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ÊTRE

La distinction entre l'être ou l'existence et l’essence consiste en ce que l’être est ce qui est, l'essence (V. ce mot) ce par quoi l'être est ce qu'il est, son idée, sa définition.

Dans cet axiome scolastique : Ÿ ne faut pas multiplier les étres sans nécessité, être est synonyme de cause.

Par cette expression : un étre de raison, on entendait, non pas comme aujourd'hui une abstraction réalisée ou une conception chimérique, mais l’étre logique, c'està-dire l’idée de genre ou d'espèce.

Enfin, le mot être se prenait comme synonyme du mot vrai (le vrai est ce qui est, le faux ce qui n’est pas) et ce sens nous donne la

clef de l'expression identité de la.

pensée et de l'être (V. la PRÉFACE).

Pouvons-nous connaître l’étre en soi? On pose en ces termes le problème métaphysique, surtout depuis Kant,etcela signifie : Pouvonsnous connaître les noumènes ? Atteignons-nous jamais ce qui est au delà des apparences et des phénomènes, au delà dela surfaceet,pour ainsi dire, de l’écorce des choses ?

Le mot étre, par cela seul qu’il est lemot universel par excellence, doennelieu àune multitude de locutions philosophiques qu’il est impossible d'énumérer, mais que l’on comprendra à l’aide des précédentes : ainsi, l’Étre desétres, c'estl' Être suprême, celui de qui les autres tiennent leur être, par création où par émanation, ou par immanence

ÉVHÉ

ou par participation, Ce dernier mot signifie, dans Ja langue de Platon, le rapport des choses sensibles aux idées; elles participent aux idées (en ontleur part sans que l'idéesoitréellement divisée ou partagée et lui empruntent ainsi l'apparence phénoménale), mais elles ne sont pas des êtres véritables.

La science de l'être s’appelle ontologie : c'est une partie de la métaphysique.

EUDÉMONISME (eùdouevia, bonheur). Système de morale qui fait du bonheur la règle du bien.

L'hédonisme (Jovi, plaisir) semble n'être qu’un autre nom du même système, mais il s’en distingue comme le plaisir se distin-

gue du bonheur. Si le bonheur est

donné comme la conséquence de la perfection morale, comme la perfection sentie et goûtée, la morale du devoir devient elle-même un eudémonisme rationnel.

Dès que l’on tient compte, dans la mesure du plaisir, non plus seulement de la quantité, maisencore, comme Stuart Mill, de la qualité, l'hédonisme se transforme en eudémonisme.

ÉVHÉMÉRISME. Doctrine d'Évhémère (il vivait vers 311-298 av. J.-C.) qui consiste à regarder les dieux comme des hommes supérieurs divinisés par la crainte ou l'admiration. Ceux qui expliquent le sentiment religieux par

ÉVOL

le culte des morts et la croyance

à la survivance des esprits, profes-

sent une sorte d’évhémérisme.

ÉVIDENCE. On appelle évidence la parfaite clarté avec laquelle la vérité se manifeste à l'esprit et emporte son adhésion. L’évidence est le criterium de la certitude et, comme elle, peut être intuitive ou immédiate, discursive ou médiate (V. Certitude).

C'est Descartes qui a fait de l'évidence le criterium de la vérité:

le mérite est incontestablement très grand, puisque Descartes ruinait ainsi le principe d'autorité ; mais on a beau dire qu'il s’agit ici de l'évidence rationnelle, non de l'évidence changeante et trompeuse des sens, que l'évidence est à elle-même son propre signe, la critique d'Helvélius conserve aussi sa vérité et Descartes « a oublié de mettre une enseigne à l’auberge de l'évidence, de sorte que chacun se croit en droit d’y loger son opinion ».

Il semble bien qu’il y ait une évidence décevante et purement subjective : Kant corrige sur ce point Descartes et dépasse singulièrement le simple amendement, puisque, selon lui, toute évidence rationnelle est, par nature, trompeuse etnécessairementsubjective.

ÉVOLUTION. C’est un des mots les plus importants de la philosophie contemporaine, un de ceux

ÉVOL

qui sont le plus souvent employés à notre époque. Évolution signifie développement el progrès.

L’évolutionnisme est un système sur l’origine des espèces et la descendance de l’homme : ses deux grandes lois, formulées par Darwin, sont la lutte pour la vie ou concurrence vitale el la sélection naturelle ou la survivance des mieux doués. Parmi les partisans de cette théorie, les uns admettent avec Darwin une transformation lente et graduelle des formes ou types des êtres sous l'influence des circonstances extérieures (V.

Transformisme); les autres, une métamorphose par laquelle les animaux inférieurs auraient successivement évolué de manière à se transformer en animaux supérieurs, évolution qui serait représentée dans l'embryologie animale où le mammifère, par exemple, reproduit d’une manière plus ou moins abrégée les divers types de l’échelle au sommet de laquelle il est placé.

Herbert Spencer à généralisé et, peut-être même, devancé cette explication, il l’a étendue à l’objet entier de la science humaine.

Il définit l’évolution : « une intégration de matière accompagnée d’une dissipation de mouvement pendant laquelle la matière passe d'une homogénéité indéfinte, incohérente, à une hétérogénéité définie, cohérente, et pendant laquelle aussi le mouvement retenu

EXEM

subit une transformation analogue. » Cette définition demanderait de bien longs commentaires :

qu'il suffise de dire que Spencer explique ainsi toutes choses depuis la nébuleuse primitive jusqu’à l'homme, jusqu’à la science la plus parfaite et le dernier terme du progrès individuel et social.

Dans la philosophie de Hégel, le mot évolution désigne le progrès de la pensée représentant le progrès de la nature et de l’histoire el plutôt identifiée avec la nature ou l'histoire et passant indéfiniment par trois moments successifs :

thèse, antithèse et synthèse (V. ces mots).

Dans un sens beaucoup plus restreint, l'expression évolution organique désigne la théorie de la préexistence ou de l’emboitement des germes opposée à la théorie de l’épigénése (V. ce mot).

EXEMPLAIRE. On appelle quelquefois cause exemplaire l'idéal quel’artisan ou l'artiste concoivent dans leur esprit avant de le réaliser dans leur œuvre.

L’exemplaire ou le paradigme existerait, selon Platon, dans un monde supérieur, le monde des idées; et l’activité de notre esprit, quand nous le pensons ou l’imaginons, consisterait dans un ressouvenir, une réminiscence d’une existence antérieure.

Dans l'hypothèse de l’exemyplarisme, Dieu formerait Ie monde

EXPÉ

d’une matière préexistante en copiant les types qui sont éternelle-

ment présents à sa pensée, les exemplaires des choses.

EXISTENCE. Ce par quoi l’essence (ou le possible) est actuel el réel (V. Essence). L'existence est à l'essence ce que l'acte est à la puissance (V. Acte).

EXOTÉRIQUE (V. Ésotérique).

Exotérique signifie littéralement du dehors. L'enseignement exotérique pourrait être assimilé à celui qu'on donne dans nos cours publics, et l’enseignement ésotérique à celui qu'on donne dans les conférences fermées et réservées à un certain nombre d’étudiantsrégulièrement inscrits; mais cette comparaison empruntée à l’organisation actuelle de nosuniversités ne donnerait qu’une idée affaiblie de la distinction de ces deux enseignements chez les anciens.

EXPÉRIENCE.Connaissance des faits par l’observation directe. Ce mot s'emploie aussi dans le sens d'expérimentation : faire des expériences.

EXPÉRIMENTATION. L’expérimentation n’est pas la simple observation : elle provoque l’apparition des faits, elle les fait naître dans des circonstances spéciales et” préparées, 1015msSalletespes

EXPI

tente la nature; c’est, disait Bacon, une sorte de chasse, « la chasse de Pan. »

L’astronome observe une éclipse ; Claude Bernard expérimente les effets du curare en injectant ce poison à divers animaux dans diverses circonstances. En un mot, l’expérimentateur fait des expériences pour voir et pour se démontrer à lui-même ou démontrer aux autres la vérité d’une idée ou d’une théorie qui lui suggère ces expériences.

Il faut remarquer qu'il y a en psychologie une sorte d’expérimentalion naturelle : ce n’est pas le psychologue, c'est la nature elle-même, la maladie surtout qui fait varier les conditions des phénomènes et en modifie l'intensité et la durée. La pathologie de l'esprit qui étudie les phénomènes anormaux et morbides à singulièrement étendu dans ces derniers temps le domaine psychologique :

c'est elle surtout qui a permis de commencer une théorie des localisations cerébrales. Elle nous fournit, par exemple, les phénomènes d’aphasie, d'agraphie, de surdité et de cécité verbales. La science de l'hypnotisme constitue dès maintenant une tentative extrêmement importante d’expérimentation psychologique.

EXPIATION. On appelle théorie platonicienne de l’expiation l'opinion de Platon que le premier

sean

EXPR

mal est de commettre l'injustice et que ce mal est aggravé par l'impunité. La punition acceptée, réclamée parle coupable le réconcilie avec la loi el avec lui-même :

c’est donc un bien et un bienfait, comme pour le malade l'emploi chirurgical du fer et du feu qui lui rendent la santé. Il en résulte que les artifices de l’éloquence, quand ils soustraient un vrai coupable au châtiment qu'il mérite, doivent être sévèrement condamnés, dans l'intérêt même du coupable.

EXPLICITEMENT. D'une manière formelle et expresse et non pas seulement en principe ou d’une manière générale et enveloppée.

Ce mot a pour corrélatif implicitement : sous-entendu, tacitement.

On dira, par exemple, que les prémisses du syllogisme contiennent implicitement la conclusion.

EXPRESSION. L'expression des émotions, abstraction faite du langage articulé, consiste dans les jeux de physionomie, les gestes et les attitudes qui les manifestent au dehors. Les phénomènes expressifs font partie intégrante des émotions, car ils sont perçus en même temps qu'elles, plus ou moins confusément, par le sujet qui les éprouve.

La science de l’expression comprend la mimique et la physiognomonte.

EXTÉ

EXTASE (éxoraots, transport).

Extase signifie exaltation mystique, ravissement. Plotin prélendait avoir eu quatre fois le bonheur de s'unir à Dieu, de s'identifier avec Dieu : àses yeux, l’extase ou l'unification avec Dieu était le souverain bien de l’homme.

L'extase suppose comme conditions préalables la suppression des passions, l'abolition des impressions des sens et même l’annibilation de l'intelligence discursive : c'est le souverain bien, selon les mystiques, mais comme il implique la disparition momentanée de toute attention ct de toute conscience de soi-même, on s'explique qu'ils soient impuissant(s à décrire cet état de ravissementet qu'ils le qualifient d’ineffuble.

Pour les médecins, l’extase est un élat nerveux caractérisé par l'attitude admirative provoquée par une hallucination permanente et accompagnée d’amnésie et d’anesthésie.

EXTENSION. L'extension d’une idée se dit du plus ou moins grand nombre d’objets auxquels s’applique cette idée : elle est en raison inverse de la compréhension

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