‹ Lhonorable A.N. MorinChapitre 12 sur 22 · A. IN · texte numérisé non relu

A. IN

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populaire, et l'un des hon .

sav. M. A. \. Morin,

éclairé et

(I) If . L

Christie, anciens députés, étaient difficiles à classer, bien qu'ils fussent opposés [1J à la réunion des Canadas.

Parmi les jeunes député-, on remarquait MM. Et. Taché, T.-C. Ayiwin, Et. Parent et J.-E. Turcotte, qui étaient appelés ù jouer un rôle brillant sous la nouvelle constitution." [2]

Lord Sydenhaui avait convoqué le parlement pour le 14 juin, et ii avait eu le soin de choisir pour capitale de la i«ouveIla province, Kingston, petite ville aujourd'hui comme alors, de préféîence à plusieurs autres villes plus considérables et mieux situées. Ce choix était fait dans le dessein de flatter les Haut-Canadiens, dont il avait besoin pour se faire une majorité.

Le premier combat se livra au sujet de l'adresse dans laquelle se trouvait une approbation de la nouvelle constitution. Il était impossible aux libéraux du Bas-Canada de sanctionner, par leurs votes, une telle opinion. Ils profitèrent donc de cette occasion pour protester contre l'union des deux provinces. Voici la conclusion de ce protêt, sous forme d'amendement, présenté par M, Neilsoc :

" Votre Exccltance peut être persuadée qu'en remplissant nos devoirs envers Sa Majesté et nos commettants, nous veillerons constamment à ce

(1) Hostiles.

(2) Louis-P. Turcotte (Le Canada sous V Union)» Les renseignements polit' ques qui suivent sont presque tous empruntés de cet excellent ouvrage.

que tous nos procèdes soient marques au coiu de la sagesse et de la prudence. Conformément à nos obligations comme sujets de la couronne britannique, et tenus à la fidélité par les liens les plus sacrés, nous noua sommes réunis en obéissance à un acto du parlement impérial et aux brefs de Sa Majesté, pour donner notre avis et noire consentement aux lois qui seront jugées nécessaires pour la paix, le bien-être et le ^ouvernemeut du Canada ; quoique nous ne puissions faire autrement que de regretter que la partie la plus populeuse de la province, qui constituait ci-devant la province du Bas Canada, en vertu de l'acte du parlement de 1791, n'ait pas été consultée sur la constitution du gouvernement que l'on substitue maintenant à celle qui était établie eu vertu de ce même acte ; et qu'il y ait des traits dans lacté qui consiitue maintenant le gouvernement du Canada, qui sont incomiatibles avec la justice, et répugnent aux droits communs d"S sujets britanniques."

M. Neilson appuya cet amendement d'un discours modéré. Il fut perdu par un vote de 75 contre 25. M. Morio vota pour l'amendement avec tous ses compati moins MM. Delisle et de

Salaberry, qui préférèrent voter avec les ennemis de leur ru<

MM. Baldwin et Hincks, qui avaient appuyé le protêt de M. Neilson, proposèrent d'autres amendements contre l'acte d'union, mais sans plus de suer

Au conseil législatif, M. Jules Qujsnol eut seul le courage de protester contre l'acte d'union. Nous avions là pourtant sept compatriotes portant de beaux noms français. En justice, nous devons faire observer quo M. C iron n'avait pas encore pris sou siège au conseil.

Parmi les lois passées à CJtte' première session des provinces unie-, il y en eut une établissant des cours de tournée ou de district ayant juridiction dans les affaires civiles au-desioa* de ^20. C-t acte resta en fjrce jusqu'à l'aînée 1844,

Conformément à cetto loi, on érigea jj districts daus le Bis-Canada, et 5 juges furent nommés : MM. A.-N.Morin, H. Guy, C.-K. Moadclet. Win. Power et C. McKay.

M. L.-M. Viger remplaça M. Morin â la députation du comté de Nicolet.

Vers la fin de la session, le gouverneur Charles- Poulett Thompson, f lit biron Je Sydenli im et dj Toronto, tomba malade -des suites d'une chute dj cheval. Cet accident hâta la fin de la session, et le 18 septembre, le mijor gjnéralCithcrow, nommé à cet effet député-gouverneur, prorogeait le parlement. Lo lendemain, le gouverneur mourait à Kingston: [1 n'était âgé que de 42 ans. Commi il n'avait rien fait pour mériter l'amitié des Ba :- Canadiens, sa mort ne ca isa que bien peu de regrets parmi eux.

Sir Charles Bagot, baronnet remplaça le gouverneur" Sydenham. Nous allions donc, après tant

— il:] —

d'année d'intriguer ourdies dans l'ombre contre nous, de fausses représentations et d'injustices révoltantes, avoir un gouverneur animé de meilleurs sentiments à notre égard !

Le nouveau gouverneur convoqua les chambres pour la S de septembre 1S42.

La unrt du gouverneur Sydenhain avait laissé le miuistère-Draper dans une pénible situation : il se trouvait presque incapable d'obtenir une majorité de la chambre. Le ci-devant gouverneur avait trouvé les moyens, légitimes ou non, do procurera cette administration 'le son choix une majorité, qui diminua rapidement aprèa l'arrivée de son successeur. Les ministres avaient reconnu leur propre faiblesse, eu s'adressant à quelques libéraux influents pour l'aire partie de leur ministère. Daus l'été de .1. Sullivan, le président du conseil

exécutif, avait ou des pourparlers avec M. La M. Morin, dans ce but. On avait fait aussi des démarches daus .'e même sons auprès de .M. Girouard et de .M. Cartwri^ht. Aucune de ces avances ne roussit.

Le b it des ministres, en faisant ces offres à leurs ennemis politiques, était d'empêcher l'alliance qu'ils redoutaient, entre les libéraux du Bas-Canada et les conservateurs comme Sir Ailan Mc- Nab et auti l'opposition

. demie.

D'un mit; ; réaction s'était faite

en faveur de la politique libérale. Des députes li«

béraux avaient été élus presque partout. C'est ainsi que M. La Fontaine, qui avait perdu son élection, dans Terrebonne, comme nous l'avons vu, fut élu dans le comté de Hastings, Haut-Canada. Les réformistes de cette province firent cette élection pour donner aux Bas-Canadiens une preuve de leur sympathie. M. D.-B.Papincui, frère du chef des Patriotes, en 1837, remplaça M. Day dans le comté d'Outaouais. où les électeurs d'origine anglaise formaient la majorité. Nous avons vu aussi que M. L.-M« Viger succéda, dans le comté de Nicolet, à M. Morin, nommé juge du district de Kamouraska. Il y avait aussi M. James Leslie, autre ami dévoué de la politique libérale, que la violence avait empêché d'être élu, en 1841, et qui fut choisi par les électeurs de Verchères.

Avec l'aide de ces nouveaux députés, l'opposition' devenait redoutable, et la victoire devait se ranger sous son drapeau.

D'un autre côté, Sir Charles Bagot savait, depuis

longtemps, que le ministère ne possédait pas la

confiance de la majorité des Canadiens. Il résolut

donc de le reconstituer en y appelant des hommes

éminents et populaires. C'est pourquoi, dès les

premiers jours de la session, il s'adressa à M. La

Fontaine et lui offrit le portefeuille de procureur

généial du Bas-Canada et deux autres pour ses

amis libéraux.

M. La Fontaine ne crut pas devoir accepter ces

1 1 n'était pas encore certain, alors, ck pouvoir se maintenir dans le ministère un temps raisonnable. Après ce refus, la di-cu>sion de l'adresse, ou discourt dn trône t commença.

M. Baldwin, cet autre ami des Bas-Canadiens, proposa un vote de non-confiance. Entre autres choses il reprocha à M. Hineks son abandon du parti libéral, conduite qui avait détruit leur ancienne amitié.

M. La Fontaine prononça ensuite un discours rempli de dignité. M. Dunn lui aya*nt demandé de parler en anglais, nou% allons voir comment lui répondit ce Canadien distingué. Il est bon de mettre sous les yeux du lecteur les fières et nobles paroles de M. I.afontaine, dans cette circonstance, ne • que pour faire une comparaison entre

les hommes politiques de cette époque et ceux d'aujourd'hui ; entre les La Fontaine, les Morin, les Taché, les Qnesnel, etc., qui affirmaient hautement leur nationalité en face des Anglais qui la méprint, et plusieurs de nos hommes publics qui semblent avoir honte de leur langue en face d'Anglais qui ont perdu presque tous les préjugés injustes d'une autre époque. Yoi«i la répouse de M. La Fontaine a M. Dunn.

,c L'honorable membre, qu'on nous a souvent représenic ami de la population française,

:1 oublié que j'appartiens ine si hor-

riblement maltraitée par l'acte d'union ? Si c'était le cas, je le regretterais beaucoup. Il me demande

de prononcer dans une autre langue que ma langue maternelle, ie premier discours que j'ai à prononcer dans cette chambre ! Je me défie de mes forces à parler la langue anglaise ; mais je doi- informer "l'honorable membre, les autres honorables membres et le public, du sentiment de justice duquel je ne crains pas d'en appeler, que, quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n'en ferais pas moius mon premier discours dans la langue de mes compatriotes, ne fûtce que pour protester solennellement contre cette injustice de cette partie de l'a:te d'union qui tend à proscrire la langue maternelle d'une moitié de la population du Canada. Je le dois à mes compatriotes, je le dois à moi-même."

Après ctte réponse, M. Lafontaine, avec cette éloquence mâle qui sied si bien à l'homme d'Etat, fit voir la part que devaient ovoir les Franco-Ca- » nadiens dans le gouvernement.

" L'honorable procureur général, dit-il, reconnaît qu'il faut au gouvernement, pour rétablir la pais et le contentement général, la coopération active des Canadiens-Français. Non-seulement ce serait là un acte de justice, mais c'est encore un appui que la nécessité appelle, Oui, cette ccopé^ ration est absolument nécessaire au gouvernement. Oui, il la lui faut ; oui, il nous faut la lui donner, mais à des conditions qui ne puissent en rien diminuer ni affaiblir notre honneur et notre carac-

le d'union, dans la pensée de son teur, a été r la population française ; mais

on s moyens employés ne sont

de nat . roduire ce résultat. Les deux

populati lu Haut et du Bas Canada ont J* intérêts commun les finiront par sympathiser ensemble.

M notre coopération active, sans notre participation a ir, le gouvernement ne peut

fonctionner liôre à rétablir la paix et la con-

fiance qui sont essentielles à toute administration. Placés par l'acte d'uni >n daofl une situation e.\ tionnelle et de mini I ms la distribution du

pouvoir politique, si nous devons succomber, nous succom' du moins en nous faisant respe< I

-1 ne recul rat la r sabilité que j'ai

assumée, puisque, dans ma

-i celui par lequel il voulait

eiiv l'état d

un de fer d lenham

', en | lit accomplir d

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aquel nos enit, jo ne le

dans le minis-

tère n'est-elle pas une circonstance qui comporte une iujustice, même une insulte préméditée ? Mais, dira-t-on : "Vous ne voulez pas accepter d'emploi." Ce n'est pas là une raison. Mes amis et moi, il e^t vrai, nous ne voulons pas en accepter sans des garanties ; mais, puisque vous avez bien trouvé quelques noms français pour siéger dans le coa seil, même pour assister à la cour martiale, ne pourriez-vous pas eu trouver de même force pour siéger dans le cabiaet ? "

C'est ainsi que parlaient nos hommes politiques, à cette époque. Ils étaient peu nombreux, et, cependant, ils tinrent eu respect toute la cohorte des ennemis de la race française et les empêchèrent d'accomplir leur dessein de la faire disparaître ou de la tenir dans un état d'avilissement pire que la mort. Il n'est pas surprenant que la génération actuelle vénère les noms dj ces compatriotes et qu'elle les transmette avec amour à ses descendants.

La position du ministère-Draper devenait fort critique : il allait succomber, si le gouverneur ne fût intervenu pour le tirer d'embarras. Il demanda une dernière entrevue avec M. La Fontaine, et, cette fois, les négociatiuns furent couronnées d'un p)ein snccè*.

Nous citons textuellement ce qui suit de Turcotte, (Le Canada sous l ' L/nio/i].

"Le 15 septembre (I) MM. La Fontaine et

ient serment comme procureurs gé*hefs de la nouvelle coalition. Quel<j jours après, M. Aylwin devenait solliciteur général

Sunil, réformiste, solliciteur éral «lu Haut Canada. Un siège dans le cabinet Tut réservé • M. Morin, qui devint, le 10 octobre, commis terre* de la couronne. La place

greffier au conseil exécutif fut donnée à M. Parent, député du S* . ; ce dernier abandonna son cornu' à M. Morin.

\ oment M. David apprécie cet évéue

me

r janvier mil huit cent quarante-deux M. .Ni »:; h <;.iii fait juge de la cour de circuit pour Kmmouraska et St-Thomas, et le 13 (1) octobre ant, ii acceptait le portefeuille de 0 -aire

de la Couronn • dans le ministère de Iwio-'LafonUuDc, [2] et se taisait élire au Saguenay, a la p. ace de M. Etienne Parent, qui abandonnait la politique pour devenir greffier du conseil exécutif.

" I Jurant le régne du parti conservateur, de mil

huitcent<|; lx [3] a mil huit cent qua-

te-huit, les plus gi irent faits pour

[1 J Comme on vient do le voir, Turcotte donne lu 10 ocfcol

[lij Cq FonUnim Bûld non pas Baldwin-i^i

Fon

[3] De

détacher M. Morin de la phalange libérale qu* conduisaient MM. Lafontaine et Baldwin. ^Toutes les séductions no purent ébrauler sa vertu politique comme sa fidélité à ses principes : il refusa toutes les faveurs et le pouvoir sans l'assentiment ^et la coopération de son chef politique. Et, cependant, il était pauvre, presque sana ressources."

" Il venait donc de se former un ministère, dit Turcotte, dont les principes politiques différaient entièrement de ceux de son prédécesseur. Sa doctrine était de gouverner selon les vœux du peuple et de ses représentants ; chaque origine devait être regardée comme ayant un droit égal à la protection du pouvoir. Par là, il voulait réellement mettre en pratique le gouvernement responsable, qui n'avait existé que de nom sous le ministère précédent, et donner à ce principe la plus grande extension possible. L'administration canadienne, telle qu'elle était constituée, possédait la confiance de toute la population, si l'on excepte le faible parti ultra-conservateur, que la coalition des libéraux des deux provinces venait de réduire à l'impuissance. Elle renfermait des membres d'élite et d'une capacité reconnue.

M. La Fontaine, premier ministre, devait à la franchise, à la noblesse et à l'indépendance de son caractère le poste élevé qu'on venait de lui offrir ; il avait su mériter le respect et l'estime de toutes les nuances politiques. Doué d'une belle intelligence çt de talents remarquables, il s'était toujours

montré l'énergique droits du peuple.

C'était à lui que revenait le mérite de l'heureuse allume ibéraux dei «leux provinces.

En sa qualité de chef le plus influent et le plus respecté des libéraux du Haut-Canada, M. lîaldwin avait droit à la conduite des a!-' • >vince.

Cœur probe et honnête, il sera lu lintenant l'ami inséparable de M. ri ta i ne : ces deux hommes

d'état distingua aux

destinées du j ' i avait .il

vrai, l'union des Cana las, mais une union juste envers tous les Car, v.iit il défendu les

droits des libéraux «lu Bas-Uaoada chaque I l'ex-ministére les avait bl

M. Nforin laissa le banc judiciaire pour venir occuper un emploi [uel le portait le vœu public. Humble et modes- /.ré me, il se montrait éner-

gique lorsqu'il s'agissait de défendre un 'principe. Toute la vie de cet homme laborieux et arait été employé'.- au bien de nomination fut don<- accueillie favorable:

La population français •, api

temps onprinv'-e, pouvait, dès loi M M.

La Fontaine et M rin \ se livrera l'es]

U> meilleurs jours. Nous vei ces

( homm

ineffaçab! , notre Hisl i, vinrent s'unir

[uables par la pro«

bité, kl amour du pi h'',

Jean Chabot J.-E. Turcotte, etc.

" De plus, dit encore Ls.-P. Turcotte, l'acceptation du pouvoir par MM. La Fontaine et Morin réfutait mieux que les meilleurs arguments les faussés imputations si souvent portées contre les Français du Bas-Canada, savoir : que leur lutte était une lutte de race ; qu'ils étaient des hommes intraitables, guidés par leur seule haine contre le gouvernement établi, et qu'il était impossible de former une administration contre laquelle ils ne fussent prêts à se ranger."

La presse anglaise montra une plus grande modération dans ses écrits, et avoua,bien que trop tard, que, par leurs princip?s justes et leur noble caractère, les Canadiens auraient dû, depuis longtemps, faire partie du conseil exéc.utif.

A propos, mettons en regard le langage du Herald, de Montréal, en 1838, avec son langage de

Les écrivains de cette feuille francophobe avaient écrit, mettant à nu leur haine contre nous : " Pour avoir la paix, il faut que nous fassions une solitude de ce pays ; il faut balayer les Canadiens de la face de la terre." Ce sont les mêmes écrivains qui, avec d'autres, avaient peint M. La Fontaine, M. Morin et quelques-uns de leurs compatriotes comme des hommes d'une intelligence bornée, stns éducation, sans lumières et aveuglés par d'étroits préjugés. Et, pour donner une idée complète de leurs sentiments ignobles; ces mêmes

écrivains du Herald avaient encore écrit : " Nous avons vu la nouvelle potence faite poi M.Bronsdon, el Ta être élevée aujour-

d'hui [le 19 Dorembre], en face de la nouvelle raison, de sorte que les reh >urront jouir d'une Ûve qui ne inanrjuera pas sans doute d'avoir Fet de produire un somiruil profond et des

pt pourront s'y trouver à l'aise ; mais un plus grand nombre peuvent y trouver place dans 11:1 cas pressé." 0)

comme le sont ; ton: dénués de nobles sentimei

lu Herald écrivaient, 4 ans après, alors que MM. La Fontaine et Morin étaient au aduite des Canadiens- Français mérite toul \ \ felle est marquée

au coin du bon sens, de la modératiou et de la courtoisie, et qu'< : de l'imitation

e." >es?ion de 1 . : le terminait le 12 octobre : elle avait duré A peu . j semaine* eufa

lois In] été sanction!.' une

majorit rit double du nombre

des 1 ju'il fut

déciJe de ne plu-, tenir le parlement à Kingston, bourg insignifiant ; .. ivail i par lord

deuil. 11. ae nOU \ :. < >.i :

blit la : le dam les (mono

villes de Québec et de Montréal, qui en avaient été privés injustement par le même autocrate. Eq un mot, presque toutes les grandes mesures de ce gouverneur et du conseil spécial furent ou abolies ou amendées de manière à nous rendre justice. Il y avait bien l'ordonnance des municipalités qui fut ajournée avec la loi des écoles.

La politique si sage et si juste de Sir Charles Bagot à Tégard de notre race souleva contre lui de l'oppositiou et même de graves injures de la part de quelques ultra-conservateurs. Sur les 1 1 ministres de l'administration La Fontaine Baldwin, il n'y avait que deux Franco-Canadiens, M. La Fontaine et M. Mono, et sur les 84 députés, 20 seulement, ce qui n'empêchait pas les ennemis du gouverneur et de son ministère, de crier, tout comme aujourd'hui, dans certains quartiers, à la domination française.

Le gouverneur se consola de tous ces cris, de toutes les injures à son adresse en voyant l'approbation donnée pincèrement à sa conduite par la grande majorité des deux populations, et, plus tard, en recevant l'approbation donnée à sa politique par le ministère impérial, qui confirmait, en même temps, les nominations qu'il avait faites.

11 Le Canada, dit Turcotte, commençait à peiue à ressentir les effets d'une administration si juste, lorsqu'une grave maladie s'empara du gouverneur et le ravit bientôt à î'affectien des Canadiens. Cet événement déplorable contrista gravement le cœur

Je ?es fidèles sujets, qui demandèrent à genoux sa prompte gaérison. De toutes .nies du pays

s'élevèrent des concerts de prières pour obtenir le rétablissement de sa santé, et de nombreuses adresses de condoléance lui furent présentées par toutes les es du peuple.

•• On vit, dit un journal d'alors, un étrange specttcle présentant d'un côté le dévergondage et l'inhumanité ave< lans leur emportement, les/0rys ont outragé le représentant de U reine jusque sur son lit de douleur, et les menaces de séparation qu'ils ont imprudemment adressées à l'Angleterre en conséquence de l'adoption de sa politique ; de l'autre côté, les unanimes et touchants témoignages pathîe pour le noble invalide, et de franche et cordiale pour le gouvernement ais. qui o: irnme le cri du cœur d'une population morale, religieuse et trop longte traitée."

Et cette amitié de nos compatriotes, ils raccordaient cordialement à Sir Ch t, non pas pour faveurs injustes que ifous n'avons jamais demandées, mais simplement ir rendu lu justice à laquelle nous

>ns dioit, tant il est vrai que nous n'avons jamais voulu autte 1 . • t pour tous*

lion de Turcotte.

" V an te ne s'améliorait pas, sir

Charles demanda à la métropole la nomination d'un su liait pas que sa maladie

nuisît aux affaires du pays. Au mois de mars 1843, il remit les rênes du pouvoir entre les mains de sir Charles Metcalfe. Sa santé s'affaiblit peu à peu, et, le dix neuf mai suivant, il rendit le dernier soupir entre les bras do son épouse éplorée. Quelques jours après, Lady Bagot partait pour l'Europe avec les restes mortels de cet excellent gouverneur." Il était mort à l'âge de 62 ans. (1)

(1) Nous étions bien jeune lorsque, sous le toit paternel, nous entendions M. liorin dire à notre père combien avaient été touchants les adieux de sîr Charles Bagot aux membres du conseil exécutif, quelques jours avant son décès. Voici ces belles et touchantes paroles du gouverneur bien-aimé. sur son lit de mort, et rapportée par les Mélanges lieligieux :

"Je vous ai réunis, messieurs, pour vous faire mes derniers adieux, et pour vous remercier, de la manière la plus publique que je puisse le faire, du précieux appui que vous m'avez donné j tendant une époque importante de la crise politique. Je vous remercie aus-u de la sympathie et de la bienveillance que vous m'avez témoignées au milieu de mes angoisses 5 par ce moyen, les affaires publiques ont pu avancer, et l'attention la plus entière êtie accordée aux intérêts du pays, sans me chaiger que du trouMe le plus minime possible. Ceci m'a été d'un grand soulagement personnel.

Messieurs, je m'étais rendu garant à la mère-patrie de la ferme loyauté de ce pays, et j'ai le plus grand plaisir à reconnaître que vous-mêmes, messieurs, et le pays, avez amplement jus ifié la garantie. S'il en eût été autrement, je serais descendu au tombeau avec la réputation d'un insensé. Tel que sont les choses, je sens que je n'ai rien dont je doive me repentir : tout ce que j'ai fait, j^ le ferais encore sous de semblables circonstances. Nous ne sommes que des instruments entre les mainsde l'Etre suprême, et nous ne pouvons

Sir Charles Metcalfe, successeur de sir Charles Bagot, arrivait à Kingston le 29 de mars 1843, et prenait, le lendemain, les rênes du pouvoir.

Nous devoDS suspendre ici la narration des actes politiques auxquels a pris part M. Morin, pour mentionner un événement important dans sa vie intime.

M. Morin, né en 1803, se mariait à 40 ans, à mademoiselle Adèle Raymond, de Saint-Hyacinthe. Doués tous deux des plus beaux sentiments du

prévoir le3 desseins de la Providence, mais mon jugeaient est fort do la conviction que ce que nous avons fait sera, par la suite, prouvé être ce qu'il y avait do mieux à faire. Il peut y avoir des individus qui soient désappointés de la marche qui a été suivie, qui pensent que d'autres mesures auraient été préférables, et qui nou< reprochent, et à vous et à moi. ce que nous avons fait sous la dictée de nos consciences. Je ne le puis empêcher ; je le regrette, et je pardonne leurs injures. Je n'étais pas ici pour leur plaire, ni pour plaire à aucune coterie par le sacrifice des principes constitutionn

Je le répète, je me réjouis de tout ce que j'ai fait, et je me chagrine seulement do ce que je n'ai pu faire davantage. Je cesse d'être votre gouverneur et vous laisse Le soin de défceu iro ma mémoire, ce que vous no tries mieux faire qu'en vous prévalant de la position que nous avons gagnée pour pousser vers sa consommation, par ton- les moyens à votre disposition, l'œuvre que nous ayons commencée, et que nous avons acheminée jusqu'où les circonstances nous l'ont permis. Et je me félicite de la pensée que votre tâche sera d'autant pins aU e que je inlacéparun homme dont les dispositions sont semblables aux miennes, mais don< lea talents sont plus grand

cœur et de l'intelligence, leur union fut une suite contiuuelle de bonheur aussi grand et aussi pur qu'il nous est donné de l'avoir sur cette terre.

Ce fut peu de temps après son mariage que M. Morin allait, avec sa compagne, visiter la maison où il était né, située, alors encore, dans les concessions de la paroisse de Saint-Michel de Bellechasse, mais faisant partie, depuis 185 1, de la paroisse de Saint-Raphaël. Son père, décédé l'année d'auparavant, avait quitté là, sous son humble toit de laboureur, celle qui avait été pour lui une épouse chrétienne dans la vraie acception du mot. La mère fut heureuse de serrer sur son cœur et l'enfant bien-aimé et sa nouvelle enfant, madame Morin.

Nous offrons au lecteur la généalogie de Mme veuve Morin, dont nous pouvons garantir l'exactitude.

Du côté paternel.

Bernard Raymond, de la paroisse de la Croix- Rousse, à Lyon, a eu pour fils Augustin Raymond, qui est venu de France au Canada avec Montcalm. Après la cession du pays, il s'établit à Montréal, où il se livra au commerce. Il épousa Marie- Anne Deniers et eut pour fils, en 1780, (1) Joseph, père de Mme Morin. Joseph Raymond alla à Saint- Hyacinthe, pour s'y livrer au commerce ; et, le 24

[1] Coïncidence assez curieuse ; le père de M. Morin naissait aussi en 1780.

juin 1806, il êporlsait Mario-Louise Cartier. Il mourait à Saint-Denis de la rivière Chambly, le 25 août, 1831.

Du càti materne/.

Jacques Cartier, irenn de France [de l'Anjou], au milieu du dernier siècle, a épouse une demoiselle Mongeon, grand' tante de Mgr Signai. Ils eurent deux fils, Jacques et Joseph. Jacques se fixa à Saint-Antoine de la ri\i ère Chambly, où il acquit, dans le commerce, une certaine fortune. Il fut membre d 1 premier parlement canadien. Il s'était marié à Cécile Ckrvoise. Ils eurent un fils qu'ils nommèrent aussi du nom de Jacques, et qui devint le père de George-Etienne Cartier, d'illustre mémoire.

Joseph Cartier, un des deux fils de l'ancêtre, au Canada, s'établit à Saint-Hyacinthe, après avoir épousé, à Québec, Marie-Anne Cuvillier, tante de l'hon. A. Cuvillier, orateur de la chambre. Ils eurent, entre autres enfants, Marie-Louise, la mère de Mme Morin.

Madame A.-N. Morin est née le 21 septembre 1818. Elle était de 15 ans plus jeUOO que Sun époux.

Mgr Raymond, de Saint-Hyacinthe, aussi remarquable par ses connaissances que par ses grandes vertus, est le frère de Mme Morin, ainii que 11, k mi Raymond, marchand et député au parlement, à l'époque de la confédération.

Il y a aussi une sœur, nommée Odile, qui n'est pas mariée.

Nous ajoutons deux remarques qui ont leur importance.

La maison bâtie par le grand-oncle de Mme Morin, Jacques Cartier, en 1782, est la plus ancienne de la rivière Chambly;(l) et la maison bâtie par son grand-père, Joseph Cartier, est la plus ancienne du comté de Saint-Hyacinthe et des comtés voisins. Elle date de 1795. Ces deux maisons sont encore habitées par les descendants de ceux qui les ont construites. La première a 103 ans d'existence, et celle de Saint-Hyacinthe, 90 ans.

Quelque temps après l'arrivée du gouverneur Metcalfe, les ministres furent réélus par acclamation ou par de fortes majorités, moins M. Baldwiu, qui perdit deux élections coup snr coup. On sait déjà qu'en 1841, lorsque M. La Fontaine avait été forcé d'abandonner le comté de Terrebonne, M. Baldwin contribua fortement à faire élire son ami Bas Canadien dans le Haut-Canada. Celui-ci, à son tour, contribua à faire élire son ami Haut-Canadien dans le Bas-Canada, à Rimouski, où il fut élu par acclamation. Les libéraux de notre province furent heureux d'accueillir cet homme distingué et de s'acquitter, en même temps, de la dette de reconnaissance et d'honneur contractée en 1841.

[1] Nous avions l'avantage de visiter, il y a 4 ans, cette relique d'un autre siècle,

M. Baldwin visita son comté en compagnie do M. La Fontaine. Sur toute la route, de Québec à Rimouski, ce ne fut qu'une marche triomphale. Nos braves campagnards sortaient en foule pour saluer et acclamer, sur son passage, par des bravos enthousiastes, cet ami sincère des Canadiens. Les drapeaux et des banderoles portant des devises appropriées, flottaient au Êouffie de la brise ; des coups de fusil répétés réveillaient l'écho endormi sur les bords enchanteurs du grand fleuve, et, partout, Fur cette route de soixante lieues, on criait : u Vive M. Baldwin !"

( )n savait que ce Haut-Canadien, cd Anglais y était l'ami de nos hommes de confiance : MM. Mono, La Fontaine, etc. ; qu'il travaillait, de concert avec eux, à nous faire rendre justice, et cela suffisait à cette brave population, si longtemps opprimée et calomniée. Le nom de M. Morin, du l>on Af. Aforin, comme on rappelle encore dans nos paroisses d'en bas, était pour beaucoup dans ces ovations à M. Baldwin; car on le connaissait, lui, Bellement, et l'on sait encore comme il provoquait l'estime et le par sa figure franche et honnête, par ses manières toujours marquées au coin de la plus grande poli ne pour les plus humbles dans l'échelle sociale. | 1)

f 1 ] Ki

ànte Anne de la I ' I la qu'il vit If, Baldwin el M La Fontaine pour

Les chambres furent convoquées le 28 septembre.

Sir Charles Metcalfe ouvrit la troisième session du premier parlement par un discours qui plut généralement. Rien ne présageait encore la résignation du ministère La Fontaine-Baldwin, dont nous allons donner les causes déterminantes aussi brièvement qu'il sera possible de le faire ; et, si nous entrons dans tous ces détails, c'est que M. Morin faisait partie de l'administration à la veille Je résigner.

Si l'on considère le nombre et l'utilité des mesures passées pendant cette troisième session, on se convaincra que le ministère dont M. Morin faisait partie, n'était pas resté inactif. L'administration était puissante et populaire. On aurait de la peine à trouver, dans notre histoire parlementaire, une autre administration qui ait déployé autant de force, d'énergie et de talent que celle-ci. Eiie possédait la confiance presque générale des deux provinces, et, bien différentes des administrations précédentes, elle n'abusa point de son pouvoir ; elle

la première fois. Les autorités du collège firent à ces doux hommes distingués une réception digne d'eux. Ce fut un camarade de classe, EloiDion, aujourd'hui M. l'ai bé Dion, curé de la Rivière-Ouelle, qui prononça l'adresse en anglais, à laquelle M. Baldwin répondit dans la même langue. Quoique 42 ans nous séparent biuntôt de cette époque, les traits principaux de ce discours remarquable sont encore gravés dans la mémoire de celui qui écrit ces lignes,

fut fi lèle. à sa devise : rendre justice égale à tous les partis et à toutes les origines, administrer les affaires suivant le vœu du peuple. Et, cependant, ce ministère résigna le 27 novembre, 1843, après avoir vécu 14 mois seulement. On vota les subsides, et les chambres furent prorogées le 9 de décembre suivant. Le motif de cette démission fut la question des emplois publics.

14 Accoutumé, dit Turcotte, à administrer les affaires publiques dans les colonies où le gouvernement constitutionnel n'avait pas été établi, Sir Charles s'était soumis avec peine, depuis son arrivée au Canada, à la nécessité de consulter ses ministres en toutes circonstances. Plusieurs fois, il avait cru faire des nominations politiques sans prendre l'avis de son conseil ; il avait accordé ou offert des emplois à des personnes qui étaient reconnue* hOftiles à ce dernier. Il avait, en plusieurs circonstances, montré de li sympathie envers les conservateurs, alors membres de l'opposition."

Les ministres considéraient comme contraires au principe du gouvernement constitutionnel ces actes du gouverneur, et ils eurent avec lui des entrevues pour demander des explications. Le gouverneur prétendit qu'il n'était pas obligé de consulter ses conseiller* sur les nominations aux emplois publics.

•ait, suivant lui, abaisser le caractère d*. charge, et même vicier i#n J^vcir. q faire un

t»l abandon de la [ Où voitqutf-

le gouverneur commettait une grande erreur de jugement, en prétendaut que la concession de ce point avilissait son autorité. Ce qui ne déshonorait pas la couronne, en Angleterre, ne pouvait pas ia déshonorer dans une colonie. Les ministres de la métropole ont toujours exercé le patrouage public dans des vues de parti, ce qui est une conséquence du régime constitutionnel. Ce qui prouve que sir Charles Metcalfe se trompait, c'est que, dès l'année suivante, il revenait de la position prise en 1843.

" Les ministres, de leur côté, ne niaient pas au gouverneur le droit de nommer les employés publics ; mais ils prétendaient avoir celui d'être consultés sur ces nominations, ou au moins d'en être avertis, afin de ne pas se trouver dans une fausse position. Ils réclamaient ce privilège, se croyant responsables envers les chambres et le public de* nominations aux emplois publics comme des autres actes ministériels. Cette question était donc, suivant eux, liée aux résolutions du gouvernement responsable ; et le gouverneur, en refusant de les consulter sur ce point, ne se conformait pas aux principes de ces résolutions." (Turcotte.)

D'un autre côté, ils avaient accepté leurs portefeuilles, sous Sir Charles Bagou à la condition expresse d'être cousultés sur les nominations aux emplois publics, et, du moment que le gouverneur persistait à faire ces nominations eu opposition à leurs vues, ils n'avaient d'autre alternative que de

résigner. Il n'était pas possible à des hommes d'honneur comme l'étaient M. La Fontaine, M. Morin, etc., de conserver le pouvoir dans ces circonstances, sans s'exposer aux plus graves et aux plus justes reproches de la part de leurs amis.

D'après le principe de la constitution britannique, les ministres, après leur résignation, rouwrent se présenter à la chambre représentative pour y donner leurs explications, qui fuient approuvées par un vote de 46 contre 23. Trois Bas-Canadiens seulement (c'était trois de trop) votèrent avec la minorité anglaise ; MM. Denis-B. Vigcr, Neilson et Noël.

Il n'entre pas dans le cadre de ce travail de faire voir toute l'inconséquence de MM. Vigcr et Neilson, surtout le premier, en votant comme ils le firent alors. Disons seulement que M. Vigei ne s'arrêta pas là dans cette fausse voie, et qu'il consentit à devenir le conseiller principal du gouverneur et qu'il eut le triste courage de former une alliance politique avec M. Draper, après l'avoir combattu, jusqu'alors, avec acharnement.

Les ministres démissionnaires virent leur conduite approuvée non-seulement par la grande majorité des représentants, mais de plus, parla m de la population du Canada. Partout, généralement, on trouva juste le motif qui les avait engagés à résigner. Dans le lias-Canada, les libéraux furent unanime* dans leur approbatiou de la con-

duite de leurs chefs : il fit Lnp^slble de les diviser.

Après 9 mois de crise minwtérie'.le, pendant lesquels Sir Charles Metcalfe u'eut qu'un ou trois conseillers provisoires, le ministère Vi^er- Draper fut formé, le 3 septembre, 1844.

Après la formation de ce ministère hybride, le gouverneur se décida à dissoudre le parlement, ce qu'il aurait dû faire, pour se conformer à la coutume constitutionnelle, après la démission du ministère La Fontaine Baldwin, ou encore rappeler ses anciens ministres qui possédaient la confiance de la majorité des représent ints, comme le prouvait le vote de 46 contre 23 dont il a été fait mention plus haut. Le 23 septembre, une proclamation dissolvant le parlement fut émanée, et les brefs d'élection suivirent de près.

"Deux grands partis [1] se dessinèrent dans la lutte électorale. L'un, composé de* libéraux des deux sections de la province, devait faire triompher les principes défendus par les membres du ministère La Foiitaine-Baldwin, leur manière d'entendre le gouvernement responsable, tout en condamnant le gouverneur dans son retard à former le ministère ; l'autre, composé principalement des conservateurs du Haut et du Bas-Canada, approuvait sans restriction les actes du scouverrïeiir.''

H] L< Cmada seus Wnfan, L&-P, Turcotte,

La caus: défendue par les ci-devant ministres triompha dans le Bas-Canada. Les libéraux élirent une majorité écrasante de leurs partisans. MM. Viger, Neilson et Cuviliier perdirent leurs élections. Le premier fut défait da:is deux comté?, ce qui ne l'empêcha pas de garder son portefeuille. MM. La Fontaine et A'ywin furent élus par acclamation, ainsi que M. Morin, dans deux comtés : celui du Saguenay et celui de Bellechasse. Il choisit ce dernier, et ITion. P. de Sales Laterrière se fit élire dans le premier.

MM. Chauveau, Cauchon, Drummond et Wilfrid Nelson, du parti libéral, étaient de nouveaux députés ; puis apparaissait, sur la scène politique, M. [ohn-A. Macdonald, alors ministériel.

La première .session du deuxième parlement s'ouvrit à Montréal, le 2S novembre, 1S44. Le gouvernement ne pouvait compter que sur une faible majorité qu'il utiiisa pour commettre une injustice à l'égard de M. Morin.

M Avant de prononcer le discours d'ouverture, dit Turcotte, Son Excellence pria la chambre d'assemblée de choisir son président. M. le procureur général Smith proposa Sir Allan McNab comme candidat ministériel. Le colonel Princo s'opposa à cette nomination, parce que Sir Allan ne parlait pas le français, et proposa le nom de M. •in, qui avait l'avantage de connaître également bien les deux lingues. M. Cauchon et M. Chauveau 6e prononcèrent fortement en faveur de M.

Morin, et dirent qu'en justice pour les Canadiens d'origine française, le président devait parler la langue des deux populations. C'est pendant ce débat qu'un député du Haut-Canada, M. Ermatinger, déclara que, dans le parlement d'une province anglaise, il n'était pas nécessaire que le président connût la langue française : il considérait que la chambre devait être anglaise de fait comme de nom. [i] Le nom de ce membre mérite de passer à la postérité. Sir Allan l'emporta de trois voix sur M. Morin."

Les deux principales lois de la session furent celles qui concernaient les municipalités et les écoles de notre province. En principe, ces deux mesures étaient les mêmes que celles qui avaient été proposées par M. Morin, à la session précédente, mais qu'on n'avait pas eu le temps de faire passer.

La législature fut prorogée le 29 mars 1845, après quatre mois de session.

Le ministère n'avait pu se maintenir qu'au moyen d'une faible majorité variant de 3 à 6. Lord Metcalfe avait compris que, pour former un ministère tort et puissant, il fallait y adjoindre quelques membres influents du parti libéral. Dans ce but, M. Draper s'adressa à M. Caron. Il y eut, à ce sujet, une correspondance qui fut interrompue par le départ du gouverneur.

(1) Autre échantillon du fair play dont les Anglais semblent si fiers et dont ils ont tant abusé à notre égard.

C'est vers cette époque que le goût littéraire commença à se réveiller parmi la jeunesse canadienne. MM. Mono, Chauveau, Berthelot, Tainchaud, Bardy, etc., aidèrent à ce réveil, et l'entretinrent par des conférences publiques, et par leurs écrits, en prose et et en vers. [1]

En 1S45, M. Morin donnait, ù, Montréal, une conférence remarquible par la forme et par le fond. Il avait pris pour sujet : " Les écoles communes du Bas-Canada." On y trouve d'excellents conseils dont nos gouvernants pourraient s'inspirer avec profit. Les deux extraits suivants prouvent que M. Morin était pleinement en faveur de Penseignemeut religieux tel que le comporte ce mot, et, par conséquent, hostile à la laïcisation, comme on la voudrait dans certains pays.

11 La meilleure méthode, disait-il, que je crois être composée de la méthode individuelle et simultanée, doit être celle des Frères des Ecoles Chrétiennes, si on en juge par le nombre et leb progrès de leurs élèves, par l'attachement à leurs études que ces élèves manifestent, sans compter les idées religieuses et morales infusées dans des populations souvent irréfléchies sous ces importants rapports. Les règles particulières d'association et de manière de vivre de ces dignes instituteurs, les empô-

[1 ] Un trouvera, a la fin de ce volume, les poésies de M. Morin, celles du moins que noue avons pu noua procurer.

cheront de diriger les écoles communes, et même les écoles principales de paroisses, excepté dans un petit nombre de localités plus aisées. Mais, si des écoles de comté s'organisent et sont reconnues et aidées par l'autorité publique, qu'on les mette sans hésiter sous la direction des Frères des Ecoles Chrétiennes, partout où la divergence des croyances religieuses n'inspirera pas de préventions opposées, préventions au surplus qui sont peu partagées, et qu'une observation même superficielle devrait faire disparaître. Leur enseignement, certes ! s'élève assez haut pour toutes les exigences de ceux qui voudraient voir dans chaque comté une école d'un ordre supérieur."

Plus loin, M. Morin dit :

" Dans ces écoles, la lecture, l'écriture, l'orthographe, c'est-à-dire un peu de grammaire donnée à priori, et les élémens du calcul, sont un minimum ; heureux les élèves si le maître peut y ajouter la grammaire raisonnée, l'histoire, la géographie ; les élémens, bien exposés, en sont attrayans pour de jeunes intelligences, au delà de ce qu'on peut croire. La cosmogonie mosaïque, l'histoire du peuple juif, celle de la venue du Sauveur et Réparateur divin, sont les premières notions à inculquer. Si l'on a le bonheur d'avoir uuiformité de croyance parmi les parens dont les enfans fréquentent l'école, la direction, l'intervention même du prêtre ou ministre, s'il en a le loisir comme il en aura partout le zèle, pourra faire beaucoup plus,

et rendre complète une instruction qui ne le serait pas sans cela. Que si l'on en est venu à la division dos écoles, permise comme de nécessité à la minorité, Ton a les mêmes avantages sous le rapport religieux."

L'extrait suivant, le dernier que nous ferons, renferme un conseil qui s'adresse aux jeunes gens venant de terminer leurs études classiques.

14 II ne me reste plus qu'un mot à dire ou plutôt à répéter. C'est que le grand vice de notre instruction est son défaut d'actualité. Conduisons ensemble, s'il est possible, la leçon et l'application, le précepte et l'exc mple ; lorsque nous ne le pourrons pas à notre satisfaction, faisons du moins comprendre à l'élève qu'il ne sait rien ou presque rien d'usuel, et qu'il n'est muni que de jalons et de signes pour s'orienter et se reconnaître. J'ai vu des élèves de collège prétendre sérieusement à de hautes administrations, et j'aurais bien pu le faire moimême &i l'occasion s'en était présentée. Le fait est qu'au sortir d'une école grande ou petite, on croit être rendu presque au terme de toute science y compris ses applications. J'étais décidément de cet avis à la fin de mes études de collège, et, avec mes condisciples, je me nommais des hommes alors éminens et en évidence comme devant tout savoir et tout connaître : à peu près comme les étudians chinois doivent considérer le lettré qui a parcouru ses quatre-vingt-dix mille signes. Le remède se trouverait peut-être, quoique en partie seulement,

dans les suggestions qui précèdent. Dans tous les cas, l'huiiibli ignorance vaut mieux que l'orgueilleuse présomption ; tâchons, dans les écoles qui portent ce nom comme dans la grande école du monde, d'être bien persuadé de l'étroitesse et de l'insuffisance de nos connaissances et de nos vues ; nous y trouverons un pneouragement à apprendre et surtout à nous en rapporter mieux à l'omnipotence et à l'omniscience du souverain Auteur de tout bien."

Lord Metcalfe, affaibli depuis longtemps par une déplorable maladie, laissa subitement le Canada, le 26 novembre, 1845. ^ mourait en Angleterre, le 5 septembre de l'année suivante, âgé de 61 ans

Apr^s le départ de lord Metcalfe, l'administration de la province fut confiée à lord Carthcart, commandant des forces militaires du Canada. Il fut nommé gouverneur-général, le 16 mars 1846, et, quatre jours après, il convoqua les chambres.

Le ministère n'étant guère plus fort à cette session qu'il l'était à la session précédente, on tenta d'opérer un rapprochement entre les libéraux et les conservateurs. Dans toutes ces négociations, MM. La Fontaine, Morin et Caron firent preuve de nobles sentiments en offrant de s'effacer, s'il était nécessaire, pour le bien du parti. Ils étaient encore prêts à faire des sacrifices personnels en s'alliant à un parti qu'ils avaient combattu, si, par ce moyen, ils pouvaient faire cesser l'agitation politique qui régnait depuis plus de deux ans.

C'est pendant cette session que fut réside la question des biens cks Jésuites, au moyen d'une mesure provenant du gouvernement. Nous citons encore Turcotte :

u La loi pourvoyait, dit cet historien impartial et estimé, à ce que le revenu de ces biens, qui se montait annuellement à ,£5,500, fût appliqué à l'éducation commune dans le Bas-Canada. Pour l'année 1846, ,£5,496 furent distribués aux institutions et aux collèges catholiques et protestants de premier ordre ; mais ces biens ne se trouvaient pas appropriés au Bas-Canada seul ; on les avait réellement donnés aux catholiques et aux protestants des deux provinces, puisque les allocations qui, en 1846 et plus tard, furent portées sur le revenu de ces biens, avaient été, jusque-là, puisées à même le fonds consolidé de la province. Aussitôt que la mesure du gouvernement fut connue du public, les évêques catholiques du Bas-Canada réclamèrent ces biens dans une pétition à la législature. Ces biens, disaient-ils, avaient été donnés par les rois de France et par certains particuliers pour être employés à l'éducation des Français et à la propagation de la foi catholique parmi les sauvages, objets qui ne pouvaient être remplis que par le ministère des évêques catholiques, et le parlement ne pouvait pas en changer la destination sans commettre une injustice envers les catholiques. Si ces biens leur étaient rendus, les évêques s'engageaient à fonder une haute institution, où des

chaires pour le droit, la médecine et les arts seraient établies, efc à rendre compte à la législature de l'emploi des revenus de ces biens. Leur réclamation fut inutile.

Ce fut en vain que M. Morin proposa de mettre ces biens à la disposition du clergé catholique du Bas-Canada pour les fins de l'éducation, et qu'il parla fortement en faveur de cette cause, comme le firent aussi MM. La Fontaine, Drummond, Chauveau et Cauchon ; tout le parti ministériel, à l'exception de M. de Bleury, vota en corps pour la loi. De plus, tous les membres du Haut-Canada, y compris M. Baldwin, s'unirent pour enlever à l'Eglise de Rome ce qu'elle considérait à bon droit comme sa propriété. MM. Viger, Pa pineau et Taschereau furent sévèrement blâmés d'avoir vote* pour une mesure si peu libérale envers leurs coreligionnaires. Puisqu'ils n'avaient pas assez d'influence pour en empêcher l'introduction dans la chambre, ils auraient dû se retirer : c'était la seule ligne de conduite qu'ils eussent à tenir. Au conseil législatif, MM. Brune*au et Massue protestèrent aussi contre la mesure."

La loi de milice, proposée par le ministère, passa sans opposition. C'était là le plus beau démenti donné à toutes les calomnies portées contre la loyauté des Bas-Canadiens. Le Dr E.-P. Taché [depuis, sir Etienne] un des meilleurs amis qu'ait eus M. Morin, et un discours très remarquable par les sentiments \fe patriotisme dont il était rempli*

M. Taché, ont dit les journaux de l'époque, prenait rarement la parole ; mais, chaque fois qu'il le faisait, il ne manquait jamais de faire sensation par son éloquence mâle et par un langage raisonné. Nous ne pouvons résister au désir de donner un extrait da discours auquel nous venons de faire allusion, et dont une phrase est demeurée et a été mille fois répétée : ''Si jamais ce pays cesse un jour detre britannique, le dernier coup de canon tiré pour le maintien de la puissance anglaise, en Amérique, le sera par un bras canadien."

Le Dr Taché, réfutant les calomuies répétées par une certaine presse au sujet de la loyauté de notre race, rappela les exploits de nos compatriotes, en 1812, et se porta garant d'une conduite aussi héroïque et aussi honorable, si l'occasion 8e tait de nouveau.

* Si une bonne organisation de la milice, dit

M. Taché, est si nécessaire, pourquoi le gouvernement a-t-il-, depuis nos malheureux troubles 1837 et 38, laissé tomber cette arme de la défense nationale ? Si le gouvernement a cru voir un symtôme de désaffection générale, chez nos compatriote?, dans l'acte de quelques centaines d'hommes qui ont pris 1

par des administrations flétries et condamnées par les premiers hommes d'Angleterre, ta ment s'est tromj -• tre-vingt-dii à cent mille

hommes, composant la milice canadienne, étaient

là et n'ont pafi DOS on» continué 1 tfiir,

à attendre, à espérer. Si la masse eût été entièrement désafifectionnée, comme nos ennemis se sont plu charitablement à le publi r, il s'en fût suivi des conséquences inca^ulables. Il serait à désirer que le gouvernement voulût enfin tout de bon ouvrir les yeux et nous rendre justice ; et, oubliant et notre origine et l'impatience de quelques-uns des nôtres, ne plus se ressouvenir qae des services réels quo nous lui avons rendus ; ne plus se ressouvenir que de ces jours de gloire où nous avons combattu pour le maintien de ses possessions sur ce contin ne ; que uj ce jour mémorable où trois ou quatre cents hommes, tous Canadiens-Français, depuis le commandant jusqu'au dernier trompette, se couvrirent d'une gloire immortelle en repoussant les efforts d'une colonne de plus de huit mille combattants, préservant par là le sol de la patrie de la souillure de la trace des pas de l'étranger. Ce que nos pères ont fait, ce que nous avons fait nous mêmes pour la défense de cette colonie, nos enfants seraient encore prêts à le faire, si l'on voulait rendre justice au pays.

':Xotre loyauté, à nous, n'est pas une loyauté de spéculation, de louis, chelins et deniers ; nous ne l'avons pas constamment sur les lèvres, nous n'en faisons pas un trafic. Nous sommes, par nos habitudes, par nos lois, par notre religion, comme l'a très bien remarqué mon ami, l'honorable député de la cité de Québec, monarchistes et conservateurs. Tout ce que nous demandons, c'est que justice nous;

soit faite ; et, m un ennemi se prescrite, vous verrez no* léger* et joyeux bataillons voler a sa rencontre comme à un jour de fête et présenter hardiment

leurs poitrines au fer de l'assaillant. Mais, disent nos détracteurs : ,AYoui êtes des mécontents ! " Un député, qui n'est pas à son siéie, nous disait, il y a quelques jours : "Vous êtes des rebelle.0, nous dirons des ultras ; nous possédons seuls la loyauté par cxcclk

•'Mille et mille pardon si urs. Traitez-nous

comme les enfants d'une môme mère et nou comme des bâtards ; un peu pins de justice égale, non dans les mots, mais dans tes actes, et je réponds que, si jamais ce pays cesse un jour d'être britannique, le dernier coup dj canon tiré pour le maintien de la puissance anglaise, en Amérique, le sera par un bras canadien.

''Mais si tout le monde convient que la milice est nécessaire, je dois dire que, pour rendre cette arme efficace et telle qu'elle doit être : un boulevard impénétrable contre l'agression étrangère, il importe de faite quelque chose pour le peuple, pour ce peuple qui souffre depuis si longtemps. Il faut que l'administrât: lie soit, agisse

de manière à ce que l'on ne voie plus, dans cette immense province du Canada, qu'aoe grande famille connue sous le le sujets biitanniq; ayant dans chacun de ses membres, quelles que soient son origine et sa c; . les mômes droits

aux faveurs et à la protection du gouvernement "

Telle était la trempe des hommes de cette époque, qui luttaient avec M. Morin contre les injustices du parti anglais. Us avaient leui franc-dire et leur bien-dire ; leur courage ne savait jamais se plier en face d'un principe ; et, toujours sur la brèche, ils ne cédaient jamais un pouce de terrain à l'ennemi, qui ne pouvait s'empêcher de les admirer. S'ils n'ont pas obtenu tout ce qu'ils auraient dû obtenir, c'est qu'ils avaient contre eux une majorité vénale. On ne se trompe pas en donnant à cette époque de notre histoire ] olitique le nom de Temps héroïques.

Cette session fut prorogée le 9 juin, 1S46. Quelques jours après, M. Viger donna sa démission. •'• Au mois de juillet suivant, peu de temps après la retraite de M. Viger, le gouverneur chargea M. Draper de s'adresser à quelques Canadiens-Français, dans le but de les engageer à faire partie du ministère. M. Draper écrivit à M. Morin et à M. Caron, non pas pour les prier de former une nouvelle administration, mais pour leur faire savoir que lord Cathcart leur offrait le choix sur trois portefeuilles du conseil exécutif- Cette démarche, comme celle qui avait été faite en 1845, n'aboutit à rien. Ces deux chefs libéraux ne se sentaient nullement disposés à siéger avec certains membres du cabinet. Ils réclamaient, au :10m de leur partisans politiques,, et ils avaient constitutionnels

ment plein droit de réclamer, le pouvoir comme parti, puisqu'ils possédaient la confiance de La très grande majorité Je li population bas-canadienne. Ils refusaient de s'a r à des homme* auxquels

ils ne pouvaient se lier, et qui no leur offraient aucune garantie pour faire adopter les mesures favorables aux intérêts du pays. Na voulant pas se trouver eux-mêmes dans la fausse position de MM. Viger et Papineau, position qu'ils avaient justement dénoncée, ils refusèrent l'offre qui leur était faite.

L'année \ô±6 ne devait pas se terminer avant que l'Angleterre n'eût nommé un gouverneur dont le nom, avec celui de Sir Charles Bagor, est encore prononce avec amour par les Canadiens de race française.

Lord nommé gouverneur du Canada, le

16 septembre de [$ [6, n'arriva au pays qu'à la fin de janvier de l'année suivante.

A len de la position de' partis politi-

ques -li pays, L >r 1 Klgin put se convaincre que l'administration, telle qVellj éiait constituée, ne

a:i race pul u i degré

suffisant Doué d'un - eur noble et généreux, il vit a lée qu'occupait la po-

pulation française dans son propre pays. U voulut y remédier en app l ponvoir quelques uns des

chefs du Bas^Canada. Dans ce but, et sur l'avis de ses min il l'adressa à M. Morin et à M.

Caron, et leur offrit, a chacun, un portefeuille. Ces offres mêmes que elles qui avaient été

faites et rejetées dan^les négociations précédentes,

ne pouvaient suffire aux exigences légitimes du parti libéral que représentait M. Morin ; c'est pourquoi il les rejeta de nouveau, donnant pour raison qu'il avait contracté une alliance avec des chefs d'une autre origine, qu'il ne pouvait point oublier. M Caron crut agir dans l'intérêt de ses compatriotes, en poussant les négociations plus loin ; mais ses offorts n'eurent pas de succès. La conduite de MM. Morin et Caron fut approuvée de leurs amis politiques.

" La presse ministérielle, dit Tureotte, accusa encore, mais saus raison, les Canadiens-Français de refuser le pouvoir et de négliger, par la, les vrais intérêts de la province. L'alliance des conservateurs avec les libéraux du Bas-Canada aurait été une excellente affaire ; elle aurait probablement eu pour résultat d'empêcher les troubles de 1849. Il est regrettable qu'elle n'ait pas eu lieu ; mais enfin, la faute retombait sur les conservateurs, qui voulaient toujours reconstruire le cabinet au profit du parti britannique et du Haut-Canada, et qui refusaient d'asseoir le gouvernement sur des bases constitutionnelles, en répudiaut le principe de la double majorité."

C'est au mois .:1e juin de cette année [1847], Que M. Morin eut le malheur de perdre sa mère, dont le cœur était un chef-d'œuvre d'amour. Ce cœur si tendre, si compatissant, el'e l'avait rassé en en tier à son fils Augustin On a souvent dit de lui

qu'il avait l'exquise sensibilité d'une femme : c'était là un less de sa mère, dont les grandes qualités pouvaient encore lui servir do guide et de flambeau dans la voie du .-al ut.

Lorsque cette triste nouvelle lui parvint, il était à Montréal : c'éta' mt la session, et sa pré-

sence était presque indispensable dans la chambre d'assemblée, où les libérau : avaient besoin de toutes leurs forces réunies pour combattre le nistère Sherwood-Dal) ™s

ne purent l'empec' 1er verset une larme sur

la tombe de celle qu'il avait tant aimée, et il a écrit qu'il serait présent aux funérail!

Nous rapportons ici ce que nous a raconté, à ce sujet, M. l'abbé L.-T. Bernard, qui célébra le service de Mme Morin. Ri pins touchant que ce récit faisant voir l'amour si beau du fils pour sa

mère.

"A la mort de sa vénérable mère, nous a écrit M. Bernard, M. Morin était à Montréal, an milieu des plus graves occupations, pendant une ses

du parlement. Il avait écrit qu'il serait aux funérailles de sa mère, et l'on était persuadé que, malgré ses nombreux travaux, il y serait On l'attendait donc.

A l'heure où devoit commencer la cérémonie funèbre, on n'avait encore aucune nouvelle de l'arrivée de M. Morin. Le corps de la d avait été déposé dans la chapelle de procession.. C'était M. L.-T. Bernard, proche par. mrd'huî an-

cien curé, qui devait accomplir la cérémonie. On retarda le service de plus d'une heure, pour attendre M. Morin, et, lui, il ne comprenait point pourquoi l'on retardait la cérémonie.

44 Or, voici ce qui était arrivé.

M. Morin, ea mettant le pied dans le village de Saint-Michel de Bellechasse, s'était rendu immédiatement dans la petite chapelle, où il n'avait cessé de prier et de pleurer auprès du corps de sa mère. Quelle ne fut pas la surprise et l'étonncment de l'officiant, lorsque, après avoir bénit la fosse et jeté la pelletée de terre traditionnelle sur le cercueil, il aperçut tout à coup un homme dont il ne voyait pas la figure, prendre une poignée de terre, l'arroser de ses larmes, la baiser respectueusement, puis la jeter lui-même sur la tombe. A cet instant, l'officiant reconnut M. Morin, qui, ensuite, vint à la sacristie le remercier d'avoir rendu les derniers devoirs à sa mère, au nom de toute la famille."

Après bien des tentatives et des tâtonnements, nous avions, pour la session de 1847, le ministère Sherwood-Daiy, dont faisait partie M. John-A . Macdonald, devenu, depuis, sir John, Ce n'était alors qu'un jeune député, doué de grands talents qui devaient le mener, plus tard, à jouer un beau rôle sur le théâtre politique du pays. En 1847, M. John-A. Macdonald manquait d'expérience, et c'est probablement pour cette raison qu'il partageait les principes injustes et outrés des coaserva-

tcurs de la vieille école. Empressons-nous de dire qu'il abandonna bientôt c« triste bagage d'idées hostiles à la population française et catholique.

Le ministère Sherwood-Daly, composé de 9 ministres, n'en avait rju'un d'origine française : II. Denis-B. IV ineùu. Cette grave injustice le condamnait d'avance à nne défaite prochaine. On avait déjà passé l'épo que où l'on pouvait impunément nous ignorer. D'ailleurs, cette administration n'avait pas, dans son sein, le seul homme qui pût prolonger son existence et lui donner de l'an» torité : M. P::.;<r, rjlii se retira de la vie politi" que, cette année [IS47], Pour devenir juge.

La session s'ouvrit le 2 de juin.

Après de longs débats, l'adresse ne fut emportée que par deux voix de majorité, M. Morin votant avec la minorité. Au conseil, des résolutions de M. Neilson, comportant dans leur ensemble une motion de non-confiance, ne passèrent dans l'affirmative que par la voix prépondérante du président, qui était lui-même ministre : M. McGill.

Depuis longtemps fatigué de voir l'administration des affaires entre lesmaim de ministres inhabiles et sans influence, lord Elgîn se décida, le G décembre, I847, à dissoudre le parlement avant la date voulue par la loi. Les brefs d'élection étaient rapportables le 24 janvier suivant [1848].

Les élections générales so firent au milieu de la plus grande agitation, et elles se terminèrent par le triomphe éclatant du parti libéral nu réfi ru.

dans toute la province unie. M. Morin fut élu de nouveau dans son comté natal : Bellechasse. MM. La'Fontaineet Holmes remportèrent leur élection par une forte majorité, à Montréal, le château fort des conservateurs du Bas-Canada. A Québec, MM. Chabot et Aylwin furent élus par acclamation. Le Bas-Canada n'eut qu'une voix pour condamner l'administration des conservateurs et pour approuver, en même temps, la conduite de ses chefs : M. La Fontaine, M. Morin, etc. C'est à peine si 5 ou 6 candidats ministériels purent s'y faire élire. Parmi les noms des nouveaux députés sortis de l'urne électorale, en 1848, on remarque les noms de MM. J.-C. Taché [Rimouski], Dumas [Leinster], Ls.-J. Papineau [Saint-Maurice], (1) etc.

Le troisième parlement fut convoqué le 25 février 1848.

M. Cayley, député haut-canadien, proposa sir Allan McNab à la dignité de président ou orateur de la chambre d'assemblée. M, Baldwin, de son côté, proposa M. Morin, et démontra les avantages que celui-ci avait sur l'autre candidat, vu qu'il savait également les deux langues parlées dans le pays, tandis que sir Allan ne savait que l'anglais.

On n'a pas oublié que, en 1844, les deux mêmes candidats avaient été proposés, et que sir Allan ne l'avait emporté sur son concurrent que par 3 voix

(1) L'hon. Louis-Joseph Papineau avait quitté la France pour revenir au pays, en 1845.

de majorité. Cette fois, M. Morin fut nommé orateur par une majorité de 35 voix : 54 contre 19. M. Morin fut ensuite élu par acclamation, et conduit à son siège au milieu des [lus vifs applaudissements.

•' M. Morin, dit Turcotte, avait toutes les qualités requises d'un bon président : expérience parlementaire, science du droit constitutionnel, connaissance des deux langues, il réunissait en lui tous les titres à la confiance de ses collègues. I: avait constammant travaillé au bonheur de son pays et avait bit, pour servir les intérêts du peuple, le sacrifice des plus grands avantages personnels."

Après l'élection de l'orateur, on prononça la déchéance du ministère conservateur par un vote de

t;4 contre 20.

Les conservateurs avaient pris le pouvoir en 1844, lors des difficultés survenues entre le gouverneur Metcalfe et le ministère La Fontame-Bald-

win.

Après le vote de 54 contre 20, formant l'arrêt de mort du ministère Shcrwood-Daly, Lord Elgin chargea MM. La Fontaine et Baldwin de la formation d'une nouvelle administration. Quelques jou-s plus tard, on annonça un ministère dont M. La Fontaine était le chef, avec M. Baldwin comme collègue haut-canadien. Les conseillers exécutifs du Bas-Canada étaient MM. U Fontaine, Caron, E.-P. Taché, L.-M. Viger, James Lcslie et T.-C. Aylwin.

MM. La Fontaîna et Baldwin se voyaient donc, pour la deuxième fois, à la tête du pouvoir. Ils devaient l'honneur do cette haute position à leurs talents supérieurs, à leur intégrité et à l'indépendance de leur caractère. Cette position, ils l'avaient conquise après une longue et honorab'e lutte, et ils la méritaient à tous égards.

Après la passation d'un seul acte, celui qui concernait les émigrés, et le vote des subsides, le gouverneur prorogea 'les chambres, afin de donner aux nouveaux ministres le temps de se faire réélire, et afin de leur permettre aussi de mûrir les mesures qu'ils auraient à soumettre à la session suivante.

La session de 1S49 s'ouvrit le 18 janvier. Elle est sans coutredit la plus mémorable de toutes les sessions du parlement uni. Elle fut remarquable par le nombre de mesures importantes qu'on y adopta, et elle est devenue tristement célèbre par la perte des édifices du parlement [à Montréal], auxquels la populace mit le feu.

Les ministres avaient tous été réélus, eu par acclamation, ou par de fortes majorités Ce résultat proclamait hautement la popularité du nouveau ministère.

Depuis la session de 1848, M. E.-P. Taché avait été appelé au conseil législatif avec MM. Turgeon, Quesnel, Bourre t, Save use de Beaujeu, Louis Méthot, Le>lie et John Ross. Ces nominations furent faites par le ministère La Fontaine-Baldwin, afin de rendre justice à la population française.

•■ Lord Elgin [1] i ra Iû rétablissement J : la

langue française dans le parlement canadien. L'Angleterre venait de rappeler la cause vexatoire de la constitution qui proscrivait notre belle langue dans les procédés législatif* ; elle s'était ai terminée à accorder une amnistie générale aux Canadiens impliquas dans les troubles poliliqu

< ta peut dire que tout s ces mesures si important-s étaient le résultat de la conduite politique suivie par MM. La Fontaine, Mono, Caron, Bal-iwin. etc.

'• Lord Elgin, dit encore le même historien, poussa la gé:; et la courtoisie jusqu'à ;

noncer lui-môme le discours du trône dans la lan- C'était une chose inouïe dans les fastes parlementaires ; car, autrefois, les g >uverneurs du Bas-Can tda I leurs discours c i an-

glais, et le président du conseil législatif en répétait la lecture dans la langue française. Cette bienveillance (i me profonde sensation. Les Canadiens- Françain étaient heureux de voir la réhabilitât- leur langue ^crite par les haines anglaises. C'est à c< tte occasion que le vénérable M. Vip a échapper ce cri d'une âme éxntte : u Que je me sens soulagé* d'entendre dans ma langue les paroles du discours du trône !

[1] T c P. Tîir q

Nous avons déjà dit un mot <b l'incendie des édifices du parlement, à Montréal.

Le ministère La Fontaine-Baldwin avait fait passer, dans les deux chambres et à de fortes majorités, le projet de loi accordant uue indemnité aux habitants du Bas-Canadi qui avaie nt souffert des dommages causé:;, pendant l'insurrection de 1837- 38, par " la destruction injuste, inutile ou malicieuse des habitations, édifices et propriétés des habitants, et par la saisie, le vol ou l'enlèvement de leurs biens et effets."

Avant l'Union, le Haut-Canada avait passé une loi semblable appropriant ^40,000 à l'indemnité des pertes que ses habitants avaient subies pendant les mêmes années. Ceci n'empêcha pas les députés anglais de s'opposer fortement à l'indemnité proposée en faveur du Bas-Canada. Lorsque le projet fut adopté, après des débats de la plus grande violence, les conservateurs, ou le parti anglais, tentèrent d'intimider le gouverneur, au moyen de menaces, dans le cas où il sanctionnerait la loi d'iudemnité en faveur du Bas-Canada. Non contents de la violence de leurs discours, en chambre, et de leurs écrits, dans les journaux, ils commirent des actes de vandalisme le plus honteux. (1)

Racontons en quelques mots les horreurs de cette journée du 25 d'avril, ou M. Morin, l'orateur, fit preuve du plus grand sang-froid.

(1) Encore un échantillon du fair play britannique.

"Le gouverneur, dit Turcotte, sans s'occuper de leur conduite, n'obéit qu'aux devoirs que lui dictaient et sa haute position et son rôle de chef constitutionnel. Le 25 avril, il se rendit au parlement pour sanctionner plusieurs actes, au nombre desquels était celui de l'indemnité. Au moment qu'il donnait la sanction à ce dernier, les conservateurs, placés en nombre considérable dans les galeries, firtnt entendre des cris de désespoir, que couvrirent les applaudissements des libéraux. Puis on les vit sortir, et insulter le représentant de la reine et son état-major, leur lançant, à leur départ, des œufs gâtés et des pierres, qu'ils accompagnèrent de grognements et de vociférations.

"Aptes ces actes indignes, ils convoquent, pour le soir, une assemblée au Champ de Mars, et là, sous la présidence de M. Moffat, passent des résolutions à la reine, la priant de désavouer l'acte d'indemnité et de rappeler lord Elgin. Après plusieurs discours plus ou moins violents, ils décident de se rendre au parlement. Cette bande, sans aucun doute organisée d'avance, assiège l'édifice où l'as>semblée législative était alors en séance. Ils lancent une grêle de pierres dans la -aile, que les députés abandonnent en désordre. Puis ils entrent comme des furieux, brisent les pupitres et les fauteuils, et s'emparent de la masse. Un de leurs chefs, assis sur le fauteuil du président, proclame, au nom du peuple, la dissolution du parlement. Un instant après, le Ctiau/eu/ retentit. Au milieu de

ce désordre affreux, les membre0, réfugiés dans la bibliothèque, sortent alors de l'édifice deux par deux, ayant l'orateur à leur tju q îel pies-uns sont sérieusement maltraités par la populace."

Ces scènes de sauvagerie firent perdre à Montréal le siège du gouvernement. Ou adapta le système alternatif, c'est-à-dire que, jusqu'à 1866, les villes de Québec et de Toronto eurait le siège du gouvernement, 4 ans chacune.

La session fut close le 33 rnai«

Voyons, maintenant, l'analyse succintedes événements de 1848 et 1849, donnée par M. L.-O. David.

" Quand M. La fontaine r vi»l au pouvoir, en mil huit cent quarante-huit, il n'y eut qu'une voix dans le parti libéral pour offrir la présj Jence de la chambre d'assemblée à M. Mono, qui fut élu contre M. Allan McNab par cinquante-quatre voix contre dix-neuf. (1) C'est lui qui présidait à cette fameuse séance de mil huit cent quarante neuf* pendant laquelle on mit le feu au parlement.

" Au bruit des roches et des balles qui brisaient les fenêtres de la chambre, les représentants du peuple, justemeut effrayés, voulaient évacuer la salle ; mais M. Morin resta calme et impassible au

(1) Il y a une erreur légère ici. îf. La Fontaine n'était pas encore au pouvoir, mais à la veille d'y être L'élection de l'orateur eut lieu avant la forrua^ tion du cabinet La Fontaine-Baldwinc

milieu du bruit et du tumulte : on aurait dit un sénateur romain s'enveloppant dans sa toge en faco de l'ennemi. Il se leva pour dire do sa voix ordinaire : " Ordaire, ordaire, gintlemen " (c'est ainsi qu'il prononçait l'anglais,) et se rass»t en ajoutant qu'il n'y avait pis de motion d'ajournement devant la chambre.

"Sans cette motion qui fit faite à la hâte, il est probable que le rigide président de la chambre aurait brûlé avec une partie des membres. On ne pouvait être plus dans l'ordre."

D'un autre côté, voici comment Bibaud, jeune, apprécie le même incident.

"Quand la populace incendia les chambres, M. Morin était sur le fauteuil présidentiel comme ces anciens sénateurs Gaulois, et ne voulut point le quitter avant qu'on eût mis devant lui une motion d'ajournement.''

La 3 nie session du 3111e parlement s'ouvrit à Toronto, le 14 de mai, 1850, et la dernière de ce parlement, le 20 de l'année suivante, à Toronto aussi.

Deux nouveaux députés apparurent sur la scène politique : M. Luc Letellier de Saint-Just, homme de grands talents, élu par le comté de Kamouraska, et M. \V. L. McKenzie, L- chef des révoltéa haut-canadiens, en 183 7- 38.

Au milieu d- la session, close le 31 d'août, 185 1,

M. Baldwin tiré du mini II mourait

en décembre de 1 le tous les partis.

Peu de temps après la dernière session du 3:ne parlement, M. La Fontaine se retira aussi de la vie politique. Il n'avait alors que 44 ans, et >a retraite causa des regrets universels. Cette b.lle figure occupe le premir rang parmi nos gloires nationales. En 1853, il fat nommé juge en chef de la cour d'appel, y remplaçant Sir James Stuart, décédé. L'anné suivante, la rune lui conféra le titre de baronnet.

Après la retraite de M. La Fontaine, en octobre, les autres ministres donnèrent aussitôt leur démission. M. Hincks fut chargé du soin de former une nouvelle administration. M. Morin devint le collègue de M. Hinck*, pour le Bas Canada. En l'absence de M. La Fontaine, le ci-devant orateur de la chambre d'assemblée était sans aucun doute le chef politique le plus populaire. Les membres du cabinet Hincks-Morin prêtèrent le serment d'usage, le 28 octobre, 1851. Les ministres du Bas-Canada étaient, à part de M. Morin, MM. E.- P. Taché, R.-E. Caron, L.-T. Drummond et John Young. MM. P.-J.-O. Chauveau et John Ross furent nommés solliciteurs généraux, le 12 novembre suivant, sans siège dans le cabinet.

"Les qualités nombreuses de M. Morin, (1) son intégrité, ses vastes connaissances, son patriotisme étaient reconnus de tous. Dans toute sa carrière parlementaire, qui comptait déjà vingt années,

(1) Turcotte (Le Canada sous V Union),

com listre, en 1842-43. et comme président

de t'assenai sous le troisième parle-

ment, il s'était acquis l'estime, le respect et la <

fiance de tous les Canadiens, sans distinction Jorigine, ni de partis."

Le môme auteur ajoute : "Il manquait à M. Morin l'esprit d'initiative et l'énergie, qualités essentiellement nécessaires à un chef politique."

'M. Morin, a dit un journaliste canadien, M. Cauchon, avait trop de modestie et pas as^ez d'énergie pour devenir chef de parti. Le fait est q vec une intelligence hors ligne et une instruction à coup sûr supérieure à celle de M. Papineau, et, en plusieurs choses, à celle de M. La Fontaine il se contenta toujours le suivre les drapeaux de l'un ou de l'autre de ces hommes politiques. Il n>ut jamais son drapeau à lui, même dans les jours où il marchait, en apparence, à la tête du parti bas-canadien."

Le parlement fut dissous le 6 novembre, 1S51 ; les quatre année* de son existence étaient expirées. Les élections se firent les deux mois suivants. Tous les ministres furent réélus ; M. Morin devint le représentant du comté de Terrebonne, et l'hon. Jean Chabot fut élu dans Bellechasse, à la place de M. Morin.

On vit surgir, à cette élection, plusieurs nouveaux députés : MM. Sicotte, Chapais, Te^sier, etc.

Le 4111e parlement s'ouvrit à Québec, le 19 aoftt,

M. Moain fit observer, lors des débats sur l'adresse, qu'il aurait préféré ne pas faire partie du cabinet, et qu'il n'y avait cousenti que par un profond sentiment du devoir.

Cette session, remarquable à plus d'un titre, fut divisée en deux parties. Il y eut un ajournement qui commença le 10 novembje, i852, et se prolongea usqu'au 14 février suivant.

Ce fut le ministère Hincks-Morin qui nt, en 1852, les premières démarches pour établir une ligne régulière de navires à vapeur entre l'Angleterre et le Canada. Il s'occupa aussi, d'une manière très active, de la question des voies ferrées.

La session fut reprise le 14 février, comme nous l'avons déjà dit. Une des premières mesures fut celle de la représentation.

"Le ministère La Fontaine BalJwin [1] avait tenté, sans succès, de la faire adapter pendant les trois sessions précédentes. Cette mesure qu'expliqua M. Morin, lors de son introduction en chambre, obtint le concours de cinquante-huit députés à sa deuxième lecture. Les adversaires se composaient de MM. Brown et McKenzie, cleargrits, et des conservateurs Sir Àllao McNab, John A. MacdonalJ, Bad^ley, Robinson, etc. Ils votèrent contre cet acte de justice, pirce qu'ils voulaient que la représentation fût répartie d'après le chiffre des habitants.

[1] Turcotte déjà cité.

— Ii55 —

" Il est étonnant de voir les chefs conservateurs continuer si longtemps leur politique injuste envers le Bas-Canada, lorsqu'ils cherchaient à faire alliance avec les libéraux de cette province. Tant que la population du Ras-Canada avait dépassé celle du Haut-Canada, ils avaient été les défenseurs de l'égalité de la représentation ; mais, lorsqu'ils virent que le dernier recensement donnait quelques mille âmes de plus au Haut-Canada, ils s'empressèrent de demander un plus grand nombre de représentants.'' (1)

Ce fut sous l'administration Hincks-Morin, en 1853, que fut réglé le système monétaire et introduit le système décimal. Ce système devint en force, en 1854.

La longue et laborieuse session de 1852-53 fut close le 15 juin. "Elle vit passer l'importante mesure de la représentation, qui valait à elle seule une session, l'extension de la franchise électorale, l'incorporation de la compagnie du Grand-Tronc et de plusieurs autres compagnies de chemins de fer, l'établissement d'une ligne de vapeurs transatlantiques, la création du département de l'agriculture, l'acte du fonds municipal consolide, mesures qui devaient apporter de rapides développements à la prospérité du pays." (Turcotte).

L'ouverture des chambres n'eut lieu que le 13

[1] Autre échantillon *hi fuir plny anglais.

juin, 1854: elle avait été retardée par l'incenlio du palais législatif, à Québec. Cet édifice, ancien palais de i'évêque catholique, avait été, près d'un demi-siècle (Je 1791 à 1838), le théâtre des luttes politiques qui ont illustré l'histoire de notre province.

Dès le commencement de la session, des amendements, qui équivalaient à un vote de non-confiance, furent adoptés par un vote de 42 contre 29. Ce vote démontrait que M. Hiucks était abandonné delà plupart de ses partisans, tandis que M. Morin était encore soutenu par la majorité des libéraux du Bas Canada.

Il n'y avait pas encore une seule loi d'adoptée lorsque le gouverneur vint proroger les chambres, le 20 juin, ou 7 jours après leur réunion. Le 24, il se servait de la prérogative royale pour dissoudre le parlement et faire un appel au peuple de la décision prise par l'assemblée législative. Le gouverneur agissait ainsi d'après l'avis de ses ministres.

Cette détermination prit l'opposition par surprise : elle s'attendait à être appelée à former un ministère. Aussi ne se gêna-t-elle pas pour blâmer le gouverneur, qui, cependant, n'avait enfreint aucun principe constitutionnel. [1)

(I) De tous les députés hostiles au gouvernement Hincks-Morin, celui qui maaifesta son dépit le plus ouvertement fut M. Cauchon. Voir Le Journal de Québec de cette époque.

Les élections curent lieu au mois de juillet et d'août. La corruption se fit sur une h grande échelle que, dans certains endroits, le nombre de votes enregistrés dépassa le chiffre de la population totale.

Le parti ministériel eut l'avantage dans le Bas- Canada ; mais, dans l'autre section de la province, il se trouva en minorité, quoique M. Hincks y fût élu dans doux comtés.

Malgré ses nombreux et longs services, M. Morin perdit son élection dans Terrebonne contre M. G. -M. Prévost. Histoire répétée de l'ingratitude des hommes. Peu de temps après, le comté de Chicoutimi se fit un honueur de lui confier son mandat, et il le fit par acclamation.

"M. Papineau, l'âme du parti libéral démocratique, refusa de briguer les. suffrages populaire-. Il se retira de la vie publique, d'où il n'aurait pas dû sortir, [l] après les troubles insurrectionnels, pour le bien de sa réputation et de sa gloire passées. La masse des Canadiens a blâmé avec sévérité sa conduit) politique, depuis son retour de l'exil : le temps et les événements ont donné raison au parti La Fontaine-Morin. Cependant, si ce grand patriote a pu se tromper, il n'en reste pas moins une des gloires nationales du Canada, un

[1] Kvidemment, Turcotte a voulu dire i i : oïl il n'aurait pat du nntrtr ; car, : utremenfc, il y a CQ itre« MQf,

de ses plus beaux ornements. Ses services passés seront toujours vivaces dans la mémoire des Canadiens."

Nous allons voir, maintenant; comment M. L.-O. David apprécie les événements qui se sont passés sur la scène politique, de 1851a 1854, événements que nous avons cru devoir rapporter au long, ami de mieux faire comprendre le rôle important qu'a joué le sujet de cette biographie.

M M. Lafontaine (l) abandonna le pouvoir et la politique en mil huit cent cinquante et ur. M. Morin devint premier ministre du Bas-Canada, avec M. Hincks pour le Haut-Canada, Lors de la chute de cette administration, en mil huit cent cinquante-quatre, le chef du pirti conservateur haut-canadien, McNab, forma avec M. Morin un gouvernement de coalition.

11 Les élections de mil huit cent cinquante-quatre avaient été acharnées ; des jeunes gens de talent, ardents et passionnés, avaient pris d'assaut plusieurs comtés et venaient d'entrer dans la chambre.

f( M. Morin, battu à Terrebonne, dans un comté qu'il avait comblé de bienfaits et de témoignagnes de patriotisme, avait été obligé de 83 faire éiire à Chicoutimi. C'était le commencement d'une époque Où la popularité demandait des qualités ou

[1] C'est ainsi que M. David écrit toujours le noua de M. La Fontaine.

— ll'.'J —

des défauts que M. Morin n'; *. M. M

avait plutôt l'air d'un évô [U ►raie

qu'un caudiJ.it en quête d'un con il par-

lait avec la simplicité et la franchise d uré

qui fait le prône à ses par puis vingt-cin j

ans."

Au sujet de cette élection que M. Morin perdit, à Terrebonne, une personne fort distinguée no communiqué le détail suivant :

"Vous savez, nous a écrit cet ami de M. Morin, que le Canadien éminent dont v [Vcz ;a vje

a perdu une élection dan „lue

qui lui devait trop pour ne ; q >ntrer ingrat.

Lors de la présentation des candidat con ur-

rent dit, pour se recommander a irs :

" V «| lavez, messie un enfant du

comté ; c'est au milieu de vous que j'ai a que je possède."

M. Morin repartit: ■• Il est vrai que je suis étranger au comté, mais >ur son

avantage, une grande partie de ce que j'ai pu acquérir ailleurs."

Le malin auteur de /. : lx

électeurs de Terrel >n,le ,not .

Non hune, ied Bdrabbam.

Le cinqa: rJement fut ouvert par lord i

gin, le 5 septembre. 1854. D ; remier jour, le

ministère Hin< subit un échec, lorsqu'il

s'agit de nommer l'orateur de la chambre. M.

lier, le candidat ministériel, fut n ar une

majorité de trois voix. Les ministres considérèrent ce vote comme un manque de confiance dans leur administration, et offrirent leur démission.

C'est alors que fut formé le ministère McNab- Morin, dont il a été dit un mot déjà. Lqs ministres du Bas Canada étaient tous les mêmes qui avaient formé le cabinet Hincks-Morin, c'est àdi*e, à part de M. Morin : MM. E.-P. Taché, P.-J.- O. Chauveau, J, Chabot et L.-T. Drummond. Comme on le voit, c'étaient des hommes dévoués, de talent, et doués de tous les sentiments du patriotisme le plus pur et le plus éclairé, La grande majorité des Canadiens n'avaient cessé, depuis leur ascension au pouvoir, en 1851, de leur donner toute leur confiance, et cette même confiance ne leur fit pas défaut plus tard.

M. John-A. Macdonald (devenu sir Johti), formait partie de ce cabinet de coalition : il était le procureur général du Haut-Canada. Il avait alors acquis une grande expérience : avec ses talents incontestables et ses connaissances variées, il devait, avant longtemps, se placer au premier rang parmi nos hommes politiques. Au contact des députés bas-canadiens, il s'était dépouillé peu à peu de ses préjugés contre la race française et sa religion ; et nous le voyons, de même que sir Allan, se montrer ainsi juste et aussi généreux à notre égard qu'il avait été violent et injuste.

Quelques écrivains, entre autres Bibaud, jeune, ont blâmé M. Morin de s'être allié à sir Allan Me-

• ce tic que dans laquelle se

t r t m i \ é -. de i n les Bal Canadiens,

tada, dit Turcotte, ne crurent pas devoir refuser an |u'ila

avaient 4?. L1 J

•surtout Ion • ateurs qui Te-

naient à eux, et qui se suumettaient a leur politique et à leur programm Bo effet, les chefs conserv se conformant ai \ eu populaire, l'en-

il a favoriser le règlement des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, la recons'ruction du conseil législatif, enfin toutes les meturei de la politique libérale, préparées par le ministère Hincks-Morin. < » iibl lonc les tons du passé,

les an< ieir. . '.es conservateurs

et lej li tiirent, i • moment d

pour faire >:mer I titution. Chique

parti fit sa part de sacrifices : il en coûtait beaucoup aux c le mettre de côté les principes qui leur étai ne, il en coûtait aux lit n de faire < au mune Al , urs op] l'tntref

conservateur* et libérau jns de ;ice

étl ' illeur parti qu'il

11] it été

Miin£* .iunce.

prendre, dans cette circonstance critique. Les deux partis commandaient la majorité dans le Haut et le Bas-Canada. D'ailleurs, les deargrits et les démocrates étaient trop peu nombreux ; et il n'y avait pas d'alliance possible antre ces derniers et les conservateurs, à cause de leurs principes trop opposés.

14 Les coalitions ne sont pas toujours justifiables : elles sont imposées par la force des événements, comme une nécessité politique, justifiées par la division des partis et par l'abandon des principes. L'histoire des gouvernements constitutionnels nom en offrent plusieurs exemples.

" Les conservateurs avaient rendu jusqu'alors toute alliance impossible avec les libéraux, à cause de leurs vues dominatrices et exclusives ; mais, en répudiant leur opposition aux mesures libérales, ils abaissaient la barrière qui les avait séparés des libéraux. Le ^ouvern^nient responsable, qu'ils avaient finalement reconnu, avait mis fin à leur ancienne politique et les avait transformés ; ils se constituèrent en uu nouveau parti : celui de conservateur-libéral. Ce parti ainsi régénéré allait marcher maintenant dans la voix modérée du progrès et de la réforme.

"Les libéraux du Bas-Canada virent avec joie ce changement de la politique conservatrice. Ils avaient déjà fait trop de sacrifices pour maintenir l'union avec les réformistes ou libéraux du Haut- Canada."

Loin donc de trouver, avec ceilains écrivains méticuleux, que M. Morin ait commis une faute en «'alliant, dans le< ciiconstances que nous venons de rapporter, aux conservateurs de «ette époque, nous croyons au contraire qu'il donna une nouvelle preuve de ses sentiments de patriotisme et de son désintéressement ; car il est reconnu que l'ingrati tude des électeurs de Terrebonne l'avait dégoûté de la vie publique et qu'il avait décidé, après cette élection, de se retirer d* la scèac politique. D'ailleurs, sa santé commençait déjà à décliner, quoiqu'il n'eût alors que 5 1 ans.

Ki annonçint la formation da ministère, en chambre, M. Morin déclara que ni lui ni ses collègues n'avaient fait l'abandon d'aucun de leurs principes ; que les mesures préparées par la dernière administration reviendraient sur le tapis, et que les conspirateurs s'étaient engagés à favoriser la sécularisation d"<, : s du clergé, l'abolition de 1» tenure seigneuriale, etc.

L'adresse fut emportée à une grande majorité*, et les amendements de la gauche n'obtinrent que le tiers des vot

l première mesure du cabinet McNab Mot in fut celle qui ratifiait le traité de réciprocité commercial entre le Canada, le Xoureau-Brunswick, ii Nouvelle . -, l'ile du prince Edouard et les

lis.

Le pi cureur généra!, M. Hrummond, présenta, au nom du mil un projet de loi aux tins

d'abolir les droits et les devoirs féodaux dans le Bas Canada. C était à peu prés la môme mesure que le conseil légis'atif avait rejetée à la session précédente. C'était un travail hérissé de difficultés, vu les divers intérêts en j u et qu'il fallait concilier. Plusieurs autres projets avaient été proposas par M. ].-G. Taché, par M. Archambsult, par la convention de Montréal, etc., preuve que la solution de la tenure seigneuriale était une question difficile à régler de manière à la rendre acceptable à tout le monde.

Après avoir subi plusieurs modification?, le projet ministériel passa dans l'affirmative par une majorité de 39 voix.

Cette loi nommait des commissaires chargés de faire les cadastres dans les seigneuries, et elle créait un tiibunal ou cour seigneuriale, ayant le pouvoir de décider les points de droit qui devraient être soumis aux commissaires, afin de constater les droits réels des seigneurs et ceux que les censitaires pourraient racheter.

Cette cour seigneuriale s'acsembla, le 4 septembre, 1855, sous la présidence de Sir Louis-H. La Fontaine Les jug-s de cette cour étaient, outre M. La Fontaine : MM. Morin, Durai, Caron, Mondelet, Bowen, Aylwin, Day, Smith, Vanfelson, Meredith, Short et Badgiey.

La loi seigneuriale a été, sans aucun doute, d'un grand avantage à l'industriel et au cultivateur ; d'un autre côté, el'e a aboli un système qui était

peut-être le meilleur, au commencement de la colonie, mais qui ne convenait plus à notre liécle. Ce fut donc une amélioration qui a été considérée comme étant la plus grande et la plus utile qui se soit opérée, par l'entremise de la législature, sous le régime do l'Union. Cetl ra toujoui

comme un m chefs libé-

raux : MM. La Fontaine et Ce qu'il y a

de bien tc. ut d'un

système né avec le

dément enrac' plus de deux siècles d'exis-

tence, l'est fait de la manière la plus paisible. " C'éta:- oe l'a dit M. La Fontaine, toute une

révolution dans nos institut révolu-

tion, qui, dans d'auttes pays, n'aurait pu sans effusion c! 1er Pédil

cial jusque I fondement it paisi-

blement, à l'honneur de la population, sans trouble et sans aucune commotion."

!gin sanction]-. tes de la ;

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