Que) ton feu divin, dans nos cœurs répandu
Contotnme pour jamais leurs passions injustes. - Rag. , IV, 1 i 9 : Poét. div.
Et en prose : <rTandb qu'ils contommoient leurs armées autour de Maëstricht. . . » ~ V, 971 : Camp, de Louit XIV,
* Desportes emploie toujours contommer pour contumer;.ei Malherbe, dans son Cofn^ mentaire, ne manque jamais de le reprendre :
Voilà l'ardent fourneau dont il est contomme, - Dbsportes, Diane, I. Contommét dans un feu. - Id. , Cart, et Mate. Pour let chev. du Phénix,
Cependant Malherbe a employé contommer dans le sens, qu'il condamne, de contumer :
Qui sait si elle n^a point été contommde pour renaître plus belle?
Malh., n, 799.
P. Corneille employait d'abord contommer pour contumer. Mais après la publication des Remarquet de Vaugelas, il eut soin de remplacer le premier par le second. En voici quelques exemples :
585 Quelque forte que soit l'ardeur qui nous contomme,
On s'ennuie aisément de voir toujours un homme. - Gai, du Pal., II, 7 : Fîetr.
Ces vers sont devenus, sans y gagner beaucoup :
Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous contume, Tant d'importunité n'est point sans amertume.
Dans U Cid, V, 3 :
i633 Je n'aime plus Rodrigue, un simple gentilhomme : Une ardeur bien plus digne à présent me contomme.
Ces deux vers sont devenus :
Je n'aime plus Rodrigue, un simple gentilhomme : Non, ce n'est plus ainsi que mon amour le nomme.
La Rochefoucauld hésite entre les deux formes :
Us contomment toute leur application pour les petites choses.
I, «48. (Var. du ms.)
La paresse. . . détruit et contamj insensiblement les passions et les vertus.
I, i/ii. - Dans Téd. de i665, contomme.
Bossuet distingue toujours soigneusement consommer, achever, de consumer, détruire par le feu :
Pendant que Jésus-Christ comble nos désirs et surpasse nos espérances, il co.isomme Tœuvre de Dieu commencée sous les Patriarches.
BossDBT, Hist. univ., in-/i% 1681, p. 289-390. - Cf. ïd., HUl des Var,, ùin-ti\ 1688, Il,p. 35i.
Tout est outré dans la Réforme; on arrache ce qu^il faudroit seulement épurer; on met le feu à la maison pour consumer les ordures.
Id., Hist, des Var,, I, p. 969.
M** de Sévigné suit l'exemple de Bossuet :
On jela de Teau sur les restes de Tembrasement, et enfin ... Le combat finit faute de combattants; c'cst-â-dirc après que le premier et second étage... eurent été entièrement consunm.
Tel est le texte imprimé dans la CoU, des Gr, Écriv,; toutefois Tédileur remarque que sa copie et Tédit. de la Haye portent consommés.
Passons aux Dictionnaires.
1 539. Bob. Estienne ne donne vr consommer et parfaire» qu'avec le sens d'achever, patror». Les exemples qu'il donne de consumer montrent qu'on employait ce mot où nous dirions consommer : consumer les biens d'autruy, comedere aliquem; consumer en frottant, ^Herere, L'éd. de 1669 et Nicot (i^yS) copient 1589.
1606. Le Diction, fr.-espagn, de Jean Pallet ne donne que consommer, dans le sens de détruire.
1606. Nicot reproduit 1639, ibkg et 1673.
1607. Le Diction, fr.-espagn, de Hierosme Victor donne consommer dans le sens de détruire, gâter, et consumer, même sens.
1611, i63a , i65o. Cotgrave traduit consommer par To consummate, accomplish,perfect, finish , fulfill ; to make, or summe, up,; il traduit consumer par To wast, spend out, weare away, destroy, bring unto nothing.
1680. Richelet : — 9 Consommer, accomplir, achever, mettre dans sa dernière perfection; Consumer, achever en détruisant et en anéantissant, dissiper, ruiner, détruire.»
1690. Furelière : — ^Consommer, achever, finir, terminer; consumer, destruire, dissiper : 11 n'y a rien que le temps, que le feu ne consume. Consumer signifie aussi perdre, dépenser, employer. . . On interdit les prodigues qui consument tout leur bien en débauches , en folles dépenses. . . Les visites de cérémonie consument bien du temps. . . Consumer signifie aussi miner, faire périr petit à petit : Il a une fièvre lente qui le consume^ il se laisse consumer aux ennuis, aux chagrins, à la tristesse.»
169/1. 1'* ^d. de l'Acad. fr. : — 9 Consommer, achever, accomplir, mettre en sa perfection : consommer un ouvrage , une affaire . . . Plusieurs confondent mal à propos consomfner avec consumer. Toutefois l'abus a prévalu dans quelques phrases comme celle-cy : consommer des denrées, des vins, du bien, des cires, des viandes, des munitions, etc.
9 Consumer, user, dissiper, détruire, réduire à rien. Le feu consuma tout ce grand édifice. . . Il consume tout son bien en débauches. . . On consume tant de bled, tant de vin dans cette maison. . . J'ay consumé beaucoup de temps à cet ouvrage. Il se consumé en procès.»
1718. 9* éd. de TAcad. fr. — Mornes articles, avec cette modification importante à comotnmer : et Conâommer se dit aussi des choses qui se détruisent par l^usage , comme vin, viande, boisson et toutes sortes de provisions.»
1760 et 176a. 3* et 4* éd. de TAcad. fr. — Reproduction de 1718.
An vu (1799). 5* éd. de TAcad. fr. — Reproduction de 1718 et de 17/10 en ce qui concerne consomtner. Pour contumer, l^Académie donne un nouvel article : <r Qmiumer, aétruire , user, réduire à rien. Le feu conninui tout ce grand édifice . . . U a eomumé son patrimoine; la rouille consume le fer. Il signifie aussi employer sans réserve : J*ai eomumé tout mon temps à cet ouvrage. On dit : «0 consumer, pour dire dissiper son bien , détruire sa santé : 11 se consume en procès, en dépenses, etc.; il se consume en regrets. On dit aussi absolument : H se consume, pour dire : Il dépérit, soit par le travail, soit par le chagrin, soit par quelque cause intérieure et active.»
1 835 et 1 877. 6* et 7* éd. de FAcad. fr. — Les articles de consommer et consumer reproduisent, sans différence bien sensible, ceux de la 5* éd.
La grave question de consommer et consumer a été traitée par Vaugelas (16&7), et son article, contesté par Ménage et par Th. Corneille, reçut plus tard la pleine approbation de l'Académie française.
Voici les articles des uns et des autres.
D'abord Vaugelas :
f!t Consommer et consumer. Ces deux verbes ont une signification bien différente, que plusieurs de nos écrivains ne laissent pas de confondre, et très mal. Ils diront indifféremment consommer et consumer ses forces, consommer et consumer son bien. Et néantmoins consommer ne veut point dire cela, mab accomplir, comme quand on dit consommer le mariage, pour accomplir le mariage, et une vertu consommée pour une vertu accomplie et parfaite. Ceux qui sçavent le latin voyent clairement cette différence par ces deux mots consummare et consumere, qui respondent justement aux deux françois, et en Torthographe , et en la signification , consommer et coneumer. Ce qui a donné lieu à cette erreur, si je ne me trompe , est que Tun et Tautrc emporte avec soy le sens et la signification dWhever, et ainsi ils ont creu que ce n'estoit qu'une mesme chose. R y a pourtant une cstrange différence entre ces deux sortes d'achever, car consumer achevé en aeslruisant et anéantissant le sujet, et consommer achevé en le mettant dans sa dernière perfection et son accomplissement entier. Et selon cela, S. Augustin a dit qu'il y ajinis consumens et finis consummans. Il se pourrait faire aussi que nos poètes auroicnt contribué à ce desordre , employant consomme pour consume lorsque la rime les y a contraints ou invitez , de mesme qu'on les soupçonne d'eslrc en partie cause du cours qu'a eu , et qu'a encore cette monstrueuse façon de parler, recouvert pour recouvré, . .
ff Néantmoins if est à noter que la faute ordinaire n^est pas de dire consumer pour consommer, car personne n'a jamais dit ni escrit, que je sçache, consumer le mariage, ni une vertu consuma; mais c'est de dire consommer pour consumer, ne disant jamab consumer pour quoy que ce soit, et disant toujours l'autre. Certainement M. de Malherbe ne les a jamais confondus, quelque besoin qu'il en ayl peu avoir dans la rime, tant il estoil persuadé de la distinction qu il faut faire entre les deux. Il dit en un lieu :
Et qu'aux roses de sa beauté , L'âge par qui tout se consume.
Redonne, contre sa couslume, La grâce de la nouveauté.
ffJe n'ay point remarqué qu'en vers ni en prose il ayt jamais mis l'un pour l'autre, et aujourd'huy la plus saine partie de nos meilleurs écrivains n'a garde de les confondre.» - Vaugelas, édit. Chassang, I, p. /î 08-6 09.
Ménage reprend :
«rM. de VaugelaB a fort bien décidé qu'il faloit dire cùtuumer en la signification d'anéantir, et coMommer en celle d'achever et perfectionner. Les latins on dit de mesme conêumere et consummare. erQui patnmonium consumpsit, matrimonium coiuummare non crpotuit.» Malherbe a très religieusement observé cette distinction, n'aiant jamais dit coniommer en la signification d'anéantir :
C'est elle qui le fasche et le fait connaner.
Je me consume vainement.
L'âge par qui tout se coniume.
Pour le faire en langueurs à jamais comumer.
Vous fait comumer pour une ombre.
(fMais M. de Gombaud, qui est un de nos meilleurs poètes, et des plus exacts, a dit roneommer en cette signification :
Mais son astre fatal le tire dans les Cieux, Quand sa foudre, écrasant le plus audacieux, De ses propres ardeurs lui-même il se consomme,
cr C'est dans le sonnet sur la mort du Roi de Suède. Après l'exemple d'un si grand auteur, je ne croy pas qu'on doive faire difliculté de s'en servir en poésie de la mesme façon. Les Italiens disent de mesme consumare en l'une et l'autre signification. Voir le Diction, du Pergamini.
«De ce coneumare des Italiens est venu vraysemblablement nostre coniommer, en la signification de détruire et d'anéantir . . .
(T Villon a dit indifféremment consumer et consommer en la signification de détruire. Dans la Ballade qu'il donne à un gentilhomme nouvellement marié :
Sachez qu'Amour l'escrit en son volume , El c'est la fin pourquoi sommes ensemble. Dame serez de mon cœur, sans débat.
Entièrement, jusques mort me consumé,
R Et dans la suscription de la Requeste à Monseigneur de Bourbon :
Prince , je congnois tout en somme ; Je congnois colorez et blesmes.
Je congnois mort qui tout consomme.
Je congnois tout fors que moi-mesmes. ji
Ménage, Observ,, 1679, 1, p. Sa 9-3 93.
Th. Corneille aborde à son tour la question :
<r Quoique M. Ménage demeure d'accord de la différence qu'il y a entre consumer, qui signifie anéantir, et consommer, qui veut dire accomplir, perfectionner, il ne laisse pas de dire qu'après l'exemple de M. de Gombaut, qu'il cite comme un de nos poètes les plus exacts, et qui a dit aans un sonnet sur la mort du Roi de Suède :
De ses propres ardeurs lui-mesme il se consomme,
il ne croit pas qu'on doive faire difficulté de s'en servir de la mesme sorte. Je sçay bien que, pour trouver une rime à homme, nomtne, etc., plusieurs ont escrit le feu qui me consomme; mais je suis persuadé que c'est une faute, et qu'il n'est pas plus permis de dire consommer son letnps, consommer son bien, que consumer un mariage, consumer une affaire, cp qui ne s'est jamais dil.n - Voir Vacgblas, édit. Chassang, I, p. âog-Aio.