‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son tempsChapitre 72 sur 664 · MIGNARD · texte numérisé non relu

MIGNARD

MiBSTBBDX, incontinent, lasciviouty toanton, leacherouê, Itutfull, that lowe$ to hefigging.n — Ccst-à-dire : (rincontinent, mal apprb, insolent, faisant toujours quelque soltue; comme miesvre; loiciviouê, incontinent, lascif; wanton, safre, reveieux, frétillant, gimbreleux, miêgvreux, mieuvre, mignard, mignon, mignot; leacherous, safre, paillard, gimbretcux, mietvreux, miewre, arietant; lustfuU, fretiUant, fretillard, fnietvreux, mieiwe; qui aime à ochern.

Mièvre ne reparait plus ni dans le Diction, Jranç.-Jkan. de 161 4, de i6d6 ou de 16 43, ni dans le Monet de i6ao ou i636; en i64s, Oudin le traduit par ^tfoglioroêo , désireux, sujet À ses volontés».

i65o. fx Mièvre se dit à Paris des enfans qui sont remuans, et qui font toujours quelque petite malice ou quelque petite friponnerie. 9

M^AGB, Originee, édit. 1769 (mais non i65o).

1660. Nath. Duez, Diction, Jranç.-itaL, répète Oudin de i649 ; Oudin, Diction, franc»etp. :v Mièvre, protervo, traviesso ; protervo, ner, arrogant , proterve ; travietêo, desbauché, pervers, malin, fascheux, fin, cauteleux, rusé, inquieLn

1675, Pomey; 1676, Gaudin; 1679, Guy Miège; 1680, Richelet; Danet, i683 et 1700; Joubert, 1736, ne donnent pas mièvre,

1690 : 9 Mièvre, terme populaire qui se dit des enfants éveillez ou emportez qui font toujours quelque niche ou quelque malice aux autres, n - Fdrbtiàrb, Diction,

1693 : frMon bourgeois, continua le Commandeur,. . . fit venir son fils, qui étoit un petit garçon de sept ans : Jeannot,faitei eerviteur, luy dit-il. 11 raconta toutes ses gentQfesses, dit qu^il étoit mièvre et sémillant. Ce u^est pas parce qu'il est mon fils, ajouta-t>il, mai* il a plue d'uprit qu'il n'eet groi. — R a de qui tenir, répondit un autre boui*geob, qu^il appeloil son compère.» - Db CiLLiifiBS, Du bon et du mauvais usage, 1693, p. h'j,

1694, 1718, 1740, 176a, an VI (1798), i835, 1878; Académie française : vMièvre se dit proprement d'un enfant vif, remuant et un peu malicieux.»

Aujourd'hui, mièvre est souvent employé, dans la conversation ou dans les livres, avec le sens de frêle , délicat , en pariant d'eîifants. Ce nouveau sens vient sans doute de ce qu'on a appliqué le mot mièvre à une peinture ou k un style , dont nous trouvons le caractère défini, pour la peinture par Mercier, pour le style par TAcadémie, dans sa der> nière édition.

ttMièvre, Ne vous en rapportez pas aux réputations que certains petits peintres, tenant boutique de petits portraits et de petits sujets bien léchés, bien mièvres, bien polis, se sont faites en disant ou fesant dire du bien d'eux dans les journaux ou feuilles décadaires qu'ils rédigent.» - L. S. Mbbcibr, Néologie ou vocabulaire de mot» à renouveler ou prit dans des acceptions nouvelles , Paris, an ix (1801).

ff Mièvre se dit quelque fois, en mauvaise part, d'un style afiecté, prétentieux. Un style mièvre.n - Acao. pbanç., 1878.

Mignard, gracieux, délicat.

h']'] L'honneur vous apprend-il ces mignardes douceurs?

Mélic., II, &.

Par ce refus mignard, qui porte un sens contraire.

Ton feu m'instruit assez de ce que je dois faire. - Cobn., Mélite, II, 8.

N, R. Ces vers, qu'on trouve dans les éditions de i633 et de i648, ont été suppvi mes dans les éditions suivantes.

n faut , pour bien finir, que j^épouse Lisette.

— L*aiine»-tu? — Je m^en meurs. Madame. — Elle est à toi.

— Ah 1 mignarde l — Non, non, il tient encore à moi.

Tu. GoRif., Amour à la mode, V, lo.

Plus loing, le mignard Catulle Se plaint du feu qui le brûle.

Tbistan l'Hebmitb, VêTê héroiq,, in-/i*, 16&8, p. 338.

(Il) regarda d*un œil paillard

Cet objet charmant et mignard. - Rica sa, Ovid$ bouffon, 1669 , p. 964.

Et puis lui ficba sa rapière. . .

Dans le côté du cœur voisin,

Et, iuy disant : tr Entrez, mignarde j*^

L*enfonça jusques à la garde. - Id., i^., p. 618.

Des yeux fripons.

Des sourcils bruns, des bras bien ronds,. . . Le corps bien mignard Et Tesprit gaillard.

C'est de quoy faire un cornard.

Air$ et Vaudev. de Cour, i665; II, p. 16.

Mignon, mignonne, subst., favori, jeune galant.

907 Enfin, le beau mignon, vos bons déportements

Troubleront les vieux jours d'un père à tous moments.

Dép. am., lU, 6.

Où allez-vous, belle mignonne? — Mar. forci, se. 2.

Lors s*en vint à ses compaignons

Dire : trNostre escot est payé ;

Je suis jà Tun des grands mignons

De léans et mieult avoyé.» - (?) Villon, La Seconde repeue,

Pensei-vous qu^en la Cour du Roy, quant au langage, on se règle sur ceux qui gudent quelques règles?. . . Au contraire, on prend plaisir à aller à travers champs ^ 1 esgarée, et principalement quand on sçait que quelque grand ou , pour le moins , «Paqne mignon a passé par là.

H. EsTiKNfiR, Lang. franç.'ital, , édit. Liseux; I, p. 67.

Madame, c'est votre grand mignon. - Labbivit, La Comtance, H, 3.

Cbdidon, qui fut un des nUgnom de Cléopâtre, fut extrêmement riche.

Malh., U, p. 678.

point re ^. °^ préceptes dont elle Tinformoit, le plus ordinaire estoit de ne O'J* à conversation ces jeunes mignons ni ces enfans de la ville.

Cbapelaiic, Trad, de Guzm. d'Alfar., i63o; III, p. /i55-456; ^ - Cf. Id., ibid.; I, p. 3.57 ; III, p. 171, 363.

is le mignon du comité, on ne m'obligeoit qu'à ce que je voulois.

j Id. , ibid. , III , p. 5o3.

ne Ole /? *

'^^fi'nrder que comme un de ces indignes mignons de la fortune.

Corn., X, p. A 09 : Disc, acad.

Les chaire seront en estouffade.

Les entrailles à la poivrade , Et , pour Yous traiter en nûgnonê , J*y mesleray des champiffnons.

ScARRON, Virg, trav,, Paris, David, 1706; II, p. *j8.

Môle , fait pour mettre la cendre D'un fol prince et de son mignon, . . . Qu^avez-vous aujourd^huy de beau ?

Sairt-Avart, Œuvr.y bibl. elxëv., II, p. 896.

0 Medor, ô petit mignon,

Qui n'eus jamais de compagnon. . .

Mallivilli, Poéi., in-4% 1649, p* 3i 1 ; - Cf. Id., ibid., p. 3i&.

Aussi meriteroient-Us les injures qu'on dit dans Homère à cet original de la mollesse

Lasche Paris, au visage très-beau,

et seroient dignes du mesme traitement que ce divin Poète fait à ce petit nUgnm. Sarasir, Œuvr., 9 vol. in-/i^ i656; I, p. i83; - Cf. b., ibid,; II, p. hh.

Pour estrc scavant aujourd'huy L'on n'en reçoit que de i'ennuy.

Gomme d'un cas de conscience; Et nos mignonê qui font mestier De persécuter la science Ne luy donnent point de quartier.

GoMRAULD, Épigr., in-19, 1657, P* 9*

En cramoisy, vieille guenon, Quoy I Vous trémoussez dans la me Pour attraper quelque mignon Ou desniaiser quelque grue?

BaéRBUP, Poéi, div., in-A*, i658, p. i53.

Uj Quelques mignonnei de la Cour. . .

Soulagèrent par leure œillades Les languissants et les malades. - Lorbt, Muze hiUor,, ih mars i65ii.

198 Par l'éloquence nette et claire

Du grand Monsieur de Lamoignon,

De Themis l'illustre mignon, - Id., Ofid,, 7 août 1660.

1/17 ... Monsieur de Lillebonne Epouze aussi cette mignonw Que l'on nomme de Cantecroix. - Id., ibid,, 9 octobre 1660.

Riez, ma petite mignonne, riez; on est allé instruire voslre mère de tout ce qu'il faut pour rabattre vostre caquet. - Surliont, Folle Quer,, 1668; III, h.

Amour est un enfant; avecque la mammelle

Il luy faut du brouet ; C'est un petit mignon qui bien souvent gromelle :

Il luy faut un jouet.

Benssrradb, OEuvr,, a in-ia; 1697; I, p. 3^17.

Et ce joli mignon, que faisoit-il ici? - Th. Corr. , D, Bertr, de Cig., III, 19.

Climene ne sçail quelle quinte

Fait soupirer ce beau mignon, - Righbr, Ovide bouffon, lôG-i , p. 98.

Gadmus et sa femme Hermiomie, QuUl appeiloit encore mignonne.

Bien qa^elle east soixante ans passez , . . . S'affligèrent outre mesure.

RiGHia, Ovide bouffon, 1669, p. ^170; - Cf. la., ibid,, p. a6o-a6i.

Vous donnex des soufflets 7 Ah I mon petit mignon , ^

Apprenei qu*uii soufflet vaut cent coups de bâton. - Baror, Ee, du Pèm, U , t.

Mais comme de Bacchus Venus aime l'approche , As-tu, pour son retour, oueique mignonne en poche?

MoHTPLiuRT, FUle capitaine, IV, 5; - Cf. Id., Trigaudin, IIF, 8.

A soixante-dix ans? L*agréaUe mignonne!

lo., Baron d'Àlhikrac, I, 3; - Cf. Id., ibid,, II, 3.

Fanchon, en sa faveur ne me parle jamais ;

Cest on petit mignon par trop incorrigible. - Hautirochr, Critp, munc, 1,7.

Vraiment, je vous trouve une jolie mignonne, de sentir quelque chose.

Rbonabd , nom, à b, fort, , I , .5.

Paimerois mieux être portier

D'un traitant ou d'un sous-fermier,

Que mignon de Votre Excellence. - Id., Prol. des Ménechmet, se. si.

Mignon, mignonne, adjectif.

33 De ces souliers mignons y de rubans revêtus. - Éc, des Mar.y I, 1.

Votre Altesse. . . a tout à fait Tair galant, et la taille la plus nU" gnmme du monde. - Princ, éFEL, 1" interm., se. 2.

Haussez un peu la tête , de grâce. Ah I que ce visage est mignon !

D. Juan^ II, 9.

Dis tes petites pensées à ton petit papa mignon, - Am, mid,, 1,3.

Une petite larme ou deux, les bras jetés au cou, un trmon petit papa mignonv prononcé tendrement, sera assez pour vous toucher.

Mal, imag.y I, 5.

Mais toy, ne penses-tu pas que le trop grand soing d'estre net et mignon est un empescbement aestude? (non putas eue impedimenio itudOi nimiam curam munditim et elegantiaruml) - Di la Mottb, Trad, det DiaL de Vivie, in-39, 1611, p. &i\

Qui sont ces jeunes [gens] tant bien testonnez et mignone (comptuli etfntivi) qui toujours suivent le Boy? - Id., t6td., p. ihb.

Vous êtes |dus mignonne qu*une petite louve, plus droite qu*un jonc.

Comte Di Gain AIL, Coméd, det Prov,, III, 3.

Testois en&nt délicat et mignon, nourry dedans Seville, le père mort, la mère vefve, appasté et eslevé k force de pains mollets, carbonnades, tourtes et souppes dorto. - Ghapilaih, Trad, de Guzm, d'Alfar,, i63o; I, p. /ii.

Que peut-on attendre ny entendre de ces mignoM damerets, qui ne marchent qae sur la pointe du pied? - Id., ibid,; III, p. a 5.

Parler d*amour chez moi ! Vous êtes fort mignonne.

Ta. CoBN., Baron d'Albikrac, 11, 3.

Tournez-vous, s'il vous pialt. Que sa taille est mignonne! - Id., i). Juan, II, s.

3|c Molière avait dit : «Tournez-vous un peu, sHl vous plait. Ah! que cette taille est jolie ! . . . que ce visage est mignon In — Molière applique au visage Vépithète que son traducteur applique à la taille.

Je vous trouve hien fait ; vous avez TœU mignon.

Th. Cork. , D. Bertr. de Cig, , IV, 3.

Sophronius, jaloux d^honneur.

Croit mériter d'élre préteur.

Et, plus mignon qu*une poupée, Se fait tout hlanc de son espée.

Fb. Gollrtbt, Juvén, hurl,, 1657, p. 18.

Mais quand quelque chagrin trouble ces yeux mignone. Il ne faut point d^oignons. . .

Pour provoquer mes larmes. - Lobr, Poéi. burl,, in-A*, 16/17, P- ' ®^'

937 Ce Prince y fut accompagné

De maint courtizan bien peigné. . .

Et de pluzieurs mignons vizages. - 1d., Muze hi$tor,, i5 février 1669.

99 Sa douceur, ses grâces mignonnes, . . - Id., ibid,, 19 avril i66i^.

161 Mais y pourois-je songer? Non,

Car je n*ay point d*argcnt mignon, - Id., ibid., /i octobre 166 à.

Persée, ayant fait ses adieux,. . .

(In beau matin monte à dada.

Ayant en croupe Andromeda , Femme aussi belle que mignonne.

Mais femme qui luy coûtoit bonne.

RiGHBB, Ovide bouffon, 166a, p. ^hi-bh^.

Estnce Vénus ? est-ce Adonis ?

II n'est rien si mignon, ni rien si délicat.

Bkrssrbadb, Ballet de la Nuit, 4* Entrée; - Cf. Id., Bail, des Amours

déguisez, 6* Entrée : pour M"' de Brancas; - Bail. d'Alcidiane,

9* Entrée : pour le comte de Guiche.

Sitôt que je parois, j'entends dire tout haut :

ff Qu'elle est mignonne h On voit par là ce que Ton vaut.

MoHTFLROBT, Coméd. poète , 111, 7.

Diaprés les exemples donnés, un mignon (subst.) est, généralement, un galant, ou le favori de quelqu'un, et mignon (adi.) qualifie ce qui est joli, gracieux, déucat, un peu frêle. — Dans le Diction. franc. -lat. deRob. E8ticnne(i539), «v^^vt^nest traduit par seitus, lautus, conànnus, elegans homo, mundulus. Cet article disparait dans les éditions de Rob. Estienne (15/19) et de Nicot (1673, 1606) et est remplacé par celui-ci. ft Mignon : le gand mignon du Roy, PuUus Jovis ; c'est son mignon , delicias esse suas dicit ; les mignons au Roy, prima authoritatis aulici; les mignons et gouverneurs du Roy, homines a latere Begis ; c'estoyent ses mignons ; il les traitoit doulcement et supporloit : Cœsar Heduorum civitati prœcipuè induisit; ma mignonne, Tulliola deliciœ meœ.n

Dans Cotgrave (1611, i639, i65o), qui distingue le substantif de Tadjectif, le substantif est traduit par minion, favorite, wanton (voir Mièvre), dilling, darling (mignon.

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