SCOT
l'extrême subtilité des analyses, trop souvent verbales, la tendance à réaliser les abstractions el à créer des entités explicatives qui n’expliquent rien : tels ont été les abus de la scolastique, dont le règne ne finit qu'avec Bacon et Descartes.
Mais elle a rendu de grands services à l’esprit humain en maintenant le goût de la philosophie et la passion de la dialectique, en créant un langage technique d’une rigoureuse logique, sur lequel nous vivons encore et qui à contribué largement à donner à la langue française la clarté et la précision qui la distinguent entre toutes.
Il faut donc se garder de mépriser « le fatras scolastique », et faire comme Leibniz, qui puisait largement dans cet arsenal de mots et d'idées.
SCOTISME. Ce mot désigne d’une manière générale la philosophie de Duns Scot et d’une manière particulière, qui est la plus fréquente, l'opposition de cette philosophieavec celle de saint Thomas, le éhomisme, sur le point particulier de la liberté en Dieu. Duns Scot, pénétré de l’idée que l’âme est une, critiquait et condamnait toute théorie qui considère Îles facultés comme ayant une existence distincte et séparée de l'âme elle-même. En Dieu il placait l’attribut volonté avant l’at-
SÈLE tribut intelligence : Dieu est une liberté infinie qui n’est point déterminée par les lois des intelligences, mais qui pose ces lois pour elle-même et pour tous les esprits.
Sur Ja primauté de la liberté en Dieu par rapport à l'intelligence, :
Descartes a repris la tradition du scotisme : Dieu, selon lui, établit librement les vérités nécessaires comme un roi élablit des lois en son royaume. Leibniz a au coutraire repris la tradition du thomisme : les principes pensés par l'intelligence divine s'imposent à Ja volonté de Dieu, qui est nécessité moralement à choisir le meilleur.
SÉCULARISME. Ce mot, usité surtout en Angleterre, désigne une tendance plutôt qu’un système qui consiste à regarder la vie présente comme le tout de l’homme. Ce n’est pas l’athéisme, mais «il remplace, dit Flint, l'éternité par la vie présente améliorée et agrandie, la providence par la science, l’omniscience divine par une philanthropie éclairée ». C’est donc une forme du positivisme contemporain.
SÉLECTION (seligere, choisir).
La nature semble procéder comme les éleveurs qui choisissent pour la reproduction les animaux Îles mieux constitués : elle imite en quelque sorte cette sélection artificielle et, par la lulte pour la vie, qui sacrifie les moins bien doués, elle
SENS
produit une sélection naturelle qui assure l’amélioration des espèces en nelaissant survivre etse reproduire que les mieux doués d’entre les êtres, végétaux, animaux, races humaines. Cette évolution, selon quelques-uns, peut fransformer les espèces et même engendrer des espèces toutes nouvelles.
SENS. Les sens et leurs organes sont les divers moyens par lesquels nous entrons en relation avec le monde extérieur : le toucher (sens intellectuel), la vue, l'ouïe (sens esthétiques), le goût et l’odorat (sens chimiques).
Quelques psychologues admettent aussi un sens vital qui nous renseigne sur les modifications de notre propre corps, et un sens musculaire spécialement affecté aux mouvements que noùs imprimons aux muscles par l’intermédiaire des nerfs.
Outre les sens externes, les sco- —lastiques admeltaient des sens internes, sans organes extérieurs :
le sens commun (qui réunit les impressions et nous fait rapporter, par exemple, à un objet unique, la chaleur, la lumière, les crépitements de la flamme); l'imagination (qu'ils distinguaient quelquefois en imagination proprement dite et fantaisie) ; l'estimative (analogue à l’instinct); la mémoire (en tant qu’elle a pour objet le sensible, non l’intelligible).
Aujourd’hui on appelle encore
SENS
quelquefois la conscience psychologique sens intime ou sens interne.
SENS COMMUN. Cette expression, qui traduit deux expressions latines, sensus communis et sensorium commune, ne désigne plus le sensorium (ou lieu cérébral de convergence des impressions sensibles, organe du sens commun), mais les vérités communes ou soidisant communes à tous les hommes. C’est donc un nom populaire de la raison.
L'école écossaise aimait-à invoquer les vérités du sens commun
‘qu'elle appelait encore des pré-
jugés légitimes.
Dans le sens de criterium de la vérité, le sens commun se confond avec le consentement général.
Quelquefois enfin, cette expression s’entend du bon sens, de la rectitude de jugement, et c'est ce qui a fait dire que le sens commun n’est pas si commun qu’on pense.
SENSATION. La sensation, ou acte de sentir, diffère à la fois de l'impression qui la précède et de la perception qui la suit(V. ces mots).
Les psychologues admeltent des sensations agréables, désagréables eltindifférentes. Ils réservent le nom
‘de sentiment aux états affectifs non
localisés, et qui ont pour antécédent une idée plutôt qu’une impression des corps extérieurs.
La sensation a un double ca-
SENS
ractère : elle est affective en tant que pénible ou agréable, et elle est représentative en tant qu'elle dé- (ermine la perception et nous renseigne sur l’objet qui la produit. On dit quelquefois que le caractère affectif et le caractère représentatif des sensations sont en raison inverse l’un de l’autre.
L'expression sensations spécifiques indique la différence d’espèce des sensations visuelles, auditives, lactiles, odorantes, gustatives.
La localisation des sensations consiste à leur assigner un siège dans les parties superficielles ou profondes de notre corps (V. Localisation).