‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son tempsChapitre 624 sur 664 · VENTRE (AHI) — VERBES · texte numérisé non relu

VENTRE (AHI) — VERBES

Ventre (Ah!), par le ventre, ventreblbu , jW(m«.

* Voir t. n, p. 699, Jur<m$.

Venue.

Monsieur Purgon m'a dit de me promener le matin dans ma chambre, douze allées, et douze venues. - Mal. imagin., II, 9.

G*est un homme né pour les allées et venueê, - La Bbuy. , I , p. 66.

Vende.

Je vois que, sans nécessite, tu vas courir risque de f attirer une venue de coups de bâton. - Fourb. de Scap., IIl, 1.

Vêpres, soir.

Je donne le bon vêpres à toute Thonorabie compagnie.

Escarh., se. 6.

Bon vespre, ma commère I Où allez-vous à ceste heure?

TouRNEBc, Leê Contenê, FV, A.

♦ On dit : cr Je vous donne le bon vespre. Ce mot devient vieux, n - Fuibtièbb, Diclion. ,

En 1680, Richelet ne donnait déjà plus le mot vêpres ou vespreM, que dans le sens de prières du soir; mais en 169/î, dans sa première édition, i*Académie française admet encore, mais comme vieille, Tcxpression de Molière.

Verbes.

Première personne du singulier dans les verbes comfne croire, devoir, dire, venir, voir, etc.

571 Ahl bons Dienxl je frémi!

Pandolfe qui revient 1 Fût-il bien endormi! - UEu, II, 4.

889 Un brouillon, une béte, un brusque, un ëtourdi, Que sais-je? un. . . cent fois plus encor que je ne di.

LÉt., II, 11.

1 155 Comment? Vous moquez-vous? — On m'y hait, et je voi Qu'on cherche à vous donner des soupçons de ma foi.

Tart.j III, 7.

1283 Ne me réduisez point par cette dure loi

Jusqu'à me plaindre au Ciel de ce que je vous doi.

Ibid., IV, 3.

1671 Vous me feriez damner, ma mère, h vous lit

Que j'ai vu de mes yeux un crime si hardi. - TarU^ V, 3.

1728 Votre nom? — Dites-lui seulement que j> vien

De la part de Monsieur Tartuffe, pour son bien. - /Jirf., V, 4.

•¥ Voici ce que dit Vaugeias à ce sujet (1647) : « . . . Quelques-uns ont cru quil ftlloil ôler f» finale de la première personne, et écrire \je eroy, je «foy, je dy, je cram, etc., changeant Vi en y, selon le genre de notre langue qui aime fort i^usage des y grecs à U fin de la plupart des mots terminés en t, et qu'il falloit écrire ainsi la première personne pour la distinguer d'avec la seconde, tu croies tuf au y tu dis, tu crains, etc. Il est certain que la raison le voudroit, pour ôter toute équivoque, et pour la richesse el beauté deU langue ; mais on pratique le contraire , et Ton ne met pomt de différence ordinaireraeBt entre ces deux personnes. . . Ce n'est pas que ce fût ime faute quand on èteroit Vê, mm il est beaucoup mieux de la mettre toujours dans la prose . . .

(fNos poètes se servent de Tun et de l'autre à la fin du vers, pour la commodité de la rimo. M. de Malherbe a fait rimer, au prétérit parfait défini, couvry avec /vry : c'eit contre Tusage de notre langue, qui ne le permet qu'à la première personne du présent de rindicatif, et non pas aux autres temps. Aussi ne faut-il pas en cela sui\Te son exemple.*

Thomas Corneille, dans ses Remarques sur Vaugeias (1687), reprend : cr II est évideot que c'est pour la rime seule que les poètes se sont autorisés à ôter Vs finale dwosje erwt, jf vois , je cannois , j'aperçois , et dans quelques autres verbes de c«tte même termuiaisoii. Cvsi une licence qu'on a leur soufferte, mais elle ne doit point s'étendre jusqu^aox verbeii fa're, dire, craindre , prendre. Je crois qu'il faut toujours écrire je fais , je dis , je crstffff, jC prends, et jamais jefai,je di, je crain, je prend.

L'Académie (1704) réclame Vs pour je fais, je dis, je crains , je prends ; ette ajouta : «Plusieurs, et surtout les poètes, se dispensent de cette règle dans les verbes eonnoistre, appercevoir, croire, devoir, concevoir, et disent : je connoy, j'apperçoy, je cray, je doy, jt coiçoy. On peut aussi mettre une s à la fin de ces premières personnes, et dire je coiumû, j'apperçois, etc. Les verbes sçavoir et voir ne prennent point d'< à la première personne du présent de l'indicatif; il faut dire je sçay et je voy, — Je couvry pour j> couvris est une licence que personne ne doit prendre.» - Observ, sur Vaugeias.

Si nous remontons plus haut, nous voyons que : 1" Rob. Estienne, dans son traité D^ GaUica verhorum decUnatioue , prescrit Vs à la première personne du présent de l'indicatif, et la retranche à la deuxième de l'impératif; a"* Louis d'Arsy (i6à3) prescrit Vt à la première personne du présent de l'indicatif et à la deuxième de l'impératii : je amçeii, impér. : conçois; je prens, imper. : prens ; 3" Cotgrave (i65o) écrit : je bâti, impér. : bâti; je veoy, impér. : voy ; je connoy, impér. : connoy ; h'* Ces. Oudin (i65i), dans m Gramm. itaL, écrit :je voy, impér. : voy ; je sens, impér. : sens; je tien ou tiens, impér.: tien; je sçay, imper. : sçache ; je vien, impér. : viens; 5*" Giov. Aless. Lonchamps (i6S5)i dans sa Gratnmatica délie tre lingue italiana, spagnuola, francese, écrit i je finis, imper. : fi>y ; je doy, imper. : doy ; je rends, impér. : rend; je tiens ; je viens ; je sçay ; je voy;/t dy ; je fay ; je prends ; 6° Aul. Oudin (i664), dans sa Gramm. franc, , écrit : je finis, jt dois, je rends, imper. :Jiny, d'y, ren ou rends ; je tiens, je viens, je sçay, je voy ou vois;]* dy, je fay, je prend; 7° Ces. Oudin (1670), dans sa Gramm, espagn., écrit : je ly, impé*. : lis ;j*enten, impér. : entens ; je fay, impér. : fais; je sçay, impér. : sçay ou sçaches ; je reif, impér. : voy ; je dy, impér. : dis; je viets, impér. : ci>n«; 8* Mauconduy (1678), dansa Nova grammatica gallica ou Nouv. gramm. franc, , écrit : j'avertis , impér. : arertt ; je reçois, impér. : reroi ; j'entends , impér. : entend ; je tiens, je viens; je sçay, impér. : sçm ; je voi, impér. : voi ; je dis , impér. : di ; je fais , impér. : fai.

Nous arrêtons ici cette revue des grammairiens contemporains de Molière. Que condore? C'est qu'il n'existait aucune loi précise, et que la suppression de Vs était ou prescrite on tolérée, mais toujours acceptée en vers et même en prose.

Forme inletrogalive de la première personne de Vindicatif présent.

17&9 Et quoique avec ardeur je veuille vous haïr

Trowm-je un cœur en moi tout prêt à m obéir?

MisantL, V, &.

4b Toutes les anciennes éditions donnent celte forme, au lieu de trouvé-jê, adopté par s éditions plus récentes et déjà prescrit par Vaugelas :

m De la première penonM du préunt de Vindicatif dwani U pronom persmmd je. Exemple : mné-je sans être aimé? Je dis qu^aims, première personne du présent de Tindicalif, en itte rencontre ne s^escrit ni ne se prononce comme de coustume , car 1> qui est féminin nuet), aime, se change en e mascidin (ouvert), aimé, et se doit escrire et prononcer wU-je. Cette Remarque est très-nécessaire pour les provinces de la Loire, ou l^on esit et où Ton prononce aime-je, tellement que ceux qui en sont ont bien de la peine, œlque séjour qu*ils fassent à la Cour, de s*en corriger. Mais elle ne laissera pas de servir icore aux autres, en ce que d'ordinaire on orthographie le mot de cette sorte, aimay-je 1 lieu à'aimé^e. . .

«n y a encore une Remarque à faire, mesme pour ceux qui sont de Paris et de la Cour, ont plusieurs disent menthe, pour dire menU-je, perdê-je pour dire perde-je, rompé-jt >nr rompe-je. Nous n*avons pas un seul Autheur ny en prose ny en vers, je dis des plus lédiocres, qui ait jamais escrit mentS-je, ny perdé^e, ny rien de semblable :

Que de tragiques soins, comme oiseaux de Phinée Sen»-je me dévorer !

dit M. de Malherbe, et non pas tenté-je. . .

t A qnoy il ne sert de rien d'opposer que menU-je, perde-je, rompe-je, font un fort maulis son; car ceux qui disent qu'il faut parler ainsi n'en demeurent pas d'accord.»

ViUGiLAs, avec les Obeerv, de VAcad. franc,, Paris, Coigoard, in-/i% 170 A , p. 93a-933.

Patra, très délicat en fait de langue, ne partage pas l'avis de Vaugelas :

ir Je ne suis point de Tavis de la Remarque, dit-il nettement, et fusage est au contraire. i, en jouant à la boulle, vous demandiez le perdt'je, on ne vous entendroit pas. 9»

Patru ne contredit pas seulement Vaugelas, mais aussi Port-Royal, dont la Grammaire ^nérale porte ce principe :

tSi je ôiafaime, vous aimez, il aime, c'ett, cela signifie l'affirmation; mais si je dis mé^et aimez-vou» f aime-t-ilT ett-ceT cela signifie l'interrogation. D'où il s'ensuit, pour

marquer en passant, qu'il faut dire eens-jef lii-je 7 et non pas eentetrje 7 Ueezrje 7 parce tt'ii faut toujours prendre la personne que vous voulez employer, qui est ici la première,

une, je lit, et transporter son pronom pour en faire un interrogant. ?)

Gram, gén, et raitonnée (de Port-Royal), a* édit., 1664, p. lâg.

Th. Confeille, dans son Commentaire sur Vaugelas, condamne mentje,perde-je, rompe-je, ndê-je, don-je aussi bien que mente- je, perdé-je, rompe- je , fendé-je et donné-je; il préire le conseil, donné plus tard par l'Académie, de prendre un autre tour, et de dire, ir exemple, ett-ce que je mente 7 - Vaugelas, édit. Chassang, I, p. 344.

L'Académie, dans ses Obeervations , exige aimi-je et condamne naimay-je, avec ay )mme quantité de gens l'oscrivont. Le tene-je me dévorer, de M. de Malherbe, n'a point lu; il est grammatical, mais dur à l'oreille, et plusieurs ont dit que, s'il falloit choisir

774 VEBBES

néGessairemeat entre menU-jê^perdi-jê, rompt-je, dor9^e, et metUé-je, perdé-jê, rompe it et domU-je, ils diroient plustost ce dernier contre la resgle, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui parient ainsi. Cependant le plus seur est de choisir un autre tour comme eit-ce que je menti,, . . et ainsi des autres verbes. Cette rudesse ne se rencontre que dans ceux qui n*ont au présent qu'une syllabe, car on dit préUn$-jê, eormoù-jê, et non pai prétenaé-je, c<mnoU9ê-je , comme quelques-uns le disent fort mal. . . » — Itnd., p. 933-s3â.

La préférence donnée par TAcadémie, au nom de tplusieursn de ses membres qui disent plutôt mtnU-je f perdé-je f nmpé-je f et dormé^e, que menU-je T perd&^ f et don-je ? «parce qu'il y a beaucoup de personnes qui parient ainsi» , et son timide conseil de donner à la phrase un autre tour, ne furent pas du goût de Boursault. Il écrivit k ce sujet une longue lettre «ta M'' Fléchier, de l'Académie firançoise, évéque de Nismes, pour açavoîr s^ii faut dire au présent : perdê-je mon argent f ou perde-jê mon argent f

«Monseigneur, lui dit-il, est-il possible que ce que je viens d'apprendre soit véritable, et qne vous vous soyez déclaré pour une façon de parier que condamne la raison et que n^autorise point l'usage? Quand je parie de l'usage, j'entens ce qne disent les honnétei gens et non ce que dit le peuple , qui feroit bientôt dégénérer notre langue en un jargon, si Ton faisoit un usage de ses sottises. Une preuve que perdé-je mon argent n'est point do bel usage, c'est. Monseigneur, que vous n'oseriez vous en servir. )» Après avoir cité Vao> gelas et invoqué son autorité, Boursault reprend :

«rll est vray qu'une des plus délicates plumes qui ayent jamais esté (c^est de la eâèfare M*'* de Scudéry dont je parle) a mis quelquesfois dans les ouvrages inimitables qu*elie a donnez au public : n aussi ne prétendé-^je pasn , pour dire crattitt na jtrélmu-je /Mif », et que ce qu'elle écrit devroit être une loi pour les autres. Cependant, tout Ulustre qa^dk est, elle n'a été suivie en cette occasion de qui que ce soit. . . n

Ignorant ou oubliant l'opinion de Patru, un maître cependant du barreau, il ajoute:

«Tout ce qu'il y a d'avocats fameux disent toujours tiperds-je mon droit f perdi-je mas hypotêque T perdê-je ma cause In et jamais le mot de perdé-je ne leur échappe. . .

«Si Téloquence du barreau ne vous paroit pas une autorité d'assez grand poids. Monsieur (l'Evéque) de Langres. . . qui non seulement est de la Cour, mais qui demeure d'accord lui-même qu'il est grand joueur, et qui , par conséquent , doit être bon juge des termes dont il s'agit, m'a dit que tous les joueurs de distinction disent perdo-je mon argent, et non pas perdéje ; et si j'osois prendre la liberté de me servir d'une autorité au-desns de toutes les autres, je vous dirois. Monseigneur, que le Roi, qui parie mieux que l'Académie dont il est le Protecteur, disoit ces jours passez : «Depuis six ans que j'ai tant «d'ennemis sur les bras, perds-je un seul pouce de terre ?7)

Boursault demande ensuite à Fléchier si les évêques de Périgueux, d'Agen, de Meaux, le P. Bouliours et Fléchier lui-même, si Corneille , Racine , Despréaux, Molière, ne s'estant jamais sorvi de perdé-je , perdé-je peut être du bel usage ? Non , assurément.

Une dernière considération se présente à l'esprit de l'auteur :

«La lie du peuple, socondce de quelques laquais de la Cour, qui jouent ordinairement au lansouenet ou au brelan en attendant lours maîtres, sont les premiers qui ont introduit le mot de perdé-je^ et qui, faute de connoissanre, ont cru que mangé-je et buvé-je éloienl aussi bien dits l'un que l'autre. Si ce qui est usité parmi eux devenoit un usage générai, on diroit bientôt : trvoyé-je clair? croyé-je un mensonge ? /tiye^« les coups? et autres mauvais termes . . .

«De quelle utilité est la plus illustre Compagnie de l'Europe, je veux dire l'Académie françoise, si elle souffre que notre langue se corrompe sans s'y opposer?»

BouRSAiLT, Lettr, nouv., édit. de Luxembourg, 1709, p. 939-937.

Voir ci-dessus, p. 583, Sehtir :fonne interrog. de la î^' pers.

Verbes avec deux formes â^interrc^aiion dans la tnéme phrase.

5g 1 Est-ce jeul dites-nous, ou bien si c'est folie

Qui traite de dëfunt une personne en vie? - VEt,^ II, &.

2&g Mais est-ce un coup bien sûr que Votre Seigneurie

Soit désenamourde, ou si c'est raillerie? - Dép. ont., I, U.

De grâce, est-ce pour rire, ou si tous deux vous ejctravaguez^ de vouloir que je sois médecin? - Méd, malgré 2ut, I, 5.

1 186 Voyez : est-ce, Madame, ou ma faute ou la vôtre? Mon cœur court-il au change, ou si vous Ty poussez? Est-ce moi qui vous quitte, ou vous qui me chassez?

rem, sav,^ IV, S«

Page 1