jeunes gens de la Cour, qui parient si mal. Messieurs du bel air, parce que ce terme sert à les tourner en ridicule.» - Db GiLuàHBS, Mot» à la mode, 1 69a , p. 7a et 76.

h. Air, façon, manière. •

191 Et Técole du monde, en Y air dont il faut vivre,

Instruit mieux, à mon gré, que ne fait aucun livre.

bx. des Mar.f 1, 3.

549 Vous voyez de quel air on reçoit vos joyaux. — Éc. des Mar, , II , 6.

76 Marquis, allons au Cours faire voir ma galëche; Elle est bien entendue, et plus d'un duc et pair En fait à mon faiseur faire une du même air. — Fdch., I, 1.

659 L'air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre.

Éc. des Fem.y III, 1.

1337 Que tous deux, à Tenvi, vous me chargiez ce trattre.

Mais d'un air dont son dos garde le souvenir. — Ibid., IV, 9.

920 On travaille aujourd'hui d'un air miraculeux. — Tart., III, 3.

i4i9 De Voir qu'on s'y prend. — Ibid.j IV, 5.

48 Et traitent du même air l'honnête homme et le fat.

Misanth.y I, s.

899 Et je me vis contrainte à demeurer d'accord

Que Yair dont vous viviez vous faisoit un peu tort.

/wa.,m, 4.

i35i Voyons, voyons un peu, par quel biais, de quel air

Vous voulez soutenir un mensonge si clair. — Ibid., IV, 3.

706 Mais, de peur d'incongruité.

Dites-moi, de grâce, à l'avance De quel air il vous plaît que ceci soit traité. - Amph., II, 1.

Je sçay qu'il est fait d'un air k se faire aimer. — UAv., III, 4.

Je vous étrillerai d'un airi - Bourg, genU, II, a.

Voiijs savei de quel air la maison est gardée.

B018-R0BBBT, La FolU Gageure, IV, s.

De Yair qu*il m*a parlé, je crois qu*ii vous adore. - Id., ibid,, V, 5.

a/io Voyei cependanl de quel air on m^écrit. - Gobh., Sertor., I, s.

Un poignard que je porte, en ma trop juste rage. Montrera de quel air je repousse un outrage.

QniHiULT, L'Amant indiecret, i664, Y, 5.

89 Chacun pris dans son otr est agréable en soi. ,

Ce n'est que Yair d*autrui qui peut déplaire en moi. - Dbspb. , Epît. IX.

Rien n*est solide en elles (dans les femmes); tout est dans les grimaces et dans les aire, - Dbtis^, Damiee vengéee, I, 5.

De Voir dont vous voyez que chacun veut parottre ,

N'est-ce pas être fou qu(î de ne le pas être? - Poisson, Foux de qualité, se. &.

Si, dans votre retraite, on vous dounoit avis

De Yair dont vit ma femme et de l'air dont je vis.

Vous ne la croiriez pas une sainte peut-être.

Id., Fem, coq., I, 6. - Cf. Id., Poète basque, se. 6.

Chavigny ne vouloit point changer d'atr avec le Cardinal, ce qui lui déplaisoit.

Rac, VI, 3A3. ~ Livrée annotée.

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