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tions comme constituant la base d'une religion quelconque.
D'ailleurs, les* réflexions que nous avons pu faire en lisant les Livres Sacrés que nous venons de nommer, étaient bien suffisantes pour que puissions nous créer une opinion sur cette question de l'Hygiène dans les Religions. Et cette opinion, absolument ferme et nette, née de recherches impartiales, est qu’il faut cesser de croire à cette légende d'un souci d'hygiène présidant à l'élaboration des lois religieuses. On verra, en effet, qu'il y a dans les Livres Sacrés, parmi ceux qu'on à prétendus tels, peu de préceptes réellement hygiéniques ; le plus grand nombre sont absolument indifférents à l'hygiène, tandis que quelques-uns lui sont franchement contraires... Puis nous tâcherons de démontrer, pour ce qui est des pratiques que l'hygiène approuve, que c'est pur hasard si elles se sont trouvées conformes aux exigences de cette science : car jamais semblable but n’a été poursuivi par ceux qui, recevant de Dieu leur révélation, étaient uniquement préoccupés des questions surnaturelles. ‘ Nous allons même plus loin et prétendons que c'est faire injure aux inspirés divins que de leur supposer d'aussi mesquines préoccupations. Ils seraient certainement peu flaltés sils apprenaient que nous nous arrogeons le droit d'interpréter leurs lois à notre facon et que nous citons au tribunal de la sèche raison et de la science incrédule leurs créations les plus absurdement sublimes.
C'est là, de notre part, excessif orgueil en même temps qu'ignorance. Comment vouloir que les peuples anciens aient pris les mêmes soins que nous pour éviter les maladies, puisqu'ils les attribuaient uniquement à la colére des Esprits ? À des causes morbides mystiques, il fallait opposer une thérapeutique et une prophylaxie tout aussi mysti-
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ques. Ce n'est que très tard dans le monde grec, alors que quelques esprits particuliérement hardis cormencaient à se dégager des grossières superstitions primitives, que prit naissance la notion de l'hygiène. C'est pourquoi nous pouvons dire avec Salomon Reinach qu’ « en général rien n'est plus absurde que d'expliquer les lois et pratiques religieuses d’un passé lointain par des considérations tirées de la science moderne ».
Avant d'aborder la discussion qui fait le sujet de ce travail, qu'il nous soit permis de donner l'opinion qu'avaient des médecins quelques-uns de ces grands hommes auxquels on attribue généreusement des connaissances approfondies en hygiène.
Manou les méprise évidemment, puisqu'il déclare que « manger la nourriture d’un médecin, c'est avaler du pus ».
Mahomet ne met pas en eux sa plus grande contiance, car il s'écrie : « Il n’y a qu'un Dieu qui me guérisse quandJje suis malade!» (1) (Coran, XXVI, 80).
Pour Zoroastre, Ormuz est également le premier des guérisseurs, le médecin n’est que son lieutenant « qui combat les principes d'infection et de corruption qu'Arhiman a produits dans le corps de l'homme ».
Dans la Bible elle-même, les médecins ne jouent qu'un rôle secondaire. Ils sont chargés des soins mortuaires : Joseph commanda aux médecins qu'il avait à son service d'embaumer son père, tandis que le prêtre, qui tient le premier rang, s'occupe des vivants. À lui revenaient les diagnostics compliqués, les cas épineux de médecine légale. C'étaient les
(1) Pour être juste, reconnaissons que Mahomet, changeant d'avis, a dit aussi: « KFuyez une ville où il n’y a pas de médecins ».
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lévites qui jugeaient entre «le sang et lesang », entre « la plaie et la plaie ».
Le sage et tolérant Confucius ne leur décoche pas la Hèche la moins cruelle :
« Quoique certaines professions de la vie soient humbles, telles celles de laboureur, de jardinier, de médecin, elles sont cependant dignes de considération ».
Quant à Buddha et à Jésus-Christ, ils se souciaient peu des médecins, car eux-mêmes guérissaient vite et bien les maladies les plus graves, même celles qui étaient déclarées incurables. et ils se faisaient un jeu de ressusciter les morts.
Que ces appréciations peu flatteuses ne choquent pas les médecins qui liront ces lignes. Chacun est honoré suivant ses mérites, et aux temps anciens, les mérites, ou tout au moins la science du médecin étaient minimes... Comment en eüt-il été autrement, puisque la superstition gouvernait alors le monde et que personne n'avait sur la santé et la maladie les idées qui sont universellement répandues dans notre XXe siècle où chacun se pique d'être savant ? |
L'Alimentation
ALIMENTS DÉFENDUS ET ALIMENTS SPÉCIA- LEMENT RECOMMANDÉS À CAUSE DE LEUR CARACTÈRE SACRÉ — JEÛNES — PRESCRIP- TIONS RELATIVES À L'EAU, AU VIN ET AUX DIVERSES LIQUEURS ENIVRANTES.
Extrémement compliquée, riche en toutes sortes de prescriptions est la question de l'alimentation dans les Livres Sacrés. Ils traitent non seulement des aliments permis ou défendus : ils en recommandent d’autres parce qu'ils sont particulièrement saints, ils indiquent les jours où l’on doit jeûner et le rituel à observer dans l'absorption de certains mets sacrés.
Ce qui nous frappe au premier abord dans l'œuvre de Manou et celle de Moïse, c'est l’incohérence autant que la multiplicité des mesures prises au sujet des animaux dont il est permis de manger la chair... Puis nous démêlons une certaine analogie dans les préceptes de ces deux législateurs, qui ne se sont cependant pas copiés.
On rencontre, dans les Lois de Manou, une longue liste d'animaux auxquels le Dwidja (1) ne doit pas toucher : Ge sont d'abord tous ceux qui vivent à l'écart, puis les quadrupèdes au sabot non
(4) Homme des trois premières classes. Manou ne parle des Soûdras que ue les mépriser, mais ne leur dictée pas sa Loi.
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fendu et le porc apprivoisé ; parmi les ruminants, le chameau seul lui est interdit. Bien plus méticuleuses sont les mesures prises au sujet des oiseaux : il défend d'abord, d'une facon générale, les oiseaux carnassiers, ceux qui vivent dans les villes, : ceux qu'on ne connait pas bien, et dresse toute une longue liste d'oiseaux interdits chez lesquels il nous est impossible de reconnaitre des signes particuliers d'impureté. Tandis qu'il déclare permis le lièvre. la tortue, le hérisson, le crocodile, le rhinocéros, Manou défend à ses disciples, sans raison apparente, l'usage d’un grand nombre de poissons dont la trop longue énumération ne saurait trouver place
Si nous pouvons lire dans la Bible ce conseil plein de tolérance :
« Nourrissez-vous de tout ce qui à vie et mouvement ».
nous v rencontrons aussi d’autres préceptes d'une excessive sévérité (D.
Ce sont à peu près les mêmes oiseaux qui sont réprouvés par Manou et par Moïse : celui-ci insiste particulièrement sur l'impureté des oiseaux carnassiers et surtout de ceux qui se nourrissent de poisson (Lévitique, XI, et Deutéronome, XIV) (2. D'autres animaux encore sont pris par la Bible en sainte aversion :
« Tout ce qui vole et qui marche en même temps sur quatre pieds vous sera une abomination ». (Lévitique, XI, 20.)
(4) Cette contradiction à pu faire penser que Moïse n’était pas l'unique auteur du Pentateuque et qu'il aurait le premier inventé cette distinction entre les aliments permis et les aliments défendus. Cependant, lors de l'Arche de Noë, la distinction existe dejà entre les animaux purs et impurs.
(2) 11 y a entre ces deux chapitres, traitant du même sujet, de légères variantes Moïse se serait-il ravisé ou, encore une fois, toute l'œuvre ne serait-elle pas de lui ?
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Les reptiles également sont déclarés « des objets abominables ».
Tandis que le livre sacré de l'Inde défend certains poissons, sans considérer leurs mœurs ou les espèces auxquelles ils appartiennent, la Bible. interdit l'usage « de tout ce qui remue et qui vit dans l’eau sans avoir de nageoires ni d'écailles ».
« Pour ce qui est des bêtes à quatre pieds, vous pourrez manger, dit le Livre Saint, celles dont la corne du pied est fendue et qui ruminent ». (Lévilique XI, 3).
Tous ceux qui ne remplissent pas ces conditions — et le pourceau au premier chef — sont impurs. C'est une abomination, non seulement d'en manger, mais encore de toucher à leurs corps morts... Pour ce qui est du lièvre et du lapin, ils sont mterdits tout deux pour celte raison bien surprenante que, quoique ruminants (!)ils n'ont pas la corne fendue. C'est là une explication qui ne nous satisfait guère ; il eût mieux valu que Moïse ne cherchät pas à prouver, au prix de grossières erreurs, la sagesse de ses prescriptions. Nous aimerions mieux quil dise tout simplement comme Manou, avec une assurance superbe :
& Le législateur a déclaré que telles choses vous seraient permises et telles autres défendues ».
Mahomet, qui s'inspira des législateurs religieux qui l'avaient précédé, simplifia singulièrement toutes choses. Sans doute, plus tard venu, il s'étaitrelativement débarrassé des croyances superstitieuses qui avaient fait tout le fonds des doctrines primitives. Il ne défend aux fidèles que l'usage du porc et du chameau ; cette dernière interdiction est-elle encore peu nette et ne s'appuyant que sur le
texte suivant :
« Nous avons destiné les chameaux pour servir aux rites
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des sacrifices. Quand la victime tombe mangez-en » (|) (Coran, XXII, 37).
L'interdiction de la chair de porc existait en Arabie bien. avant Mahomet ; cet animal y était d’ailleurs aussi rare que méprisé. Le Prophète ratifie cet usage et ajoute même que « ceux que Dieu a maudits seront transformés en porcs ». (Coran, V, 65). Mais il semble se contredire luimème, quand il s'écrie, dans un de ces accès de tolérance qui lui sont coutumiers :
« O croyants lil vous est permis de vous nourrir de la chair des besliaux qui composent vos troupeaux ». (V, I).
Pour expliquer le peu de cas qu'il fait des autres interdictions bibliques, Mahomet a soin de prêter à Dieu ces paroles :
« Pour les Juifs, nous leur avons interdit tous les animaux qui n'ont pas la corne du pied fendue. C'est pour les punir de leurs iniquités. Pour moi, je ne trouve d’autre défense dans ce qui m'a été révélé que pour les animaux morts, le sang qui a coulé et la chair de porc » (2). (VI, 146).
Cette réprobation jetée sur la chair de porc s'étend jusque dans la doctrine de Buddha, si désintéressée cependant de tous les soins du corps. On nous apprend que ce sage mourut pour avoir mangé de la viande de porc que le fils d'un forgeron lui avait servie. Il est juste d'ajouter qu'il avait quatre-vingts ans...
Si l'œuvre de Zoroastre ne renferme pas d'interdictions alimentaires proprement dites, elle exige le respect absolu de certains animaux, tels que le
(D IT est probable que les chameaux ne pouvaient être mangés qu'après avoir ét6 sacritiés,
(2) Des commentateurs au Coran ont encore sévèrement interdit l'usage de la viande d’anc et du cheval.
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chien, la loutre, le castor, le bœuf dont l'urine possède des propriétés merveilleuses. Elle établit des peines très sévères contre ceux qui blessent ces êtres sacrés ou leur donnent la mort, füt-ce par mégarde. Il était par conséquent défendu encore bien davantage de les tuer pour les manger.
On à voulu voir un souci d'hygiène au fond de ces interdictions alimentaires et bien des gens sensés ont su donner à chacune d'elles d'ingénieuses interprétations. C’est ainsi que les traducteurs de Maimo-
nide, Carcousse et Bertherand ont écrit :
« Ce génie (Moïse) permettait la viande de bœuf, de mouton. cerf. daim, buffle, chamois, chevreuil, bœuf sauvage, girafe, les poissons à nageoires et à écailles, les oiseaux nets (?). Il proscrivait les animaux inférieurs comme moins purs à priori), les reptiles, le chameau comme étant d’une utilité permanente et ayant une chair peu digestible ; le lièvre et le lapin à cause de leurs fréquents parasites ; le porc parce qu’il donnait lieu à des maladies de peau (dartres, lèpres) et que sa chair pouvait transmettre des affections vermineuses ; les poissons sans
écailles ni nageoires parce qu'ils naissent et se développent dans des eaux vaseuses, les oiseaux de proie parce que leur chair est coriace ».
Malgré leur ingéniosité, MM. Carcousse et Bertherand ne peuvent tout expliquer par un souci de la santé du corps. Pour ne citer qu un exemple, quelle raison hygiénique pourraient-ils invoquer devant ce verset de l'Exode (XXXIV, 26) :
« Vous ne ferez point cuire le chevreau quand il tette encore sa mére »
ou encore devant cet autre :
« Tout mâle qui sort le premier du sein de sa mère sera à moi ».
(4) 11 permettait la sauterelle !
Si Moïse avait mis tant de raisons hygiéniques à la base de ces préceptes, pourquoi n'en parlerait-il pas et laisserait-il aux commentateurs le soin de découvrir sa pensée, bien soigneusement cachée, avouons-le? Pourquoi encore ne rencontrerions-nous ‘pas dans la Bible un seul exemple d’épidémie ou d'une maladie qui puisse être attribuée à la contamination de viandes impures ?
Mais c'est au delà de nos connaissances scientifiques qu'il faut chercher le pourquoi de tant de préceptes bien souvent bizarres et incohérents. Il nous faut faire une incursion dans le monde de la magie et apprendre des peuplades sauvages ce que sont les {otems et les tabous, puisque c'est chez elles que se sont réfugiés les derniers vestiges de ces croyances qui longtemps ont gouverné le monde. En polynésien, le mot /abou signifie ce qui est soustrait à l'usage courant. Un objet fabou est celui auquel on ne doit pas toucher, quoique cette interdiction ne soit motivée par aucune raison: A l'infraction de cette loi sont attachés des châtiments terribles, tels dans la Bible la cécité et la mort dont furent frappés ceux qui prononcèrent imconsidérément le nom de Dieu (1) ou touchèrent à l'arche d'alliance. Au Japon, le Mikado d'il v a 200 ans était tabou : on ne pouvait le toucher sans risquer : d'atüirer de grands malheurs sur soi-même et sur : tout l'empire ; ses vêtements mêmes auraient fait enfler ceux qui les auraient portés ; les plats dans lesquels 1l prenait sa nourriture étaient toujours neufs et on les brisait ensuite de facon à ce que personne ne püt faire usage d'objets auxquels étaient
attachés de: dangereux sortilèges. Comme ceux
(H De ee tabou vient la réprobation jetée sur l'expression « Nom de Dieu » ad uiliée de juron,
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du Japon d'autrefois, les habitants actuels de l'Afrique Occidentale supposent que l'ordre de la nature dépend de la vie dun roi ou d'un prêtre, car Ce ro1 OU ce prêtre sont considérés comme une source de bénédictions abondantes ou de graves dangers pour leurs sujets : leur maladie, l'inobservance de règles strictes et grotesques sont capables de déchainer les plus graves cataclvsmes.
Ceci nous explique les préceptes absolus et bizarres rencontrés dans les Livres Saints, la sorte de terreur religieuse qu'inspirent quelques animaux et les châtiments disproportionnés avec la faute que doivent encourir ceux qui mangent, ceux mêmes qui se contentent de toucher ces « choses abominables ». D'ailleurs, n'est-il pas explicite que ces êtres dangereux le sont au moins autant pour l'âme que pour le corps :
« Ne souillez pas vos àmes par l’attouchement des reptiles qui se meuvent sur la terre », dit Moïse.
. Pensez-vous qu'il songera à ordonner un contrepoison à celui qui, bien qu'avant échappé à la mort après s'être nourri de ces animaux dongereux, doit cependant se trouver bien malade ? Chez lui, ce senre de souillure est effacé par un lessivage des vêtements, tandis que le Brahmaniste doit expier sa faute par le jeûne et la pénitence. N'est-ce pas dire assez clairement que tout le danger ne résiste pas dans une indigestion où un envahissement de l'organisme par des parasites et qu'il ÿ a: dans tout cela quelque chose de surnaturel ?
Donc chez tous Brahmanistes, Mazdéens (1), Juifs et Mahométans. les animaux ainsi défendus sont tabous et nous pouvons dire avec S. Reinach que le Décalogue n'est que le remaniement d'un
(1) Disciples de Zoroastre,
Po Pod
vieux code de tabous et que ce sont ces tabous qui ont créé la nation du sacré et du profane, des choses et des actions intérdites ou permises, que c'estenfin à leur influence que sont dues les lois religieuses de la piété.
Mais en y regardant de près, nous voyons des différences entre les tabous : il y a ceux qui sont simplement tenus à l'écart sans qu'ils soient doués de vertus particulières, tels l'Arbre de la Science du Bien et du Mal ou encore l'Arche d’Alliance. Puis il y a des tabous : prêtres, rois ou même animaux et végétaux qui, parleur prospérité ouleur déchéance, président à la prospérité ou à la déchéance, de tout un groupement humain. Ceux-là sont des totems, êtres protecteurs du clan, de la tribu où ils vivent. Nombreux sont les exemples du tofémisme animal ou végétal dans les siècles passés : la vache était un animal sacré chez les Hindous, le porc (D chez les Musulmans et les Juifs, le chien dans presque toute l'Europe, la fève en Grèce. Le culte que la ville de Berne a voué à ses ours, protecteurs de la cité, est le reliquat du totémisme primitif, tout aussi bien que le culte de la tortue chez les Samoans où les peines les plus sévères sont promulguées contre ceux qui mangeraient de cet animal (2). Tout naturellement. nous en arrivons à cette notion du fotem protégé par un fabou et nous nous expliquons pourquoi les animaux défendus sont réputés à la fois sacrés et unpurs, .deux désignations trop précises qui, à
(1) Le totern du porc vient des Chaldéens où le sanglier était protecteur de la tribu : avec la domestication il est devenu pore et a conservé son caractère sacré.
(2) Chez d'autres peuplades sauvages on respecte Cl on révère certains animaux (tigre, lion, ours); si, contraint par Ja nécessité, l'homme les tue, il leur demande pardon et, par de grossiers subterfuges, essaye de leur faire croire que d’autres sont coupables de leur mort. Nous retrouvons, dans la Colombie britannique, le culte du castor aussi développé que chez les Mazcdécons,
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l'origine, se réduisent à la notion du tabou, c’est-àdire de l’interdit. Pour ne parler que du porc, sur lequel pèse toujours la plus grosse suspicion, nous acquérons en feuilletant le « Recueil des textes assyriens et babyloniens », de François Martin, la notion très nette que, loin d'être méprisé, il pouvait être offert en sacrifice aux dieux dans de grandes circonstances. C'est airsi que, pour sauver un homme d'une maladie mortelle, on immolait un porc sur l'autel du dieu Shamash et que, sur la peau de ce porc, on faisait des incantations.
Immoler un animal sacré sur l’autel d'un dieu, c'est sans doute s'attirer ses bonnes grâces, mais absorber la chair de cet animal, n'est-ce pas s'incorporer en quelque sorte toutes ses vertus, se rendre fort de sa force ? C'est ainsi que beaucoup de peuples en sont arrivés à manger leur totems avec recueillement, comme nous le verrons dans la suite, bien persuadés que c'est le mangeur qui acquiert les vertus du mangé, ignorants où dédaigneux de nos connaissances modernes sur l'assimilation des aliments...
Bien après Moïse, ce caractère sacré malgré tout des animaux dits impurs est attesté par la coutume clandestine stigmatisée par Isaïe dans ses Psaumes :
« L'Elernel punira ceux qui se sancüfient el se purifient au milieu des jardins en mangeant de la chair de pourceau, des souris et des choses abominables ». (66. 17).
Il y a là, évidemment, la survivance d'un de ces sacrifices périodiques de totems par lesquels l'homme croit se sanctilier en mangeant une viande sacrée, généralement soustraite à l'usage (1).
Nous ne saurions cependant soutenir cette
(4) S. Reinach.
opinion que les législateurs religieux, dans leur classification d'aliments défendus ou permis, aient eu nettement conscience de l'emprunt qu'ils faisaient à la magie primitive. Ces notions du pur et de limpur-leur étaient léguées à travers les siècles etils n'ont fait que ue des croyances généralement admises, sans en rechercher l'origine. Cela est vrai surtout pour l'œuvre de Mahomet : Le Prophète a admis quantité de pratiques très en honneur chez les Arabes bien avant son avènement et pour la plupart empruntées aux autres religions. Qu'il leur ait reconnu ou non un caractère d'utilité, il ne les” impose certainement pas avec la mème autorité que ses devanciers et il considère comme une faute vénielle l'infraction à ces lois :
77 « Celui qui cédant à la nécessité de la faim el sans dessein de mal faire aura transgressé nos disposilions, celui-là sera absous. car Dieu est indulgent et miséricordieux >. (Coran. V, 5)
À côté de l'interdiction qui porte sur certains aliments, variables suivant les religions, il est deux choses que toutes sont unanimes à rejeter de l'alimentation : ce sont le sang et les animaux morts. Sage précaution ! s'écrieront les partisans de l'Hvgiène dans les Religions. N'est-ce pas. dans les pays chauds surtout, une mesure excellente pour éviter l'ingestion de viandes en putréfaction bourrées de ptomaïnes et les désordres que pourraient causer tous les principes nocifs, tels que la créatine, la xanthine, l'hypoxanthine, l'acide urique, l'acide lactique, l'acide carbonique qui résident surtout dans le sang ?
Mais cet étalage scientifique ne nous explique pas comment Îles animaux morts communiquent leur impureté aux êtres et aux objets quisont
simplement en contact avec eux, ainsi que nous le voyons dans le Lévitique :
« S'il tombe quelque chose de ces bêtes mortes sur quoi que ce soit, il deviendra impur, mais que ce soient des fourneaux ou des marmites, ils seront censés impurs et seront rompus ».
La même idée est exprimée dans l’Avesta où les animaux qui ont touché un cadavre d'homme ou de chien sont déclarés impurs et ne peuvent être mangés avant un an. Comment expliquer aussi que cette souillure disparaisse aisément au moyen de quelques ablutions ou d'un nettoyage des vêtements (Lévitique, XI), que la saignée possède la propriété merveilleuse de purifier les animaux qui ne le sont pas, même ceux qui ont été immolés sur l'autel des idoles (Coran, V, 45) et que Mahomet pardonne aisément à ceux qui ont absorbé ces mets dangereux sans mauvaise intention ? Ces objections seraient suffisantes pour nous faire supposer qu'ici encore le danger est plus grand pour l'ame que pour le corps, si nous ne trouvions pas cette idée clairement exprimée dans les textes sacrés. Lorsque Moïse dit à son peuple :
«< Vous ne prendrez point non plus pour nourriture le sang d'aucun animal, tant des oiseaux que des troupeaux ». (Lévitique, VII, 26).
Il a soin d'ajouter :
« Car la vie de toute chair est dans le sang ».
Tous les peuples primitifs ont vu dans le sang le siège de l'âme et en ont eu une terreur superstitieuse : il est tabou. Chez les sauvages, on ne le répand pas à terre, tandis que chez les Israëlites on l'enfermait dans un trou creusé spécialement dans le sol, afin que les sortilèges qui v sont attachés ne puissent s'échapper. Les objets qu'il touche deviennent tabou et sont par conséquent hors
d'usage, capables de transmettre à leur tour des maléfices. Les Egvyptiens, dans leur zèle, croyaient voir dans le vin l’âme de la vigne et n'en offraient pas à leurs dieux parce qu'ils étaient persuadés que là $’étaient réfugiées les âmes de ceux qui avaient autrefois combattu les dieux. Jésus-Christ lui-même ne semble-t-il pas admettre cette crovance, en transformant le vin de la Cène en son propre sang, quil offre à boire à ses disciples ?
Quant à la mort, elle est considérée chez tous les primitifs comme un phénomène étrange et terrifiant, signe de la puissance magique des dieux. La mort fait trembler, le corps mort inspire de la terreur ; on n'ose l'approcher : peut-être est-il encore hanté par l'esprit si redoutable du mort ! Il déchaine toutes sortes de catacivsmes sur les êtres et les objets qu'il touche : il est {&hou en un mot, ainsi que nous le verrons en traitant des prescriptions religieuses relatives aux cadavres.
Là ne s'arrêtent pas les préoccupations des inspirés divins, concernant la nourriture des fidèles. Dans les Livres Sacrés se rencontrent une foule de préceptes plus ou moins compliqués, plus ou moins justifiés, plus ou moins hygiéniques, mais tous dictés par des préoccupations extra-temporelles. C'est ainsi que tous interdisent absolument la nourriture qui n'a pas été offerte à la Divinité, qui n'a pas été sanctifiée par la prière :
« Il vous est interdit, lit-on dans le Coran, de manger un animal sur lequel on aura invoqué tout autre nom que celui de Dieu ».
Si Mahomet s’en tient à cette simple loi, d'autres exigent beaucoup plus de leurs adeptes et vont jusqu'à les empêcher de toucher à cértains mets, parce
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qu'ils sont la nourriture spécialement réservée à la Divinité, qui s'en repait par l'intermédiaire de ses prêtres. C'est ainsi que Moïse profère la peine de mort contre celui qui mange « la graisse du dos et des entrailles et celle qui est près des os » de certains animaux.
« Si quelqu'un mange de la graisse qui doit être offerte et brûlée devant le Seigneur, il périra ». (Lévitique, VII, 23.)
Il dit encore :
« Tout mâle qui sort le premier du sein de sa mère sera à moi ». (Exode, XXXIV, 19.)
C'est la main-mise d'un Dieu cruel sur les biens et la vie de son peuple. L’exigence de ce Dieu réclamait dans les premiers âges des sacrifices humains, tel celui d'Isaac, et peu à peu elle s'est contentée de l'offrande des premiers-nés des animaux (1).
C'est encore un rite religieux qui motive cette interdiction de «la chair du chevreau qui tette encore sa mère ». Le chevreau, comme l'agneau, cest un animal symbolique, personnitfiant une auguste et divine victime ; il doit être immolé sur l'autel ou mangé pour la Pâque, suivant un rituel spécial, dicté par Jéhovah lui-même (2).
De même pour le Brahmaniste, le beurre claritié et l'huile possèdent des vertus particulièrement saintes, effacent toutes sortes d'impuretés et ne doivent pas être employés indifféremment. Leur usage s'accompagne cependant d'un rituel moins compliqué que celui du Séma (3), nourriture des dieux chez les
(1) Telle est la légende d'Iphigénie dans laquelle la colère dn Dieu est apaisée par l'intention du père de sacrilier sa lle et qui, à Pinstant tragique, substitue une biche à la victime humaiae.
(2) I1 est curieux de rapprocher de cette prescription mosaique le culte voué à l'agneau par les initiés des mystères d'Orphée dont Ie mot de reconnaissance était : « L’agneau est tombé dans le lait ».
(3) Nectar divin extrait d'une plante à fleur jaune, à tige noueuse.
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Hindous, analogue aux Hôma des Perses et à l’Ambroisie des Grecs.
Ici nous' apparaît cette idée curieuse et très répandue qu'urie nourriture, parce qu'elle est sainte, peut être à la fois défendue et recommandée : L’agneau premier-né est destiné au Seigneur, par conséquent le peuple ne doit pas en manger ; mais lors de la Pâque, le Seigneur l'invite à goûter solennellement à ce mets consacré, doué des plus hautes vertus sanctificatrices. C'est là une sorte de communion, dont la Pàque du Christ ne fut qu'un raffinement...
Nous pourrions citer à l'infini les préceptes les plus extravagants touchant les mets défendus par les lois religieuses et remarquer combien la plupart sont peu motivés, combien le spirituel etle temporel s'y trouvent mêlés, par quelles pratiques peu efficaces on se débarrasse de l'impureté qu'ils transmettent. C'est ainsi que Manou défend pêle-mèêle à ses disciples le miel, une substance douce devenue acide, la nourriture qu'on à mise dans son giron, celle sur laquelle un pou est tombé, qui a été touchée à dessein avec le pied, ou vue par un pore ou mieux encore par une femme ayantses règles. (Lois de Manou, ch. 1V). On lit dans le même chapitre ces curieuses paroles : |
« Manger la nourriture d’un médecin, c’est avaler du pus, celle d’une femme impudique de la semence, celle d'un usurier des excréments ». (IV, 220).
Ce qui prouve bien encore que tout ceci entraine plus de souillure pour l'âme que pour le corps, c'est le privilège qu'a le Brahmane d'ôter aux aliments toute vertu nocive en disant’ simplement : « Que telle chose soit pure pour moi » et celui, non moins merveilleux, du novice qui mendie dont « la nourriture n’est jamais souillée ». D'ailleurs, il est facile de purifier les objets souillés par une aspersion de
terre, par le regard d'une vache ou de se débarrasser de l'impureté qu'ils entrainent par un jeûne de trois jours.
Un seul exemple pris danse la Bible nous prouvera qu'on ne peut expliquer toute chose par les préoccupations hvgiéniques qu'on prête constamment au Législateur. Lisons les versets 37 et 38 du XIe chapitre du Lévitique et tächons de comprendre :
& S'il tombe sur la semence de l'eau ayant touché les charognes des animaux dont il est parlé, la semence ne sera pas souillée. Mais si quelqu'un répand de l’eau sur la semence et qu'après cela elle touche à une charogne, elle sera aussitôt souillée ».
Malgré sa sagesse si prônée, avouons que la subtibilité de Moïse ne le cède en rien à celle de Manou.
Mahometest plus moderne et moins exigeant.
Il se contente de dire :
« Que celui qui a mangé de l'ail ne s'approche pas de nos oratoires ». (Hadits, titre LXX, chapitre XLIV).
Et Confucius, malgré l'antiquité de sa doctrine, nous surprend par sa sagesse. Chez lui, pas de ces séries interminables d'aliments permis ou défendus ; il se contente de repousser les viandes corrompues ou de mauvais aspect, la viande sèche, mais ne peut échapper complètement aux superstitions de son temps, c'est pourquoi « si la viande n'était pas coupée en lignes droites, il n'en mangeait pas ». Quant au philosophe Meng-Tsen, il voulait qu'on élevät des pourceaux afin que les personnes âgées de 70 ans puissent se nourrir de viande. Est-ce à dire que cet aliment était spécialement réservé aux vieillards ?
Bien que le Christ ait dit: « Ce n’est pas ce qu'on mange qui souille l'âme », son Eglise a conservé
quelque chose des restrictions alimentaires bibliques :
«:Vendredi chair ne mangeras
« Ni le samedi mêmement »
dit-elle aux fidèles (1).
Sans nous attacher à rechercher s'il est bon ou mauvais pour la santé de faire maigre une fois-ou deux par semaine, nous reconnaissons dans ce commandement le reliquat d'anciennes croyances : le poisson était un fotem syrien conservé par les Juifs qui mangeaient solennellement à certains jours des poissons sacrés entretenus spécialement pour cet usage. Actuellement encore en Galilée, les plus pauvres familles mangent du poisson le vendredi soir, ne fussent que quelques miettes chèrement achetées. D'ailleurs Jésus-Christ n'était-il pas identifié par les chrétiens à un très grand poisson, tandis qu'ils disaient d'eux-mêmes : « Nous sommes de petits poissons qui prenons naissance dans les eaux du baptème ? » (Tertullien).
Manger le poisson sacré fut d'ailleurs une forme primitive du repas eucharistique et cet usage fut très antérieur à la venue de Jésus-Christ. Il était comme l'agneau pascal etle pain sans levain, une hostie où la divinité daigne s'offrir à son peuple, tout comme dans les hosties à propos desquelles il est dit :
« Ton Créateur tu recevras « Au moins à Pâques humblement ».
Nous avons déjà vu que cette idée de la sanctification possible par la manducation du dieu n'est pas nouvelle : elle se retrouve plus ou moins nette chez tous les peuples. Avant la conquête du Mexi-
() 11 est juste de dire qu'il est avec le ciel des accommodements puisque Mme Adélaïde, fille de Louis XV, ayant eu envie de manger d'une macreuse un vendredi, son Confesseur transforma le volatile en poisson.
Eole
que par les Espagnols, les Astèques célébraient une cérémonie religieuse où chacun mangeait une parcelle d'une grande idole de pâte et, par respect, ne mangeait rien d'autre. Les Zoulous, dans une fête semblable, mangent le bœuf noir et s'abstiennent de tout aliment. Bien plus frappant encore est le sacrifice de l'agneau chez les peuplades de l'Afrique centrale : on mange respectueusement la chair de la victime et chaque assistant est oint du sang de la Divinité (1).
Devant tous ces exemples d’une vertu particulière attachée à la manducation du Dieu, Salomon Reinach attribue aux idées de théophagisme du christianisme primitif une partie de son succès, car il fattait ainsi un des instincts religieux les plus profonds de l'humanité.
Après cela, qui oserait encore voir des idées d'hygiène à l'origine de toutes ces pratiques ? Il nous semble inutile pour notre argumentation d'insister sur ce que la communion sous les deux espèces, dans un ciboire et un calice commun pour tous les fidèles, peut avoir de peu hygiénique, non plus que sur le caractère répugnant des purifications effectuées dans l'Inde au moven de la bouse et de l’urine de vache...
Abordons maintenant la question si importante des jeünes. Tàchons de savoir s'ils sont capables de donner la santé à ceux qui les observent et surtout s'ils ont été prescrits, ainsi qu'on l'a dit, dans un but hygiénique.
(1) Certains cannibales, après avoir tué leur ennemi, en mangent pour acquérir de la vaillance. Chez beaucoup, ce serait même faire injure à sa victime que d'en refuser une bouchée.
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Loue
Si la plupart des religions s'étendent longuement sur cette question, Zoroastre réprouve entièrement ce genre ce‘privation :
« De deux hommes, celui qui s'emplit le ventre d'aliments incarne en lui l'esprit de sainteté, bien mieux que celui quine le fait pas : celui-ci est quasi-mort ». (Vendidad, IV, 48).
Il déclare encore « celui qui pratique l’abstinence d'aliments impur et destructeur de la sainteté ».
Mois chez le Brahmaniste, il n'en va pos ainsi. D'après Manou, le Dwidja ne doit rien manger dans l'intervalle de ses deux repas du matin et du soir, ni prendre une trop grande quantité d'aliments. S'il veut être saint, surtout s'il appartient à la classe des anachorètes et à celle des ascètes, il doit jeüner fréquemment. Nous avons déjà vu d'ailleurs un jeûne de trois jours consécutifs effacer des péchés (IV)... Plus importante encore est la pénitence lunaire (1) qui consisté à n'avaler pendant un mois que quatre bouchées le matin et quatre bouchées le soir (2).
Lorsque Jéhovah ordonna aux siens de célébrer la Pâque, il leur donna cet ordre peu hygiénique, mais qui symbolisait leur Sortie rapide d'Egypte :
« Vous mangerez à la hâte ». (Exode, XII, 12.)
Nous rencontrons aussi dans la Bible des jeunes solennels, tel celui de la fête du Pardon, destiné au rachat des fautes et des souillures secrètes de Pannée. On institua des jeûnes pour expier les crimes de l’adoration du veau d’or, de la destruction des Tables de la Loi. On jeünait encore par l’anniversaire de la mortde Moïse, de Josué, de Samuel, etc., ce qui fait environ deux Jeûnes par mois (3).
(4) I y a là une grande analogie. avec le Ramadan.
(2) On ne spécilie pas la grosseur des bouchées : peut-être est-elle aussi peu définie que le poids des onces permises pendant le carême eatholique.
(3) A Alger, une tradition à été conservée. qui veut qu'un jeûne solennel célèbre l'anniversaire de la prise de ja ville par Charles-Quint Œabord, puis par les Turcs.
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Comme la Bible, le Coran invite fréquemment les fidèles à l’abstinence d'aliments : c'est là un moyen efficace pour effacer des fautes ou remplacer des pratiques religieuses qu'on n'a pu observer :.
__. < Gelui qui sera hors d'état d'y satisfaire jeñnera trois Jours ». (Coran, V, 91).
Mahomet institua le jeune du Ramadan pour sancüfier le mois dans lequei le Coran descendit du ciel et dans lequel, d'après quelques-uns, Abraham, Moïse et Jésus recurent aussi leur révélation. C'est le plus sévère de tous les jeûnes, car il interdit tout aliment pendant que le soleil est au-dessus de l'horizon :
« Il vous est permis de manger el de boire jusqu'au moment où vous pourrez distinguer un fil blanc d'un fil noir ».
D'ailleurs, Mahomet était sobre et voulait que ses disciples le fussent :
«< Quand on part en voyage, la meilleure provision est la piété ». (Coran, IT, 193).
S'il n'aimait pas la gléutonnerie :
« Lorsque le souper est prêt, qu'aucun de vous ne se presse de le manger ». (Hadits).
il rejetait aussi l'excès contraire :
« Ne cumulez pas le jour de jeûne et de nuit ».
D'ailleurs, il profitait de ce qu'il n'avait rien à manger pour se déclarer héroïquement prêt à jeüner et s'empressait de dire que, grâce aux secours surnaturels qu'il recevait, il pouvait supporter des privations qui auraient nui à la santé des simples mortels.
D'autres religions se montrent moins exigeantes. Buddah., au début de sa mission, chercha la délivrance de la mort, l'oubli de la vie mondaine dans les macérations et la privation de nourriture ; mais il ne
\trouva cet idéal que dans la méditation. C'est pour-
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quoi, si luiiaëme jeûne comme Jésus-Christ avant sa prédication pendant quarante fois sept jours, il! exige moins de ses disciples : il se contente de. leur limiter l'usage du poisson, de leur défendre de manger entre le repas du midi et le lendemain matin et déclare rechercher l'élévation de l'âme plus que la souffrance du corps. :
Confucius se contente de ce sage précepte :
«Que personne ne mange inutilement |! » |
Pour lui il jeüunait et, dans les jours d'absti-: nence, il portait une robe d'une blancheur de lin, sans doute pour prouver que les privations ne l'attristaient pas.
Comme Buddha, Jésus-Christ a peu de préoccupations temporelles. Il n'apprécie guère les jeûnes et les prières hvpocrites des Juifs quile pérsécutent : toute sa sympathie va à ceux quiaiment leur prochain. Il se préoccupe de la nourriture de ceux qui le suivent dans ses voyages, témoin le miracle de la multiplication des pains. Lui-même jeûne quarante jours dans le désert, mais n'invite personne à l'imiter ; il semble plutôt tolérer le jeûne comme une habitude ancienne et peu efficace, et il a soin de dire :
« Lorsque vous jeûnez. ne prenez pas un air triste ». (Évanaile selon S'-Mathieu, ch. VI).
‘ Comme toujours, l'Église chrétienne a été plus zëlée que son fondateur en formulant ce commandement qu'il n'avait pas voulu :
« Quatre-temps vigiles jeûneras et le carème entièrement».
Mais nous savons que rien n'est moins rigou- : reux que ce jeûne catholique et que c'est celui qui semble le mieux justifier la préoccupation hygiénique qu'on leur donne pour origine à tous.
Il peut être bon parfois, pour un individu trop bien nourri, d'imposer le repos à son tube digestif
sous prétexte de jeûne religieux. Beaucoup pourront bien se trouver de la suppression de viande, de groisse, d'œufs et de laitages et tirer de grands avantages d’un régime végétarien forcé... (1) Mais il n'y à pas là de règle générale et ce qui peut faire aux uns ie plus grand bien peut être nuisible à d’autres déjà déprimés, qui ont besoin d'une alimentation solide et qui se trouvent particulièrement mal de la suppression du premier repas du jour, avant le travail.
Malgré tout ce qu'ils en disent, aucun hvgiéniste ne voudrait bien certainement observer le jeûne du Ramadan. N'est-ce pas une cruelle souffrance que la privation de toute nourriture, de toute boisson pendant une journée entière, l'été surtout, où la longueur et la chaleur des jours rendent ce jeûne des plus-pénibles ? N'est-ce pas, de parti-pris, que le croyant diminue sa résistance physique, tandis que les repas copieux faits pendant la nuit contribuent à malmener un organisme débilité par la privation diurne ?
Il n'y à certainement là aucun souci d'hygiène, si mal comprise füt-elle. Contentons-nous d'accepter les explications que les législateurs religieux nous donnent eux-mêmes sur l’origine de ces pratiques. Nous voyons dans tous les Livres Sacrés que chaque jeûne constitue une pénitence, une expiation, un moyen certain pour parvenir à plus de sainteté : on élève l'âme en malmenant le corps. Pourquoi vouloir absolument que, quand ils cherchent à oublier les exigences de leur estomac ou à châtier leur corps, ceux qui Jeûnent tentent hypocritement, par une diète salutaire, de se mieux porter ? C'est là
(1) Certains évêques, plus coulants que d'autres, ne suppriment de l'alimentation que ce que l'Eglise appelle aliments gras ef hendant trois jours par semaine seulement, durant 1e Carème:
faire une supposition presque injurieuse, d'autant mieux que la diète ne convient pas à tout le monde ni à n'importe quel moment
Ce qui dit achever de nous convaincre, c’est ce fait très frappant qu'un rituel religieux accompogne le jeune comme l'absorption d'aliments sacrés. On ne jeùne pas quand on veut, ni comme on veut; il v a certains jours pour cela, certains vêtements à revêtir, certains préparatifs à faire. Il faut chez beaucoup être pur, dégagé de toute souillure physique ou morale, à tel point que Moïse et Mahomet interdisent le jeüne et la prière à la femme pendant le temps de ses règles.
Là n'est pas encore terminée cette importante question de l'alimentation des fidèles : la boisson occupe une assez large place dans les codes religieux.
Il est défendu au brahmaniste de boire les eaux chaudes ou écumeuses. Il ne doit pas les souillors
« Qu'il ne jette dans l’eau ni de l’urine, ni de l'ordure, ni autre chose souillée par une substance impure,.ni du sang, ni de la salive », (Lois de Manou, IV, 56).
Tout cela serait parfait, si ces eaux préservées des souillures à cause de leur caractère sacré: n'étaient destinées à recevoir d'autres souillures justement parce qu'elles sont réputées saintes. Le bain dans les eaux courantes est particulièrement recommandé au fidèle, qui y dépose quantité de microbes qu'absorberont plus tard ceux qui boiront de ces eaux
« On doit se baigner toujours dans les rivières, dans les
étangs creusés en l'honneur des Dieux, dans les lacs, les ruis- ,seaux el les torrents ». (Lois de Manou, IV, 230). w.. .
Buddha, de même, au cours de ses pérégrina-
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tions, se baigne souvent dans les fleuves et les riviéres et recommande à ses fidèles de l'imiter. C'est ainsi que, de nos jours, l'eau du Gange effacant les souillures de celui qui s'y baigne, la Gangdawara (portes du Gange) est resté un lieu fameux de pèlerinage d'où partirent et d'où partent encore de terribles épidémies de choléra. Il est si rare que la sainteté et la salubrité aillent de pair ! Nous les voyons avec plaisir s'accorder dans cet autre curieux précepte, celui-là très hygiénique sans le savoir :
« Qu'il (le fidèle) purifie l'eau en la filtrant avec un linge, dans la crainte de faire périr les petits animaux qui pourraient s’y trouver ». (Lois de Manou, VI, 46).
Ce souci touchant est à rapprocher de celui de cet autre saint homme de l'Inde qui ne s'essuvait pas au sortir de l'eau, afin de ne pas détruire les êtres infimes collés à sa peau !
La doctrine de Zoroastre pousse plus loin encore le respect de l’eau qui, avec la terre et le feu, est ce qu'Ormuz à donné de meilleur aux hommes. On lui épargne à ce point toute souillure qu'un disciple zélé du maitre refuse de voyager par mer, afin de ne pas souiller l'eau de ses déjections ! Que ne reste-t-il à nos contemporains quelque chose de ce scrupule, si propice à la propreté des eaux de boisson !
Mais, sans aller jusqu'à nous, Mahomet déjà avait de tout autres idées sur la propreté de l’eau, puisqu'il recommandait à ses disciples de boire de : l'eau qui avait servi à ses ablutions ! (Hadits) Sans doute était-elle sanctitiée pour avoir touché l'épiderme du Prophète !
Bien plus que l'eau, les boissons alcooliques ont attiré l'attention des législateurs religieux. Rien n'est plus courant que cette opinion que
Mahomet a interdit le vin à ses disciples dans un but hygiénique, car on lit dans le Coran :
« Le vin est une abomination inventée par Satan. Abstenezvous-en ». (V, 921.
Rien ne semble plus catégorique que cette défense etcependant, avec sa versatilité habituelle, le Prophète invite d'autre part les crovants à faire usage du vin comme des autres dons de Dieu :
« Parmi les fruits, Dieu vous a donné le palmier et la vigne d’où vous retirez une boisson enivrante et une nourriture agréable ». (Coran IT, 216).
Notre conviction est encore plus ébranlée par le verset suivant :
« Ils {’inlerrogeront sur le vin et le feu. Dis-leur: Dans l'un comme dans l’autre il y a du mal etdes avantages ; mais le mal l'emporte sur les avantages qu'ils procurent ». (Coran. XVI, 69).
Ce que Mahomet redoute surtout dans le vin, c'est l'ivresse qu'il peut amener :
« Mangez et buvez, mais sans excès, car Dieu n'aime point ceux qui commettent des excès ». (Coran, VIT. 29).
Aussi, dans le Paradis, Dieu donnera-t-il aux élus un vin spécial qui n'occasionnera ni maux de têtes, ni étourdissements, qui n'aura que l'apparence du vin terrestre. (IT, 23).
N est-ce pas là, semble-t1l, la vraie sagesse ? Xe pas interdire d'une facon catégorique l'usage du vin. mais mettre en garde contre les inconvénients qu'il peut avoir. D'ailleurs, dans tous les autres codés religieux se retrouve cette réprobation, non pas des boissons alcooliques, mais de l'ivresse qu'elles entrainent trop souvent. C'est ainsi que Manou considère l'ivrognerie comme une faute grave ctqu'il demande à celui qui recherche la sainteté de s'abstenir du suc savoureux extrait des végétaux.
Pour le Brahmane, trois boissons. sont particulièrement défendues ::ce sont l'esprit, de riz,
l'esprit de sucre et la liqueur fermentée extraite des fleurs de Madhouka (Bassia latifolia). Puis, s’il recherche un degré plus grand de sainteté, le législateur lui conseille de s'abstenir de neuf autres boissons enivrantes.. D'une facon générale, les fabricants de ces boissons sont peu honorés puisque « un lieu de prostitution est aussi odieux que dix boutiques de distillateur ». (Lois de Manou, IV, 85).
Buddba, si concis dans ses préceptes, fait de l'abstention des liqueurs enivrantes une des Cinq Règles que doivent observer les moines. Et Zoroastrés écrié :
< Tu es ommiscient à Ormuz ! Tu ne connais ni le sommeil ni l'ivresse ! »
marquant ainsi son mépris pour cet état dégradant.
Le vin est loin d'être proscrit chez les Juifs. On lit dans la Bible :
« Me ferait-on quitter mon bon vin de Gaza qui réjouit les dieux et les hommes ? (Juges, IX, 13). È
Mème lorsque Noé s'enivre, ce n'est pas lui qu'on blâme pour avoir fait un usage inconsidéré d'une liqueur qu'il ne connaissait pas, mais bien Île fils qui lui a manqué de respect.
Cependant la privation de vin est obligatoire dans certains cas. à titre de mortification. C'est ainsi que le Nazaréen, pendant les jours qui précèdent sa consécration, ne doit pas boire de vin (Nombres, VI) et que les Lévites devaient s'en abstenir également avant de pénétrer dans le sanctuaire :
« Le Seigneur dit à Aaron : Vous ne boirez pas, vous el vos enfants, de vin ni rien de ce qui peul enivrer quand vous entrerez dans le tabernacle du témoignage, de peur que vous ne soyez punis de mort ». (Lévitique X, 9.)
De cette étude il ressort clairement que ce n’est pas le vin, mais l'ivresse que condamnent les
es
religions. Ce qu'il y a de mauvais en elle, c'est l'offense faite à la divinité par l’homme qui sv livre et non point le préjudice porté à la santé. S'il en était ainsi peut-être serait-il question dans les textes sacrés des autres méfaits du vin D ailleurs, pour ne parler qu'au nom de l'hygiène, l'interdiction absolue du vin est-elle une mesure raisonnable et ne peut-on tirer quelques avantages de son usage modéré ?
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Les Purifications
PURIFICATIONS QUI PEUVENT SEMBLER KYGIÉNI- QUES. — PURIFICATIONS INDIFFÉRENTES À L'HYGIÈNE. — PURIFICATIONS FRANCHEMENT ANTI-HY GIÉNIQUES.
S'il est une question sur laquelle pensent triompher ceux qui voient dans les livres sacrés un traité d'hygiène, c'est bien celle des purifications et ablutions que presque tous prescrivent.
Ouvrons Les Lois de Manou. Nous v voyons que le novice doit se baigner chaque jour, que tous les fidèles sont tenus de se laver fréquemment les pieds et de se rincer la bouche après le repas. Le Bralhmane doit encore se purifier après « la cohabitation avec son épouse, après la satisfaction de ses besoins naturels, après qu'il a touché un mort ou un os humain encore gras ». Une purification est obligatoire pour la femme après la période menstruelle et pour les parents d'un nouveau-né.
Malheureusement toutes ces prescriptions sages ou exagérées sont différentes suivant la caste à laquelle elles s'adressent : Pour un Brahmane, l'eau doit aller jusqu'à la poitrine ; pour un Soüdra, il suffit qu'elle touche le bout de la langue ou des lèvres... Puis elles doivent encore être faites suivant un certain rite :
« Après le repas, il doit se laver la bouche de la manière convenable {?) et arroser d’eau les six parties creuses de sa tête :
ses veux. ses narines et ses oreilles ». (Lois de Manou, IT, 53).
Tout cela prend déjà l'allure d'un exercice de piété : les ablutions sont accompagnées de prières et d’attitudes spéciales, quelquefois de jeûne. On va jusqu’à distinguer dans la main des parties pures et impures, telle celle qui se trouve entre le pouce et l'index avec laquelle il est interdit de se frotter.
Devant tant de complications, il nous est permis de penser que, dans l'esprit du législateur, cette eau est destinée à faire autant de bien à l'âme qu'au corps. C'est si vrai que les femmes (qui n'ont pas d'âme) sont obligées de se laver beaucoup moins souvent et que pour elles cette cérémonie nest jamais accompagnée de prières. On ne leur en demande pas tant :
« Qu’une épouse chérisse et respecte son mari, elle sera honorée dans le ciel >. {Lois de Manou, V. 165).
Bref, il nous apparait nettement que dans toutes les religions où se trouvent de nombreux préceptes réputés hygiéniques, on sépare mal le spirituel du temporel, on croit se débarrasser à la fois de sa crasse et de ses péchés :
« Le Brahmane ne doit pas se baigner dans la pièce d'eau d'un autre afin de ne pas attraper les péchés de cet autre ».
Quel argument nous prouvera, mieux que cette citation, que l'eau qui purifie si bien le corps possède aussi la propriété de débarrasser l'âme de ses souillures et que le Brahmaniste ne se lave si souvent que pour maintenir son àme dans un état de pureté agréable aux Dieux ?
Cest pour cela que des puritications sont ordonnées dans des circonstances qui ne nous paraissent pas entrainer de souillure matérielle : la réclusion et des ablutions sont exigées des parents d'un mort, mème s'ils ne l'ont pas approché, leur complication dépendant uniquement du degré de parenté. Le mort, nous le savons, est fabou ét
He les différents membres de sa famille le sont aussi à des degrés différents. De même celui qui est impur ne doit pas toucher à des choses pures, telles qu'un Brahmane, une vache ou le feu... (1).
Mais l’adorateur de Brahma va plus loin :il se puritie par des moyens que nous ne soupconnons guère et que l'hygiène la plus indulgente ne saurait tolérer : supprimer trois fois son haleine, regarder le soleil ou une vache, manger du beurre clarifié sont des movens de purification très efficaces. Une simple aspersion de terre peut encore remplacer l’eau, et un mélange de terre et d’eau est très recommandé pour effacer les larmes, le mucus du nez et la crasse de la tête (V). Bien miéux encore, celui qui a tué une vacheest tenu de faire ses ablutions avec de l'urine de vache !
Après ces citations impartiales, que reste-t-il du souci d'hygiène qu'on veut voir à l'origine de toutes les purifications ?
Les autres religions ne Île cèdent guère sur ce point au Brahmanisme. Si l'urine de vache est très réputée dans l'Inde, le yomezd où urine de bœut possède en Perse des vertus purificatrices tout à fait remarquables. C'est ainsi que Zoroastre distinœue trois degrés de purifications : le premier, que nous ne saurions désapprouver, consiste à se laver le visage, les mains et les pieds avec de l’eau pure; le deuxième est une ablution de tout le corps avec le gomezà, suivie d'un séchage avec de la terre puis d'un lavage à l'eau pure. Enfin le troisième degré se composait de cérémonies et de prières compliquées qui duraient neuf nuits consécutives, mais
ne nn ne (1) Cela ne cadre guère avec nos habitudes aseptiques modernes puisque nous employons e feu pour détruire les microbes.
NP V'ARUSE
qui s’acéompagnaient de très peu d'ablutions. L'enfant lui-même, dès sa naissance, recoit une sorte de baptême vec ce précieux mélange de gomezaà et d'eau. Très en honneur encore était le Mecma, -substañce sacrée dont nous ignorons la composition. Elle servait particulièrement aux ablutions des porteurs de cadavres : ceux-ci sont habités par la Druje Nacus ou Mouche des Cadavres, animal malfaisant qui se cramponne successivement à toutes les parties du corps et qu'on a toutes.les peines du monde à enfouir dans les sillons creusés dans le sol aux pieds de ceux qui sen débarrassent. Le cadavre n'était pas redouté comme il l'est de nos jours à cause des maux physiques qu'il peut transmettre : il entrainait une impureté morale dont on se débarrassait par toutes sortes de purifications compliquées, souvent peu hygiéniques. On allait jusqu'à purifier le chemin dans lequel on avait porté un cadavre en v faisant passer des prètres ou des chiens d’une certaine race : le caractère sacré de ces tres apaisait suffisamment la divinité.
D'ailleurs, pour les Mazdéens tout ce qui sort du corps humain est impur : on enterre avec de grandes précautions les ongles et les cheveux : l'héleine humaine elle-même ne doit pas effleurer le feu sacré.
Bien que les grossières superstitions v soient moins apparentes, nous pouvons dire que la Bible n'a pas plus que les autres Livres Sacrés, le souci de la propreté du corps. Sans doute, nous y vovons les diverses ablutions en honneur. Au chapitre XVIII de la Genèse, Abraham dit aux trois voyageurs :
« Prenez un peu d’eau et lavez vos pieds ».
Au chapitre suivant, c'est Loth qui s'exprime de même :
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« Relirez-vous maintenant dans la maison de votre serviteur ; logez-y celte nuit : lavez aussi vos pieds ».
Il v a encore dans le Deutéronome une ordonnance de purifications accomplies hors du camp pour celui qui n'est pas pur « à la suite de quelque accident arrivé pendant la nuit ».
Mais à côté de ces mesures sages, la magie reprend ses droits. Ne purifie-t-on pas celui qui à touché un cadavre avec de l’eau sainte renfermant la cendre d'une vache rousse immolée et brülée par un prêtre ? Cela rappelle tout à fait les vertus purificatrices de l'urine de bœuf et du regard de vache.
De même, rien n’est plus judicieux que de tenir éloignés du camp le lépreux et le galeux, de ne les y recevoir qu'après qu'ils ont lavé leur corps et leurs. vètements. Mais pourquoi gâter le bon effet ainsi produit sur nos esprits en ordonnant une aspersion du malade avec le sang d'un passereau qu'il vient d'offrir au Seigneur et que le prètre immole suivant un certain rite ? |
La femme qui a ses règles est déclarée impure ; elle est tenue à l'écart des lieux sacrés et au huitième jour elle doit se purilier... par l'offrande d'un holocauste. La nouvelle accouchée est impure également, tenue à la réclusion et à l'offrande de cadeaux au temple : la longueur de la réclusion dépend d'ailleurs uniquement du sexe de l'enfant ! L'impureté matérielle importe si peu au législateur qu'il ne prescrit même pas d'ablutions et on se demande avec étonnement comment certains esprits ont pu voir dans ces mesures une remarquable prophylaxie de la fièvre puerpérale et un gage de la santé du nouveau-né...
Il faut donc bien nous résigner à admettre que ces peuples anciens n'avaient pas la même conception des choses que nous et qu’ils ne craignaient pas
les mêmes maux. Il faut voir à l'origine de toutes
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leurs pratiques, mème de celles quinous paraissent le plus raisonnables, quelque chose de surnaturel. Cela est si vrai que Mahomet, plus dégagé des antiques croyances, est moins Catégorique dans ses ordres, moins compliqué dans ses ordonnances S'il hérite des superstitions de ses devanciers, elles n'ont plus pour lui la même valeur, il semble les admettre par routine et appelle l'indulgence de Dieu sur ceux qui transgressent de semblables ordonnances. Sile Prophète avait reconnu à ces divers commandements la haute valeur hygiénique qu'on leur attribue, il les eût au contraire publiés avec une autorité toute nouvelle, au lieu de les atténuer.
Dans le Coran, toute la loi des ablutions se résume à Ceci :
« O Croyants ! quand vous vous disposez à faire la prière, lavez-vous le visage et les mains jusqu'au coude : essuyez-vous la tête et les pieds jusqu'aux talons : purifiez-vous après la cohabitation avec vos épouses. Mais lorsque vous serez malades ou en voyage, lorsque vous aurez satisfait à vos besoins naturels et que vous aurez eu Commerce avec une femme, si vous ne trouvez pas d’eau, frottez-vous le visage et les mains avec du sable fin et pur ». (Coran, V, 8-9)
Sans doute, cette faculté de remplacer l'eau par du sable est un effet de l'indulgence de Dieu. Mais elle n’est pas nouvelle, car les Chaldéens et les Juifs, bien avant Mahomet, faisaient leurs ablutions avec du sable lorsqu'ils manquaient d’eau. Sans insister sur ce que cette pratique peut avoir de peu hygiénique, nous ne pouvons passer sous.
silence l'interprétation donnée à ce verset par Sidi- Khelil, célèbre commentateur du Coran : il admet que la madéfaction peut remplacer l'ablution et il interdit même au Crovant de laisser pénétrer de l'eau dans les cavités naturelles du corps, non plus que dans celles qui résultent de cicatrices vicieuses... Il faut avouer que si Mahomet eut jamais en
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tout ceci un souci d'hygiène, il fut bien mal compris de ceux qui expliquèrent son œuvre.
Dans les Hadits, le Prophète complète le précepte du Coran : il est recommandé de se rincer la bouche quand on a bu du petit lait et de se laver les dents. Mahomet prèche d'exemple, avec un zèle peut-être excessif :
« Je passai la nuil auprès du Prophèle qui se frotta les dents ». (Titre IV).
Mais à côté de ces préceptes assez judicieux, quelques-uns ne signifient rien, d'autres sont franchement répugnants. C'est aïnsi qu'il est recommandé de rejeter l’eau aspirée par les narines au cours des ablutions et que les disciples de Mahomet se croyaient sanctifiés en se servant pour leurs ablutions de l’eau qui avait d’abord servi au Prophète et en se frottant le visage et le corps avec les mucosités qu'il rejetait! Les commentateurs renchérissent encore sur tcutes ces choses, s’attachant à ce qu'ils croient être la lettre et non à l'esprit du Livre et enferment le fidèle dans un rituel grotesque et compliqué... trop souvent répugnant. :
Il nous faut arriver aux doctrines des Philosophes de la Chine, de Buddha et de Jésus-Christ pour échapper à cet ensemble de soi-disant purifications. Cakia-Mouni et Jésus ont su séparer le spirituel du temporel dont ils font peu de cas : l'âme seule les préoccupe et ils pensent bien que ce n'est pas une ablution qui la délivrera de ses péchés. Nous voyons cependant Buddha et ses disciples se baigner fréquemment dans les cours d’eau qu'ils rencontrent, mais jamais ces bains ne sont élevés à la hauteur d'une pratique religieuse. Jésus-Christ se fait baptiser dans le Jourdain par Saint-Jean..., mais son exemple ne fut guère suivi, car le Sacrement
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du baptème comporte, pour le chrétiens, le minimum d’ablutions..
La aneton de tout ceci sera donc que si quelques-unes des purifications ordonnées par les Livres Saërés méritent l'approbation des hygiénistes, jamais elles ne l'ont recherchée... pas plus d’ailleurs que celles qui bravent outrageusement les notions de la propreté la plus élémentaire. Là n'a pas été le souci des Inspirés divins qui planaient au-dessus de toute science et avaient des préoccupations plus mystiques que les nôtres.