PRÉSIDENCE DE SIR RODERICK I. MURCHISON
Il est donné lecture d'un mémoire de M. W. K Hicksotn', suria climatologie du pôle Nord et des parages circompolaire.^. Le procès-
verbal analyse ce mémoire destiné à être inséré in extenso dans \e recueil de la Société ; il est terminé par un chaleureux appel au gouvernement dans le but de briser tous les obstacles, insignifiant» d'ailleurs pour les canonnières de la marine royale, qui séparent du pôle Mord.
ftL G. Markham, secrétaire de la Société, lit un long mémoire sur la meilleure route des explorations polaires boréales.
La voie des mers avoisinant le Spitzberg est défendue par le général Sabine, Tamiral Edward Belcher, l'amiral Ommaney, le capitaine Richards. Le Gulf-Stream, il est vrai, roule ses eaux entre le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble; mais il ne suffit pas à briser, même dans l'été, l'énorme barrière des glaces; il ne peut donc pas assurer l'existence d'un océan navigable autour du pôle.
Après avoir développé toutes les raisons opposées à cette route, M. Markham expose les raisons en faveur de la voie du détroit de Smith, voie défendue par l'amiral Wrangel, sir Georges Back, l'amiral Gollinson, sir Léopold Mac-Glinlock, le capitaine Sherard Osbom, le capitaine Yesey Hamilton et par lui-même.
G^est la vraie porte pour la découverte polaire ; les voyages sont faciles maintenant, atlrayants même, donnant l'occasion de chasses intéressantes qui servent de distraction. Des dépôts de vivres, disposés convenablement, garantissent la sécurité ; en plus, la mesure d'un arc de méridien, ce grand desiderata de la science, se trouve facilité et assuré.
Par le Spitzbei^, les bâtiments seront saisis dans les glaces, broyés et perdus; par cette voie, on a la dure chance de ne faire que très-peu, et l'on est certain par le détroit de Smith de faire beaucoup.
Pour juger les inconvénients et les avantages des glaces de terre et des glaces de mer, voici le propos d'un marin : « Quand vous êtes » saisis par la glace de terre, vous êtes là ! quand vous êtes saisis » par la glace de mer, où êtes- vous ? »
Si la solution du plus grand problème géographique qui nous reste à résoudre ne suffisait pas à enlever l'opinion publique, le caractère du peuple anglais serait bien changé. Le gouvernement prendra certainement en considération ce grand projet, et quoi qu'il arrive, les membres de la Société royale géographique auront la satisfaction d'avoir fait de leur mieux pour réaliser une grande
œuvre nationale qui sera achevée par la génération suivante si elle ne i*est pas par la génération actuelle.
Le Président prend la parole.
Il dit que, ponr la quatrième fois, durant cette session, l'attentien du Conseil et des membres de la Société a été appelée sur une expédition au pèle Nord. Il résume le débat en insistant sur tonte la série des points àmetlre en lumière; il termine par les paroles suivantes :
Messieurs^ vous n'êtes pas appelés ici pour exprimer voire opii' nion personnelle sur Vune ou Vautre des deux routes proposées ; c'est pour que le comité file notre Société, aidé par les avis des comtés des autres Sociétés savantes ^ soumette la question à V Amirauté et au gouvetmement de Sa Majesté, afin d'assurer raccowr plissement d'une grande recherche géographique, par telle route et par tels moyens qui paraîtront les plus ejfîcaces (1).
Le Président donne ensuite leaured'une lettre de lady Franklloi, qui s'associe de tout cœur à la pensée d'une nouvelle expédition.
Le capitaine Imglepiexd prend la parole pour soutenir la voie do Spitzberg ; la barrière de glaces n'arrêtera pas plus les navigateurs qu'elle n'a arrêté Bms dans le sud; la crainte des glaces n'est plus maintenant qu'un épouvantai! puéril ; le voyage sera court par cette direction; «n sera peui->étre obligé d'hiverner deux ou trois fois et d'abandonner le navire ai l'on passe par le détroit de Smith. L'opinion du regrettable et ai distingué hydrographe, sir Francis Beaufort, qui a taot oontribué, de ses avis et de sa bourse, à la recherche de Franldin, était foraaelle sur ce point, et l'opinion d'un tel homme doit être d'un grand poids aux yeux de la Société.
Le commandant & £. Davis développe longuement un avis opposé ; il s'étonne que le docteur Petermann ait voulu comparer les répons amtraies aox riions boréales, et en tirer des arguments «n sa ùiwmr. li coolesae candidement que Maury n'a pas réussi à le convaincre d» l'existence d'wie mer arctique ouverte ; il opine pour le détroit de Smithy en déclarant que si le chancelier de PÉohiqcner consent à faire ime légère épargne sur les cuirasses métalliques des bâtiments ou sur les parements des fortifications, le
(1) Cette p%nae est en itéKipie dams le tsite ées proeeeUngs ou procès-
Tennnix ses séancee*
Toyage au pôle Nord peut être considéré comme un fait accompli.
L'amiral FiTZ RoY et le Président échangent quelques paroles de congratulations au sujet du grand hydrographe américain Maury, présent à la séance.
Le capitaine Allen Yung dit qu*il croît les deux routes toutes deux bonnes, praticables, et devant conduire au succès. Malgré cela, en sa qualité de marin, sa préférence serait pour la voie du Spilzberg.
M, Lâmont a passé deux étés au Spitzberg pour son plaisir et pour chasser. Selon lui et suivant l'opinion des hommes pratiques avec lesquels il en a conféré, Parry eût réussi en traîneau s'il fût parti en hiver ; il parle de l'abondance de la vie animale^ et dit quelques mots sur les courants.
Le Président lui demande s'il a vu d'autre glace que de la glace 4e mer. Il insiste à plusieurs reprises sur celte question : Ces glaces jportaient-elles la trace de débris terrestres?
M. Lamont répond que non, et qu'il a vu très-peu dHce-bergs ou glaces de terre.
M. HiGKSON montre les fortes présomptions qui permettent de croire à l'accès du pôle. Les deux routes ne doivent pas être mises en opposition Tune à l'autre. Wrangel, en 1846, écrivait au général Sabine en faveur de la voie du Spitzberg ; et, plus tard, tout en restant logique, il préconisait la route du détroit de Smith; cela dépend de l'époque de l'année où l'on doit voyager.
Le secrétaire, M. Markham, donne lecture de la réponse de la Société linnéenne à l'invitation de la Société de géographie, pour coopérer à une adresse au gouvernement en faveur d'une expédition au pôle Nord.
La Société linnéenne a appris avec la plus grande satisfaction le projet d'exploration ; elle n'hésite pas à s'associer activement, pour une entreprise digne de tout le prestige de la marine anglaise, à toutes démarches auprès du gouvernement.
fo i^Q danger est beaucoup moindre qu'on ne le croit communément.
2^ — Ou ne peut que favoriser chaudement des expéditions qui «produisent le meilleur effet sur le service naval. Une preuve de l'estime qui s'attache à ces recherches a été donnée par l'Institut de
France, qui a récemment élu membre honoraire un explorateur anglais.
3* — La Société linnéenne ne se prononce pas sur le choix de la meilleure rome ; les résultats scientifiques seront différents pour <^hacuue d'elles, mais toujours importants.
U'' — Au point de vue de h zoologie et de la phytologie, l'expédition aura une haute importance dont, suit le développement.
La séance est levée.
Le Progès-vekbal contient à la suite une note longue et importante de M. MÂRKHA.M, sur le régime des glaces dans la baie de Baffîn, et un aperçu critique sur les prétendus voyages, à des latitudes très-voisines du pôle, effectués dans le dernier siècle et dans les siècles précédents.
Sans ropposition scientifique du docteur Augustus Petermann, et sans la divergence des opinions qui en a été ia conséquence parmi les sommités de la marine anglaise, le projet du capitaine Sherard Osborn eût été peut-être réalisé immédiatement (1) .
De son côté, le docteur Pelermann avait réussi à obtenir un navire dont la machine se dérangea dès les passes de l'Elbe, sans qu'on eût assez de fonds pour obvier à cet accident. Plus tard, il adressa une lettre éloquente aux ministres de Prusse, où il disait que l'Allemagne, devenue une grande nation, devait, elle aussi, tenter de grandes expéditions scientifiques. Il lui fut répondu que tous les fonds disponibles étaient absorbés par d'autres nécessites.
(1) On m*a communiqué, il y a quelques mois, un passage d'une lettre où lir Roderick I. Murchison déclare que 1* Amirauté anglaise s'est décidément refusée à effectuer l'exploration boréale. Mais il ne serait pas impossible que le projet anglais ne fût repris à nouveau, soit par le détroit de Smith^ soit par le Spitzberg.
Lorsque fut mis en lumière le projet français, conçu de toutes pièces, dans son ensemble et dans ses détails, sans que son auteur eût pu prendre connaissance de tous les documents étrangers, il fut chaudement appuyé par Augustus Petermann.
Quoique la science n'ait point de patrie, cela est vraiment digne et beau, à nos époques, de voir le savant Allemand soutenir de toutes ses sympathies, de tout son concours public, un Français ignoré, surtout à propos d'un projet qui diffère notablement du sien, sous quelques rapports essentiels.
Cet acte a porté bonheur au docteur Petermann. Nous apprenons récemment que M. Rosenthal, armateur à Brème, a mis le bâtiment à vapeur F Albert à la disposition d'une entreprise allemande pour réaliser le projet national.
Certes, moi aussi, je forme les vœux les plus vifs pour le succès de cette expédition ; je ne chercherai pas à cette occasion à lancer aux échos de la France quelque phrase véhémente et patriotique; je n'irai pas demander si nous allons rester à l'écart, spectateurs tranquilles, indifférents et froids, en face d'intelligents émules.
Toutefois, comme marin, je manquerais à une sorte de devoir de compétence ei je n'exprimais, pas la crainte d'im échec par la voie de la Nouvelle-Zemble. Si l'on me donnait un navire, avec Tordre de suivre cette direction, j'irais, mais je a'irais qu'en septembre, et en laissant le Spitzberg à droite; et, pour rien, je n'oserais répondre de rieni
Peut-être même essayerais-je de revenir par cette voie ; vais sans me dissimuler que ce serait là vraiment la partie périUeuse d« trajet Autre chose est d'AUieurs tde passer pont sortir ou bien de passer pour «utrer. Dans tous les cas, même avec un succès, on doit pWfestcr cotitne îa pos-
sîbilité de jamais obtenir, par le Nord, un passage pratique, régulier, commerciaU usuel.