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restées étrangères à un l'ait aussi grave, quelle en fut donc la cause?
Conduite, par les idées qu elle professait sur les rapports des hommes avec la Divinité, a réédifier l’ancien système de la divination, l’école philosophique d’Alexandrie parvint à accréditer une foi aveugle dans les vaines pratiques, non de la théurgie, mais delà goétie, c’est-à-dire de cette divination secrète, illégale, dangereuse, que les païens rigides avaient toujours détestée. La doctrine de Jamblique s’était, du temps de Constantin, propagée, secrètement il est vrai, dans tout l’empire romain (1). Sous Constance, îidèse continua l’œuvre du maître, quoique les temps fussent devenus moins favorables. Maxime d’Ephèse et Chrysanthe, associés à l’empire, s’il est permis de s’exprimer ainsi, par Julien l’Apostat, donnèrent une vogue inconcevable aux croyances et aux pratiques divinatoires, et, à l’époque où Valens parvint au trône, la société païenne se trouvait livrée à un esprit de superstition qui donnait naissance à des actes tellement criminels que, si le souvenir n’en avait pas été conservé par un historien païen, il serait raisonnable de les révoquer en doute. Cette folie ne se concentrait pas dans l’intérieur des familles; elle pénétra dans le sein de la cour impériale, où des insensés ne craignaient pas de consulter le destin sur le sort réservé à l’empereur, cherchaient à hâter l’instant de sa mort au moyen de maléfices, ou, ce qui était un peu plus dangereux pour lui, par des complots tramés au milieu de cérémonies mystérieuses et de sacrifices nocturnes. La magie était devenue une source de corruption morale et de désordres politiques. Si Valence et Valentinien se fussent bornés à opposer à ce mal des lois rigoureuses, on ne pourrait que les approuver; mais la poursuite contre les devins et les magiciens fut suscitée par des hommes ambitieux qui, après avoir eux-mêmes pratiqué la sorcellerie sous les règnes précédents, cherchaient, par de continuelles dénonciations, non pas à venger la morale publique, mais à se rendre redoutables en perdant leurs ennemis et en répandant la terreur dans tous les rangs de la société. L’histoire mentionne les crimes commis en cette circonstance par Maximin, vicaire de Rome, puis préfet du prétoire des Gaules, et par Simplicius el Doryphorianus, ses ministres (2). Aucune
(d) Brucker, t. II , p. 269.
(2) Amm. Marcell., I. XXIX, c. 1—3.
classe de citoyens, sans même en excepter l’ordre sénatorial, 11e put se garantir contre les fureurs de cet homme sanguinaire, qui était, comme les autres instigateurs de la persécution, indifférent à l’une et h l’autre des deux religions; mais sa vengeance se dirigea particulièrement contre les philosophes, auxquels on pouvait, a juste titre, reprocher le délire de superstition auquel les Romains s’abandonnaient à cette époque. Maxime d’Ephèse fut arrêté en l’année 374 , conduit à Antioche pour v être interrogé, puis renvoyé à Ephèse, où Festus n’attendit même pas qu’il fût rétabli d’une cruelle maladie pour lui faire trancher la tête. Le coup qui le frappa retentit profondément dans le cœur de tous les païens d’Asie. Simonide fut condamné au feu; Hilaire, Patrice, Andronique, Cœranius périrent misérablement; Jamblique d’Apamée s’empoisonna; Oribaze se réfugia chez les Barbares (1). Libanius ne pouvait échapper aux poursuites quand tous ses amis étaient condamnés, détenus, exilés ou en fuite : non qu’il fît profession de magie ou qu’il eût pris la moindre part à la conspiration de Théodore, prétexte de toutes ces violences, mais il était partisan reconnu de la divination, et il passait, si nous en croyons Cédrène , pour avoir inventé, conjointement avec Jamblique d’Apamée, un genre particulier de sorcellerie; ajoutons qu’il avait joui sous Julien d’une grande faveur, que ses ennemis étaient puissants à Antioche : c’était plus qu’il n’en fallait pour que les dénonciateurs se llattassent de le perdre sans beaucoup de peine. On voulut l’impliquer dans la conjuration. Valens même interrogea Irenée pour savoir si Libanius n’était pas son complice, et, sur la réponse négative de l’accusé, il en témoigna sa surprise (2) ou plutôt ses regrets ; car Libanius le compare à un chasseur qui se plaint chaque fois que sa proie lui échappe (3). Libanius, lorsqu’il repassait dans sa mémoire les circonstances de sa vie, s’étonnait de n’avoir pas succombé h un aussi grand péril, et que ses ennemis n’eussent pu réussir à trouver dans sa volumineuse correspondance un seul mot qui le compromît. Mais à qui rend -il grâce de cette étrange faveur? à la divination elle-même, qui lui avait appris de longue date ce qu’il fallait
(1) Eunape, p. 104.
(2) T. Il , p. 56. M.
(3) Id., p. 57.
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faire et ce qu’il fallait éviter. Enfin, comme il le dit (I), cet incendie se calma, et, quoique la république fût gouvernée par des gens qui regardaient les hommes revêtus du pallium comme des imposteurs, et plaçaient les dieux meme au nombre des bagatelles (2), il put enfin respirer librement et reparaître au Forum (3).
L’échec subi par l’ancienne religion n’était pas de ceux que l’on répare; la divination légale resta confondue avec la divination secrète, et, si les païens ne devinrent pas moins superstitieux, moins esclaves des pronostics, moins confiants en la puissance de la magie, le souvenir des persécutions exercées contre eux sous le règne de Yalens resta gravé dans leur mémoire comme une perpétuelle et effrayante menace.
J’ai dit qu’à cette époque les païens jouissaient, pour l’exercice de leur culte, d’une entière liberté. Ce fait est constaté non par le simple témoignage des historiens ecclésiastiques, mais par les reproches très-vifs qu’ils adressent à la mémoire de Yalens (4). Libanius (5), au contraire, affirme que ce prince interdit les immolations de victimes, en laissant toutefois subsister les autres cérémonies publiques. 1! est impossible de concilier un acte de celle gravité avec les plaintes si vives et si uniforformes des chrétiens. Un historien denos jours, en signalant cette difficulté, s’arrête à l’opinion que, si une loi fut rendue à cet effet, elle ne portait pas au moins de sanction pénale, et que, dès lors étant promptement tombée dans l’oubli, elle resta inconnue aux historiens ecclésiastiques (6). Quand on entend l’un d’eux, et certainement ie mieux instruit de tous, Théodoret, déclarer positivement que, depuis le règne de Constantin jusqu’à celui de Théodose, les païens possédèrent une aussi grande liberté religieuse que dans les temps antérieurs (7), on peut repousser 1 idée qu’un acte très-digne d’attention, puisqu’il aurait changé l'état légal des partisans de l’ancien culte, dans tout l’empire romain, soit demeuré inaperçu. Il est plus naturel de penser
(2) Ep. 713 , p. 342. W.
(3) Ep. 716, p. 343.
(4) Théodoret, I. V , c. 21.
(5) T. II, p. 163. R.
(6) Stutrken, loc. cil., p. 24,
que, pendant la persécution contre les devins ou plus lard, Valens rendit une de ces lois contre les sacrifices nocturnes et la magie, qui, dans l’application, semblait souvent aux païens l’équivalent d’une loi prohibitive des sacrifices, mais qui commandait seulement la répression d’un abus condamné par les empereurs païens eux-mêmes. Cette opinion, adoptée par Tillemont ( 1 ), est préférable à toute autre.
Gratien porta peu de temps le titre d’empereur d'Orient. Libanius lui accorde des éloges, et dit que la ville d’Antioche faisait des vœux en sa faveur(2). En conférant aux professeurs de belleslettres, sans acception de religion, des privilèges très-étendus (3), ce prince mérita bien de l’ordre des sophistes. Toutefois Libanius dut regretter ses louanges quand, plus tard, il vit l’élève de saint Ambroise repousser avec dédain la robe pontificale, et ravir leurs revenus et leurs propriétés aux pontifes de l’Occident. Gratien se dépouilla de l’empire d'Orient en faveur d’un prince qui devait compléter l’œuvre de Constantin , et faire évanouir les dernières espérances que les sophistes, et Libanius plus que tout autre, s’obstinaient h conserver. Nous voici arrivés aux jours de disgrâce, pour me servir de ses propres expressions (4).
A la mort de Valens, un empereur, ne fùt-il accessible qu’aux seuls conseils de son propre intérêt., devait, sans balancer, porter toute son autorité du côté des chrétiens-, là se trouvaient la vie, la force, l’avenir de la société romaine et du monde. Mais, on le sait, Théodose était un chrétien plein de ferveur et de foi, et il monta sur le trône avec l’intention bien décidée d’en finir avec toutes les illusions du parti païen.
Dans les premières années de son règne, il toléra cependant l’exercice du culte national, et les cérémonies sacrées eurent lieu dans les deux empires comme par le passé. Ce fait est reconnu par les historiens païens.
En 381 (5), il interdit les sacrifices réprouvés.
Quatre ans après, il adresse à Cynégius, préfet du prétoire, un rescrit qui renouvelle la défense de chercher dans les en-
(1) Hist. des emp. , t. V. p. 131.
(2) Ep. 891 , p. l*\ 7. W.
(3) Cod. Theod., t. XII, I. 3. I. 12. (à) T. II, p. 66. M.
(5) Cod. Th. , 1. 16, t. X, 1. 7.
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h ailles îles victimes la connaissance des choses futures (1),
Ces deux lois n’avaient rien que de conforme aux anciens usages de la république, et, comme on l’a remarqué très-justement (2), Théodose en les publiant faisait acte d’empereur, et non pas de chrétien.
Pendant les cinq premières années de son règne, les païens n’eurent donc aucun motif légitime de se plaindre. Libanius reprit ses fonctions de rhéteur, que les variations de sa fortune, sous Julien et sous Valons, l’avaient forcé de négliger : non que dans ces temps d’ épreuve sa voix exerçât moins d’empire et que son école fût déserte; mais alors l’esprit du maître et celui des élèves étaient préoccupés par des pensées politiques qui laissaient peu de place à l’étude de l’éloquence. La mort de Maxime d’Ephèse l'appela au triste honneur de partager, avec Thémistius, le rôle de chef des païens d’Orient, et il le remplit avec une persévérance digne d’une cause meilleure.
Comme personnage politique, il rendait de notables services, sinon à sa religion, qui, à vrai dire, n’existait plus, au moins à ceux qui croyaient avec lui qu’elle existait encore. Il savait fléchir le courroux ou calmer le zèle des magistrats chrétiens, maintenir les indifférents dans l’inaction et affermir dans leurs dispositions les vrais amis des idoles; cependant , en sa qualité de rhéteur, d’instituteur delà jeunesse, il opposait des obstacles plus sérieux aux progrès des idées chrétiennes. Pour comprendre l’étendue de l’influence que Libanius exerçait sur toutes les classes de la société, nous devons nous le représenter au sein de son école, entouré d’une foule d’auditeurs, parmi lesquels on remarquait jusqu’à des soldats, des marchands, des ouvriers et des femmes (3).
Les rhéteurs savaient placer leurs élèves dans une sphère d'idées tellement éloignée du Christianisme que, pour secouer le joug de ce funeste enseignement et venir à la vérité, il fallait faire un effort, violent dont quelques hommes furent capables, mais qui était au-dessus des forces du plus grand nombre. Des jeunes gens qui passaient leurs plus belles années à étudier sérieusement et à applaudir avec enthousiasme les lieux communs de la mythologie grecque finissaient par se
(1) Cod. Theod., I. 9.
(2) Stuffken , p. 27.
(3) T. II, p. 310. M. — Ep. 1596 , p. 726. W.