‹ Lexique de philosophieChapitre 6 sur 176 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

lités vraiment philosophiques, la sagacité et la pénétration. Je n'offre qu'une carte du pays philosophique ou, si vous voulez, un Guide Joanne ou Baedecker : c’est un excellent secours pour bien diriger un voyage d'exploration ou d'agrément, mais il ne faut pas se contenter de voyager sur la carte, ni demander au guide ses impressions de voyage.

Je suppose, pour prendre un exemple, que l'élève dont nous parlons rencontre au coin d’un chapitre la formule allemande assez rébarbative de l'identité de l'être et de la pensée. De deux choses l’une, ou bien il s’acharnera à lui trouver un sens précis et perdra peut-être beaucoup de temps sans aucune garantie de. succès ; ou bien il se contentera de comprendre en gros, déterminera par le contexte un sens approximatif et s’habituera ainsi au vague et à l’à peu près, doucement bercé par le ronron métaphysique des mots et des formules, si propre à endormir et à hypnotiser la pensée.

C’est alors que je me hâte d'intervenir; je n’ai pas la prétention de lui livrer en quelques mots tous les secrets de la philosophie de Schelling et de Hégel, mais, procédant par définitions et substitutions de termes équivalents, je l’amène peu à peu à comprendre sans jamais m'exposer à expliquer l’obscur par le plus obscur, ce qui est l’écucil. Vous êtes Français, lui diraï-je, c'est-à-dire habitué à chercher dans les mots l’exacte expression des choses : cette formule doit vous faire tout d’abord l'effet d’une grosse absurdité. Est-ce donc ma pensée, direz-vous, qui fait la réalité des choses, qui leur donne l’être et cesseraient-elles d'exister si je cessais d’y penser, s’il n’y avait dans le monde aucun être pensant? Nullement, mais procédons par ordre vous m'accorderez bien que les choses n’existent pour vous que dans la mesure où vous les connaissez, puisque celles dont vous n’auriez pas la moindre idée, la plus obscure notion, seraient exactement pour vous comme si elles n’existaient pas. Maintenant, souvenez-vous que depuis Platon les philosophes sont habitués à identifier la connaissance avec l’idée : connaître, c’est former dans son esprit l'idée de l’objet connu. Or, une idée, c'est ce qui rend une chose intelligible à l'esprit : nous abou-

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