‹ Lexique de philosophieChapitre 4 sur 176 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

j'affirme que c’est là le principal obstacle aux progrès des élèves au début de leurs études philosophiques.

Je n’ignore pas qu'ils ont laressource de consulter les dictionnaires de la langue française : mais que de temps perdu à chercher parmi tous les sens du mot l’acception purement philosophique et technique! Bien souvent elle n’est pas même spécifiée; parfois même le mot est omis, surtout s’il s’agit d’un de ces termes que les philosophes modernes ont pris l'habitude, bonne ou mauvaise, d'emprunter aux Anglais ou aux Allemands, ou encore à la langue des sciences. Au surplus, l'expérience a décidé : il n'y a peut-être plus que les Français qui manquent d’un dictionnaire de la langue philosophique. Les Anglais en ont un excellent, celui de William Fleming ; les Allemands possèdent beaucoup d'ouvrages de ce genre et ne craignent pas d'écrire tout exprès un lexique pour la langue particulière d’un philosophe : ils ont un lexique de la langue de Kant. Autrefois, quand la philosophie parlait latin, il était de tradition que chaque siècle, chaque génération de philosophes aurait sa langue consignée dans un bel in-folio : un des derniers est celui d'Étienne Chauvin, qui donna droit de cité à la terminologie cartésienne. 11 est temps de reprendre de bonnes traditions et d'imiter d'excellents exemples.

Je ne saurais trop le répéter à mes collègues : je n'ai pas la ridicule prétention d'enseigner les idées simplement en expliquant les mots ni surtout l’outrecuidante présomption de proposer des définitions impeccables. Je consens ou plutôt j'aspire à être critiqué, rectifié, complété : je ne suis qu'un auxiliaire; ils prononcent en dernier ressort et ils ont le dernier mot. Que ce travail rectificatif se fasse dans la classe aux dépens de ma petite autorité de lexicographe, je n’en ai cure, ou plutôt je m'en réjouis : c’est un excellent exercice et vraiment philosophique. Mes collègues savent bien que le philosophe qui aurait défini définitivement le mot âme ou le mot conscience nous aurait livré le dernier secret des choses. Ils comprendront aussi qu'un moyen excellent en apparence s’offrait à moi de décliner la lourde responsabilité du donneur de définitions : ce moyen consistait à faire

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