‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 284 sur 455 · CARACTÈRES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES

poules, dont ils nous rompent la teste quand ils s^entrefont rameur et dont nous avons formé, par une belle métaphore, caquetter, lorsque quelques babillards nous repaissent de paroles Tiînes : et de là mesme les roesdisans ont appelé le caquet des femmes.»

M. lâttré n*admet pas que caqueter vienne de coqueter. Soit; mais les deux mots ont sne origine commune : le son que lance le coq à chaque instant. — Ménage remarque ^ue la langue bretonne a le même mot pour la même idée : mais est-il plus ancien en îraiiçais qu'en breton?

Caractères, traits, figures, lettres, écriture.

Ses pieds amoureux, sur Témail d'un tendre gazon, traçoienl d'aimables caractères qui m'enlevoient hors de moi-même.

Princ.d^ÉL, ni, 2.

i883 Voyez ce qu'en mourant lùe laissa votre mère.

— J'en baise en soupirant le sacré caractère, - Gobn., Héracl,, V, 7.

Vous avez écrit fort vite les deux lettres que j'ay reçues de vous, car le caractère en paroit beaucoup négligé. - Ric, VU, 85 : Lett,

Quelqu'un. . . laissa tomber deux lettres. . . d'un beau caractère de femme.

La Rochef., U, 83.

Montrez-moi ce papier.

— Ramassez-le, Marton. — U n'est pas tout entier.

On le voit aisément. — C'est votre caractère? ~ Baron, Le JaUnuc, U, 5.

Le Pape. . . luy donna ses bulles. Ganmer les receût, et ne craignit pas de se souiller en recevant, comme on parloit dans le parti (protestant), en recevant le caractère de la beste. - Bossubt, Hi$t, de$ Var,, 9 in-A% 1688, I, p. 363.

Caractère, talisman.

iG36 Oui, c'est un enchanteur qui porte un caractère

Pour ressembler aux maîtres des maisons. - Amph., III, 5.

L'on dit qu'il a un caractère pour se faire aimer de toutes les femmes.

Pourc.f 111, 6.

Il demande son écritoire. . .

Puis après, faisant cent mystères, Qui sentoient fort les caractères Dont on conjure les esprits, Voicy ce que de luy j*appris.

ScABRON, Virg.trav., Paris, David, 1706, I, p. aSi.

Tel que vous me voyez, il n'est guère de maux

Où je ne sache mettre un remède à propos :

Pierre, gravelle, toux, vertige, mal de mère.

On m*a même accusé d*avoir un caractère, - Regxabd, Fol. am,, I, 5.

4c ft Caractère se dit aussi de certains billets que donnent des charlatans ou sorciers, qui ;ont marquez de quelques figures talismaniques ou de simples cachets. . . Ils font accroire lu sot peuple quHls ont la vertu de faire faire des choses merveilleuses et incroyables, ;omme de faire cent lieues en trois heures, d'être invulnérable à Tarmée, etc. Quand >n raconte quelqu'un de ces prétendus effets, on dit qu'il faut que cet homme ait un caractère, qu'il ait fait un pacte avec le diable.?) - FuBBTiàkB, Diction»

336 CARÊME-PRENANT — CARFODR.

CarEME-PRENANT, carnaval, masque de carnaval.

On dirait qu'il esl céans carême-prenant tous les jours.

Bùurg. gent.y III, 3.

On dit que vous voulez donner votre fille en mariage à un «nriieprenant. - Ibid. , V, 6.

Gela, et un triste carrousel . . . sera tout ce que nous aurons à ce

MiLH., Lett. à Pwr99G, i8 février 1610.

Il (M. de Longneville) a été fort accompagné de la noblesse, tout ee esrn gênant. - Id., itHd,, 93 mai 1610.

Je crois qu*on riroit de moi, si on osoit; tout est de earémê-prenani,

Siv., Lett. à Bt^ de Grignam, 1673.

Mon papa, il y a là une troupe de earémeê-frenanU qui veulent entrer.

Rbghàbd, Hom, à b.frrt., III, 6.

Au secours I au secours! Votre fille! on l'emporte I

Des carémeê-prenantê lui font passer la porte. - Id., L« Bal, te, 18.

« Caréme^prenant , c'est à la fois le moment où le carême prend, c'est-à-dire le caroatal. et rhommc dëguisé dont on dit encore, au moins en Anjou, <r c'est un camaYalii.

Caresses, témoignages de sympathie, de bienveillance.

17 Je vous vois accabler un homme de caresses,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses. — Misantk.f I, i.

Cela se passera avec un peu de caresse que vous lui ferez.

G.Dand., 11,8.

Il me fait des caresses dont je suis moi-même confus.

Bourg. gent.y III, 3.

933 Les faveurs du tyran emportent tes promesses;

Tes feux et tes serments cèdent à ses careues. - Coaif . , Cinna , III , A.

Le Roy l'estimoit et luy faisoit beaucoup de carestes,

M"' DB ScuDKBT, MothUde, 1667, p. 1&9.

1587 -^^^ ^ ^^^ ^^^^'' ^" P^^ combien de carestee

Il m'a renouvelé la foi de ses promesses! - Rac, Rritann,,V^ 3.

CarfouR, carrefour.

678 Faites venir ici, l'un ou l'autre, au retour.

Le notaire qui loge au coin de ce carfour. — Éc. des Fem., III, 1.

* L'édition de 173^1 et celles qui l'ont suivie écrivent «du carrefour n.

Au vers 79 de Y École des Femmes, I, 1, Molière avait employé la forme earrrfow:

73 Gare qu'aux carrefours ou ne vous tympanisel

GARMINATIF — CAROGNE 337

5g 1 Gomment? — De ce caf/vur j'ai vu venir Philandre. - Cobr., Mélite, II, 5.

Pour venir au chariier embourbé dans ces lieux,

Le voilà qui déteste et jure de son mieux. - La Fokt., II, p. og : FabL,\î, 1 8.

Le charton n'avoit pas dessein

De les mener voir Tabarin. - Id., II, p. 970 : FabL, VIII, 19.

Nous n'avons trouvé carfour dans aucun dictionnaire; Rîcheiet ne donne pas (1680) xarfimr, mais au mot carrefour il joint la forme carfour; de même dans Pédition de 171g; mais l'édition de 1796 dit: 9 carrefour, carfour, il est mieux trissyllabe». — La i^pobe muette re a disparu de larcin, qui, jusqu'au Monet de 1620, a toujours été écrit larreein. Toutefois Monet donne encore les deux formes larrecin, larcin, dans sa nomendatnre, en adoptant la seconde dans ses exemples. On trouve de même de nombreux exemples de épiueter pour époutêeter; mais cette dernière forme a prévalu, comme pour carrefour; dans La Fontaine, on trouve charion pour charreton, et chartiar pour charretier, comme dans Molière et Corneille carfour pour carrefour,

Carminatif.

3te Voir Insinuatif,

Carne.

Je me suis donné un grand coup de la tête contre la came d'un volet. - Mal. imag.y I, a.

S'ils ne m'eussent retenu, je m'allois mettre la teste en pièce contre la carne d'une pierre. - Chapelain, Trad. de Guzm, d'Alfar,, i63o, I, ig6-ig7.

^ Félibien ne donne pas ce mot dans le lexique qui termine son Trmté d'architecture, «r Came ou pointe solide composée de plusieurs superBcies inclinées l'une vers l'autre :

il s'est donné un coup dangereux contre la came de cette table, de cette cheminée, de

rette pierre.» - FuBiriàiui, Diction., i6go,

Carogne.

190 Tu ne m'entends que trop, Madame la carogne, - Sgan., se. 6.

566 L'on ne demandoit pas, carogne, ta venue. - Ibid., se. 99.

Peste soit des carognes, qui me laissent dans l'inquiétude I

Mar, forcé, se. 6.

Taisez-vous, carogne que vous êtes! - G. Dand,, I, 6.

Oui, j'admire mon malheur et la subtile adresse de ma carogne de femme. - Ibid., II, 8.

Deux carognes de baragouineuses me sont venu accuser de les avoir épousées toutes deux. - Pourc, II, 10.

Voyant la céleste corogiw (Vénus), 11 abandonne sa besogne.

ScARRON, Virg, trav., Paris, David, 1705, II, 83.- Cf. I, 3so-3ai.

laMiBMua ■•n««ftLa.

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