JET
Les Maladies
Description, DIAGNOSTIC, TRAITEMENT, PRO- PHYLAXIE DES MALADIES EN GÉNÉRAL. — MALADIES VÉNÉRIENNES. — CIRCONCISION.
— PRESCRIPTIONS RELATIVES À LA MENS- TRUATION, À LA GESTATION, À L'ACCOU- CHEMENT.
Il nous semble nécessaire maintenant de consa: crer un chapitre spécial à la connaissance qu'avaient les Législateurs religieux de certaines maladies, des movens qu'ils préconisaient pour les éviter et du traitement qu'ils tenaient en honneur.
Quoiqu'on ait prétendu, leurs connaissances médicales étaient fort obscures et la Bible, qui parait contenir le plus d'enseignements judicieux, nous étonne bien souvent. Nous trouvons dans le Lévitique et les Nombres des chapitres entiers consacrés à la description de la teigne, de la gale, de la lèpre et au traitement de ces diverses affections : il faut sans doute reconnaitre là une préoccupation hygiénique doublée du dégoût physique qu'inspiraient ces maux d'aspect répugnant...(1) D'ailleurs, disons bien vite que Moïse ne donna pas avec toute la sagacité qu'on lui prète les symptômes de ces diverses affections : nous avons grand'peine à les
(1) 1 est infiniment probable aussi que la lèpre à été considérée chez les Hébreux conrme une punition qie Dieu envoyaif à ceux qui avaient peche.
reconnaitre d'après ce qu'il nous en dit et nous nous demandons parfois si c'est bien elles qu'il a voulu décrire. Son diagnostic incertain s appuie surtout sur le changement de couleur des poils, l'enfoncerhent des chairs, l'aspect terne ou luisant de la peau à l'endroit de la « plaie de la lèpre ». C'est sans doute la teigne qu'il décrit comme « une lèpre qui pousse sur la tête d'un homme ou d'une femme et sur la barbe d'un homme».(Lévitique, XIH) Est-ce encore du teigneux que Moïse veut parle quand il prononce ces paroles singulières :
« Sises cheveux tombent, il est chauve el déclaré pur » (?) (Lévitique, XII, 40).
D'ailleurs. l'incertitude du diagnostic n'est-elle pas prouvée par ce fait qu'on traite avec la même sévérité que la lèpre « les cicatrices, les pustules, les taches luisantes et les divers changements de couleur qui arrivent sur le corps? »(Lévitique, XV ,56). Il est infiniment probable que l'étiquette de lèpre était donnée aux maux qui lui étaient le plus étrangers, tels que l'ecthyma, l'eczéma, voire même le vitiigo ou la syphilis.. La lèpre était bien certainement moins répandue chez les Juifs qu'on ne le prétend, à ne s'en tenir qu'à la fréquence et à la rapidité des guérisons mentionnées dans la Bible. Qu'est-ce encore que cette lépre blanche qui est déclarée très pure par le prêtre, car c'est lui qui est chargé du diagnostic ? Mais on reconnait que ses erreurs sont fréquentes :
« Que si après avoir été vu par le prêtre et déclaré pur, la lèpre croit de nouveau, on le lui ramène ».
Si le diagnostic mosaïque est loin d'être impeccable, que dire du traitement et de la prophylaxie ? Pour la gale, le malade lave ses vêtements et est pur. C'est encore plus rapide et plus simple que le procédé actuel... Le lépreux est isolé pendant plu-
sieurs périodes de sept jours, au bout desquelles il est déclaré pur ou impur : s'il est pur il doit laver ses vêtements, laver sou corps et le raser, puis accomplir quelques cérémonies religieuses avant de reprendre sa place accoutumée dans le camp. Les incurables ne doivent pas y rentrer. On tient également à l'écart « l'individu atteint de la gonorrhée » ; mais il n'est pas regardé comme plus impur que celui qui s'est approché d'un mort:
« Ordonnez aux enfants d'Israël de chasser du camples lépreux, ceux qui sont incommodés de la gonorrhée el ceux qui sont impurs pour avoir touché un mort ». (Nombres, V).
Ceci prouve bien que Moïse n'entend pas l'impureté à notre manière. Il n'a d'ailleurs aucune idée de la gravité et de la durée de l'affection : ainsiil dit :
« La femme dont il se sera àpprochée sera lavée d’eau el restera impure jusqu’au soir ». (Lévitique, XV, 18).
C'est une mesure insuffisante, surtout en regard de l'exagération suivante : Celui qui touche les vêtements de ce malade, qui recoit sa salive, la selle sur laquelle il s’asseoit, l'objet qu'il touche, sont également impurs. Comme celui de la lèpre, le traitement de la blennorrhagie est semi-spirituel, semicorporel : il consiste dans le nettoyage du corps et: des vêtements et l'offrande d'holocaustes au Seigneur.
Tout ceci nous prouve bien que l'auteur du Pentateuque n'avaitpas sur les maladies nos notions mo: dernes et que l'intervention divine, qui n'était pas étrangère à leur apparition, devenait nécessaire à leur traitement : de là cette thérapeutique dont le sens et l'efficacité nous échappent complètement. Mais en dépit d'inévitables erreurs, il sut mieux que les autres législateurs religieux dépister certains maux particulièrement répugnants et en reconnaitre la contagiosité. Moïse nous apparait plein de
science auprès de Manou qui jette la même réprobation sur les maux les plus disparates, de degrés de gravité et de contagiosité tout différents. C'est ainsi que le « Brahmane doit éviter en s'unissant à son épouse, les familles dont les membres sont affigés soit d'hémorroïdes, soit de phtisie, soit de dyspepsie, soit d'épilepsie, soit de lèpre blanche, soit d'éléphantiasis ». (IT, 7). On ajoute même qu'un conjoint peut quitter l’autre, si ce dernier est atteint de lèpre, d'éléphantiasis ou de consomption pulmonaire, tant est grande la répugnance inspirée par ces trois maladies, si différentes cependant.
D'ailleurs bien plus encore que dans la Bible, se manifeste en tout ceci la croyance au « doigt de Dieu » : toutes ces tares physiques ne sont que la pénitence de fautes commises dans une existence antérieure. On comprend qu'elles inspirent plus de dégoût que de pitié et qu'on ne soigne pas les malades, qu'on ne les isole même pas, puisque leurs maux ne sont dus qu’à leurs péchés et, par conséquent, ne sont pas contagieux. On leur donne encore leur nourriture dans la société, mais de quelle facon méprisante !:
« Le Brahmane doit verser peu à peu à terre la part de nourriture destinée aux chiens. aux hommes dégradés, à ceux qui sont attaquès d'éléphantiasis où de consomption pulmonalre ».
D'ailleurs, les malades sont associés dans la réprobation générale au nourrisseur de chiens, au fauconnier, au planteur d'arbres salarié... Tous sont exclus de diverses cérémonies religieuses. notamment du repas funèbre, la plus sainte de toutes. Ne voyons pas surtout dans cette exclusion une mesure semblable à celle que nous prenons de nos jours pour l'isolement des contagieux. car elle est motivée par une raison toute mystique : le malade, ancien pécheur, est indigne d'assister aux
têtes religieuses au même degré que d'autres individus dégradés. Dans les actes ordinaires de la vie, on ne le repousse pas, mais on lui prodigue les humiliations et le mépris.
Plus grand encore est l’aveuglement qui règne dans l’Avesta, car plus encore que les Inspirés de l'Inde, Zoroastre considère toute chose à un point de vue exclusivement spirituel. C'est ainsi que nous voyons le chien, animal sacré, le rester en toute circonstance : pour celui dont l'intelligence n’est plus saine (qui est sans doute enragé), les Mazdéens doivent chercher un moyen de guérison comme pour un homme pur ! Si on n'y réussit pas, on se résigne à le museler et à l'attacher ; mais jamais il n'est question de le tuer... Ce serait commettre un trop grand crime et mériter la colère divine !
D'ailleurs, les disciples de Zoroastre ont sur l'origine des maladies les idées les plus contraires aux nôtres. Toutes : « brülures et fièvre, douleurs et blessures profondes sont dues à des principes d'infection et de corruption qu'Arhiman à mis dans le corps de l’homme ». C’est au principe du bien et non à la science humaine qu'il appartient de détruire l'œuvre du principe du ‘mal. Zoroastre s'adressa donc à Ormuz pour avoir un remède qui «combatte la maladie et la mort » et Ormuz lui apporta « les plantes médicinales par centaines, par milliers, par millions innombrables et le Goakerana (1) au milieu d'elles ».
Toutes ces idées que nous relevons dans les textes sacrés sur l'origine des maladies sont exactement celles qui subsistent actuellement chez les
(4) Plante divine qui pousse dans le Paradis.
sauvages. Pour eux les Esprits bons ou mauvais président à tous.les événements ; mais ils sont plutôt « comme,les moustiques, toujours prêts à faire le mal ». Chez les Tahitiens, ils sont la cause de catastrephes effrovables comme des accidents les plus bénins. y
On les craint et on les prie à la fois parce qu'ils sont forts et dangereux : il convient de sauvegarder sa sécurité en leur faisant de bonnes manières. Dans l’île de Céram, ne les embarque-t-on pas sur un petit bateau afin qu'ils aillent au loin semer les calamités ? On s’écrie alors : « Grand'mère petite vérole, allez-vous-en vers d'autres pays ; nous vous avons donné les aliments qui vous sont nécessaires pour votre voyage ».
C'est à la mème idée que se rattache l’expulsion hors du camp ou de la ville de boues, vaches ou porcs émissaires chargés de maladies ou de péchés. Cette curieuse coutume a existé chez tous.les peuples, dans l'enfance de leur civilisation, et s’est parfois traduite par le sacrifice d'un animal divin comme chez les Hindous où d’un être humain comme chez les Grecs... pour en arriver à l'idée sublime d'un être très pur et très saint expiant par sa mort volontaire les péchés de l'humanité.
Gaûce à son apparition plus tardive, le Coran semble à peu près dégagé de toutes ces antiques et naïves notions... Mais en y regardant de près, on s'aperçoit que le temporel reste toujours subordonné au spirituel. Par exemple Mahomet blàme ceux qui restèrent dans leur fover au moment de l'expédition de Tabuec :
« Ils disaient : N’allez pas à la guerre pendant ces chaleurs, Dis-leur : La chaleur du feu de l'enfer est bien plus brûlante ».