‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 309 sur 455 · CHAISE · texte numérisé non relu

CHAISE

Vers le même temps, deux pièces atlribuées à G). Marol, mais qui pourraient être de son fils Michel , et connues sous le titre de : EpUtre du biau fy de Pazy et Retpcnce de la Dame, raillent Taffectalion des courtisans à changer les r en « et les t en r; en voici qudqucs vers :

Quand la dame a le cueur piteu , C'est une si joyeure chore !

Et , dit le Roman de la Rare Si une fille est orgueiîleure, G^est une chose pezilleure Pour un biau jeune G et sage . . .

Réimprimé dans le Recueil de$ poée, fr. du iv' et du ivi' iiècle, par M. Anat. de Montaiglon; bibl. elzév., t. V, p. 197.

Cette mode , ou cet usage , se continua chez les paysans des environs et dans le langage populaire de Paris. La mazarinade intitulée : L'agréable cot^erence de deux pawim de Saita-Ouen (16&9), débute ainsi :

Qu'esly, ce couarjuteu? — Ardé, cesly-là qui hàiteza de la charge de Monseu de Pazi. — Ha voizeman, j'ay ouy dize qu'il a oflar d'cxortisé le cardena. . .

Parmi les divers extraits eu patois parisien donnés par M. Gh. Nisard dans Tétude qu'il a publiée sur ce sujet , on ne rencontre plus ces formes de mots après le x?n* siècle.

On distinguera facilement dans les exemples cités ceux dans lesquels chaUe ou chaire est mis pour fauteuil et ceux où chaUe désigne une ch/iire de prédicateur.

Chaise, siège à bras ou sans bras.

Une chaise et un couvert.

Z). Juan, IV, 8. (Certaines éditions donnent chaire.)

Donnez-moi son manteau fourre, et des oreillers, que je Taccommode dans sa chaise. — Mal. iniag., 1,6.

Isabelle el Lazarile estant sortis, Elomirc arrange un fauteuil, une chaUe à dos et un placet. Tous refusent le fauteuil et la chaUe à dos, et veulent prendre le placet par cérémonie , en se faisant de grandes révérences les uns aux autres. Le Boulanger de Ghalussat, Élomire (Molière) hypocondre, 1670, I, 9 et 3.

Je voulus luy faire apporter une chatte; il se saisit opiniastremcnt d'un siège playant ... Je courus à luy promptement pour Ten empêcher : mais il crut que c^estoit pour Tobliger à prendre la chaise, et sa courtoisie n*avoit garde de le souffrir. - Araspe et Simandre, 1679, II, p. 169.

Il y a , dit la Dame , une autre chicane que la vanité a encore introduite ; elle consiste en la différence des sièges. Gette différence regarde particulièrement les femmes; celles qui ont quelque prétention à la principauté croient avoir remporté une grande victoire quand elles n^ont présenté qu*une chaiee à doe k une femme de qualité qui les aura visitées, et qu'elles ont été assises dans une chaise à bras.

De GALLiàRBs, Mois à la mode, 1699, p. i38.

Vous voyez quantité déjeunes gens de qualité, reprit la Marquise, qui,. . . s'il y a de grandes chaises de commodité, . . . s'en saisissent d'abord , et ils auront l'incivilité de ne les pas ofirir à une dame ; ils s'y étendent , ils s'y renversent à demy couchez, ils s'y bercent, ils mettent leurs jambes sur d'autres sièges ou sur l'un des bras du fauteuil où ils sont assis. . . - Id., ibid., p. 69-68.

366 CHAISE ROUUNTE — CHAISE

^ Le Malade imaginaire est assis dans un fauteuil; mais ce fauteuil, agencé comme il Test, avec une tablette et des oreillettes, s'appelait ehaùe de commodiUi il ne firat pas le confondre avec la chaiu percée, qui s'appelait ehaÎM d'ajfaire$ :

ftWy avoit, dans la maison du Roi, deux porte-cAtfUtff éPaffairta.rt - État iêlaFr Notons toutefois que Danet, dans son Dictionnaire (i683), appelle ehoiae it.eoaw le meuble que les autres lexicographes appellent cham d'affaire».

Chaise houlaiste.

90 Et vous avez, la belle, une chaise routante ^

Où, par deux bons chevaux, en dame nonchalante,

Vous vous faites traîner partout où vous voulez. — Amph.^ P.'-ol.

* Il n'est pas question de chaiêe roulante dans les dictionnaires avant Richeiel (i68o); le P. Gandin (1677), qui parle longuement des chaitee k porteurs, est muet sur les dtaieee roulantei. Richelet donne le mol sans l'expliquer. En 1690, Fnretière dit : *(Jn petit carosse coupé s'appelle une chai$e roulantes ^ et ailleurs, v* Carrœee : s Un carrosse coupé est un carrosse qui n*a qu'un fond sur le derrière, et tout au [dus, sur le devant, un strapontin.»

En 169Â, l'Académie définit la vehaiee roulante une voiture k deux roues, traisnée par un homme ou par un cheval; et, absolument, ckaiie, un petit carrosse pour deux personnes.»

Chaise , chaise à porteurs.

Il y fait un peu crotté; mais nous avons la chaiee. — Il est vrai qae la chaise est un retranchement merveilleux contre les insuites de U boue et du mauvais temps. - Préc. rtd., se. 9.

Voit-on que j aie besoin de carrosse ou de chaise pour cheminer?

Mar.forcéy se. 1.

936 De temps en temps je le vais voir

Tantôt à pié, tantôt en chaize, - Lobbt, Muze hiêtor., 99 avril i656.

Faut-il s'étonner s'il est riche, Et si , de peur de se crotter, 11 se fait en chaire porter Par six pendarts qui disent gare, Pendant que ce sot qui se carre Monstre son nez aux rcgardans Pour faire voir qu'il est dedans?

Fa. CoLLBTBT, Juvénal bwL, 1667, p. 19-90.

Jupiter arrive à grandie pas,

Se niche dans sa chaire à bras. - Richbb, Ovide bouffon, 1669, p. 91.

Sous ce déguisement , je vais sortir eu chaise, - Mortplburt, Dame médecin , II, t.

Assez près de choz vous ma chaise s'est rompue. - Rbgrard, Fol, am,, II, 3.

^ Vaugelas a fait une Remarque sur les mots, chaire, chaise ou chaize : «L'un et l'autre est bon , dit-il , mais il ne s'en faut pas servir indifféremment ; car on dit la chaire de Saint-Pierre, la chaire du prédicateur, chaire de droit, et non pas chaiee. Au lieu que Ton

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