MÉTÉOROLOGIE
La météorologie, en dehors de la signification étymologique du mot, comprend Tétude de tous les phénomènes qui s'accomiplissent dans l'atmosphère; c'est un champ
(1) Je mentionne ici la projection étoilée du docteur Jaeger, modifiée par Petermann, que Ton a placée dans un angle de la figure^ pour représenter l'ensemble de la route à parcourir par Texpédition française. Cette projection n'a aucune utilité pratique ; on Ta choisie à cause de son élégante originalité Voyez le remarquable Traité detprojBCiionsAtVL, Adrien Germain.
vaste, encore neuf, tout moderne, où le nombre immense fies causes troublantes jette une telle incohérence apparente dans les résultats, que l'on a cru pouvoir nier à tout jamais la possibilité de déternii]:er les lois qui président aux mouvements généraux de l'almosphère ainsi qu'aux pbénomènes secondaires qui s'y rattachent. Il semble que comme au temps des fables éléganies de la Grèce et de Rome, le caprice règne en maître souverain dans cette couche atmospiiérique qui sert de duvet à la terre et que Borée, Notus, Eurus ou Aquilo peuvent anjourd'hui encore céder ans prières ou enfreindre les ordres d'Ulysse.
Et, cependant, au sein des lois immuables qui président à l'évolution de la chose inorganique, le caprice n'est plus qu'un vain mot à rayer du langage scientifique; il n'y a de caprice que parmi les hommes. Même quand nous ignorons ces lois étemelles, sereines, inflexibles, elles ne nous apportent pas moins à chaque heure le témoignage régulier de leur influence ; et les orbites décrits dans les cienx par les grands corps planétaires préexistaient dans le temps, avant l'époque où le génie d'un Kepler a su nous les dévoiler.
Ces lois naturelles qui permettent de prophéliser à l'avance la nature et la venue d'un phénomène, qui donnent k notre certitude le criteriiim parlicnlicr de la prévision, seul criteriuvi incontestable, n'ont pas alors le sens grammatical de ce mot de lois, ou conventions provisoires édictées par le caprice d'une majorité, qu'une autre majorité peut transformer à la suite et à son gré de son souffle nou moins capricieux. Ces lois ne se votent pas, elles se démontrent ; et la pénalité qui résulte de leur violation, par suite de notre ignorance, se répercute dans la pratique des fails en vertu de leur police propre ; la douleur, le mal, c'est la transgression de la loi, c'est l'ignorance.
L'état d'enfance de cette science météorologique cloiil on commenceà peioeàréiinir lesélénients encore iucoliéreuts, devinée ou pressentie par le génie de Lamark, et qui emprunte des causes modificatrices à toutes les branches de la physique, eat une preuve considérable de la nécessité d'organiser un vaste réseau d'observations portant sur tous les points dn globe, et permettant d'asseoir des lois génér;iles, en se dégageant des influences secondaires de -lieu, influences qui semblent prépondérantes et sans lien tant qu'on ne les rapporte pas à tout un large ensemble.
C'est ainsi que le savant Biot a pu soutenir naguère, en pleine Académie, que la météorologie ne serait jamais une science-, et il appuyait son dire de l'exemple de trente années d'observations recueillies en Russie, et ne pri5sentant aucun lien, aucun fil directeur, olfrant l'apparence de nombres isolés. Quelque grand que soit l'empire russe, son territoire est beaucoup trop étroit pour l'étude de phénomènes qui dominent tout le globe. De même, ponr étudier les lois de la vapeur, on ne se contente pas d'expérimenter avec une bouilloire à café, et l'on gradue les învestig;itions sur une grande échelle.
C'est ainsi que l'américain Maury a assis les fondements généraux de la science météorologique, en cherchant précisément ses véritables éléments dans les parties du globe où les altérations locales étaient le moins accusées, et où Ja régularité se témoignait davantage. Malgré certains points discutables ou certaines erreurs secondaires, et quoique les successeurs de Maury n'aient pas à copier aveuglément leur aîné, ils n'auront qu'à marcher dans la voie féconde qu'il a su tracer d'une main heureuse et hardie.
Maury, d'ailleurs, n'est pas resté seul dans cet immense domaine. A Ja suite de Lavoisier, qui émit des vues 1res-
saines ; de Laïuark, dont l'esprit encyclopédique a laissé nne empreinte ; de fiumboldt, de Sabine, de Piddington, de Fitz-Roy, de Dowe, de Raemtz, de Quetelet. . . . ; on peut citer les études remarquables et trop peu connues du lieutenant de vaisseau Bridet sur les cyclones, les travaux et les efforts louables de M. Marié-Davy (1) et de ses auxiliaires à l'Observatoire de Paris, sous Timpuision de M. Leverrier, 1^ recherches de MM. Renou, Berigny... à la Société de météorologie.
De même que dans toutes les branches scientifîqiies, la France tient idson rang. Il n'est pas hors de propos d'observer, contrairement à l'opinion de ceux qui parlent de la déchéance du génie intellectuel de la France, que depuis un siècle et demi, maintenant comme au début, histoire en mains, faits en msdns, en dehors de toute déclamation d'un patriotisme banal, la France est à la tète, ou du moins dispute la palme, dans toutes les sciences, qu'elles progressent ou même qu'elles se fondent.
Deux exemples entre mille préciseront l'importance des études de météorologie générale, études sur lesquelles des observations polaires peuvent jeter une éclatante lumière. Maury a fait abréger certaines routes marines de près de moitié, en indiquant les parages où senties vents favorables ou opposés à chacune de ces routes. Les voies qu'il indique ne sont point des rails inflexibles où la locomotive du vent pousse assurément un navire ; ces voies résultent des probabilités, d'après le nombre des vents régnants, relevés expérimentalement sur les registres de bord, dans chaque carreau dessiné sur le globe par les méridiens et les parallèles. "^
(i) M. Marié-Davy a publié sur ces matières un beau volume de luxe^ pour les gens du monde.
D'autre part, les cartes udométriques du savant ingénieur Delesse donnent des bases pour résoudre nombre de questions controversées sur les inondations, etc., et ces cartes permettent de mesurer en quelque sorte îa quantité de semence nécessaire à l'agriculture de chaque localité 1 !
Marine ! — Agriculture ! — quelle importance!
La météorologie s'occupe des phénomènes qui sont le résultat logique des actions exercées dans l'atmosphère par les forces naturelles, dénommées : Attraction. Chaleur, Lumière, Électricité, Magnétisme. L'étude de ces forces constitue la plus grande part de ce que l'on entend par philosophie jiaturelle ou inorganique, et elle sert même de base essentielle à tous les autres ordres des connaissances humaines. Le mot de Platon ; « Nul n'entrera ici » s'il n'est géomètre » , en parlant de h philosophie, peut s'accentuer encore davantage 2O00 ans après lui et nous pouvons, dans ce siècle, affirmer que nul ne peut prétendre à concevoir une pliîlosophie s'il n'est au courant de l'ensemble des lois générales qui président au développement de tout ce qui bruit ou palpite dans le vaste univers.
Toute cette science physique date d'hier à peine ; nous ne pouvons pas remonter plus haut qu'à Kepler, Galilée, Descartes, Newton, Huygens, Youg, Fresnel, jErsted, Ampère.
Et c'est même de nos jours, sous nos yeux en quelque sorte, en ce moment, que l'aspect général de la science physique tend à se Iransfonuer à nouveau, en laissant apparaître les corrélations cachées qui unissent ces forces considérées autrefois comme indépendantes, et en tendant à prouver que toutes ces forces ne sont que de;^ manifestations d'une seule et même cause, le mouvement; ce mouvement étant produit dans des conditions hétérogènes qui engendrent la divergence des résultats apparents.
Parmi ceux qui ont le plus largement conçu cette connexion intime entre toutes ces forces dues au développement d'une même cause, nous pouvons citer avec honneur le nom du Français de Boucheporn, ingénieur en chef des mines, mort il y a dix ans dans toute la maturité de sa haute intelligence. Un des membres les plus considérables de l'Académie des sciences a pu dire en parlant de Boucheporn, que son nom serait, avant un siècle, l'un des plus grands noms de notre histoire scientifique. Plus tard, les conceptions de ce penseur nous reviendront avec une marque étrangère, et l'on s'efforcera alors de rétablir des questions de priorité souvent puériles, comme on le fit à propos de Papin et de Salomon de Causs, comme on le fera à propos de tous ceux qui sont trop en avant (1).
La riche imagination de Bouchepom, quoique asservie par une science profonde, l'a parfois entraîné à aflirmer au delà de ce que la sévérité d'un contrat scientifique précis peut permette d'inscrire au rang des vérités acquises. Il est un choix délicat à faire dans le vaste édifice érigé par Bouchepom, et nombre de points ne sont acceptables que sous bénéfice d'inventaire ; mais quiconque lira son livre comprendra quelle splendeur l'avenir réserve à notre humaine étude sur l'ensemble des lois naturelles.
Dans la même voie, mais avec moins d'ampleur, sinon
(1) La perte de Bouchepom a été pour moi, je puis rajouter, un véritable deuil; il avait bien voulu m'associera ses travaux, et je dévais entreprendre sous sa direction une série de recherches mathématiques et mécaniques, pour scruter au moyen de l'analyse un grand nombre de ses conclusions. Sa mort est venue interrompre mon humble coopération qui eût été pour moi, quelque secondaire que fût mon rôle, une véritable source de lumières. Il y a dans l'œuvre de Bouchepom des germes, pour le calcul et Texpérimentation, de quoi suffire à plusieurs existences : soit, d'ailleurs, pour affirmer comme lui, soit pour improuver.
parfois avec plus de sécurité, Napoli de Romani, Seguin, Grove..., ont donné d'utiles et heureux aperçus. En ce qui concerne plu& spécialement la chaleur, on connaît bien maintenant, grâce à Mayer, Joule et autres, quel est son équivalent mécanique, ou comment elle naît du mouvement (1).
Une quelconque des forces naturelles produit par son action une répercussion ou une transformation dans toutes les autres séries de ces mêmes forces naturelles; c'est sous ce large aspect que Ton doit envisager la grande loi de \ action égale à la réaction^ ainsi que la négation du mouvement perpétuel; puisque la force utile sera toujours différentiée de la force dépensée, par la force équivalente qui mesurerait l'effet particulier de chaque autre force manifestée au même moment sous une autre forme. En langage mathématique , cette proposition peut s'écrire d'une façon brève et simple; mais c'est une formule, et je dois l'omettre.
Ces considérations, démesurément condensées, étaient nécessaires à cette place ; j'étais dans l'obligation de préciser devant vous l'état actuel de la science météorologique, ses bases essentielles qui ne sont rien moins que tout l'ensemble des sciences dites physiques , son but, on avenir, et de vous indiquer quels efforts, séculaires peutêtre, sont encore essentiels pour arriver à ce que doit être une constitution scientifique, ou corps de doctrines propres à asseoir la prévision des phénomènes; dans ce groupe de faits, comme ensemble, toute tentative de prédiction est prématurée au moins d'un siècle ; il nous faut au
(1) Du principe nouveau de la philosophie naturelle^ par F. de Boucheporn. — Mémoires de MM, Napoli de Romani ^ Séguin. — Corrélation des forces physiques^ par Grove. — Leçons sur Véquivaknt mécanique de la chaleur, par Verdet.
préalable une refonte complète de la science physique^ dans la voie où cette science marche depuis quelques années seulement ; il nous faut aussi, je le répète avec insistance, des groupes compactes d'observations recueillies méthodiquement sur tous les points du globe, pour dégager le rôle des causes locales souvent prépondérantes, et pour formuler le caractère général des phénomènes.
Ainsi, étant donné un globe doué d'une chaleur propre, animé d'un mouvement de rotation, soumis à l'action calorifique d'un foyer extérieur, et présentant une surface complètement homogène^ il serait possible, déjà, de formuler mathématiquement toutes les conséquences spéciales de la chaleur pour la direction et l'intensité des vents, pour les pluies, grêles, neiges, glaces, givre, brouillards, etc., etc.; mais l'hétérogénéité de la surface terrestre donne un caractère hétérogène et local aux manifestations météorologiques qui nous touchent le plus, et produit un indéchiffrable chaos de mesures que rien ne semble relier entre elles.
En ce qui concerne plus particulièrement le vent^ on sait, par exemple, que l'atmosphère représente une vaste machine à air chaud, dont Yéquateur est le principal foyer, et dont les régions polaires sont le condenseur ; mais il existe aussi des foyers locaux et secondaires par suite des accidents locaux, tels que les sables du Sahara, etc.
Je ne puis me permettre de passer en revue, même rapidement, tous ces détails sans nombre, tant au point de vue des instruments à utiliser qu'à celui des choses établies ou à établir.
Je me contenterai d'esquisser plus particulièrement le rôle important, capital, des observations circumpolaires, au sud ou au nord, en ce qui concerne l'insolation et le magnétisme, deux termes qui sont en connexion
i force chaleur, I'ud directement, l'autre indirecte-