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qu oiiaeu tort de prendre, à notre sens, pour des reviremenls ; selon Theure, les aspirations personnelles du poète on les affinités électives de Tobservateur Tout emporté, puis tout s'est harmonieusement fondu ensemble; et,au fond, il n'est pas exact de dire qu'il ajeté de côté le scalpel : il Ta transformé en une plume d'or. Quand son choix a été résolu, quand le premier feu a été essuyé, après les premiers épancberaents trop longtemps c^ontenus, sa voie déûnitive s'est tout naturellement trouvée ; il a étudié le génie humain comme il avait étudié notre organisme physique. D'abord les points obscurs l'ont frappé, parce qu'il était Ji la poursuite de l'idéal dans le réel ; l'expérience venant, et avecelle la patience et la clairvoyance, il a peu à peu tempéré ses jugements, on plutôt il les a rendus plus équitables en les rendant plus profonds, se faisant déplus en plus une loi de placer chaque figure dans son milieu et sous son vrai Jour; et grâce à cette méthode trop peu comprise des lecteurs superficiels, il en est venu à présenter le rare exemple d'un talent que 1 âge, aujourd'hui encore, ne fait que fortifier et rendre plus fécond, et qui, nous osons le dire, est à peine arrivé à son apogée. Bl. Sainte-Beuve n'a pas à regretter d'avoir failli devenir médecin, pas plus que de s'être enrôlé, fût-ce sous l'empire d'une de ces Illusions dont il est permis d'être fier, parmi les apôtres du romantisme. £t si, dans son Panthéon, il y a eu place pour tous les dieux, que ses confrères sur qui
récleetisme n'a pas déteint lai Jettent la première pierre.
Dès l'année i 824, à l'automne, s'était fondé à Paris un nouveau journal, le Globe^ dirigé par d'anciens et encore très-Jeunes professeurs de l'Université, que le triomphe du parti religieux avait éloignés de l'enseignement (*)- Le rédacteur en chef, Pierre Dubois, avait été professeur de rhétorique de M.
Sainte-Beuve. Le Jeune étudiant en médecine s'enhardit à lui soumettre un premier essai de style : TArlstarque fut satisfait, et, quand l'article eut paru, le public ne le fut pas moins. Le débutant avait choisi un sujet alors tout d'actualité, la géographie de la Grèce. Â ces préludes succédèrent (1824-1827) quelques articles liltéraires, portant en général sur des ouvrages historiqnes, sur des Mémoires relatifs à laBévolution française, sur des ouvrages aussi de poésie et de purelittérature(*). Attaché définitivement à la rédaction du Globe, M. Sainte-Beuve envoya sa démission au directeur de Saint-Louis. L'Académie française venait de proposer, pour sujet de prix, le Tableau littéraire du XVI* siècle. Sur le conseil de Daunou, l'ancien conventionnel et l'illustre érudit('), M. Sainte-Beuve se mit à l'étude ; mais bientôt, se trouvant «1 l'étroit dans le cadre d une simple notice et se laissant entraîner par ses prédilections, il renonça à concourir et concentra toute son attention sur le côté purement poétique du Tableau. Cela le conduisit à insérer dans le Globe, en i827, une sé-
( * ) Le fondateur et ri^acteur en chef du Giobe, M. Pierre Dubois, avait été destitué en 4823 pour ses opinions politiques. Le but avoué du nouveau journal était de donner toutes les libertés comme conséquences k la liberté politique, et de faire rayonner les principes de 1789 dans la sphère de l'art, de la philosophie, de la religion. M. Pierre Leroux prit la direction du matériel de l'entreprise ; les philosophes Joutîroy et Damiron, MM. Duchàtel, Vitet, Ch. Magnio, Patin, de Rémusat et Dnvergier de Hauranne furent, avec H. Sainte-Beuve, les principaux rédacteurs de cette publication remarquable, dont le succès toujours croissant ne fut pas moins dû à l'unité d'esprit qui animait tous les collaborateur:*, qu'à leur verve soutenue
et au mérite de leur style. • Quels hommes que ces messieurs du Olobe ! • disait Goethe à Eckermann. « Comme ils deviennent de jour en jour plus grands, et leur œuvre pins importante ! Ils sont tous pénétrés du même esprit à un point incroyable. En Allemagne, une pareille feuille serait impossible. » El il ajoutait : « Je regarde ce journal coanoe le plus intéressant de noire époque, et je ne saurais m'en passer » (Eckermaan , Ge^ sprœche mit Goethe, &p.liemo%eoi, Hiat. de la litt. française, p. 6i8}.
(*) Ces articles n'ont point encore été recuetUis.
(') Damiron était de Boulogne-sur-Mer (v. Mignet, Notices historiques, t. I).
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rie d'articles qui furent recueillis l'année suivante sous ce titre : Tableau historique et critique de la Poésie française et du Théâtre français au XVI* siècle (Paris, in-S*). L'ouvrage avait deux volumes ; mais le second contenait simplement les OEuvres choisies de Pierre de Ronsard^ avec notices, notes et cam-mentaires. Cette réhabilitation de Ronsard et en général de la poésie du XVi' siècle excita, dans le temps, une vive polémique, et classa d'emblée M. Sainte- Beuve parmi les novateurs.
Le drapeau qu'il venait d'arborer comme critique, il ne tarda pas à l'arborer aussi comme poète. Un article publié dans le Globe, le 2 jan. i827 (*), le mit immédiatement en relation avec M. Victor Hugo. Cette relation devint bientôt une intimité. Elle dura plusieurs années et hâta le développement poétique de M. Sainte-Beuve , ou même y donna jour. En 1829, il publiait, sans y mettre son nom, le petit volume in-16'' intitulé : Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme. Ce Joseph Delorme, sans être lui tout ^ fait quant aux circonstances biographiques, était assez fidèlement son image au moral. « S'il m'avait été donné d'organiser ma vie à mon plaisir , disait cet autre lui-même , j'aurais voulu qu'elle pût avoir pour devise : Vart dans la rêverie et la rêverie dnns Vartn, L'ouvrage se résumait, quant au fond, en une suite d'épanchements tout personnels ; quant à la forme, les Pensées contenaient, comme la préface de Cromwell, les articles de fol de la nouvelle pléiade, en fait de poétique. La bataille s'engageait sur toute la ligne; la jeune école se voyait mise en demeure de joindre résolument
l'exemple au précepte. M. Sainte-Beuve fit paraître, en mars 1850, un deuxième recueil : Les Consolaiicîis^ûoni le succès fut moins contesté que celui de Joseph Delorme (•). L'auteur y parUlt également de certains sujets de la vie privée, qu'il s'attachait à rendre avec relief et franchise. Un Incident domestique, une conversation, une promenade, une lecture, un rien lui suffisait : l'exquise délicatesse de l'analyse donnait non-seulement aux tableaux et aux pensées un cachet de vérité tout à fait saisissant, mais poétisait et spiritualisait en quelque sorte la réalité la plus vulgaire. Â cet égard, M. Sainte-Beuve pouvait dire nettement dans sa préface : « Ce livre serait (en supposant le but atteint), par rapport au précédent, ce qu'est dans une spirale le cercle supérieur au cercle qui est au-dessous ; il y aurait eu chez moi progrès poétique dans la même mesure qu'il y a eu progrès moral. »
C'est encore à l'expression de sentiments personnels que sont principalement consacrées les Pensées d'août (*), publiées en 1837, et réunies en 1840, avec les deux premiers recueils, en un volume in-12<» (*). G. Planche y trouve rinspiration de l'auteur trop voilée ; en revanche, il ne peut s'empêcher d'admirer la simplicitédesmoyensemployés par M. Sainte-Beuve pour produire une émotion profonde. « Dans la Pensée d'août, dit-il, dans Monsieur Jean, dans la pièce à madame de T., M. Sainte- Beuve ne parait pas s'élever au-dessus du procès verbal, il nomme les choses et les hommes par leur nom ; il énumèrc les événements comme aurait pu le faire un greffier. 11 a l'air de transcrire les faits plutôt que de les raconter. Mais
( ' ) Eekennann dous apprend que cet article fut remarqué de Goethe.
(*) Le ConitUuiionnel, cntr*autre8, avait vivement attaqué les théories esthétiques de l'auteur dans unfaetum intitulé : Im conver- Mton dun romantique, manuscrit de Jacquet Delorme , frère de Jo$eph , par M. Jay, a anssi paru séparément.
(*) « Le titre général de ce volume est tiré de la première pièce, comme c'était la coutome dans plusieurs des recueils poétiqoes des anciens » (Préface).
( *) Plusieurs éditions des Poésies corn»
plètes de M, Sainu-Beuve ont paru postérieurement ; la meilleure, au point de vue du complet, a été donnée par M. Michel Lévy en i863 (3 vol. in-iS). — On lit dans la prérace de l'édition de 1840 : « En publiant ces poésies complètes et en les donnant comme un dernier mot, je ne prétends pas renoncer ft la poésie sans doute; mais je compte désormais la contenir déplus en plus et, pour ainsi dire, la réduire en moi au strict nécessaire du cœur. — Je dirai donc adieu à la Muse, en ia congédiant plus qu'à demi... >
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Part du narrateur, quoique caché, n*en est pas moins sûr. Le récit va si lentement et affiche si peu de prétentions , que le lecteur le suit avec une entière confiance. Peu à peu cependant les ligures se dessinent, le paysage s'éclaire, les plans s'ordonnent,, et la sympathie est acquise à fauteur. Il n*est pas facile de découvrir comment il s'y est pris pour intéresser ; mais il intéresse, et, selon nous, c'est le point important.
Tous les détails vivants ou inanimés sont empreints d'une telle vérité, chaque chose est si bien à sa place, que l'incrédulité ou ledoute sont impossil)les.Nous ajoutons foi aux paroles du poète, précisément parce qu'il n*a pas l'air de vouloir nous dominer. Il parle simplement, et nous l'écoutons, de sentiments vrais, et nous sympathisons avec lui.
Les pensées qu'il exprime naissent du sujet , semblent ne pouvoir s'en détacher, et nous acceptons ses pensées comme nôtres (M.»-— Le mêmecrili(|uc porte sur les Pensées d'août un autre jugement que nous croyons devoir reproduire ici, parce qu'il nous paraît applicable aux œuvres poétiques de M.
Sainte- neuve en général. «Quoique les pièces du volume nouveau soient nombreuses et ne paraissent pas , nu premier aspect, disposées dans un ordre logique, cependant une lecture alleniive réussit à saisir le lien qui unit entre elles les impressions successives racontées et analysées par le poète. Les sonnets, sous une forme plus brève et plus laborieuse, expriment les mêmes sentiments que les récits de longue haleine, et appartiennent, comme toutes les pages du recueil, à une maturité d'intelligence et de cœur qui participe ù la fois de la confiance et du désabusement. Ainsi le titre du nouveau volume n'a rien d'arbitraire ni de capricieux ; car il traduit, avec précision, la nature des pensées et des sentiments que le poète a connus et célébrés. Il est inutile d'Insister sur la conciliation de la confiance
et du désabusement : tout le monde comprendra, sans peine, que la perle des illusions qui ont égaré les premières années de la vie, loin de contrarier la sérénité de la pensée, mène â l'espérance par la sagacité, et rend Tavenir d'autant plus facile que l'âme, en se familiarisant avec la réalité, arrive à contenir son ambition dans de Justes limites (*) ».
Voilà pour le côté Intérieur, subjectif (s'il est permis d'employer ici ce vilain mot), de M. Sainte-Beuve. En regard se présente la longue série de ses éludes critiques, remarquables tout d'abord parla nouveauté du point de vue où s'est placé Tauteur. M. Sainte-Beuve avait été novateur en poésie, plus encore par le choix de ses sujets que par le style qu'il s'était créé, et qui était ici véritablement Vhomme mème^ Sur le terrain de la critique, on peut dire qu'il a inauguré un genre et une méthode (*). Ce n'est toutefoisquegraduellementqu'ila trouvé le secret des procédés qui lui assignent une place à part dans la littérature contemporaine. Dès le mois d'avril 18i9, il inséra dans la Revue de Paris, fondée par le docteur Véron, des articles plus étendus que ceux qu'il pouvait donner dans le Globe, des articles sur Boileau, La Fontaine, Racine, J.-B. Rousseau, Mathurin Regnieret André Chénier. Son attitude dominante y était polémique plutôt que littéraire à proprement parler; il y plaidait surtout, a-t-on dit, la cause du cénacle; d'ailleurs les idées saines et justes y éclataient à chaque page, et la dissection y était pratiquée avec une merveilleuse légèreté de main.
A un moment donné, sans rien perdre de ses qualités distinctives , son talent subit une transformation notable : entre le critique de la Restauration et l'auteur des Portraits littéraires, le contraste est aussi frappant qu'entre les deux régimes politiques séparés l'un de l'autre par la Révolution de juillet (*).
Les événements de 4850,à toutpren-
I • ) Féîuden lUtirairex, Paris, Michel Ld vv, 4855,10-12, p. 240-2 H.
(•) ffrirf., p. 229.
{') Nous renvoyons le lecteur à Tappréciation des œuvres cHliques de M. Sainte-
Beuve, récemment publiée dans le Grand dictionnaire universel dn X(X^ siècle (de P. Lat^usse), art. Causeries dn lundi, t. III, p. 627.
( * ) ffnbemus confitentem reum. « Au Glo^
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dre, ne pouvaient manquer d'apporter quelque trouble dans les travaux littéraires et dans les préoccupatioufi des poêles romantiques de cette époque. Ce fut pour M. Sainte-Beuve une période de transition. Pendant les premiers mois qui suivirent la Révolution, il collabora plus activementau Globe pardesartides non signés (*)\ Tannée suivante, il se rattacha même au journal Le National, dirigé par Armand Carrel. liais ses excui'sionsdanslapolitiquefurent courtes, et il se tint ou revint le plus possible dans sa ligne littéraire. La Revue des deux Mondes^ dirigée par M. Buloz dès 1851, lui fournit un cadre en rapport avec le développement de ses études.
Il y débuta par un article sur (Georges Farcy, jeune professeur de philosophie "tué pendant les journées de juillet. Ces articles critiques de M. Sainte- Beuve, tant ceux de la Revue de Paris que de la Revue des deux Mondes, furent recueillis en cinq volumes in-S"" qui parurent successivement de 183i à 1859, sous le titre de Critiques et Portraits littéraires. Depuis, continuellement accrus et augmentés, disposés aussi dans un autre ordre, ils ont revu le jour dans le format in-12, sous les titres de Portraits de femmes, — Portraits littéraires, — Portraits contemporains,— Derniers Portraits. Celle collei^tion qui, prise dans son ensemble, ne forme pas moins de sept volumes, a été bien des fois réimprimé^;, avec de légères variantes, depuis 1844 jusqu*à ces dernières années.
La transformation signalée tout à l'heure s*accuse rien quedans le choix du litre : Portraits. M . S*«-Beuve adopte dès lors, sans peut-être encore avoir pleinement conscience de la portée de son
innovation, la méthode dont M. Taine donnera plus tard la formule philosophique, tout en la pratiquant à son tour dans des conditions spéciales. Il ne s'agit plus seulement do juger des livres, mais de pénétrer dans le secret de leur composition : c'est un procédé génétique pour ainsi dire. Pour bien connaître et pour bien comprendre un ouvrage, évoquez Tauteur lui-même ; vivez dans son intimité, voyez-le vivre et agir, ou plutôt vivez vous-même en lui, devenez en un mot son incarnation.
Quel nouveau jour éclaire alors la critique, comme elle s'empare à son tour de vous, c{»mme elle éveille vos facultés d'intuition ! Dans les Par^rai/«, l'analyse des menus détails l'emporte encore sur la synthèse ; mais la synthèse y est en germe. M. Sainte-Beuve en est encx)re à s'orienter ; mais patience ! il est bien eflectivement dans le chemin où il veut être; il ne faudra qu'une circonstance pour qu'il s'en aperçoive, et alors, une fois pour toutes, il ira en avant d'un pas plus résolu.
Nous ne mentionnons qu'en passant le roman intitulé Volupté, publié en 1854 (â vol. in-8o), et par conséquent antérieur aux Penséesd'août. C'est une étude attachante de pathologie du cœur humain , à la fois hardie et délicate ; c'est le poème de la lutte douloureuse de la chair et de l'esprit, peu chargé d'épisodes, mais d'une sentimentalité morbide et d'un raffinement de nuances qui paraîtraient en dehors de la réalité, si l'auteur ne nous assurait lui-même (*) que M*"* de Canaén n'était pas une invention, et si les Lettres d'Eugénie de Gnérin n'avaient pas révélé, depuis, l'existence de natures d'élite de la même famille ('). Volupté, à l'heure qu'il est, a eu cinq
d'abord, et ensuite à la Bévue de Pari$, sous la Restauration, jeune et dëbatant, je fis de la critique polémique, volontiers agressive, ealreprenanle du moins, de la critique d'invasion.— Sous le règne de Louis-PbUippe, pendant les dix-huit années de ce régime d'une littéral uro sans initiative et plus paisible qu'animée, j'ai Tait, principalement à la Revue des deux Mondes, de la critiqun plus neutre, plus impartiale, mais surtout analytique, descriptive eX curieuse. Celle critique avait pourtant, comme telle, un défaut ;
cUe ne concluait pas.. » [Causeries du lundis préface).
(M Sa collaboration au Globe se ralentit dans ia ^uite, lorsque cette feuille fut devenue l'organe spécial du Saint-Simonisme (France linéraite, l. VIII, p. 886).
(*) Port-Royal, éd. de 4867, t. I, p. 580, note.
('] Balzac, sous l'impression d'un arliclo ^blié par M. Sainte-Beuve dans la Revue des deux Mondes à propos de la Recherche de l'absolu t jura de se venger et de refaire
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éditions, toutes réelles, chacune des quatre dernières formant un vol. in-*i2**. Dans Tautomne de 4857, M. Sainte- Beuve voyageant en Suisse, fut invité à donner un cours d'une année, comme professeur extraordinaire à FÂcadémie deLausanne,sur lesujet de Port-Royal, dont il s'occupait depuis quelques années déjà. Il fit ce cours en 81 leçons, dans Tannée scolaire 4857-1838 ('), et il bâtît ainsi Touvrage qui parut successivement en cinq volumes in-8^, depuis 4840 jusqu'en 4859. L'intervalle qu'il y eut entre la public^ition de plusieurs des volumes s'explique par les travaux ou les événements qui traversèrent la vie littéraire de l'auteur. Port- Royal est parvenu à sa troisième édition; la dernière, publiée en 4867 (6 vol. in-!2®), est très-augmentée, et nécessaire pour qui veut connaître non seulement le glorieux cloître , mais beaucoup de circonstances de la vie morale et littéraire de M. Sainte-Beuve. Sous ce dernier rapport, la page suivante, où l'auteur se livre k une sorte d'examen de conscience, ne doit pas échapper à l'attention : « Je suis l'esprit le » plus brisé et le plus rompu aux méta- » morphoses J'ai commencé franche- » ment et crûment par le dix-huitième » siècle le plus avancé, par Tracy, Dau- » nou, Lamarck et la physiologie : là » est mon fond véritable. De lu je suis » passé par l'école doctrinaire et psy- » chologique du Globej mais en faisant » mes réserves et sans y adhérer. De là » j'ai passé au romantisme poétique et » parle monde de Victor Hugo, et j'ai eu » l'air de m'y fondre. J'ai traversé en- » suite ou plutôt côtoyé leSaint-Simonis- » me, et presque aussitôt le monde de » Lamennais ,encore très-catholique. En » 4857, à Lausanne, j'ai côtoyé le cal- » vinisme et le méthodisme, et j'ai dû » m'efforcer à l'intéresser. Dans toutes » ces traversées , je n'ai jamais aliéné » ma volonté et mou jugement (hormis » un moment dans le monde de Hugo 0 et par l'effet d'un charme), je n'ai ja. » mais aliéné ma croyance ; mais je com-
» prenais si bien les choses et les gens, » que je donnais les plus grandts espé- » rances aux sincères qui voulaient me » convertir et qui me croyaient déjà à » eux. Ma curiosité, mon désir de tout » voir, de tout regarder de près, mon » extrême plaisir à trouver le vrai re- » latlf de chaque chose et de chaque » organisation, m'entraînaient à cette » série d'expériences qui n'ont été pour » moi qu'un long cours de physiologie » morale. »
Ainsi M. Sainte-Beuve est retourné à son point de départ, et il a la franchise de le dire. Il revendique luimême sa place dans cette famille d'esprits dont il parle au livre premier de Port-Royal, à propos' de l'art dramatique, et qui, tout en se livrant à Tenirainement de l'heure présente, dominent leur talent par un sang-froid intérieur et le jugent. Tel était Gœthe, dit-il quelque part; seulement Gœthe se piquait de cette sérénité. M. Sainte- Beuve n'affiche point de prétention ; mais, amené à un examen de conscience, il se déclare volontiers l'insaisissable Protée. Prenez-y garde pour vousmême : le voilà qui vous séduit par le charme indéfinissable du demi-jour où il tient volontairement sa pensée; le voilà qui triomphe de vous en vous enlaçant de mille liens invisibles, avecune merveilleuse adresse et la subtilité qui lui est naturelle ; puis, inopinément , quand vous avez capitulé, il vous rend à cette liberté dont il est si jaloux pour lui-même. H n'a point songé à se moquer de vous ; c'est une simple ejrpérknce qu'il a voulu faire.
a Je D*ai été, dit-il, el je oe sais qu'un io- » vestigatéur, un observateur sincère, at- » tentif et scrupuleux. Et même, à mesure » que j'ai avancé, le charme s'en étant allé, » je n'ai plus voulu être autre chose. Il m'k » semblé qu'à défaut de la flamme poétique p qui colore , mais qui leurre, il n'y avait > point d'emploi plus légitime et plus hono- D rable de l'esprit que de voir les choses et » les hommes comme ils sont, et de les » exprimer comme on les voit, de décrire an-
Volupté, « Il me le paiera ! dit-tl : je lai passerai ma plume au travers du corps. > Telle est l'origine du Lys dans la vallée.
(*) En reconnaissance, rAcadémie de Lausanne l'inscrivit au nombre de ses mem* bres.