‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 134 sur 455 · AVECQUE · texte numérisé non relu

AVECQUE

Tk^ La forme avecqw pour avec était fort discutée. Dès 16^7, Vaugelas avait éciituiie longue Remarque sur avec, avecque et avecques.

ffPour commencer, dit-il, par le dernier, auecques ne vaut rien, ni en proee, ni en vers, et pas un de nos poètes ne s^est donné la licence dVn user. Mais parce OQ^jt vois de bons Âutheurs qui soufirent cette orthographe dans leurs œuvres « et qamKBsiblemeut elle pourroit bien se glisser jusqucs dans les vers, j*ai jugé à prc^os dek comprendre en cestc remarque, pour empêcher qu^on ne s'y trompe.

vcAuec et auecque sont tous deux bons , et ne sont pas seulement commodes aux poèlei pour allonger ou accourcir leurs vers d'une syllabe selon la nécessité qu'ils en ont, miii encore à ceux qui escrivent en prose avec quelque soin de satisfaire Toreille, soit pour former la juste mesure d'une période , soit pour les joindre aux mots avec iesquds Us rendent les sons plus doux et la prononciation plus aisée , soit enfin pour empescher dam la prose la mesure du vers.?)

Vaugelas dresse ensuite une liste des consonnes qui réclament devant elles la fioniie avecque; ce sont :f,hyj,lym,n,p, r, I, t>; devant les autres, il préfère avec, dont t3 faut toujours prononcer le c , et se garder bien de dire : aué moy, aué un de nue onti, comme prononcent plusieurs».

A ce sujet , nous ferons remarquer que , entre Angers et Saumur, c*est bien «v-« el non av-é que l'on prononce, avec au formant diphtongue et non avec la consonne t; prononciation qui explique les formes anciennes de au ou 0 pour avec, et qui permet de se demander si i'u était toujours consonne , et n'était pas quelquefois voyelle dans lei mots où, actuellement, nous le faisons consonne.

Patru , dans ses Observ, sur Vaugelas , le contredit au sujet à^avecquee , qui , selon ho, se disait autrefois. Il admet avecque en vers et préfère, en prose, avec, employé Umjoais par Amyot et par des Ëssarts , .traducteur des huit premiers livres à^ Amodie, «le premier qui a eu quelque connoissance de la langue françoise».

Th. Corneille, le P. Bouhours, Ménage, l'Académie française ont aussi traité ce point; nous ne pouvons que renvoyer à leurs ouvrages. Voici quelques exemples des diverses formes :

Par tes forests vivoient auecques elle. - Roksard, Amours, 1" livr., aonn. 166.

Avecques un joyeux visage. - Du Bellay, Ode VII, au card. du Bellai.

Avecque sa beauté toutes beautés arrivent. - Malh., Stances pour Aleandre,

La rose ne vous plaist qu'avecque son espinc.

Bois-RoBBRT, Folle Gageure, I, h.

Gomcillc, selon M. Marty-Laveaux, cessa d'employer avecque après /1iMlroni^(i6ao), cl, plus tard, le fit disparaître de tous les vers où il l'avait placé :

553 Avecque tout son bien Mélite le méprise. - Mélite, II, A. 5o6 Avecque jugomoni punit et récompense. - Cinna, II, 1. 3 35 Je t'en crois sans jurer avecque les boutades. - Ment., 1, h.

Ces vers devinrent :

Quelque riche qu'il soit, Mélite le dédaigne. . . Avec discernement punit et récompense. . . Je t'en crois sans jurer avec tes incartades . . .

Dans son Lexique de la langue de Racine, M. Marty-Laveaux remarque que Radne a employé cinq fois colle forme vieillie , avecque ^ dans La Théltaîde, mais ne l'y a gardée que jusqu'à réditioii de 1687, inclusivement. Dans Alexandre, il s'en est servi une seule fois, mais l'y a toujours laissée. Louis Racine suppose que ce vers lui a échappé, et d'Olivel parait être du même avis.

Page 1