partie de
eut lieu le 19 dé« embre. Le non «le 1 rerneur sera toujours en gran-Je 1 parmi la
dation qui a la mémoire du
ir et qui ^auia toujours trouver I nce
qui sépare un Durham et un Sydenham d'un J'.agot et d'un K'gin.
Il y eut un ajourn du 1 s
décembre, 1 S 5 4, j 55.
successeur de L I E Ira n 1-
Walker Head. Nommé gouverneur le 21 septembre, 1854, il ne prît les rênes de l'administration quo îe jour où Lord Elgin les lui remettait : le 19 décembre suivant.
Peu de temps après, M. Morin se retirait du ministère, l'état de sa santé, comme il l'avait déjà déclaré à ses collègues, ne lui permettant plus de continuer d'occuper la charge de commissaire ou ministre des terres de la couronne et celle de premier ministre du lias-Canada. MM. Duval et Cavon avaient remplacé les juges Panet et Ro'Jand, le premior décédé, et l'autre à sa retraite. On offrit alors à M. Morin et à M. Badgley de remplacer MM. Duval et Caroo comme juges de la cour supérieure. Le 27 janvier, 1855, ^s acceptaient tous les deux cette position honorable. M. Morin avait alors 51 ans et quelques mois.
"M. Morin, dit Turcotte, avait certainement toutes les qualités qui conviennent à un juge : connaissances approfondies de la loi, bon jugement, amour du travail. La confiance qu'on avait eue jusqu'alors en lui, le suivit sur le banc judiciaire, qu'il orna par ses vastes connaissances, par son intégrité et ses vertus. Ii rendait plus tard d'éminents services comme commibsaire de la codification des lois civiles, et comme doyen de la faculté de droit, à l'Université-Laval."
Puis, au sujet de sa retraite du ministère et de la vie politique, le même écrivain a dit avec raison :
" La retraite de M. Morin causa des regrets
universel*. Ce véritable patriote, après avoir combattu un quart de siècle pour conquérir la liberté de ses concitoyens, laissa des souvenirs impérissables de droiture et d'intégrité. Bien qu'il fût ministre pendant l'époque des chemins de fer et des grands travrus publics, qui donnèrent lieu à tant de spéculations individuelles, il sortit du cabinet aussi pur qu'il y était entré. Sa conduite fut toujours noble et exempte de tout blâme. Il fut l'expression parfaite de l'honnête homme politique, du bon citoyen et du sincère catholique. Sa mémoire restera en vénération parmi les Canadiens, sans distinction d'origine."
De son côté, voici ce qu'a éciit M. L. O. David avec tout autant de vérité :
u M. Morin, après trente années de dévouement et de sacrifices à son pays, comprit la portée de sa défaite ;(1) il vit que son rôle politique était fini, et ré.-olut de consacrer le re^te de ses jours à l'administration de la justice. Il accepta la charge de juge de la cour supérieure, à la fin de la session de mil huit cent cinquante-cinq.
"Jamais jugo ne fut plus i-itègre, plus impartial et plus pénjtré de la grandeur «le ses fonctions.
"Avec quelle science il discutait l'origine et la philosophie du droit, et avec quelle justice il appliquait la loi ! Combien de fois il passait et repassait ses décisions au creuset de la justice !"
(1) Dnu le comté de Terrebonne,
Lors de l'inauguration de l'Université Laval, le 21 septembre, 1854, M. Morin, déjà nommé pro fesseur de droit à cette grande et noble institution, reçut le diplôme de docteur en droit en même temps que M. Crémazie.
Le projet de loi ministériel qui ordonnait la codification des lois civiles du Bas-Canada, fut du nombre des actes législatifs les plus importants passés sous l'Union : c'était l'œuvre de M. Cartier. On sait que le Bas Canada avait subi une révolution légale par l'abolition de son système seigneurial. Le moment était donc venu de démêler les lois du pays restant en force, et favorables à la codification des lois civiles et des lois de procédure. Ce travail devait se faire par trois commissaires, ayant deux secrétaires. On devait d'abord classer et coordonner les lois en force, et mentionner, à chaque article, l'autorité sur laquelle on s'était appuyé. Ce premier travail, qui était assigné aux commissaires, ou codificateurs, devait être soumis ensuite aux juges, puis au gouvernement, qui en ferait une mesure publique.
•' La nécessité de la codification [1] se faisait gravement sentir, comme le remarqua M. Cartier, parce que le Bas-Canada est peuplé d'hommes aux origines différentes. La connaissance du droit civil ne pouvait être mis à la portée de tous que par le moyen de la codification ; de plus, les sources
(1) Turcotte.
d'où sonti. s lois sont si fanées, que leur
connaissance exige de grandes recherches. Une nartie de ces lois a été empruntée au droit romain, ou prise de la Coutume de Paris ; les autres sont consignées dans les edits et ordonnances, et dans les statuts provinciaux. La codification remédierait donc à ces grands inconvénients."
Comme on le voit, la I des codincateurs
allait être difficile, longue et pénible. Mie a lait exiger des hommes de grands talents et possédant des connaissances légales supérieures. Le gouver- Dément fit un choix judicieux en nommant codincateurs MM. Morin, Caron et Day,en leur confiant ce travail gigantesque. Ils commencèrent cette œuvre en iS59. et la terminèrent en 1864. On s'est aceordé à reconnaître que M. Morin a atta . nom a la codification de nos lois d'une
uunière impérissable. Coïncidence étrange, le code, terminé en 1864, devenait en force en 1865, l'année même où M. Morin décédait.
u( cn mil huit cent cinquante-neuf, \\ J
dela-codifi ' avec les honorables
.,,nf il se livra à ce grand travail avec
une ardeur et une application qui contribuèrent à
abréger « pr*ci , Ceux qui lui ont
foegiori : raient atta<
un plus grand nom à une œuvre nat magnifiques rapports sur les restaments, les Do-
[1] M. !,.-<>. ïuvil.
— ISO —
nations et la Prescription apprendront à la postérité toute l'étendue et la profondeur de cette intelligence."
Ajoutons encore que Geo.- Et. Cartier, d'illustre mémoire, et excellent ju^e en ces matières, rendit justice au mérite de ctt travail précieux, en le présentant à la législature. Il expliqua l'œuvre des trois jurisconsultes distingués, les principes qui les avaient guidés, et les résultats qu'ils avaient obteuus. Il dit que les commissaires avaient fait un code aussi complet et aussi sage que celui d'aucune nation, et que leur travail pouvait prendre place à côté des codes Justinien et Napoléon.
11 Le travail des codificateurs, ajouta M. Cartier, a été fait à l'imitation du code français, et, en marchant sur ses traces, il n'y avait aucune crainte de
ne pas réussir Si le Bas-Canada veut grandir,
s'il veut conserver son individualité et sa nationalité, rien ne sera plus capable de réaliser ses espérances que l'adoption d'un code de loi. Quand les lois du Bas-Canada pourront être mieux connues, que l'étude et l'application en seront plus faciles, nos voisins du Haut-Canada nous l'emprunteront, et il aura son influence dans la confédération, si elle a lieu." [1]
Le 27 juillet, iS65,fut un jour de grand deuil pour tout le pays. Ce jour-là, l'honorable Augustin-Norbert Morîn mourait à Sainte-Adèle, dans
[1] M. Cartier prononçait ces paroles en 1865.
le comte Je Terrebonne : une maladie de cœur l'enlevait subitement à l'affection de son épouse bien aimée et à l'amitié hanche et sincère de compatriotes, sans aucune exception.
" Comme l'a justement dit uu de nos écrivains les Canadiens perlaient en lui un jurisconsulte éminent, un vétéran distingué de nos luttes na« tiona!es, enfin une intelligence qui, en diverses occasions, a fait preuve d'une force de conception supérieure peut-être à foutes celles de son temps.
" Le Bas-Canada perdait c«up 8ur coup ses hommes les plus vénérés, les plus populaires. H y avait à peine un an que sir Louis H. La Fontaine était desc:n-Ju prématurément dans la tombe, laissant la réputation d'un grand homme d'état et. d'un jurisconsulte distingué. Sir Etienne Taché mourait le 29 juillet, 1865, chargé, comme Ie remarqua sir Narcisse Belleau, son successeur, [1] de tous les honneurs que sa souveraine, son représentant au Canada et le peuple pouvaient lui conférer, lorsque la mort \i;:t frapper une antre victime illustre : l'honorable juge Morin."
Ces djux amis d'enfance, ces deux hommes de si grand mérite et de dévouement inaltérables à la cause de leur pays, MM. Taché et Morin, mouraient à deux jours l'un de l'autre, M. Morin a l'âge d" 6j aiv^.
D'un autre côté, un écrivain que nous avons cité*
(1; Au cabinet min . K" '<.•!
plusieurs fois, au cours de cette biographie, M. L. O. David, a écrit, au sujet du deuil universel causé par le décès de M. Monn, les belles remarques que nous alloDS rapporter en entier.
"L'œuvre était couronnée, (1) le parlenent venait de le sanctionner, et l'illustre juge était à se reposer de ses fatigues, à Ste- Adèle, «Jans la famille du Dr Lachaîne (-a retraite bien aimée), lorsque le glas funèbre jeta dans les cœurs attristés la nouvelle de sa mort. Une maladie prompte avait enlevé au pays cette admirable existence.
"La douleur publique se manifesta de la manière la plus touchante ; le pays tout entier n'eut qu'une voix pour déplorer la perte d'un si grand et si honnête citoyen. Les populations accoururent autour du char funèbre qui emportait sa dépuille mortelle, à travers nos campagnes, vers la tombe que sa famille lui avait préparée à Saint-Hyacinthe. On venait de tous côtés saluer une dernière fois ce bon M. Monn, et on entendait dans la foule des voix qui disaient "qu'un tel homme n'aurait pas dû mourir."
Le lecteur lira avec plaisir les dernières pages de la biographie abrégée qu'a faite M. David. Elles renferment des considérations aussi belles, au; si vraies qu'elles sont bien exprimées.
"M. Morin avait la taille haute et courbée ; tout dans son extérieur, ses manières et sa physionomie
[1] Le travail de la codification.
respirait la modestie, fo bonté et la douceur ; et il possédait en effet toutes ces qualités à un haut degré. Il avait la quintessence de tout ce qu'il y a d°e plus noble, de plus grand dans la nature humaine ; son âme débordait de chanté, d'abnégation et de dévouement. La vie était pour lui une mission, un sacrifice continuel, un enchaînement de bonnes actions.
"Servir Dieu, son pays et ses semblables fut l'unique objet de ses aspirations, le but constant de ses travaux et de ses efforts, depuis ses premières années jusqu'à ses derniers jours. Dans la pauvreté comme dans l'abondance, au milieu des exigences du monde et de la politique, à travers toutes les intrigues et les influences pernicieuses, il fut toujours le même ; jamais rien ne put flétrir les fleurs de cette belle âme que Dieu semblait avoir pris plaisir à orner de ses dons les plus précieux.
14 La vertu est belle sans doute, dans le cloître, le désert, le sanctuaire, mais elle nous paraît beaucoup plus admirable encore, lorsque nous la voyons fleurir au milieu d'éléments si délétères.
"Cette riche nature était fécondée, alimentée par deux sources intarissables : la foi et la piété. Il consacrait à la prière et à l'accomplissement de ses devoirs religieux tous les instants c^u'il pouvait dérober au monde, aux affaires et aux préoccupations de la politique. Dans le temps même où le pouvoir absorbait plus complètement toutes les heures de sa vie, lorsque ses coMègues ne pou-
raient le trouvera son travail ordinaire, ils l'envoyaient chercher à l'église.
' Comment ne pas aimer la religion, quand elle nous apparaît sous de pareilles couleurs? Qui peut nier qu'elle ne soit, pour l'âme qui sait la comprendre et la pratiquer, le plus puissant élément de perfection morale et intellectuelle ?
"M. Morin n'a pu échapper aux défauts de ses qualités, à l'exagération de ses heureuses dispositions ; sa délicatesse de conscience dégénérait quelquefois en scrupules, et son humilité, sa douceur en faiblesse. 11 n'avait pas l'énergie et l'habileté nécessaires au chef d'un parti politique, au ministre d'un gouvernement responsable : il CJt plutôt fait le ministre d'un roi coaime Henri IV : il eût été un autre Sully.
"Cependant, cet homme si timide, fi humble et si doux, incapable de contredire et de froisser un enfant, était susceptible de pousser le courage et l'héroïsme jusqu'à la .mort en face d'un devoir à remplir, d'un principe à défendre. Il eût avec joie versé son sang pour sauver sa nationalité et glorifier sa patrie bien-aimee. Les destinées, le progrès et l'agrandissement de son pays le préoccupaient constamment ; le patriotisme inspirait tous ses actes, toutes ses pensées.
"Convaincu que l'agriculture et la colonisât! n étaient les deux bases 1 s plus solides de notre avenir, il ne se borna pas à les encourager par des mesures publiques et des discours ; il travailla à
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une même journée, l'n jour, M. Morin étant très
iblé par l'arrivée d- son men Jiant
SJnr au barrai. Il s'appr.
jo pru npslteiite. c e plus
dot:* put prend mon ami,
sili n Cie» pu rai*on - rou< n'éist
pas un honnête homme." Le mendiant partit, l'air surpris et mécoutent. Il avait à peine franchi la porte que M. Morin, tout bouleversé, se mit à courir après lui, nu tête, dans la rue, et lui dit en l'abordant : a Mon bon ami, je vous demande bien pardon ; je me suis servi d'une expression trop dura ; je n'ai pas eu l'intention de vous accuser d'être un malhonnête homme ; non, non, je vous l'assure."
" Lorsqu'il allait dans ses cantons, où tout le monde lui devait, au lieu de collecter, comme il s'était promis de le faire en partant, il vidait ses poches et empruntait de l'argent pour revenir.
4< Un jour, un colon qui lui devait une vingtaine de piastres depuis longtemps, avait reçu une lettre sévère lui enjoignant de le payer. Il se rend auprès de M. Morin et lui expose sa pauvreté, le nombre de ses enfants, etc., etc. " Oui, oui, mon bon ami, vous devez avoir beaucoup de misère en effet ; vous avez une si nombreuse famille ; tenez, prenez ces cinq piastres, ça vous aidera."
" M. Villemure, son agent, qui demeure à St- Jérôme, dit que ces scènes n'étaient pas rares.
" Quand il faisait travailler quelqu'un, il avait bien soiu de lui recommander de lui charger assez cher pour vivre, et souvent il leur donnait quelque chose de plus que le prix demandé.
" Il était l'avocat de tous les clients qui ne paient pas ; il distribuait les conseils à droite et à gauche, san« se soucier si on les paierait, et il acceptait ce
qu'on lui donnait. Cette clientèle s'était tellement attachée à lui, à Québec, que lorsqu'il fut devenu juge, elle voulut continuer d'avoir ses services. C'était trop fort, il fut obligé de lui fermer sa porte, ce qui lui fit beaucoup de peine.
11 II rendait indistinctement toutes les visites qu'on lui faisait ; plusieurs fois, on le rencontra frappant à la porte d'un étudiant qui habitait des mansardes ; et ii était premier ministre ou juge de la cour d'appel !
" Il avait coutume «le dire, dans ses discours au peuple, en réponse aux accusations de ses adversaires, qiïil était loin d'être parfait ; qu'il faisait tous ses efforts pour faire du bien, mais qu'il ne riussissait pas autant qu'il le désirait; que pour lui, il rïavit rien à dire contre ses adversaires. Il faut avouer que de pareils discours n'auraient pas un grand succès aujourd'hui.
" Après sa défaite à Terrebonne, en mil huit cent cinquante quatre, il écrivait à M. Vi'.lemure de bien prendre garde de ne pas molester ceux qui avaient voté contre lui, de demander plutôt de l'argent, s'il en avait besoin, à ceux qui avaient supporté «a candidature. *
u Malgré sa sensibilité naturelle, il paraissait inaccessible à la rancune et à la vengeance, et n'avait pas môme l'air de savoir si ceux à qui il faisait le bien indistinctement étaient ses amis ou ses ennemis.
u Un jour, il rencontre M. Chauveau qui lui
avait vivement recommandé quelqu'un pour un emploi public ; il s'avance vers lui, le chapeau bas, comme toujours, et commence par dire, suivant sa coutume, combien il était heureux de le voir, le prie de lui pardonner de u'avoir pu lui accorder sa demande, et lui assure qu'il allait faire comme pour lui même. " Donnez-vous-en bien de garde, repiit M. Chauveau ; occupez-vous-en comme si c'était votre ennemi, et je serai sûr de son succès." Cette fine repartie peint magnifiquement celui qui en était l'objet.
" Il avait autant de talents que de qualités, autant d'aptitudes intellectuelles que de vertus.
" Il y a eu dans ce pays,'' dit M. Chauveau, 11 peu d'esprits plus instruits et plus curieux de s'instruire sur toutes sortes de sujets Il s'est occupé activemeut et avec succès d'une immense variété de sujets : droit romain et droit moderne, théologie et droit ecclésiastique, sciences, agriculture, instruction publique, littérature, poésie, finances, statistiques, langues anciennes et langues modernes, rien ne semblait au-dessus ni au-dessous de ses recherches ni de son ambition de savoir..."
11 Tous ses contemporains rendent de lui le même témoignage. Le savant M. Aubry. ex-professeur de l' Université-Laval, qui avait connu bien des grands hommes à Paris, dirait qu'il n'avait pas rencontré un talent plus large et plus universel. Malheureusement, à l'exception de la codification de nos lois, dont il partagera l'honneur avec ses hono-
râbles collègues, M. Morin, comme tous les hommes de son époque, ne laisse aucune œuvre durable après lui, aucun monument digne do son génie. L'histoire de sa vie vaut bien, il est vrai, tous les chefs-d'oeuvre qu'il aurait pu faire ; ses vertus et ses mérites seront un des plus beaux monuments élevés à la gloire et à l'honneur de la nationalité canadienne-française ; ils continueront après sa mort, comme pendant sa vie, à faire aimer et respecter une nationalité qui peut produire de tels hommes."
Dans la biographie dont nous venons de donner le dernier extrait, M. David a omis un autre trait qu'il rapporte dans la biographie de sir L.-H. La Fontaine. 11 est trop beau pour que nous le passions sous silence. Le voici tel que l'a écrit M. David : Il [M. La Fontaine] se joignit à MM. Viger, Duvernay et Morin pour diriger le mouvement national, duns le district de Montréal, prit la parole dans les assemblées publique?, contribua aux pro mfers succès de /■' Afir/<rrve, et contracta avec M. Morifl cette amitié remarquable qui leur fut si utile à tous d«-ux, et que la mort seule put briser.
" M. Morin, timide et modeste, trouva dnns M. Lafontaine la direction énergique dont il avait besoin. Racontons, en passant, un fait qui donnera une id 5e de l'amitié de ces deux grands homm de leur caractère.
• M. Morin avait l'habitude de donner aux pauvres jusqu'à son dernier sou, ft môme, souvent, de
rembourser les clients dont il avait perdu les causes, de sorte que, sa pension payée, il ne lui restait jamais d'argent pour s'habiller. Un jour, M. La Fontaine lui dit qu'il ne voulait plus le voir paraître dans les rues avec l'accoutrement bizarre qu'il portait, que c'était un scandale. Il lui mit vingt cinq louis en mains et lui enjoignit d'aller s'habiller. M. Morin s'en allait chez un tailleur» lorsqu'il rencontre un client malheureux dont il avait perdu le procès : le client l'attendrit tellement sur son sort et sur le résultat de ce procès, que M. Morin lui mit les vingt-cinq louis entre les mains en lui recommandant bien de ne pas en parler à M. Lafontaine. Mais M. Lafontaine, le voyant toujours avec la même toilette, les jours suivants, se décida à lui demander des explications. M. Morin hésita un moment, mais, ne pouvant mentir, il finit par raconter l'affaire. M. Lafontaine le gourmanda, malgré l'envie de rire qu'il avait, et lui dit qu'il était décidé, cette fois, à l'emporter. Il l'emmena chez un tailleur et lui fit faire un habillement complet."
Nous aussi, nous avons recueilli, à Québec, quelques trait* qui font voir combien était compatissante l'âme de M. Morin. Empressons-nous de les enregistrer avant qu'ils ne s'oublient.
La porte de sa demeure, à Québec, sur la rue Sainte Ursule et sur la rue d'Auteuil, était littéralement assiégée, du matin au soir, par une foule de mendiants. On savait que Madame Morin, tout
aussi bien que son noble époux, ne refusait jamais de faire l'aumône à tous ceux qui tendaient la main, et il y a\ait foule.
Madame Yachon, dont le nom a déjà été mentionné comme ménagère de M. et de Mme Morin, raconte avec émotion les traits de charité dont elle a été témoin dans cette maison où habitait la vertu théologale par excellence : l'amour du prochain. C'est ainsi qu'elle a vu ce couple modèle se dépouiller des habits qu'il portait, pour les donner aux pauvres. Elle nous a assuré avoir vu souvent M. Morin n'ayant pas un deuxième vêtement.
Un jour, cette même ménagère (Mme Vachon), répondait à un coup de sonnette que ciuquante mendiants, en moyenne, mettaient en branle, tous les jours. Croyant avec raison qu'il s'agissait de répondre à un des nombreux visiteurs, elle ouvre la porte et présente une large tranche de pain. Au lieu d'un mendiant, c'était M. Morin luimême, qui revenait chez lui plus tôt que do coutume. En voyant ce morceau de pain destiné à un de ses amis, M. Morin ne put s'empêcher de sourire et il ajouta : "C'est bien, Marie ; donnez à tous les pauvres qui se présentent. Qui sait ? peut-être, un jour, serai-je obligé de demander mon pain : Dieu donne et ôte à qui il lui plaît. D'ailleurs, la charité n'appauvrit point celui qui la fait par amour pour Dieu."
Madame Vachon raconte encore que cet homme charitable et sa digne épouse faisaient venir de
leur ferme de Sainte-A«lèle de 3 à 4 tinettes de beurre à la luis ; qu'Us achetaient des pièces entières de coton, et(.\, etc,ct tout cela peur leur nombreuse pratique.
Lorsque ces amis des pauvres demeuraient sur la rue Sainte Ursule, M. Morin fut retenu par la maladie à la maison, l'espace de 3 ou 4 semaines. Un jour qu'il était couché sur un sofa, causant avec Madame Morin, leur ménagère entendit le bout de conversation qui suit : — Si je mourais, ma chère femme, sais tu que je ne te quitterais que peu de chose pour vivre.
— Eh bien ! mon cher, reprit cette épouse modèle, Dieu me remettra ce que nous lui avons donné dans la personne de ses pauvres.
— Je pense, reprit M". Morin, que, sans refuser tout à fait à tous ceux qui tendent la main, nous pourrions leur donner moins largement, à l'avenir... mais il faudra que tu m'arrêtes, que tu m'empêches de donner comme par le passé ; car, c'est plus fort que moi, la vue des malheureux m'afflige, me remue profondément, et il faut que je donne. Je crois que j'ai été imprévoyant : à l'avenir, tu seras la dispensatrice des aumônes que nous pourrons faire ; mais que je ne voie pas les pauvres malheureux, car je pourrais m'Oublier.
Ce cœur d'or se peigoait lui-même dans l'intimité. Il est presque inutil1 e d'ajouter qu'il avait raison de crain Ire de s'oublier, car il iwi prodigue à l'égard des malheureux jusqu'à l'heure de sa mert»
M Le coeur mène où il va", dit un vieux proverbe.
Un jour que madame Morin était sortie, dit encore Mme Vachon, je répondais à un coup de sonnette. En ouvrant la [porte, j aperçois une Irlandaise en haillons, à moitié ivre et portant dans ses bras un jeune enfant. C'était en hiver et il faisait bien froid. M. Morin allait sortir ; mais, à la vue de cette femme, il ne voit qu'une chose : qu'elle a froid et qu'elle demande un morceau de pain. "Marie, dit-il, préparez un verre de vin chaud pour cette pauvre femme ; moi, je vais la débar rasser de son eufant, qui, peut-être, a froid, lui aussi." La ménagère se donna bien le garde d'offrir du vin à la mendiante, dans l'état où elle la voyait ; mais elle lui prépara nue tasse de thé et lui servit à manger. De sou côté, M. Morin avait pris l'enfant dans ses bras, l'avait déposé sur un sofa et, de son haleine, il réchauffait ses petites mains rougies par le froid, tel qu'aurait pu le faire la mère la plus tendre. Après avoir mangé', la malheureuse s'était endormie près du poêle.
— Vous ne vous êtes donc pas aperçu, dit la ménagère à M. Morin, que cette femme n'avait pas besoin de vin, qu'elle était gorgée de tviskey ?
— Vous pensez ? demanda M. Morin. Pauvre
femme ! peut-être lui a-t-on donné un verre pour la
réchauffer, il fait m froid et elle est si mal vêtue, et,
comme elle avait faim, ce verre lui a monté a la
tête. Oui, pauvre mendiant", elle avait faim ;
voyez comme elle a bien mangé. Lai>tez-la se re*
Doser; et son enfant, ce cher petit, lorsqu'il s'éveillera, ayez soin de le faire manger tout autant qu'il le voudra, puis voyez si vous ne pourrez pas trouver quelque chose pour lui faire des vêtements plus chauds.- Cher petit ange ! si jeune, et souffrir déjà de la faim et du froid ; mon Dieu ! que c'est triste !
Quel tableau pour un peintre ! Cet homme
si grand par l'intelligence, ce juge si distingué, penché au-dessus de l'enfant de la Misère et peutêtre de la Honte, le réchauffant et le couchant avec précaution sur un sofa moelleux, sans crainte de salir ses habits au contact de ces haillons d'une saleté dégoûtante.
On peut dire, sans crainte de se tromper, que M. Mono a été grand devant les hommes ; mais qu'il a été encore plus grand aux yeux de Dieu, qui a vu mieux que nous son humilité et son graud cœur pour ses membres les plus chers : les pauvres.
M. le juge Routhier raconte les deux traits suivants :
M. Morin vit, un jour, sur les journaux, que la terre d'un homme du comté de Terrebonne était pour être vendue par décret. Quoiqu'il ne connût point cet homme, qu'il ne l'eût même jamais vu, il s'empressa de lui écrire pour l'informer que sa terre était décrétée et pour lui offrir ses services, au cas où il en aurait besoin.
Une après-midi, M. Routhier était en visite chez M. Morin, à Québec, lorsque la servante vint
no:"erqueP demandait à voir son bienfait
teur, un instant.
— Cet encore cet ho nme, qui, presque tous les j mrs, reçoit, observa Mme Mono, de l'argent de mon uiari, et cet argent il l'emploie à boire. Vraiment, ce n'est pas bien d'encourager ainsi un ivrogne, tandis qu'il y à tant de pauvres qui feraient un meilleur usage de nos aumônes. D'ailleurs, c'est un homme qui peut gagner sa vie par son travail, s'il veut seulement cesser de boire.
— Madame, demande M.llouthier, j'ai un moyen de vous débarrasser de cet importun, si vous me le permettez.
Sur la réponse affirmative de Mme Morin, M.
Routhier sort du salon et, se dirigeant vers P
qui attendait dans l'antichambre : — Que voulezvous ici, dit-il à P ?
— Je cîésire voir M. Morin, répond celui-ci:
— M. Morin ? il n'est pas ici.
— Où est-il donc ?
— Il a déménagé.
— Depuis quand ? Je l'ai vu dans cette maison, ces jours-ci.
— Il a déménagé il n'y a que deux jours.
— Pourriez-vous me dire où il demeure maintenant ?
— Ma foi ! je ne pourrais vous le dire.
P , grandement désappointé, salua et sortit.
De retour au salon, M. Routhier raconta de|quelle manière il avait éliminé et mystifié l'importun,
— Ce qu: vous avez fait là, M. Routhier, n'est pas bien, s'empresse de reprendre M. Mono. Ce pauvre malheureux a peut-être faim ; ii va peutêtre se liver à quelque acte de désespoir. Ah ! M. Routhier, ce que vous avez Dit là est mal. Supposons qu'il boive comme vous le dites, il n'en est que plus malheureux, et ce n'est pas une raison pour le laisser mourir de faim ou Je désespoir. Comme le dit n bien sou ancienne ménagère : 11 M Morin avait toujours un manteau à jeter sur Us défauts des autres."
Si on l'eût laisse* faire, ajoute M. Routhier, je crois que M. Morin, persuadé comme il l'était que*
j'avais mal fait, aurait couru après P pour le
consoler et lui donner de l'argent.
Une personne haut placé; dans la hiérarchie ecclésiastique, nous a écrit :
M Une des qualités éminentes do l'honorable juge était la sensibilité du cœur. Il s'affectait vivement des malheurs dea autres ; il avait une orrande compassion pour les indigents, auxquels il faisait largement l'aumône.
"Un jour, une mendiante se présente chez lui ; il était très occupé dans ce moment. Absorbé par l'affaire qui attirait son attention, il la congédia brusquement et sans lui rien donner. Quelques instants après, cependant, il se repentit de soa manque de charité, et, i nmédiatemer.t, sans prendre son chapeau, il courut assez loin dans là rue pour retrouver cette femme, et, l'ayant re
jointe, ii lui donna une piastre, après s'être excusé de son moment de brusquerie*"
Voici un autre fait que racontait le regretté M. Charest, cure de Saint-Roch de Québec.
" M. Morin était sorti avec Mme Morin, lorsqu'une; pauvre misérable vint denander l'aumône. Ayant appris qu'il n'était pas à la maison, elle s'en désolait : elle fit connaîtra à la domestique la profonde misère à laquelle elle était réduite. A son retour, M. Morin en fut informé : elle avait fait connaître son nom et dit qu'elle habitait le quartier St-Roch. Sur ces instructions, le juge partit immédiatement. Il parcourut une grande partie de Saint-Roch, s'infortnant de porte en porte de la résidence de cette femme. Après bien des recherche-;, il la trouva et lui fit une généreuse aumône."
Quand M. Morin allait visiter ses terres, au nord de Montréa', il se montrait généreux pour les colons qui étaient allés s'y établir, et qui avaient encore pou de ressource.". Connaissant la foi et la piété de ces braves gcns.il leur distribuait en assez grand nombre d^* chapelets d'une certaine valeur. lui fit l'observation que ce3 personnes se seraient, contentées de chapelets plus commun*. — Non, dit-il, ces chapelets leur seront plus précieux ; ce sera une jouissance pour eux ; ils les garderont avec soin et ! u seront à leurs enfants comme un souvenir de famille.
M. Morin avait acquis ses propriété*, dans le Nord, plusieurs année- avant son mariage, et dans
le but d'encoutag r, par î-oi'i exemple* l'a"gr 'culture tt la colonisation.
Tout jeune, M. Morin s'était montré animé de la plus grande piété. Lorsqu'il assistait au catéchisme de f=a paroisse, se préparant au grand acte de sa première communion, il s'était fait remarquer, entre tous ses camarades, par son assiduité, lafrveur de ses prières et par son désir de s'instruire. M. McGuire, alors curé de Saint-Michel de Bellechasse, remarqua l'intelligence et la candeur de cet enfant, qui répondait d'une manière parfaite aux questions qui lui étaient faites. Il rendait un compte exact des instructions qu'il avait entendues ou d"s lectures édifiantes qu'il avait faites, soit au curé lui-même, soit à ses jeunes compagnons, au sortir de l'église. Avec une naïveté respectueuse, il adressait souvent à son pasteur des questions qui dénotaient son désir de s'instiuire.
M. McGuire sentit pour ce jeune paroissien un bien vif intérêt* Frappé des talents qu'il annonçait, il engagea les parents de cet enfant à lui procurer une éducation, classique.
Nous tenons ce détail d'un prêtre qui l'a reçu lui-même d? M. McGuire, alors qu'il était [M. Mc- Guire] directeur du séminaire de Saint-Hyacinthe. Comme on le voit, ce renseignement corrobore ce que nous avon« déjà dit à ce sujet : que M. Mc- Guire fut, au séminaire de Québec,, simplement le protecteur du jeune Morin, dont le père, qui était à Taise, payait les plus gros frais d'éducation.
Devenu homme fait et jusqu'à ça dernière heure, la piété de M. Marin ne connut aucun instant de tiédeur. Il avait to ite la foi "vive de ses bons parents, qui étaient d'excellents chrétiens.
Il étudia toute sa vie la Religion dont les doctrines sublimas . 1 • tenaient dans l'admiration. Il s'iutéressait aux luttes Je l'Eglise contre l'impiété et le libéralisme moderne qu'il avait en horreur. Persuadé que la société doit tout au Christianisme, il désirait voir domiuer de plus en plus les enseignements de L'Evangile maintenus par l'Eglise. Sa bibliothèque renfermait des ouvrages remarquable^ ayant pour objet l'Apologétique chrétienne. Il s'y trouvait aussi un certain nombre de livres de piété à sou usage.
Il avait une magnifi [uo bibliothèque de droit et d'agriculture, contenant environ 1,800 volumes, la plupart avec de belles reliures. Le collège de Saint-Hyacinthe en est devenu l'hérétier, moyennant une certaine redevance en faveur de Mme Morin.
Par les nombreuse?, annotations q trouve
dans ces volumes, M. Morin en a triplé la valeur et a démontré d'une manière péremptoire qu'il avait acquis de ] - en fait
d'agriculture et d'horticulture.
i bibliothèque littéraire n'était pas très volumineuse ; m lis elle se composait d'ouvrages choisis avec goût. Od« n'y trouvait point de romans.
Un prêtre qui a connu M. Morin intimement et
qui était uni à lui par les liens de l'amitié la plus étroite, nous a écrit :
•' Il (M. Morin) a observé avec fidélité les commandements de l'Eglise. Il priait avec un profond recueillement. Un jour, il avait assisté à ia messe paroissiale, à Saint-Hyacinthe. Un chantre, qui appartenait à la classe des cultivateurs, l'avait remarqué ; il savait qui il était. Au sortir de l'église, il dit à ceux qui l'entouraient, en parlant de M. Morin : " C'est un des plus gros messieurs du pays ; il a une grande place ; mais il prie le bon Dieu humblement comme un habitant. Je passais près du chautre à cet instant, et j'entendis cet éloge du recueillement de M. Morin, si drôlement exprimé."
C'était bien là le plus beau compliment que pouvait faire ce cultivateur de la piété exemplaire^de M. Morin que de la comparer à celle d'un habitant, car on sait [il faut le dire à notre honte] que nos campagnards peuvent en remontrer aux citadins sous le rapport de la ferveur, de la foi et de la piété.
M. Félix Fortier, ami et admirateur du sujet de cette biographie, et ci-devant greffier du Conseil exécutif, nous écrivait, en janvier dernier :
"J'ai bien connu AI. Morin, surtout lorsqu'il était commissaire des Terres de la Couronne.
" Homme de foi et4 de principes religienx, par conviction, il était, daus ses rapports sociaux, d'une politesse et d'une urbanité devenues très rares au jourd'hui.
* Citoyen 'es plus estimés et des plus respectés, patriote sincère et désintéressa, il était d'une intégrité et d'une probité remarquables.
" La grande responsabilité de ministre de la Couronne, surtout n vec le gouvernement responsable, était, à es yeux, entourée de tant de dangers pour une personne consciencieuse, qu'il me dit un jour: " Je vois bien qiu- l'on ne peut rester longtemps ministre et ho-.néte homme, et je vais me retirer."
"En effet, peu de temps aprè«, il résignait sa charge de :ni Isl e
"C'était encore I* te nps où les ministres tenaient plus à leur honneur qu'au poste élevé d'aviscurs constitutionnels du chef de l'Exécutif et au salaire du portefeuille."
Nous avons reçu d'hommes distingués plusieurs lettres au sujet de la biographie de M. Mcrin. Les uns nous ont écrit pour nous encourager dans notre lâche ; les autres, pour nous donner des renseignem nts précieux, et dont nous avons profité.
Voici un extrait d'une lettre de sir Hector I, angevin, écrite en novembre dernier :
"Cher M. Béchard,
"J'apprends avec le plus grand plaisir que vous avez entrepris d'écrire la vie de feu l'hon. A,- N. Morin. Je n'ai pas la moindre objection à ce que la dédicace de cette biographie me soit faite.
■ M. Morin a été mon premier patron à Montréal, en 1846.
" Rappelez vous que ce compatriote a été un bon Canadien, un homme public distingué, un juge intégre, un honnête homme toujours. C'est une des grandes figures de notre histoire. Soignez bien la biographie de mon vieil ami."
M. J.-C. Taché nous écrivait de son côté : 11 Mon cher M. Bêcha rd,
" Vous avez entrepris d'écrire la vie de l'homme le plus honnête et le plus grand par le cœur de tous ce u : dont s'honore à j ■ 1 te titre notre pays. Il a vérifié cette parole de l'Ecriture: "Quiconque s'ab-tisse, sera élevé." Il a toujours été de la plus grande modestie, dms toutes les hautes positions qu'il a remplies. Son humilité fait sa grandeur."
Plusieurs membres du clergé nous ont écrit les lettres les i>lus encourageantes, et tous se sont accordés sur ce point : que le sujet de cette biographie est bien certainement un des plus beaux que nous ayons dans notre écrin national.
POÉSIES DE M. MOBIN
Nous avons déjà donné, à la page 18, une chansonnette composée sur les bancs du collège. Nous ajouterons ici ce que nous avons pu recueillir de ces poésies fugitives de M. Morin, dont la mieux réussie est la suivante :
Moi t'oublier est-il en ma puissance ?
Effort cruel qu'on exige de moi !
Si tu le Veax, le repos, l'espéranco, Je perdrai tout, mais je garde ma foi.
Je t'oublîrai quand la biche timide Viendra s'offrir au chien qui la poursuit ; Je t'oublîrai quand le torrent rapide Remontera rem la source qu'il fuit !
Je t'oublîrai quand on verra l'abeille Fuir le travail et goûter le plaisir ; Je t'oublîrai quand la rose vermeille Refusera les baisers du zéphyr.
Oh ! laisse-moi le plaisir de mes larmes ! Est il un bien qui vaille mes douleurs ? T'aime mi peine ; elle a pour moi des charmes, Puisque c'est toi qui fais couler mes pleurs!