DÉDUCTIONS THÉRAPEUTIQUES
Cette étude rapide nous à conduit à concevoir dans la genèse de F’asthme deux éléments : vagolonie localisant une cause seconde. La thérapeutique peut done être aiguillée sur deux voies différentes que je suivrai successivement. L'une conduit à supprimer la vagotonie, l'autre à combattre les innombrables éléments capables de déclancher une crise. Il apparaît immédiatement que la première offre un but net el précis, alors que Ha seconde exige parfois une investigation longue et minutieuse, ct souvent aussi l'intervention d’un hasard heuréux.
Je n'ai point dessein de traiter ici, même très brièvement de toutes les médications de l'asthme. L'ablation de polvpes, institution d'un régime, la cure de désintoxication ont leurs indications. Les méthodes anti-colloïdoela siques, visant à désensibiliser lorganisme, qu'elles s'adressent aux vaccinations, aulosérothérapie peptono-
thérapie, seront susceptibles de donner des résultats
NO Peer
d'autant plus brillants que la lumière se fera davantage sur ces phénomènes dont bien des points demeurent encore obscurs. Si les alcalins, comme l'a montré récemment M. Sicard en ce qui concerne les injections d'arsénobenzol sont capables de supprimer le choc
colloïdal, il est permis d'espérer, qu'un jour prochain,
le traitement de l'asthme bénéficiera de l'efficacité d'une
semblable méthode.
Je me propose d'insister seulement sur l'utiité de porter sur le pneumogastrique l'action médicamenteuse. Pour cela, M. Lian s'est adressé à la belladone. Il y a certes bien longtemps que ce médicament fait partie des préparations destinées à combattre Fasthme. « Comme l'opium, écrivait Parrot, la belladone employée pendant les attaques peut les enrayer, mais de plus elle jouit de la propriété, lorsqu'on en fait un usage habituel, d'éloigner les paroxysmes et même d'empêcher les
retours. »
Il est surprenant qu'un tel médicament, dont nous allons voir dans un instant les effets superbes dans le traitement de l'asthme soit aujourd'hui employé, dans cette affection, seulement comme un simple adjuvant des préparations destinées à la combattre. C’est que son action n'a pu être révélée dans l'emploi qu'on en à fait à doses beauconp trop faibles, dans des traitements
insuffisamment prolongés.
La belladone a plusieurs façons d'agir chez les asthmatiques.
D'une part, chez les sujets dont l'hypervagolonie est fonction d'une irritation amenée par les fibres centripètes du pneumogastrique, elle diminue les excitations qui arrivent au moyen bulbaire, en paralysant lextrémiié des filets sensitifs du poumon.
D'autre part, elle inhibe les filets terminaux moteurs du vague d'où cessation du spasme bronchique.- François Franck écrit à ce propos : « à l’aide du bronchiomyographe nous avons pu fixer les conditions de l’activité broncho-motrice du nerf vague, observer à notre tour l’action paralysante de l’atropine sur les terminaisons motrices bronchiques de ce nerf, et reproduire les réactions spasmodiques provoquées dans les bronches par une foule d'irritations nerveuses, surtout de provenance respiratoire « (Cours du Collège de France 1880-1904, sommaire des leçons Doin 1904).
Ainsi la belladone agit à la fois dans le poumon sur les filets initiaux sensitifs du vague et sur ses filets moteurs terminaux. |
À côté de cette action bien connue de l'atropine sur le pneumogastrique il importe de signaler une propriété nouvelle qui lui conféreraient d’après les remarquables {ravaux de M. Kopaczewski ses propriétés vaso dilatatrices. Cet auteur a été récemment amené à considérer les vaso-dilatateurs et parmi eux en particulier Patropine, comme jouissant de propriétés antianaphylactiques. (1) Aussi bien cela permet:il d'entrevoir qu'indépendamment
de son action sur le pneumogastrique l'atropine offre,
(1) W. Kopaezewski, « L'’antianaphylaxie » Annales de Médecine T, VIII n° 4, oct.1920.
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dans l'asthme l'avantage de combiner à celte action l'effet de ses propriétés antianaphylactiques.
Comment faut il done employer le traitement belladoné chez les asthmatiques ?
On pourrait à la rigueur utiliser une injection d'atropine pour arrêter une crise. Dans le traitement de Me Ch... (obs. VID on fit des injections de sulfate d’atropine (un milligr.) qui amenèrent un soulagement net de la crise en cours, mais inférieur, au dire de la malade à celui que provoquait la morphine. D'ailleurs dans cet emploi il faut redouter l'excitation initiale de la X°° paire (ralentissement du pouls, ete.) dans les premières minutes qui suivent l'injection.
L'emploi de fumigations de feuilles de belladone, permettant l'absorption du médicament par la muqueuse bronchique à son indication dans les cerises,
Mais lout ceci ne s'applique qu'au traitement des crises proprement dites, et nous verrons que, de ce point de vue, l’adrénaline jouit d'une action rapide et plus cerlaine,
Ce qu'il faut chercher chez un asthmatique, le but capital qui doit condenser les efforts est d'empêcher le retour de la crise. Or la belladone est pour atteindre ce but le médicament qui s'impose. Je m'associe à M. Lian pour insister sur ce fait que si les résultats vraiment remarquables du traitement par la belladone H'élaient pas ressorlis dans l'emploi qui en avait été fait jusqu'ici chez les asthmatiques, c’est qu’elle n'avait pas
té ulilisée à doses appropriées au but à atteindre. Les
quelques malades. de nos observations qui avaient pris de la belladone, avant de venir consulter, n'avaient reçu qu'un nombre insignifiant de gouttes de teinture, en mélange avec du sirop de codéine par exemple. Or, pour que l’action de latropine se manifeste non seulement sur les terminaisons sensitives, mais encore sur les fibres motrices du vague, il faut donner des doses assez élevées — pas inférieures du moins à un demi milligramme, d'après M. Pouchet.
Dans le reflexe oculo-cardiaque exagéré des asthmatiques, M. Lian a puisé l’idée de donner la belladone à doses un peu fortes, telles que deux, trois, cinq centigrammes de poudre associés à même dose d'extrait, sous la forme des pilules classiques.
Poudre de belladone : ae Re Lalldon aà un centigramme
Les espérances qu'il avait fondées sur ce traitement :v sont en tous points réalisées :; il n’est que d'interroger les malades dont l’histoire vient d'être faite et qui ont été soignés ainsi pour se convaincre de ses remarquables effets : Ra... (obs. 1) après quatre jours de traitement, 3 ou 4 pilules par jour reprend son {ravail après disparilion des crises. Mme Pep... (obs. ID) n’a plus de crises après cinq jours de traitement, dort bien et cet état se maintient lorsqu'elle ne prend plus de pilules. Chez Rog... (obs. X) les crises disparaissent et la gêne respiratoire s’atténue progressivement, Mme Ch... sort de l'hôpital très améliorée après deux mois de traitement
discontinu. Ro... (obs. XX) qui a pris 13 pilules en cinq
jours, puis 3o en huit jours n'a plus de crises, reprend son travail, el plus de trois semaines après cessation du traitement insiste sur ce fait qu'il peut s'exposer aux poussières qu'il ne supportail pas auparavant, etc.
Ces faits sont à rapprocher des excellents résultats obtenus par la même thérapeutique dans les jictus laryngés des bronchitiques que M. Lian à montré relever également de l'état d'hypervagotonie, el qui ont fail l'objet d'une étude de M. Pinart (Thèse de Paris 1920).
Cette médication est d'ailleurs d'une parfaite innocuité si l'on prend soin, par crainte d'une idiosyncrasie possible de ne commencer que par une dose faible pour arriver à la dose nécessaire se rapprochant de l'effet toxique. La sécheresse de la bouche qui n'est qu'un effet physiologique ne doit pas faire suspendre le traitement. Au surplus l'élimination très rapide de l'atropine fait que son accumulation n'est point à craindre et que la cessation du traitement débarrasse en un court délai l'organisme à l'apparition de phénomènes toxiques.
La belladone doit donc tre essayée de parti pris chez les asthmatiques. Elle doit Fêtre non pas tant comme médicament héroïque jugulant une crise violente, que comme médicament de fond, entre les crises. En effet, même employée sous forme d'atropine en injection sous cutanée, elle cède le pas, en ce qui concerne la rapidité d'action, à l'adrénaline.
On sait que l'adrénaline a, sur le sympalhique, unc acbon contraire à celle de l'atropine sur le pneumogas-
rique ; elle excite &« le ‘point de jonction de la fibre
musculaire lisse avec le filet sympathique centrifuge qui lui parvient » (Hallion, revue prat, de biol. juillet. août 1920).
Aussi comprend-on que du point de vue du résultat thérapeutique l'effet de ces deux médicaments soit sensiblement identique. Le pneumogasirique fait contracter les muscles bronchiques, le sympathique les fait se relàcher : Fadrénaline neutralise l'action prépondérante du pueumogastrique en excilant son nerf antagoniste. On associe volontiers comme Font préconisé MM. Bensaude et Hallion l'extrait hypophysaire à l'adrenaline pour combattre l'influence congestive de celle-ci sur le poumon, à doses combinées de {elle façon que le pouvon broncho-constricteur de la rello-pituiline ne diminue pas : l'action broncho-dilatalriee seule recherchée de l'adrenaline. L'influence excilatrice de Fextrait hypophysaire sur les terminaisons du vague est négligeable dans cette association. Au nom de fa seule logique la médication par ladrénaline apparaïlrait un peu dans l'asthme, comme un élégant arbülice, puisqu'elle annihile l'un des deux antagonistes non pas en s'appliquant à le cahner directement, mais en excilant au contraire son adversaire. Ce qui n'empêche du reste que le résultat pratique soit remarquable au début des crises aiguës.
Je cilerai les résultats respectifs. des deux traitements chez Mme H... (obs. XVI), dont la première crise d'asthme survenue au cours d’une excellente santé remonte à 1914. Les crises, d’une extrême violence, plus fréquentes
en hiver qu'en été, calmées passagèrement el incomple-
lement per les opiacés, ou les fumigations classiques, se reproduisaient aussi fortes et aussi fréquentes toutes les nuits, parfois le jour, pendant des semaines avec intervalles plus ou moins longs de repos relatif. Au début de mars l'année lgo fut essayé le traitement adrénalobypophysaire : une injection de un centimètre cube d'à évatmine » Carrion fut faite au cours d’une crise des plus violentes : cetie crise cessa immédiatement. Depuis lors, cette médication a toujours amené en une minute au maximum la cessation de la crise. Elle n'a pas empéché l'arrivée de la crise suivante (celle-ci s'est reproduite une certaine fois lois heures après), mais elle en a en général atténué l'intensité ; après deux mois de traitement discontinu (août et septembre 1920) par ladrenaline, les crises ont été peu violentes, mais ont toujours eu lieu deux fais par jour, malin et soir avec toux la nuit et sommeil très mauvais. —— Le {raitement par la belladone est alors commencé en février : première série de vingt pilules (poudre et exlrait âa un centigr.) à raison de une, deux, trois pilules par jour : dès le début de ce traitement la crise du soir est supprimée, celle du matin devient très légère, la Loux est calmée, le sommeil revient. À ce traitement succèdent huit jours de repos, pendant lesquels l’état continue à être excellent. À aucune période Padrénaline n'avait procuré un semblable résultat.
On peut done conclure, er
dérations pathogéniques enseignées par le reflexe oculocardiaque, sur la clinique, sur les résultats obtenus chez
de nombreux malades, que, si l’adrénaline est un médi-
1 Sappuyant sur les consi-.
cameut extrêmement précieux au cours de Ja crise d'asthme, et pour ainsi dire comme traitement d'urgence, la belladone, préconisée par M. Lian comme traitement de fond, est celui dont on est en droit d'attendre le plus de bienfaits pour amélioration de l'asthme, voire même
pour sa guérison.