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usages, des mœurs, des lois des pays où ils vont s’établir. Il les dirige, par d’habiles conseils, dans les fonctions qu’ils remplissent, et nous l’entendons continuellement adresser en leur faveur les plus ferventes prières à Mercure. Pour avoir droit à sa protection, il suffit d’être attaché à l’un d’eux par les liens du sang, ou même de se présenter devant lui en son nom. «Je «veille, dit-il, sur tous ceux qui fréquentent mon école, con- « vaincu que, par là, je sers Mercure et Ses Muses (l). »
L’espèce de magistrature dévolue à Libanius s’étendait au delà du cercle de ses élèves. Dans ses rapports avec l’ordre entier des rhéteurs, il ressemble moins à un chef d’école qu’à un directeur suprême , chargé de défendre une corporation puissante et de faire régner l’union dans ses rangs. Nous possédons un nombre considérable de lettres dans lesquelles on le voit occupé à maintenir la paix parmi les sophistes , à leur faire payer exactement l’annone par les villes, à leur fournir les moyens d’échapper aux filets de la curie (2). Avec quelle chaleur il écrit pour eux au sénat d’Antioche (3) ! Quels éloges il décerne à celui d’Ancyre, illustre par la protection dont il entourait les lettres (4) ! Et quand il s’agit des intérêts de ses amis, comme il oublie vite son principe : « que les rhéteurs sont ri- « elles en paroles quand ils sont pauvres en argent (5) ! »
Un rhéteur de ses amis embrassait-il le Christianisme: il ne lui retirait pas son affection ; mais, tout en déplorant sa faute, il faisait des vœux pour que le nouveau chrétien montrât par son éloquence qu’il avait été autrefois rhéteur et disciple de Libanius. Les liens qui runissaient à ses élèves étaient donc indissolubles, puisqu’ils résistaient à un acte qui, d’ordinaire, créait une barrière insurmontable entre les parents et les amis.
Optimus est nommé évêque d’Antioche ; Libanius lui écrit en ces termes (6) : «Pourquoi attaquer et affliger un homme qui « ne t’a jamais offensé. Tu es ce très-doux Optimus que je « voyais avec plaisir nous apporter des discours écrits ou non
(1) Ep. 802, p. 379. W.
(2) C'est-à-dire de se dérober aux obligations qui pesaient sur les membres des curies ou sénats provinciaux.
(3) Ep. 789, p. 374. Ep. 82/J, p. 388. W.
(4) Ep. 1079, p. 514. W.
(5) Ep. 372 , p. 184. W .
(fi) Ep. 1227 , p. 582. W.
« écrits. Tu es celui qui a conservé le langage des Grecs dans « toute sa pureté et qui prononçait des discours où moi-même «j’étais loué. J’ai appris ce qui ensuite est arrivé: la ville t'a « élevé à la dignité d’évêque, et tu n’as pu éviter cet honneur « ni par tes larmes, ni par tes plaintes. Je me réjouis en pen- « sant que tu as maintenant une occasion de prouver ici ton élo- « querice. Fais en sorte que le peuple t’admire , et montre que « tu es rhéteur. »
«Je l’avoue, » écrit-il a Amphiloque, nommé évêque d’icône (l), «j’ai été affligé, et beaucoup, en apprenant que ton « opinion avait changé et que tu ne parlais plus.... Quand j’en- « tendais dire que tu étais aux champs et que ce beau et abon- « dant fleuve d’éloquence avait cessé de couler, je faisais ce « qu’ont coutume de faire ceux qui croient avoir éprouvé un « dommage; mais lorsque j’ai su qu’un rapt honnête avait été « commis et que tu étais placé sur le trône, je me suis réjoui de « voir qu’une occasion t’était fournie de déployer ton éloquence. «J’approuve donc les ravisseurs, et j’espère recevoir encore des « fruits de ton esprit. J’entends dire qu’en parlant tu fais tres- « saillir le peuple, et qu’il a pour toi beaucoup d’admiration, « qu’il t’applaudit : je n’en doute pas. Sois maintenant ce que tu « étais quand tu te faisais applaudir même par les vieillards. »
Après avoir lu ces deux lettres, on se demande s’il existait bien réellement du fanatisme ou seulement une conviction profonde au fond du cœur de ce chef de parti. Libanius passait, et ajuste titre, pour un des plus chauds partisans des idoles, et cependant le naturel du rhéteur domine tellement en lui qu’il félicite deux de ses élèves d’avoir trouvé , en se faisant chrétiens et en parvenant à l’épiscopat, un théâtre plus vaste et un auditoire plus nombreux.
On ne finirait pas si l’on voulait relever les contradictions qui se rencontrent dans ses écrits : tous les prédécesseurs chrétiens deThéodosevsont,parexemple, loués et déchirés avecuneégale ardeur. Ses opinions religieuses, n’ayant pour principe que des préventions, le faisaient continuellement varier dans sa manière d’apprécier les hommes et les choses, et il est facile de reconnaître que, dansle fond, il haïssait plus les chrétiens que le Christianisme. Au surplus, rien n’indique qu'il ait jamais étudié les