‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 374 sur 455 · COMMENT — COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMENT — COMMERCE

Le même conte qu^il a commencé de faire à quelqu^un, il Fachève à cdoi qoi prend sa place. - La Bbuy., II, 58. (Coll. dee Gr. Ecriv.)

9|c «On dit : t7 commença à. . . et il commença de, . , La première phrase est désagréable, mais, quelque rude qu'elle soit, Ton est plus pour elle que pour Tautre.* -René Bart, Rhétor,, 1676, p. a 69.

On trouve également, dans Racine et dans La Bruyère, commencer à. — Mais laqaefle de ces formes doit-on régulièrement employer? La question a été examinée par Vaugelas, le P. Bouhours, Ménage et L. Aleman. — Vaugclas exige commencer à, même au peié déflni : t7 commença à; le P. Bouhours, qui était d'abord de son a\is, en voyant commenter de dans nos meilleurs auteurs, dont il cite une foule d'exemples, finit par adopter cette dernière forme; Ménage pense qu'on peut dire indifféremment commencer à et eommfftcer de,ei prétend que, si le P. Bouhours a fini par admettre commencer de, c*est qu'il a conna son opinion : — te Le P. Bouhours, dit-il, cpii a su par des espions qu*il a auprès de moi, que je condaumois cette remarque de son livre des Doutée (où il préfère amuneneer à)^ s en est dédit dans son livre des RemarqueM.n — L. Aleman rapporte la querelle sans b résoudre. — L'Académie, dans ses éditions de 169/i, 1718 et 17&0, ne se prononce pas, mais donne à la fois des exemples de commencer à et commencer de. En 176a, après avoir donné des exemples de commencer à, elle ajoute : «ri! s'emploie quelfuefoie avec la prép. dei>. Même remarque dans l'éd. de Tan vu (1799), avec une nuance : «il s'emploie mud avec la prép. den. En i835 et en 1878, l'Académie fait une distinction : vCommeneerie désigne une action qui aura de la durée : lorsqu'il commença de parler, chacun se tut poor l'écouter; — on a commencé de bâiir sa maison. — Commencer à désigne une action qoi aura du progrès, de l'accroissement : Cet enfant commence à parler. Ses nuits sont pliis calmes; il commence à dormir. t»

Nous ne demanderons pas à l'Académie si, quand on commettes de bâtir, il ne doit pas y avoir du progrès, de l'accroissement dans la construction, ni si, quand on a des nuits plus calmes et qu'on commence à dormir, le sommeil ne doit pas avoir une certaine durer.

La vérité est que l'usage a prescpie complètement abandonné commencer de pour eemmencer à ^ et ne se préoccupe guère des distinctions subtiles des grammairiens.

Comment, combien , à quel point.

Vous ne sauriez croire comment Terreur s'est répandue , et de quelle façon chacun est endiablé à me croire médecin.

Méd, malgré lui, III, 1.

^ Malgré ces mots trde quelle façon?), qui semblent traduire comment dans son sens le plus ordinaire , il est évident que comment et même de quelle façon signifient ici (rjusqu'à quel point?).

Commerce, relations.

Oui, Monsieur, je veux faire amitié avec vous, et lier ensemble un petit commerce de visites et de divertissements. — Mar. forcé, se. 7.

67 On devroit châtier sans pitié

Ce commerce honteux de semblants d'amitié. — Misanth., I, t.

Un mot. — Plus de commerce, - Bourg, gent., III, 10.

Je vous déclare que je romps commerce avec vous.

Mal, imag., III, 5.

œMMERCE àU

1 370 Le sang de mon époux

À rompu pour jamais tout commerce entre nous. - Corn., Pompée, IV, à.

169 Avez-vous en ces lieux quelque commerce? — Aucun. - Id. , Sophoniêbe, I, 3.

La Grammaire est le fondement du commerce, et de la société, et si on sappe le fondement, Tédifice peut-il demeurer debout? La Politique peut-eHe subsister sans la Grammaire?

Balzac , Le Barbon , dans Sallbngbe , Hiat. de P, de Monimaur, 9 in-S**, 1715, II, p. 111.

Les sacrifices sont un commerce entre Dieu et les hommes.

Rac, YI, 969, Livrée ann.

Ce même homme, d^un commerce si agréable. - Id., VU, 1 1 : Lett,,

Le rapport de nos fortunes . . . rendoit notre commerce agréable.

La Rochbf., II, ho,

li se couche assez tôt, se lève assez matin

Et n^a point de commerce avec le médecin. - CHAMPMzsLé, Paritien, I, 1.

Quel est ce Monsieur, avec qui ma nièce a commerce f

Hadtbrochb , Le Cocher, se. 3.

Ni la Grèce, ni TAsie mineure, ni la Syrie, ni TEgypte, ni enfin la pluspart des autres Provinces n^ont jamais esté sans guerre que sous TEmpire Romain; il est aisé d^entendre qu^un commerce si agréable des Nations servoit à maintenir dans tout le corps de I Empire la concorde et Tobéissance.

BossuBT, Hiit, Univ., in-&% 1681, p. 533-53/i. ~ Cf. Id., ibid,, p. 36, 59, .5i3, etc.

Sa palinodie (de Wiclef) devant le Concile. . ., la honte qu^il eût de sa lascheté ... luy fit rompre commerce avec les hommes.

Id., Hiit. det Var., 9 in-à% II, 1688, p. 986.

Vous entretenez si bien le commerce de mes amies , que je n^ai qu^à vous prier de le continuer. - Sif., VIII, 1 1 1. (Aulogr.)

Une belle femme cpii a les qualités d'un honnête homme, est ce qu'il y a au monde d'un commerce plus délicieux. - La Brut., I, d'jk.

J'entretiens commerce avec les anciens, et je fraye aussi avec les modernes.

Re65Ard, Coquette, III, 3.

4^ ff Je lui contai conmie j'avois remarqué la sottise étrange qu'ils faisoient paroilre, usant â tous coups de sept ou huit mots affectez entre eux, et qu ils croyoient s'être montrez bien habiles hommes quand ils disoient : indubitablement ils allarent, Us parlarent, vous estes admirable, . ., vous estes dans le grand commerce du monde, . ,d - Sorel, Francion, 1 633 ; édit. de Leyde, 1791, 1, 34i.

Ce passage montre que le mot était nouveau dans la langue en i633; le passage suivant de M*^* de Scudéry, cité par M. Marty-Laveaux {Lexique de Com,)^ confirme ce fait : «Ne voyez-vous pas, dit Dorinice, qu'au lieu de ces mots que l'usfige avoit introduits et qu*on autre usage a bannis, on voit naître de notre temps. . . l'expression de manège, qui a quitté la chevalerie pour devenir une expression figurée des courtisans adroits; celle d'un bon commerce, qu'on a dérobée aux marchands pour exprimer que ceux k qui on rapplique sont gens avec qui on peut vivre commodément, n

Ce sens figuré existait en latin; Cicéron a dit , dans ses Tusculanes «rcum Musis commerctttffi habere». - V, 66.

Déjà aussi Malherbe l'avait employé :

Il répare en la contemplation des choses divines ce qu'il a accueilli de vicieux et de sale dans le commerce de l'humanité. - II , 119.

laramnua ■AT(v*«La.

àVî COMMÈRE DOLENTE (MA) — COMMETTRE

Un livre de Tabbé de Bcllegardc est intitulé : RéJleaion$ §ur ce qm peut plaire dâat k commerce du monde.

Commère dolente (Ma).

89 Et je suis maintenant ma commère doknte. - Sgan., se. 9.

lt Aucun dictionnaire n'a relevé cette expression, excepté le Diction, de Trévoux, qui cite le vers de Molière et ne donne pas d'autre exemple. On disait aussi ma commère Ventendue :

Du temps que ce droslc estoit auprès de ladite garde, et que sa inarmitle bouilloit à SCS dcspens, on n'eusl osé luy dire bran en son nez, tant elle faisoil tna commère Ventendue. - Caqueté de l'accouchée, p. i65, bibl. elzév.

Commettre, confier.

1/17 Je n'y veux point, Élise, employer cette lettre :

C'est un soin qu'à ma bouche il me vaut mieux commettre,

D. Gare, y I, 1.

167 Jusqu'ici Dom Louis, qui vit à sa prudence

Par le feu Roi mourant commettre son enfance. - Ibid,^ I, a.

99 Elles sont sans parents, et notre ami leur përe Nous commit leur conduite à son heure dernière.

Ec, des Mar,, I, 9.

1 193 Reprenez le pouvoir que vous m^avcz commis, - Coin., Cirma, IV, 9.

338 Us commettent aux flols cette douce espérance.

La Font., VI, p. 900 : Les Filles de Mime,

37 C'est à leurs doctes mains, si Ton veut les en croire.

Que Phœbus a commis tout le soin de ta gloire. - Dbspb. , Diêc. au Roi.

1 198 ... Le sort d'Andromaque est commis à ta foi. - Rac, Androm,, IV, 1.

Ces sacrifices ... ne faisoient qu'une partie de ces horribles iniquitez des Amorrhéens, dont Dieu commit la vengeance aux Israélites.

BossuET, Hist, Univ., in-A", 1681, p. ig3. - Cf. Id., ibid., p. ao5, 936, 365.

Que peuvent sur les consciences des décrets de religion, qui, tirant leur force de Tautorité royale à qui Dieu n'a rien commis de semblable , n^ont rien que àt politique? - Id., Hist. des Var,, 9 in-4', 1688, I, p. 4i4.

Commettre (Se), se confier.

i '108 Que vous dirai-je? Enfin cette aimable personne. . . iTa plus voulu songer à retourner chez soi, Et de tout son destin s'est commise a ma foi.

Ec. des Fem.f V, 2.

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