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encre, un des membres trôa marquants de la chambre des communes et d'origine française, comme l'indique Suffisamment son nom. Il prit la défense de nos compatriotes, et exposa avec foUÈe les droits de notre race cor/re tous les préjugés hostiles.
"Je considère, dit-il, l'acte de i 79 1 comm: ia grande charte des libertés canadiennes. Je crois que si l'intention de Pitt et des législateurs de son temps avait été mieux suivie, le Bas-Canada serait parvenu à la prospérité qu'on lui destinait, et jouirait de cette concorde et de ce calme que son alliance avec la métropole doit lui assurer. L'intention de Pitt a été de donner au Bas-Canada une chambre des députés et un conseil législatif, mais non pas de composer ce conseil de membres anglais seulement, qui ne représentent qu'une petite partie de lu population."
Un troisième défenseur de nos droits et de nos libertés se trouva dans la personne de sir James Macintosh, qui déclara hautement que Ton ne pouvait conserver notre pays qu'en le gouvernant avec justice. " Mes maximes, en politique coloniale, dit-il, sont simples et peu nombreuses. Projection pleine et efficace contre l'influence étrangère ; liberté complète aux colonies de conduire elles-mêmes leurs propres affaires et leur industrie, avec obligation de payer les dépenses raisonnables de leur gouvernement.
.... Je suis d'opinion que la chambre d'assem-
blce [ l] est pleinement justifiable d'avoir agi comme elle a ùit. Elle a - ;te le droit (Je déterminer
L'emploi de l'urgent quWle accorde. Totie ..-.-emblée possède ce droit, et c'est en i'exorcant que les communes acquièrent de l'importance. Si la chambre canadienne en était privée, son contrôle sur la dépense publique deviendrait une illusion.
•île a pa.vsé ji projets de lot. La haute lésa tous désapprouvés. b nieur en
il responsable ? Je réponds que.oui. Le conseil n'est pas autre chose qus son instrument. Ce con-
nepeut pas servir de contre-poids entre le gou- .ei:i et la chambre élective. Deîî 27 meml qui ■ ;ït. 17 remplissent des charges qai
dépendent du bon plaisir du pouvoir.*'
Donnons encore une page Je ce plaidoyer éloquent en laveur des Français du B is-Canada.
•• Le ministre des colonies, continue >ir James
intosb, s'e: t adressé aux >enthnents de celte
chambre, pourcx< iter sa sympathie, non en faveur
• D faveur des Anglais du -Canad .ans plusieurs endroits de son
ours, il noui parle d'eux. Mais j: d mande cpi'un me montre une seule loi passée par l'assemblée du nada contre les colons anglais ? Ht le remède que l'-Oli e à un mal chimérique,
[1] [a chambre canadienne qni avait refui 'ter
c'est de changer la représentation ? et l'objet de ce changement, ce sont les intérêts de ces 80,000 Anglais ? Mais quelle influence, quel pouvoir peuventils avoir coutre plus de 400,000 Canadien?, qui ont entre leurs mains toutes les terres, toutes les propriétés du paya ? Les Anglais, à peu d'exception près, sont renfermés dans les villes, et se composent, en grande partie, de marchands ou d'ag de marchands. Ce sont tous des gens resqectablcs, je n'en doute pas ; mais aurons-nous, en Canada, une colonie anglaise distincte du reste de la population ? Les Anglais formeront-ils un corps 1. risé ? Auront-ils d«.s privilèges exclusifs ? Serontiis unis d'intérêts et de sympathies, pour assurer la domination protestante ? Et donnerons nous à ces colonies six cents ans de calamités, comme à l'Irlande, parce qu'il se rencontre une population an glaise avec des sympathies et des intérêts anglais ? Au nom du ciel ! n'introduisons p&a un pareil fléau dans un autre pays. Que notre politique soit de donm r à toutes les classes des lois équitables et une égale justice ; et qu'on ne fasse pas croire que les Canadiens nous sont moins chers, qu'ils ont moins de droit à notre considération, comme sujets du roi, qu'ils sont moins dignes de la protection des lois que les Anglais ! La chambre ne doit établir aucune distinction entre ces deux classes d'hommes. S'il est de la nature d'un gouvernement équitable de donner la plus grande portion du pouvoir politique à ceux qui ont la plus grande portion de
la propriété et qui forment la majorité, quel droit a la minorité de se plaindre ? Si la liberté civile et le pouvoir politique ne suivent pas le grand nombre et la propriété, le peuple ne peut plus les tenir que du bon plaisir de ses gouvernants. Je regarde comme des choses dangereuses la distinction des races et la division d'un peuple en deux classes distinctes."
Ces nobles paroles, ces actes de justice sollicités par quelques rares exceptions de la députation britannique, ne purent faire ouvrir les yeux à la très grande ninjoi itc, qui voulut toujours ignorer le demi-million de la race française ou qui ne le reconnaissait qiu pour essayer d'en faire l'esclave des 80,000 Anglais dont parie sir James Macintosh. Il y a tout lieu de croire. que, malgré tous les efforts réunis des hommes distingués de cette époque, notre paya aurait vu fcndre sur lui tous les maux de la malheureuse Irlande, si nous n'eussions* pas eu pour voisins les Etats-Unis qui, dans une position à peu près identique à la nôtre, avaient courageusement secoué le joug anglais.
Les chambres canadiennes furent convoquées pour le iS dV -t-à-dire peu de temps avant
le recours aux armes, sur la rivière Richelieu, et alors que les esprits étaient vivement surexcité". Le parlement fut prorogé peu de jours après sa convocation. Lai travaux légis-
latifs, par proclam Ltîon de lord Gosford, ferma toute issue à un arrangement amical.
"A (,» quelques jeunes gens, dit notre his-
turicn, après avoir vainement C une société semblable a a Fils dt la liber-
té, (i) reçurent un em retdeM qui
les informa qu'un allait prendre les ai -. qui
les détermina a en (aire l'un
d'eux, comptant sur les ouvriers du faubourg Saint- Kuch. prépara • nup
eine .1 cacher i la : • elle
Ut une descente < hes •
( e 1 lui) l iviit prî
osais es. IL
Morin n'en plaignait a ses amis oité central
des Dens Montagnes. Il leur écrivait, la 25 octobre, p Kir les ren de la manière dont ils appréciaient ses efforts pour le soutien des libertés populai le la cause canadienne. M Ces ef- •rts, disait M. Morin, ainsi que les vôtres, au- " raient déj \ été COUronu iccès sans l'intl'i- •• enec qn<i les meneurs, l'intrigue, l'ignorance et " la corruption ont exercée sur ceux qui avaient 11 une prédisposition ou qui étaient xpo-
" ses Avec de la constance et du courage.
11 nous détruirons un mal éphémère, nous démas- M querons l'avilissement et la corruption de nos 14 ennemis et de quelques ci-Jevaut prétendus M amis."'
Garneau ajoute immédiatement : lC M. Morin, [1] De Montréal
■ulgré ce langage, était un homme doux, poli, d'un
goût simple et studieux, ayant plutôt la suavité de
manières d'un ecclésistique que l'ardeur emportée
d'un conspirateur. On ne pouvait le charger d'un
rôle qui fût plus contraire à son caractère. Ce qui
faisait dire au Canadien : " Ce fut pour lui un
" jour bien malheureux que celui où il se posa chef
;' de parti dans ce district. Tant qu'il n'eut qu'à
" agir sous la direction immédiate de volontés su-
[i périeuros, plus habituées que lui au commande-
1 meut, il vit s'accroître sa réputation d'homme
'habile; mais, depuis, il n'a fait que jouer de
" malheur, et prouver que s'il a les talents de
4 l'exécution, il n'a pas encore acquis ceux de la
'' direction."
Il y a du vrai dans cette appréciation du oaractére de M. Moi in ; mais il est une autre considération importante que la justice nous commande d'enregistrer ici. Cette considération, la voici dans toute sa vérité : c'est que M. Morin commençait, ainsi que plusieurs autres chefs, à s'apercevoir qu'il est plus facile de soulever les masses que de les diriger ; il voyait déjà que ce mouvement allait plus loin qu'il n'était prudent de le faire, et il rtgrettaU d'avoir aidé, par son influence, ses discours et ses écrits, à des manifestations qui, contenues d'abord dans les limites des voies constitutionnelles, allaient aboutir à l'insurrection à main armée ; qu'à l'insurrectio.i des esprits qu'il avait encouragée, allait succéder la révolution avec
toutes ses horrenrs, et qui répugnait à son caractère doux et paisible. 11 y a un h .m:
c est rjue non-seulement M. Morin, mais les autres chefs de 1837, M. Papioeau même, ont regretté la tournure qu'avaient prise le^ événements. Pour celui qui a connu les sentiments intimes de M. Morin,il est facile de croire que l'effusion «lu sang «levait naturellement répug 1er A son excellent c
. a d'ailleurs, dans encore
pleines de vie et qui ont été té regrets
exprimés sur ce p >int par le sujet de cette biographie. Il reconnaissait justice de nos récriminations, de nos plaintes, en l'ace des injustices cornmises à notre égard par l'oligarchie de l'époque ; mais il désavouait à tous les points de vue le recours aux armes.
Si l'on considère, d'un autre côté, le caractère profondément religieux de M. Morin, on ne peut croire qu'il ait encouragé., ou ^ \ la
lutte à main armée que l'autorité ecclésiastique désapprouvait hautement et par ses paroles et par ses écrits. En un mot il se coni . t, lui et les
autres chefs, de ce fait par l'Histoire de
tous 1rs pays : que l'on pe.it assez facileuient donner l'impu'sio 1 aux masses ; mais que la direction est presqu) touj »ars en dehors du contr .eux
qui provoquent des soulèvements populaires. Eo d'autres termes et suivant l'exoression d'un grand écrivain : ''L'impulsion appartient aux hommes ; la fin, le but, sout du ressort divin."
Nous venons de faire allusion à l'autorité ecclésiastique de cette époque de deuil. La page suivante fera connaître l'attitude qu'elle prit à l'égard de oeux qui conduisaient le peuple canadien à la révolte et Je là à l'effusion du sang et à tous les malheurs qui en ont dté la suite.
*' En 1837, dit Garncau, le siège de Québec était rempli par Mgr Signai', qui avait succédé, en 1833, à Mgr Panet, successeur de Mgr Plessis. Il approuva les paroles adressées par son auxiliaire [1] au peuple égaré par les agitateurs. ,; Depuis longtemps, nos très chers frères, disait Mgr Lartigue, nous n'entendoii3 parler que d'agitation, de révolte même, dans un pays toujours renommé, jusqu'à présent, par sa loyauté, son esprit de paix et son amour pour la religion de ses père voit partout les n-ères s'élever contre leurs frères, les amis contre leurs a mis, 1 s citoyens contre leurs concitoyens ; et la discorde, d'un bout à l'autre de ce diocèse, semble avoir brisé Les liens de la charité qui unissaient entre eux les membres d'un mêm: corps, les enfants d'un- Eglise, du ca-
licisme, qui est uue religion d'un.
Encore une fois, ne vous donnerons pas
notre sentiment, comme citoyen, sur cette qnesl purement politique, qui a droit ou tort entre les di-
[1] Mgr L.u- . 'ôqœ de Montréal, qui avait
adressé on mand tax Canadiens pow ttre
en: te.
la pouvoir souverain ? (<
de vis choies que Dieu i | te-* de*
hommes); : m morale,'; KMlt les
devoirs d'an cathol le 1a puhsaii
vile établie et constituée dans chaque Etat? Ci question rel d« notre reSSOfl et do
notre compétence.
Ne v-'us donc pas séduire si quelqu'un
voulait voua eng à la rébellion contre le gou-
vernement établi, sou- i ie vous faites !
tic du peuple souverain : la trop fameuse convention nationale de France, q d'admettre -uverainete* du peuple, puisqu'elle lui devait son existence] « ut bien soin de condamner elle-même insnrrc îlaires, en insérant dans h déclaration des droits, en tête de la Con-titution de 1795, que la souveraineté réside, non dans une partie, ni même dans la majorité du peuple, mais dans l'universalité des citoy- ; .«..Or, qui oserait dire que, dans ce pays, la totalité des citoyens veut la destruction de son gouvernement ?...."
Ce mandement fit beaucoup d'effet.
Mais l'excitation était trop grande, dans plusieurs paroisses, pour s'apaiser subitement.
Un grand nombre de mandats d'arrestation furent lancés contre les chef* canadiens, dont vingt-six étaient accusés du crime de haute trahison,, entre autres M. Papineau, le Dr O'Callaghan, le Dr Nelson et M. Morin, qui se dérobèrent aux poursuites en se cachant chez des amis, Quant à M. Morin,
il alla se réfugier dans les bois [dans une cabane à sucre], en arrière de la paroisse de Saint-François de la rivière du Sud, et non pas en arrière de sa paroisse natale, comme on l'a écrit. On dit aussi qu'avant d'aller à Saint-Frauçoi?, il s'était tenu caché quelque temps chez un M. Godebout, de Beauport.
M. David racoute ainsi cet incident dans la vie de M. Morin :
" Poursuivi par les agents de police, M. Morin ae sauva dans les bois, où il vécut pendant quelque temps, grâce à la discrétion et à la»charité de plusieurs personnes qui lui apportaient des vivres \ mais il revint à Québec, se montra en public, au départ de Sir Johu Colborne, puis se constitua prisonnier et demanda un procès, qu'on lui refusa."
Après l'avoir* gardé quelques jours en prison, aurait dû ajouter M. David, on le laissa tranquille.
Tous les écrivains qui se sont occupés de cette belle figure historique, la plus belle et la plus pure de notre écrin national, ont omis, sur cette partie de sa biographie, certains détails intéressants et connus encore de la plupart de ses contemporains. Il est bon de les insérer ici avant qu'ils ne se perdent.
Voici, en premier lieu, ce que racontent les anciens de la paroisse natale de M. Morin, qui Tout connu, lui et son père.
Lorsque le chef des patriotes, à Québec, apprit qu'un mandat d'arrestation allait être lancé contre
lai, il se rendit de nuit à la maison paternelle, afin de s'y tenir caché. Son père, brave homme dans toute la force du terme, mais incapable do transiger avec sa conscience, ne voulut point recevoir sous son toit ce fils qu'il avait élevé dans tous les sentiments de l'obéissance à l'autorité religieuse, et qui venait, cependant, de désobéir à cette môme autorité en encourageant le mouvement de l'époque. On voit que ce paysan canadien tenait à la rigidité des régies saintes recommandées par Massillon. Et, cependant, M. Morin, père, aimait du plus bel amour paternel son fils Norbert, qui déjà avait jeté beaucoup d'éclat sur son modeste nom de laboureur ; mais, suivant lui, ce fila était cou pable : il sut refouler son amour pour lui, et ne vit que sa désobéissance. Un tel motif, même s'il est exagéré, doit commander le respect.
Vjirès ce refus du père de recevoir chez lui le fils que sa conscience lui montrait comme un grand coupable, refus qui dut faire saigner le cœur si aimant de celui-ci, le fugitif alla se cacher dans une cabane a sucre, comme il vient d'être dit, et où il demeura plusieurs mois.
Peu de personnes étaient dans le secret de la retraite de M. Morin. C'étaient des amis intimes qui lui fournissaient les vivres nécessaires et les nouvelles qu'ils avaient de la ville. Leur discrétion le sauva de l'emprisonnement, et leur charité l'empêcha de mourir. A ces deux beaux titres, leurs noms méritent d'être conservés : MM. Gol-
bert Lavergne dit Renaud, marchand, de Saintv Thomas de Montniagny, Ls. Rlanchet, père de l'hon. J.-G. Blanchet, F.-X. Morin, Pierre Moriu- Ducharme, Martineau, etc.
Le personnage principal, dans cet acte de dévouement, fut le Dr. E.-P. Taché [depuis, sir Etienne]. C'est lui qui fit venir M. Morin, qui le plaça dans cet endroit, et qui le maintint dans les bois, en lui donnant un homme pour compagnon et serviteur. M. Taché fut aidé, dans cette noble entreprise, principalement par les personnes déjà nommées, et surtout par M, Fraser, celui qui, plus tard, a occupé le poste de gardien du phare de l'île Rouge, vis-à vis de l'île Verte.
Tous ces amis de M. Morin s'étaient volontiers associés à M. Taché, et tous allaient lui rendre visite, à tour de rôle, dans son isolement.
Pendant l'hiver, on eut vent que la police de Québec avait reçu l'ordre de chercher M. Morin de ce côté, et l'on fit changer d'endroit au fugitif tout eu le gardant dans les bois environnant Saint- Thomas et surtout sous les bons soins de M. Prudent Lavergne, père de M. P.-E. Lavergne, arpenteur, Québec.
D'après ce que nous avons appris de différentes sources, M. Morin dut changer de cache plusieurs fois. C'est ainsi que l'ancienne ménagère de M. et d* Mme Morin, Mme N. Vachon. [née Leroux,]
t(l) .ifiïrme positivement qu'il se tint caché quel-
(jue temps dans la suvrerie de '-on frère à lui, Louis Morin, puis, plus tard, chez son cousin, le notaire Morin, de ta paroisse de Saint-François de la rivière du Sud.
Nous avons vu plus hiut, dans la citation que nous avons faite de M. David, que M. Morin " se montra en public, au départ de Sir John Colborne," etc. Voici ce qui était arrivé.
M. Morin était revenu clandestinement à Québec, après avoir entendu dire que le gouverneur qui avait voulu le faire arrêter, était à la veille de partir. Des amis de la ville le tenaient caché aux regards des sbires du farouche proconsul anglais. A l'instant môme où le navire qui emportait Sir John Colborne quit.ait la rade de Québec, un ami de M. Morin [2] le rencontra au haut de l'escalier do la rue Buade, les yeux tournés attentivement vers le port. — Vous ici ? lui dit cet ami. — Oui, répondit M. Morin ; puis, montrant du doigt le navire du ci-devant gouverneur, il ajouta : " Il part, et moi, je reviens."
Une autre considération.
On avait accusé M. Morin de haute trahison, et est-il raisonnable de croire que, s'il se fut senfi coupable de ce cri ne, il eût demandé qu'on lui fît
[I] Mme Vachon demeure à Saint-Jvorh de Québec. [2] Il vit encore, et c'est lui-même qui à raconté cet incident à l'auteur.
son procès ? Et peut-on supposer que fcs ennemis l'eussent " laisse tranquille," s'il y eut eu la moindre probabilité de réussir à le faire condamner ? Des personnes dignes de foi assurent que le mandat en vertu duquel on devait arrêter M. Morin, ne reposait que sur une plainte du gouverneur luimême, qui ajoutait ainsi à son titre officiel celui de délateur et d'espion officieux.
Et, encore une fois, M. Morin était coupable seulement de n'avoir point prévu que le peuple se porterait, sur quelques points du pays, à des excès regrettables. Voilà tout son crime, si toutefois il y a crime à ne pas lire assez loin dans l'avenir ; et cette imprévoyance, il l'a regrettée vivement, lorsqu'il a vu que des plaintes, des demandes de redressements de torts, on passait à la révolte et à l'effusion du sang.
Le parlement impérial suspendit, en 1838, la constitution accordée en 1791, et nous envoya, pour gouverneur, lord Durham, qui arriva à Québec le 27 mai. Ce nom est resté, en Canada, comme synonyme du : tyran. La langue française fut bannie du langage parlementaire, et l'on ne reconnut plus, sur • ette terre française, que l'idiome an. tout cela, l'Angleterre, pensant nous noyer dans l'élément britannique, avait décile de nous unir au Canada anglais, ou le Haut ( . projet qu'elle c depuis 1S2
L'union des deux Canadas fut le sujet de Ion-
gués discussions au sein du parlement auglais, où plusieurs orateun s'élevèrent avec force contre ce projet de loi, considéré ai une l'arrêt de mort
de notre race, sur le sol de nos ancêtres, et dont, cependant, nous avons su, au grand dcj.it des francophobe*, tirer le meilleur parti possible.
Parmi ceux qui s'élevèrent avec le plus de force et d'éloquence contre *cet acte d'injustice flagrante et imméritée, fut lord Gosford, ci-devant notre gouverneur. " Son langage devait avoir d'autant plus de poids qu'il avait eu l'administration du pays entre les mains, et qu'il connaissait les sentiments de la population et la force des partis." [i] Qu'il nous soit permis de consigner ici ce discours, qui est tout un plaidoyer en faveur des Patriotes de 1837, et Qui rétablit les faits sous leur vrai jour.
"Je regarde, dit il, l'union comme une expé rierxe très dangereuse, et comme une mesure inju-te et arbitraire en elle-même. Si, comme je le crois, ceux qui l'appuient le font parce qu'ils sont convaincus que la population française est en état de résistance organisée au régime britannique, jamais ils ne furent dans une plus grande erreur. Pour ma part, je ue crois pas que, dans aucune de nos colonies, Sa Majesté ait un peupli qui, par inclination autant que par intérêt, ait plus de désir de rester sur un pied d'alliance et d'amitié avec
[ 1 ] Garneau.
l'Angleterre*. Je n'ignore pas les fausses représentations que l'on a répandues ici avec trop d'activité ; mais je ne crains pas de déclarer, malgré tout ce que l'on peut prétendre au contraire, que ce que je dis est fondé sur la vérité, et peut être pleinement prouvé.
On a beaucoup parlé de ce qu'on appelle la révolte récente ; ce sont là des mots qui sonnent bien haut, et qui sont très utiles à ceux qui leur donnent cours. Mais, quoique je sois disposé à réprouver toute espèce de soulèvement et de troubles, je dois reconnaître qu'il u'e -t .^ue juste de regarder de plus près au véritable état des choses avant de stigmatiser les événements qui ont eu lieu ; dans des termes qui doivent exciter des préjugés très grands et très funestes pour les Canadiens.
La partie du Bas-Canada agitée par les troubles, n'embrassa jamais qu'une petite section du district de Montréal, sur la riviére'Richelieu. Maintenant, quel était son état politique avant les troubles ? Elle était déchirée par les divisions les plus violantes et les plus haineuses, fruit d'élections contestées avec acharnement ; l'es}rit de pnrti, comme
it le cas en de semblables circonstances, était monté au plus haut degré d'exaspération, et contribua beaucoup à ce qui est arrivé. A l'appui de mon assertion, Je puis citer un fait très concluant.
Le seul endroit, au nord du Saint-Laurent, où il y ait eu des troubles, est le comté des Deux- Montagnes. Eh bien ! ce comté se trouvait juste-
ment, sous le rapport de la violence des luttes électorales, dans le même i I la rivière 'Richelieu 11 y a, surtout à Montréal et dans les environs, des habitants anglais, auxquels tous les hommes libéraux et indépendants doivent être hostilos, et dont les actes et la conduite ont été caractérisés par un esprit de domination sur toute la population d'origine française ; ils ont toujours aspiré à posséder le pouvoir et le patronage du pays. Ccsé qu'il /"ut prineipdement attribuer Us tnmâ/es aui viennent Savoir lieu. Pour prouva pie j'avance, je n'ai qu'a rappeler a ros Seigneurie* une de leurs premières démarches peu de temps après mon arrivée en Canada.
A une assemblée qu'ils avaient convoquée, il fut résolu de lever un corps militaire loui le nom de British R[ M, OU quelque nom semblable,
et une de leurs règles fut que les «oldats éliraient leurs officiers. ]e saisis la première occasion pour faire des remontrances d'une manière amicale ; mais ce fut en vain. Je fus obligé d'ordonner la dissolution du corps par une proclamation, après m'ètre assuré, en consultant les hommes de loi de la couronne, que sa conduite était illégale et inconstitutionnelle. Une section intéressée et violente du parti mercantile voulait, en persévérant dans ses fausses représentations, faire appuyer ses desseins par ses amis, en Angleterre ; et ce sont ces fausses représentations, ainsi répandues, qui ont amené les malheurs qui sont arrivés. Tant que ce
paiti sera encouragé ou soutenu, la méfiance et le mécontentement régneront.
Je suis heureux, cependant, de pouvoir dire que ces remarques ne s'appliquent qu'à une petite partie de la population britannique, fixée principalement aux environs de Montréal, et à quelques partisans, à Québec. Bien des Anglais ont souvent, et dans les termes les plus énergiques, réprouvé la violence de ceux dont je parle.
Il est aussi un fait curieux : c'est que quand les troubles éclatèrent, la populace, car je puis presque l'appeler ainsi, qui y prit part, n'était pas commandée par des Canadiens-français. A Saint-Denis, c'était un Anglais, M. Wolfred Nelson ; à Saint-Charles, un M. Brown, moitié Anglais, moitié Américain ; à Saint-Benoît, un Suis?e, qui agissaient comme chefs. Les troubles, comme je l'ai déjà dit, n'éclatèrent que dans une partie du district de Montréal. Dans le reste de ce district, dans les quatre autres du Bas-Canada : Gaspé, Saint-François, Québec et les T rois-Rivières, tout demeura tranquille, et les autorités civiles y conservèrent toute leur force. Les troubles furent complètement réprimés dans l'espace de trois semaines ; il me fut envoyé de toutes parts des adresses pour réprouver la conduite et la violence de quelques hommes égarés, poussés par des gens mal intentionnés, et pour me déclarer la détermination des Canadiens d'appuyer le gouvernement. La paix et la tranquillité étaient rétablies dans toute
)a province du lias Canada avant mon départ. Mais cela ne /aisaié pas le compte du parti qui voulait écraser la populat: m ff Vtf use.
Convaincu de l'exactitude de ce que je dis, je ne puis m'empOcher de regarder l'union des deux provinces comme un acte des plus injustes et des plus tyrannises, proposé dans le but de priver la fine* intérieure de sa constitution, sous prétexte que quelques hommes mal intentionnés ont commis des actes coupables, et de la livrer, en noyant la population française, à ceux qui, sans cause, M ont montré tant de haine,- car ce projet de loi doit la noyer. [1J
Vous donnez à 3 ou 400,000 habitants la même représentation qu'au Bas-Canada, qui a une population d'au moins 700,000 âmes : et ensuite vous imposez la dette de la province supérieure, qui est, dit-on, d'un million, à une province qui n'a presque aucune dette. Peut-il y avoir rien de plus arbitraire et de plus déraisonnable ? En vérité, on peut mettre en question la légalité d'un tel acte ;
[ 1 ] Heureusement, il n'en a pas été ainsi. Les hommes distinguos que la Providence nous a donnés, dans ces jours de dure épreuve, et dont M. Morin était un des plus marquants, ont fait tourner à notre avantage une mesure que l'on considérait comme notre arrêt de mort. Plus tard, lorsque les exigences égoïstes et injustes des Anglais du Haut Canada eurent rendu l'union impossible, nou? vîmes surgir d'autres hommes non moins distingués qui nous donnèrent la confédération des provinces.
car j'apprends qu'aucune partie de la dette contractée par la province supérieure n'a été sanctionnée par le gouvernement de ce pays. Je dois déclarer de nouveau que ma conviction est que tout ce]a vient d'une intrigue mercantile. [1] Je dis que la population française désire vivre sous la protection anglaise et dans notre alliance, et que la très grande majorité des habitants des deux Canadas est opposée à l'union
Je ne puis donc consentir à une mesure fondée, comme je le crois consciencieusement, sur de faux avis et sur l'injustice. Tant que je vivrai, j'espère n'approuver jamais une mesure semblable à celle qui est soumise à la considération de vos Seigneuries. J'ai dit ce que je crois être la vérité, et je pourrais m'appuyer du témoignage de tout esprit calme dans les deux provinces du Canada."
Garneau fait suivre ce discours de la remarque que voici :
" Nous donnons um grande partie du discours de ce gouverneur, parce qu'il ne respire, d'un bout à l'autre, que la simple justice et la pure vérité, et parce qu'il sert à nous faire mieux apprécier les motifs secrets de la politique du bureau colonial, de tout temps l'ennemi des Canadiens-Français.''
(1) " De la maison Baring, à laquelle était due une grande partie de cette dette/' (Note de Ga-neau).