F. T LES S0PU1ST ES
rendre insensibles aux profondes et sublimes pensées dont vivait le Christianisme. Si l’on demande comment il put se faire que , dans un siècle ou de telles idées agitaient tant de puissants génies . un orateur conquit de la renommée en faisant l’éloge de Diane ou d’Hercule, en décrivant la Chimère, en racontant le siège de Troie . ou en traitant une foule d’autres sujets aussi frivoles, je dirai que ce sophiste s’adressait a des hommes qui restaient renfermés soigneusement dans un cercle d’erreurs mille fois vaincues , et pour lesquels tout ce qui s’était passé dans le monde depuis trois siècles n’était qu’une tourmente passagère, dont on ne devait en aucune façon s’émouvoir : esprits obstinés et sans force, qui certes avaient des yeux et ne voyaient pas. des oreilles et ne pouvaient entendre; car la vérité les cernait et les pressait de toutes parts. Dans ses discours, Libanius, pour se mettre en parfaite communauté de sentiments avec ses auditeurs, ne suppose même pas que les traditions mythologiques soient en péril, que les docteurs chrétiens en fassent le sujet habituel de leurs dédains et de leurs moqueries; et son amour pour ces futilités semble si vrai, si sincère, qu’on a continuellement besoin de se rappeler qu’il vivait au IVe siècle, a une époque où la parole de Dieu retentissait comme une trompette éclatante d’un bout à l’autre de l’empire.
Chez les anciens, les idées circulaient par la communication directe que les hommes éclairés établissaient entre eux ; mode de transmission moins prompt, moins puissant sans doute que celui dont les peuples modernes font usage, mais qui avait le mérite d'unir intimement les uns avec les autres les hommes qui partageaient la même opinion ou avaient le même intérêt. Ces jeunes gens, qui accouraient aussi bien de Rome que de l’Arménie pour recevoir a Antioche les leçons et les conseils de Libanius, quand ils se voyaient réunis autour du maître, sentaient la confiance renaître dans leurs cœurs. Des passions semblables s'échauffaient, s’exaltaient en se rapprochant ; et cette jeunesse, venue à Antioche pour y puiser des principes d’éloquence et de goût, se dispersait ensuite dans l'Asie, propageant l’erreur dont elle avait sucé le venin avec tant d’irréflexion. Libanius se garde d’abandonner à eux-mêmes ces missionnaires des faux dieux: jamais il ne les perd de vue. 11 les recommande aux magistrats. s'informe avec intérêt de leurs succès et de leur fortune ; il pleure avec eux. se réjouit avec eux. les instruit des