BÉER
* Voir Btuftr.
« BÙAVNE OU Bec jaune.
D. Juatif II, 4.
C'est fort bien fait d'apprendre aux gens à vivre, et de leur montrer leur bec jaune, — Am, méd,^ II, 3.
Monsieur, soufirez que je lui montre son bec jaune ^ et le tire d'erreur.
ilfa{. imag.y III, ii.
Il faut payer son bec-jaune. - Fa. d^Amboisi, Lee Neapolitainee , I, 4.
Il me souvient que le roman de Vaudemont, pour expliquer Tineptie de celle humeur niaize, appelle Thomme qui en est saisi un badebec [bade-bec, hec-bée]^ comme 8*il disoit en son vieux patois un homme qui ouvre le bec à toutes choses, comme un esprevier qui a le bec jaune, et qui est appdë nidulariue, c*est-à-dire niaie ou nigaud, en terme de fauconnerie.
Lb p. Gabassb, Doctr, cur,, 163 A, p. 307.
Elle me vit jeune garçon, le bec jaune, fembonpoint refait, niais et badaut : je luy semblay un bon sot de village.
GoiPBLAiN, Trad, de Guzm. d'Alfar., i63o, I, p. 46.
La Justice, qui leur monstrera leur bec jaune,
G^* DB Cbamail, Coméd. de» Prov,, I, 6.
Vous dites d*or, et si vous n^avez pas le bec jaune, - lo., ibid,, II, 9.
Allez quérir un papier là-haut, sur le manteau de la cheminée, que je luy fasse voir son bec-jaune, - FoRiriàaB, Rom, corn,, p. 97.
♦ ftBéjaune, par corruption pour bec jaune. Ce mot, par métaphore des petits oiseaux niais qui ont le bec jaune , signifie parmy nous un niais et un apprenti en quelque art et science que ce soit. Ainsi dans les Escoles de Droit on appdoit aveiennement Bnaunee les Institutaires, et on disoit. leur faire payer leur bec jaune pour leur faire payer leur 61011- Mmu, Les clercs de la bazoche de Paris, pour avoir leurs privilèges de bazochiens, prennent encore aujourd'huy des lettres de bec jaune, j» - Mfo., Orig, de la lang,fr,, in-â% i65o.
A ce passage, un peu modifié, Tédit. de 1760, a vol. in-fol., ajoute : «On appelle aussi b^aune le festin que faisoient les dercs ou les apprentife lorsqu'ils étoient reçus en charge ou passés maistres.7) - Id., Diction, élym,, 1760.
Bec jaune ou Bejaune était pris aussi comme adjectif; il désignait un jeune homme niais et sans expérience.
Ostez cela, estez cela.
Car, par ma foy, point je n^en veulx.
Qu*esse-cy 7 Esles-vous bejaulne f Yuidez-moy mon broc vistement
Poé», attrib, à Villon : La Manière d'avoir du vin
Et faites taire ce becjaune Qui quaquette tant là derrière.
Sermon joyeulx de bien boire. Ane, Th./r,, bibi. elzév. , t. Il p. 8.
332 bel air — bel esprit
Bel air.
* Voir ci-detfos, p. 75-77 : Air, le Bel air.
Bel esprit.
90 Et que visiteroient marquis et beaux esprits. - Ée. des Fem., I, t.
Elle Tavoit invité à souper comme bel esprit.
Crit. de VÉc. des Fem.^ se. 9.
€91 Un pédant qu'à tous coups votre femme apostrophe
Du nom de bel esprit et de grand philosophe. - Fem. loo., U, ).
821 ... Et bel esprit, il ne Test pas qui veut. . . ~ Ibid.^ Œ, 9.
1955 11 en est, et plusieurs, que pour le bel esprit
Le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit. - Ibii. , IV, s.
i333 Vous autres, beaux esprits, vous déclamiez contre elle.
7Wi.,IV, 3.
Chacun veut à ceUc heure-ci faire du bel esprit, bien que Ton n*ail jamôiTS tant d*ignorancc comme il y a en ce siècle. - Sobbl, Francien, t. II, p. 79.
Mais pour bien faire voir ces choses par escrit , Et dignes de Voiture, et dignes de paroistre,
11 faudroit estre Bel-esprit
Et je n*ay pas Thonneur de Testre.
Sabisir, Potnpefun, de Foiteiv (fin).
Mathildc, quoy qu*elle aimasi toutes les belles choses, ne faisoit pas le M-eepnL
M"* BB ScoDéBT, Mathildê, 1667, p. i4S.
Il est de riches sols qui , pour certains usages ,
Tiennent un bel esprit quelquefois à leurs gages.- Tb. Gobii., Ulneonmu, III, 1.
Vous m^a vouerez que ce n^est guères que de ces diseurs et de ces faiieiinde jolies choses dont on a coutume de dire : Il est bel esprit. . . G^est un caractère lidicule que celui de bel esprit.
BouuouBS, Entr. d'Ar. et d'Eug,, 1673, p. s33-934.
Les talens que le monde admire leur paroistront peu de chose (aax hérëtiqucf) lorsqu'ils verront. . . tant de vanité, tant d'ostentation, et des illusions si dûigereuscs parmi ceux qu on appelle beaux esprits.
BossuBT, Hist, des Var., 3 vol. in-&% 1688, I, préf., XXIX.
La nouveauté do la doctrine et des pensées de Luther fut un charme pour les beaux esprits. - Id., ibid. , I, p. a 3 6. - Cf. I, p. a 38; II, p. 68.
Ascagiie est statuaire,. . . et Cydias bel esprit, c^est sa profession. Il a une enseigne. - Li BaurÈRE, De la Société. . ., n* 7», édit. d'Hugues, I, p. 169.
Pour être bel-esprit.
Il faut avec mépris écouter ce qu'on dit,
Rêver dans un fauteuil, répondre en coq-à-l'ânes.
Et voir tous les mortels ainsi que des profanes. - Rbgnard, Distrait, Vf, 7.
BEL ESPRIT SSS
Tai deviné une énigme da Mercure gaiant, Voub savet, Madame, que c*e8t la pierre de toache du bJf-ttprU, - Reghabd, Divorce, I» 7.
11 vit fondre chei lui. . . tous les fainéants de la ville, chevaliers sans ordres, &Mnfc»-«fprt<t sans aveu. ~ lo., ibiâ,y III, 6.
1^ Le mot bel-eeprit est pris ici dans deux sens : il désigne une qualité et la personne ni la possède. Sorel a déjà noté cette distinction :
trOn a dit : // a eeprit, au lieu qu'auparavant (avant 16&&) on disoit ; Il a de reejnit. [aintenant on dit : // e$t bel etprit, au lieu qu*on disoit i R ade l'eeprit, ou bien : C'eet H bel eeprit. Ceux qui parient ainsi imitent le langage des estrangers, mettant une parcule pour une autre, ou étant un article ou un pronom, afin d'avoir quelque chose de ouveau dans leur langage. Pour parier mesme aune dame qui a de 1 esprit, c'est mal arier de le dire de cette sorte, ou de dire : Ceet un bel esprit. Il faut dire maintenant : 'Ile cet bel etprit, ainsi qu'on diroit d'un homme. On peut assurer que c'est faire une uaiité et une dignité du titre de 6e/ etprit : c'est faire que toute la personne ne soit que m attribut, puisqu'on dit : Il mt bel etprit, au lieu de cure qu'on a bel etprit,7i - SoasL, cnn. det Uv., 1671, p. 383-384. - Cf. p. hoL
Les beaux-upritt, comme les poètes, étaient des hommes à part dans la société; c'était resque une profession d'être bel-etprit, comme d'être poète ; aussi Molière, dans la liste es personnages des Pemmet tavantet, donne-t-il à Trissotin la qualité de bel^etprit. Cette uahté avait, entre autres avantages, le précieux privilège d ouvrir toutes les portes, léme celles des «chambres» les plus rigoureusement fermées à la bourgeoisie. Cependant )ut n'était pas bénéfice dans ce difficile métier, et il se trouvait parfois des gens asseï iges pour répudier un titre qui exposait à trop d'exigences. Voici à ce sujet une page itéressante de M"' de Scudéry :
«Hélas, reprit Amilcar, vous ne sçavez guère ce que vous desirez quand vous souhaitez 'estre bel-etprit : il n'y a rien de plus descrié dans le monde présentement, et j'aimerois lieux estre esclave que bel-etprit. Ceux qui le sont avec raison s'en cachent ; ceux qui 'ont pas dequoy soustenir cette qudité-là le sont si mal k propos, qu'excepté ceux qui en moquent, personne ne veut de leur conversation. Ce nest pas, reprit Amilcar, que i vous avez bien envie de l'estre , je n'y consente de tout mon cceur, et il ne faudra seuiment que nous faire sçavoir de quelle nature de bel-etprit vous voulez estre , car il y en du premier ordre, il y en a des subalternes, il y en a de la Cour, de la ville, de la impagne, et il y a mesme de beaux-etpritt du bas peuple. • . t» - Clélie, 5* part. , liv. UI , lit. 1660, p. 1168.
Dans le Cjfrut, 10' partie, p. 6ia-6a6, M"* de Scudéry avait déjà protesté contre le Ire de 6e/ etprit :
«Puisqu'il faut le dire, reprit Sapho, je suis si lasse d'estre 6e/ etprit et de passer mr sçavante qu'en l'humeur où je me trouve aujourd'huy, je mets la suprcsmc félicité à î açavoir ny lire, ny escrire, ny parier; et si c'estoit une chose possible que de pouvoir ibHer à lire, à escrire, et à parier; je vous proteste que je commencerois de me taire •ut à Theure pour ne parier de ma vie, tant je suis rebutée de la persécution qui est iniparablement attachée à cdles qui, comme moy, ont le malheur a avoir la réputation de :avoir qudque autre chose que de faire des boucles et de choisir des rubans . . . n
Mais sans argent, mon 6e/ etprit, le vôtre. Des beaux etpritt sans doute le plus fin, Hélas I ne sont que 6eaiu: etpritt enfin; Mais sans argent, soit en vers, soit en prose. Un 6e/ etprit est, ma foy, peu de chose ; Un 6e/ etprit, sous un habit usé, Est un talent qui n'est guère prisé.
ScABBOR, Dirfi. Œuvr,, Paris, David, 1700, I, p. 188. - 1" Épit. à Pellisson.
38& BÉliTRE
Un 6e/ etprit pense toujours noblement. - La Rochif., 1, 396.
On a abuse du terme de M itprit, et, bien que tout ce qu'on vient de dire des différentes qualités de l*esprit puisse convenir à un 6el aprit, néantmoini, ooninK ce titre a été donné à un nombre infini de mauvais poètes et d^auteun ennnyeox, on s*en sert plus souvent pour tourner les geus en ridicuie que pour les kmer.
lD.f I, p. 319.
Hélas I le bel esprit est bien mal ménagé ;
On le prodigue trop. — J'ai cent fois enragé
De voir qu'à tout le monde on le jette à la tête.
— On confond, il est vrai, Thabile bomme et la béte.
Damon est bel eeprit parce qu'il fait des vers.
Et cependant Damon a Tesprit de travers.
Lisidas, avec qui personne ne peut vivre,
Passe pour bel esprit parce qu'il fait un livre.
Je connois bien des gens de qui le bel esprit
Gonsisle à condamner tout ce que l'on écrit. . .
L'on devient 6e/ esprit du moment qu'on compose.
La Thuilbbib, Criepin Bel Eeprit, se 10.
En 1636, le P. Garasse a publié un volume in-h* de 109 5 pages, intitulé : «La Doctrine curieuse des beaux esprits du temps, ou prétendus tels;» Paris, Cbappdef, — L*oavrage est surtout dirigé contre Tbéopbile et les auteurs du Parnasse satynque.
En 1695, de Gallières, l'auteur des Mots à la mode. Du bon et du maicoaû usage dsM les manières de s'exprimer, etc., a publié un traité du Bel esprit, qui ne compte pas moiiiB de 366 pages. 11 y parie du Bel esprit dans la conversation, 33 chap.; — du Bel cspril dans les ouvrages, ai chap. ; — du Bel eeprit dans les affaires, 19 chap.
BÉLÎTRE OU BÉLISTRE.
Gueux, bélttre, fnpon ! - Méd, malgré /ut, I, i.
Allez, biUtre de pédant! — Bourg, gent,, II, 3.
Le seigneur Géronte, Monsieur, n'esl ni fat, ni maraud, ni bSitrt
Fourb. de Scap.^ III, 9.
Jamais je ne vis tel doduyt Ne ung si dangereux belistre.
Parée des cris de Paris; Ane, Th,fr., bibl. clxév.. Il, Sas.
Quo vous semble, si je me desguisois en belisîreT - Larivbt, Les Jaloux, H, 1.
Je vous laisse à penser comme c'est chose supportable en un 6e/i<re d'être friand.
Mald., Il, 67 &.
C'est une note digne du grand Théodoret que tous les. . . hérésiarques ont eilé des parjures et belistres , d'autant que ces esprits sont plus propres au diable.
Le p. Gasassb, Doetr, eur,, 1696, p. 67.
Quand je parie des gueux, j'entends parier de ceux qui sont véritablement gimi de profession, et qui sont portei dans le tiltre de valiais mendicantibus , sçavoircet gros belistres coureurs , qui n'ont d'autre vocation que de se gratter le ventre an soleil et de succer les aumosnes des pauvres nécessiteux. - lo. , ibid, , p. 68.
Qui entendroit ces locutions sans commentaires : ringer sur la bietorte et eéUer sur la bistorte f II n'y a calepin à dix langues . . . qui en puisse venir à bout ; ce