PRÉFACE, VII
Je n'ai donc nullement la prétention de me substituer aux professeurs et de me glisser, pour ainsi dire, entre eux et leurs élèves : leur tâche reste entière et je ne joue que le rôle modeste de répétiteur. Voici comment je l’entends : quel professeur n’a été frappé de cette observation constamment, annuellement répétée que dans la classe de philosophie l’enseignement est presque toujours stérile pendant les trois premiers mois, même pour les meilleurs élèves et pour ceux qui, dans la suite, feront preuve d’un esprit vraiment philosophique et d’un réel talent. Pour les élèves de force moyenne, ce n’est pas pendant trois mois, c’est pendant six mois qu'ils paraïssent s'initier péniblement à une science qui glisse sur eux et ne pénètre pas. J'ai beaucoup réfléchi à cette bizarrerie et je crois en avoir trouvé le secret, d’ailleurs fort naturel : ils sont déroutés par une langue nouvelle, par une terminologie (ils disent volontiers un jargon) plus ou moins hérissée de termes techniques qui les occupent et les préoccupent autant pour le moins que les idées mêmes. Leur attention se fatigue et ils se rebutent.
Je sais de reste qu'un bon professeur n'oublie jamais de définir le terme technique qu'il emploie pour la première fois ; mais si l’enseignement oral a d'immenses avantages sur l’enseignement écrit, il faut convenir que le livre possède de son côté un avantage appréciable qui n’est point à dédaigner : les définitions données par le maître se présentent successivement, celles du livre s'offrent simultanément. Or, dès la première lecon ou plutôt dès la première lecture, l’élève peut rencontrer des termes qui l’embarrassent et le déroutent. Pourtant il faut lire les auteurs philosophiques; il faut les lire de bonne heure, toute l’année; ces auteurs n’ont pas pris soin de graduer les difficultés et ce n’est point ici un cours de thèmes qui suit parallèlement les règles de grammaire déjà connues. Je suis bien sûr qu'aucun professeur d'expérience ne me contredira si