IX
C'est dire, comme les théologiens chrétiens
Qu 'importent à l'homme tous les biens de la terre s'il ne parvient pas à sauver son âme. (1!)
Le Prophète pousse le zèle religieux jusqu’à laisser une femme perdre la vue parce que son veuvage lui interdit l'usage du Koheul (1) (Hadits).
Donc, ce qui importe avant tout c'est le salut de l'âme. D'ailleurs la sagesse et la science de Mahomet sont bien illusoires : pour lui la sorcellerie tenait une place importante dans l'étiologie des maladies. IL fait allusion dans le Coran à ceux qui se servent de nœuds magiques, et ses disciples rapportent quil avait été une fois ensorcelé par un Juif qui fit neuf nœuds à une corde et la cacha ensuite au fond d’un puits. Le Prophète tomba malade et ne fut guéri que quand le fidèle Ali, sur les indications de l'Ange Gabriel, trouva la corde et la lui apporta : gràce à des paroles magiques, Mahomet défit alors les nœuds ; chaque fois que l'un d'eux était défait, il allait mieux, car son estomac se dénouait aussi...
Après cette étude des Livres Sacrés considérés comme manuels de pathologie, la plus judicieuse conclusion à tirer nous semble celle-ci : Rien n'est plus imparfait que la connaissance des maladies qu'avaient les Législateurs religieux, rien n'est plus superstitieux que l'origine qu'ils leur attribuaient, rien n'est plus défectueux que leur thérapeutique. En tout cela, les religions les plus sages sont celles qui, se cantonnant dans un @omaine exclusivement spirituel, ne se sont pas inquiétées de la santé du corps et ont ainsi évité de grandes erreurs.
(1) Le Kohcul, d'après E. Bertherand, renferme du sulfure d'antimoine qui prévient les maladies d'ycux en absorbant par sa couleur noire une grande partie des rayons solaires, tonifie les paupières et empêche Ja sécretion trop abondante des larmes,
Sans vouloir ,allonger indéfiniment cette étude, il nous a paru judicieux de traiter spécialement la question des maladies vénériennes. Car ici, il faut se demander si elles étaient connues des Anciens et si, par conséquent, ils ont pris contre elles les mesures prophylactiques qu'on leur attribue. La blennorrhagie était sans doute connue, à en juger par les instructions contenues dans le Lévitique à ce sujet. Il est pour la syphilis une opinion courante qui veut qu’elle ait été importée d’Amérique par les compagnons de Christophe Colomb et qu’elle ait fait en Europe, au XVE siècle, une apparition ausi soudaine qu'effarante. Mais, d'autre part, l’historien arabe Léon l’Africain accuse nettement les Juifs de l’avoir répandue en Afrique bien avant la découverte de Colomb et certains, lui attribuant une origine plus ancienne encore, l’appellent, malgré l’obseurité de la description biblique, « la maladie du St.-Homme Job ». D'autres encore prétendent voir des accidents tertiaires dans les ulcères et les plaies que Moïse décrit sous le nom de lèpre.
Quoiqu'il en soit, la morale sévère des religions que nous étudions devait puissamment contribuer à enrayer, sciemment ou non, l'infection vénérienne.
Toutes réprouvent la prostitution. Manou n’a pas de termes assez méprisants pour la « femme impudique » et s’écrié :
« Un lieu de prostitution est aussi odieux que dix boutiques de distillateurs ».
La même indignation se lit dans la Bible :
«n’y aura point de femmes prostituees d’entre les filles d'Israël ». (Deutéronome, XTIT, 17).
Ce qui prouve bien que jamais Jéhovah n’a encouragé la prostitution, comme certains le prétendent, en voyant le vertueux Abraham quitter sa digne mais stérile compagne pour la jeune Agar et Jacob épouser à huit Jours d'intervalle ses deux cousines Lia et Rachel puis,
tour à tour, les servantes de celles-ei. I ne faut voir 1à que la polygamie encouragée par le Seigneur qui désirait voir « nombreuse comme jes étoiles du eiel et les sables de la mier » la postérité d'Abraham.
L'accord est plus parfait encore quand il s’agit de maudire la femme adultère. Moïse entrevoit pour elle les châtiments les plus extravagants. Son ventre enflera et sa cuisse pourrira. [ dit encore
«Si quelqu'un commet un adultère avec la femme de son prochain, que Phonnme ef la fennne meurent (ous deux ». (Bévitique,XX°°10):
Pour les adorateurs de Brahma, le châtiment se continue dans une autre existence
« Une femme infidèle à son mari est en butte à l’ignominie ici-bas; après sa mort, elle renaît dans le ventre d’un chacal, ou bien elle est affligée d’éléphantiasis ou de consomption pulmonaire ». (Lois de Manou, V, 164).
Manou va même jusqu’à mépriser la femme qui a eu « de coupables pensées ». [T est vrai que ses règles Ia purifient ! Enfin, poussant jusqu’à ses plus extrêmes limites le respect de la foi conjugale, il prédit une sévère punition « à la veuve qui dans son désir d’avoir des enfants est infidèle à son mari ! » (V. 161).
Il nous faut arriver à Jésus-Christ pour voir un Inspiré divin pardonner à la femme adultère. Il est vrai que ce fut au grand scandale de ses disciples.
À tout cela, la plupart des antiques religions Jjoienent d’autres exigences. Si Zoroastre se déclare opposé à l’ascétisme et à l’état monacal, s’il loue ceux qui se marient et ont des enfants, Buddha invite ses disciples à le suivre dans ses voyages, à se détacher de tout lien et de toute affection.
D’après les Lois de Manou le novice est tenu à la chasteté jusqu’au moment où il devient « maître de maison »; il y est tenu encore quand il entre dans [a classe des « anachorètes » ou dans celle des « dévots
ascétiques ». Il est vrai que ces prescriptions ne concernent que les trois premières castes de l'Inde; le Soûdra est libre de se conduire comme il l’entend; mais la défense qui lui est faite de se mêler aux autres castes limite foreément la propagation des maladies contagieuses, quelles qu’elles soient.
Si chez les Juifs, la chasteté n’est exigée que du Nazaréen, une grande importance est attachée à la virginité de l’épousée (Deutéronome, XXIT, 26-21) et une stricte obligation est faite à l’homme d'épouser la femme qu'il a rendue mère (29). Le même précepte se retrouve dans l’Avesta où nous lisons encore ces lignes sages :
« Qu'une fille enceinte ne nuise point à son gerine dans la crainte des hommes ».
Dans la série de toutes ces mesures prophylactiques de l'infection vénérienne, nous ne pouvons relever aucune indication nous permettant de dire qu’elles ont Justement été prises dans un but hygiénique. D’après leur exagération même, il nous est permis de penser que c’est bien plutôt un souei de la haute morale qui présida à l'élaboration de ces Lois diverses.
C’est ici que nous devons parler de la cérémonie de la Circoncision où beaucoup voient un moyen préventif contre l’infection vénérienne. Nous voulons démontrer qu’elle fut instituée dans un but tout différent et que, telle qu’elle fut et est encore pratiquée, elle ne mérite pas l’approbation des hygiénistes.
Son origine mystique est clairement établie dans la Bible : elle est le signe distinctif que Dieu donna à son peuple, ainsi qu'il le dit lui-même à Abraham (Genèse, chap. XVI
« Vous garderez mon alliance el votre postérité la gardera après vous, de race en race : tous les mâles d'entre vous seront circoncis ».
Et encore :
« L'enfant de huit jours sera circoncis parmi vous, afin que cette circoncision soit la marque de l'alliance que je fais avec vous... Alors Abraham prit Ismaël, son fils, et tous les esclaves nés dans la maison, toux ceux qu'il avait achetés et généralement {ous les mâles qui étaient parmi ses domestiques et les circoncit tous aussitôt en ce même jour, selon ce que Dieu lui avait commandé. Abraham avait 99 ans quand il se circoncit lui-même »,
Nous pourrions continuer les citations, mais 1] nous paraît maintenant assez nettement établi que la cireoncision n’est qu’un symbole et n’a jamais voulu signifier autre chose que le pacte signé entre Dieu et les Israëlites. D’ailleurs eux-mêmes étaient tellement habitués à la considérer comme telle que MGïse peut dire en leur reprochant leurs fautes :
« Et cependant, le Seigneur à fait une étroite alliance entre vous et vos frères. Ayez donc soin de circoncire votre cœur; ne vous endurcissez bas davantage ». (Deutéronome, X, 15).
Cette singulière image est reprise par le Coran, ce qui prouve bien que, de longues années après Moïse, le sens mystique de la cérémonie était généralement admis :
« Les Juifs ont dit : « Nos cœurs sont incirconcis. Dieu les
a punis à cause de leur incrédulité ». (Coran, IT, 82).
Mais si la circoncision fut instituée pour distinguer le peuple de Dieu de ceux qu'il n'avait pas choisis, elle ne remplit pas longtemps son but, car elle se généralisa. Les Musulmans l’ont adoptée également : il faut dire qu'elle existait en Arabie bien avant Mahomet et qu'elle y fut importée par les Ismaëlites qui la pratiquaient à l’âge de douze ou treize ans et non le huitième jour comme chez les Juifs. Mais fait curieux et peu connu, 1l n’en est guère question dans le Coran; à peine y fait-on une petite allusion :
« Au jour du jugement, les hormes ressusciteront nus et
IGICONCIS »,
— EÙ —
Nous ne saurions démêler dans ces paroles une pensée d'approbation ou de désapprobation pour un usage tellement enraciné que les commentateurs du Coran arrangent la chose en déclarant que le Prophète, comme Adam, naquit tout circoneis |
Il n’est pas question de la circoncision dans les autres Livres Sacrés que nous étudions si ce n’est dans les Lois de Manou où on accorde peu de considération à l’homme « né sans prépuce ». On l’exeiut du repas funèbre au même titre que le buveur de liqueurs enivrantes, l’homme affligé d’une inflammation des glandes du cou, les fous et les aveugles (III). Est-ce à dire que cette particularité anatomique était méprisable en elle-même ou parce qu’elle privait l'individu qui en était porteur d’une cérémonie religieuse importante ?
Que les Brahmanes aient été circoncis ou non, l'exemple d'Abraham ne fut pas per:lu, car presque toutes les peuplades sauvages pratiquent actuellement cette opération avec de nombreuses variétés dans le rituel et vont, dans leur zèle, jusqu’à l’étendre aux femmes.
Quelque varié que soit le rituel dans les différentes religions, anciens et modernes s'entendent pour faire de cette cérémonie une source de maux. Chez les Juifs, le Mohel ou circon‘iseur délacère les tissus avec ses ongles et suce le sang avec ses lèvres : bien loin d’écarter la maladie, il n’est pas rare qu'il communique ainsi à sa victime la syphilis, le tétanos, la tuberculose ou l’érysipèle. Chez les Mahométans l’asepsie n’est pas plus rigoureuse ni la technique opératoire plus brillante, de sorte qu'il est souvent donné au médecin européen de rencontrer en pays musulman des victimes d’un attachement trop profond aux antiques coutumes...
Après ce réquisitoire, que reste-t-il de cette légende qui veut que la circoneision ait été instituée dans un but hygiénique et le remplisse ? Où prendrait-on d’ailleurs la preuve que les maladies vénériennes soient moins fré-
quentes chez les peuples circoncis qué chez ceux qui ne le sont pas ?
A côté de la circoncision, nous placerons les mesures prises à l’égard de la femme pendant la période menstruelle, pendant le temps de la gestation et les jours qui suivent l’accouchement.
Dans toutes les religions la femme, durant ses règles, est tenue plus ou moins en suspicion. Quelques-uns ont cru voir dans l’état de congestion des organes féminins pendant ce temps et dans les propriétés irritantes du sang menstruel des raisons suffisantes pour justifier ces mesures aux yeux de la science moderne. Mais nous verrons qu'il n’en est rien, l’exagération des auteurs sacrés sur ce point dépassant tout à fait ce que nous pourrions imaginer.
Les moins rigoristes, tels le Coran, se contentent d'interdire les rapports sexuels pendant la période 21taméniale et d’exiger une purification lorsqu'elle est terminée (If, 222). Mais, chose curieuse, c’est dans l’écoulement menstruel que réside toute l'impureté : la leucorrhée, les métrorragies sont considérées comme insignifiantes par le Prophète et ne demandent aucune purification :
« Après ses renstrues, une femme doit Se purifier avant de faire la prière. Si le sang n'est pas du sang menstruel, il n'est pas impur ». (Hadits, Titre IV, LXTIT).
Nous voyons donc une impureté spéciale attachée à la menstruation et une impureté non seulement matérielle, mais encore et surtout morale, puisqu’elle rend la femme indigne d'approcher des choses saintes : la tournée processionnelle autour du temple de la Mecque ainsi que le jeûne lui sont absolument inmterdits (Hadits, Titre XXV), sans doute parce que ces exercices de piété ne sauraient être agréables à Dieu.
La même idée d’indignité spirituelle sert de guide aux prescriptions mosaiques. Plus sévère que le Coran qui se contente d’une simple purification, le Lévitique déclare que « la femme qui souffre ce qui arrive chaque mois sera séparée des choses saintes pendant sept jours 0) AXVEM9)2
« Et au huitième jour, elle offrira pour elle au prêtre deux tourterelles et deux petits de colombe ». (29).
Les purifications matérielles seraient cependant indiquées... Mais elles ne sont obligatoires que pour les personnes ou les choses que la femme a souillées de son contact et pour ceux qui se sont souillés en touchant les objets qui avaient eu quelque contact avec elle. On voit que cette impureté très contagieuse S’étend très loin et est assez tenace :
«Si un homme s'approche d'elle pendant qu'elle est dans cet état, il sera impur pendant sept jours et les lits sur lesquels il dormira seront souillés ». (Lévitique, XV, 2%)
Quelque rigoureuses que uous paraissent ces mesures, elles sont bien modérées à côté de celles qu'exigent le Brahmanisme et le Mazdéisme :
« Le Brahmane ne doit pas s'approcher de sa femme lorsque ses règles commencent à se montrer. Une femme qui a ses règles se purifie en se baignant lorsque l'écoulement £anguin est arrêté. Et avant dix jours, tout ce que touchera cette femme sera souillé ». (V, G6).
Il est indiqué encore que le Brahmane doit se purifier en se baignant quand il a touché une femme ayant ses règles ou qui vient d’accoucher. Il y a en elle quelque sortilège, car il ne faut pas qu’elle voie manger un Brahmane, sous peine de troubler sa digestion, ni qu’elle assiste à un sacrifice aux Dieux où à une offrande au feu. (Loi de Manou, III, 240). Elle peut causer les mêmes désordres qu’un pore, un coq ou un chien qui assisteraient à ces diverses cérémonies. Si une femme impure prépare la nourriture d’un Brahmane, il doit s'abstenir
d'en manger, car les aliments sont aussi souillés que s'ils avaient été touchés à dessein avec le pied. (IV, 207).
Zoroastre professe que les règles sont données à la femme par Arhinan, l'Esprit du mal, et qu’elles doivent inspirer au croyant une Juste terreur :
« Le quatrième des actes qui rendent le mortel criminel est celui de l’homme qui S'’unit à là femme dans le temps de ses règles ». (Fargard, XVI)
Pendant cette période, la femme est porteur de dangereux sortilèges dont il faut à tout prix se garantir : son regard même souille les objets sur lesquels il se pose ! Aussi l’isole-t-on de façon à ce qu’elle n’aperçoive pas le feu sacré et lui donne-t-on sa nourriture dans des ustensiles de vil métal et dont elle seule doit se servir. À côté de cela, le législateur n’exige aucune purification corporelle : l'important, c’est que cet être dangereux se tienne à grande distance du feu, de l’eau et de l’homme pur...
En présence de tant d’extravagances où nous cherchons vainement la plus minime étincelle de logique, nous sommes bien obligés de convenir qu'il n’y à dans tout cela que magie et mysticisme, que jamais le plus petit souci d'hygiène, voire même de propreté, n’est venu hanter l’esprit des grands Initiés. Si quelques mesures sont judicieuses, c’est pur hasard; elles sont d’ailleurs submergées par la masse des préceptes grotesques et incohérents.….. parfois inutilement cruels. C’est encore chez les sauvages contemporains que noùs allons voir revivre toutes ces antiques superstitions ; ce sont eux qui vont nous donner la solution du problème. Chez eux, la femme pendant la période menstruelle inspire une terreur religieuse : il est dangereux de s’approcher d’elle et de lui laisser toucher les objets qu’on doit toucher après elle... El lui est même interdit de suivre les mêmes sentiers que les autres membres de la tribu : si par
M CAES
hasard une rencontre se produit, elle doit bien vite avertir le passant de son état afin qu'il puisse s’enfuir à temps pour échapper au mauvais sort qu'elle jette inconsciemment.
Dans”d’autres tribus, les femmes qui ont leurs règles ne peuvent prendre elles-mêmes leur nourriture, car elles risqueraient de se jeter à elles-mêmes quelque maléfice : les mets leur sont offerts par d’autres au moyen d’un ustensile isolant affecté à ce seul usage ! Là ne s’arrêtent pas encore les précautions bizarres prises contre la femme pendant cette période. Elles vont jusqu’à la cruauté chez beaucoup de peuplades, particulièrement à l’époque de la puberté où l’impureté est . plus considérable : la jeune fille est enfermée des mois entiers dans une cage étroite d’où elle ne doit jamais voir le soleil ; elle est chligée de jeûner et de pratiquer toutes sortes de mortifications. Au sortir de cette réclusion, Son martyre n’est pas terminé : elle doit subir une flagellation publique ou endurer la morsure de grosses fourmis, supplices destinés à effacer l’impureté mise en elle par sa première menstruation.….
De ces multiples exemples il faut conclure que la lemme, pendant la période calaméniale, est fabou, de là la terreur qu'elle inspire et l'isolement dans lequel on la tient, les curieuses mesures dont elle est l’objet. Tout cela se rapproche assez des sentiments inspirés aux sauvages par certains rois et certains prêtres, chefs de tribus, par les totems de toutes sortes et s'explique assez naturellement par la terreur que devait inspirer cet aspect mystérieux de la vie féminine, œuvre sans doute d’un esprit malfaisant, terreur augmentée encore par celle que causait le sang, cet autre tabou.
C’est encore cette antique notion des tabous, si répandue, qui nous expliquera pourquoi on infligeait à la femme enceinte et à l’accouchée des traitements que ne saurait exiger la plus minutieuse hygiène,
= Go =
Pour Zoroastre, la gestation comporte la même impureté que la menstruation; elle demande une longue réclusion loin des objets sacrés dont il faut éviter la souillure. L’isolement doit être continué quelques jours encore après l’accouchement s’il à été normal. Mais si la femme a donné naissance à un enfant mort, elle est doublement redoutabie, car à l’impureté de son état s’ajoute celle du cadavre qu’elle a porté en elle : son corps à été transformé en sépulture !
« Si une femme a donné naissance à un enfant mort, elle doit être séparée des autres Mazdéens pendant neuf jours. La première nourriture qu'elle prendra sera de Ja cendre mêlée de gomezà (il y avait longtemps que nous n'en parlions plus !) pour purifier le Dakhma ou cimetière intérieur ».
A défaut de gomezâ, elle peut prendre un de ses sucçédanés : trois, six ou neuf gouttes d’urine de vache !
Ces mesures destinées à délivrer l’âme de toute souillure étant prises, on indique en seconde ligne quelques purifications du corps et des vêtements : ceux-ci contiennent un mauvais sort qui provoque l’avortement : aussi ne peuvent-ils plus servir, sauf cependant de « couche à une femme atteinte d'accident intérieur »-
Cette idée d’une souillure attachée à l’accouchement est aussi clairement exprimée dans la doctrine de Manou : mais, plus judicieux que d’autres, il donne au père une part de responsabilité dans cette impureté :
« À la naissance de l'enfant, la souillure est pour la mère et pour le père; pour la mère surtout, car le père se purifie en se baignant ». (Lois de Manou, V, 62).
Il ne nous dit pas ce qui purifiera la mère : peutêtre une aspersion avec de l’urine de vache... Avouons qu’une simple ablution d’eau pure nous paraît plus indiquée…
C’est encore dans le Lévitique le même souci d’une purification et la même inefficacité des moyens employés pour effacer l’impureté matérielle.
« Si une femme enfante un mâle, elle sera impure pen