‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 308 sur 455 · CHAISE · texte numérisé non relu

CHAISE

De peur qu^oD en doutât, il s^est fait peindre en ehaiu, — Point; cVst qu^étant assis, on est plus à son aise.

MoNTFLBURT, Impr. d$ VhâUl de Condé, se 3.

N, B, Il semblerait , d*après ce passage , que Molière s'est fiadt représenter dins une chaire de prédicateur; point : dans la gravure qui précède la première ëdition de VÉc. im Fem,, Molière est assis sur une simple chaise, sans bras, à dossier élevé et le siège garni d'un coussin.

S'il lui restoit encore (à Molière) quelque ombre de pudeur, ne lui seroit-il p» fâcheux de passer pour un libertin dans 1 esprit de tous les prédicateurs, et d'entendre toutes les langues que le Saint-Esprit anime , déclamer contre lui dans la chaiêes et condamner publiquement ses nouveaux blasphèmes?

De Rochbhort (îBabbier d'Aucoor), Obeerv. eur le Feetin de Pierre, dans le Molière de la Coll. des Gr. Écriv., Y, p. aag.

Je luy dis que j'avois fait faire une chaiee, parce que Molière devoit venir jouer le Malade imaginaire chez moy.

Dsvisé, Orait.fUn, de Molière, nouv. coll. moliér., p. sS.

Il monta en chaite avec un sérieux qui fit rire toute l'assemblée.

lo., ibid,, p. s6u

Ces paroles ne conviennent pas au sujet qui m'a fait monter dans cette ck&iee.

I»., iM., p. 97.

Voulez-vous un fauteuil? Vous jouerez à votre aise.

L'action n'est jamais belle dans une chaiee. - Poisson, Poeîe boêfuê, se 9.

3(c Depuis longtemps déjà , la distinction était faite entre la chaire du prédicateur ou dn professeur et la chaise de leur auditeur: Vaugelas le dit en 16&7 (t. II, p. 167, édiL Chassang), et Cl. Irson le répète en 16 56, à la p. 99 de sa Nouv, méth. pour affrteàrt les principes et la pureté de la lang,fr. Mais , jusqu'en 1611, tous les dictionnaires donnaient le mot chaire seul ; Cotgrave (1611) admet chaire et chaize.

Le Monet de 1620 comprend toutes les variétés de chaires, non de chaises, savoir: tt chaire, selle dossicre, selle à dossier; chaire, selle dossiere de Docteur, en son particulier; chaire à haranguer, à prescher; chaire à bras; chaire à porter quelqu'un; chmre ro)faie, throne royal; chaire percée, selle pour les nécessitez naturellesn. Il faut passer deli sa Monet do i63() et au Dict. des rimes de 16 4 8 pour retrouver chaire et chaise; et encore même plusieurs dictionnaires postérieurs à cette date n'ont-ils pas la forme chaise, qui était considérée comme une forme du parler parisien.

Ce langage, nous n'osons dire patois, parisien changeait constamment r en s et « en r. Les renseignements abondent sur ce poiut. Déjà en i53o, dans Lesclarcissement de Is langue francoyse , Paisgrave a un long chapitre sur la lettre R (le 61*), où il fait remarquer

?ue les Parisiens trsouiide somtyme (prononcent quelquefois) r comme z, sayeng (disant) ^zys for (pour) Paris, pazisien for parisien, chaize for chayre, mazy for maryi». En i53i, dans son Isagoge in linguam gallicam, Dubois (Sylvius) blâme cet abus, familier aux femmelettes de Paris; après avoir noté chez les Latins la confusion fréquente des lettres r et «, il ajoute : trln utroquo vitio mulierculs sunt Parrhiains, et, eomo modo, quidam parum viri, dum r in t, et, cx)ntra Eretriensium more, a in r, passim magna afleclationc couvertunt, dicentes Jeru Masia, ma mese, mon pesé, mon Jrese, elid genus sexcenla, pro Jesn Maria, mère , père , frère. n (P. 5a.)

En t533, Ch. de Bovelles (Car. Bovillus) formule la même plainte dans son ïixr^is Differentia vidgarium sermonum et gallici sennonis varietate, p. 36-37; ^ ^^^^ mese,frese, pour mère, frère, et au contraire courin, oreille, pour cousin, oseille; il cite enfin certain» enseignes de Paris, au gril cousonné, a lestelle (l'estoile) cousonnée, au bœuf cousmué (couronné).

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