INTRODUCTION. XIII
placèrent, n'eurent pas moins de retentissement que les siens, et ce fut probablement leur influence qui détermina Robert de Berghes, successeur de Charles, à établir dans sa capitale un Collège de Jésuites. Ses négociations n'aboutirent pas : Gérard de Groesbeck les renoua, parvint à obtenir quelques missionnaires, mais recula tout d'un coup devant l'établissement du nouveau Collège, parce qu'il ne voyait pas de raison suffisante, dit-on, de renvoyer les Hiéronymites. Le silence des historiens sur les détails de cette affaire laisse le champ libre aux conjectures. Gérard de Groesbeck n'était pas un prince tolérant : on sait qu'il essaya , sans y réussir toutefois , d'établir Tinquisition à Tongres. Quoi qu'il en soit, il temporisa ; mais au commencement du règne d'Ernest de Bavière, les Hiéronymites furent purement et simplement privés de leur local, et les Jésuites s'y installèrent immédiatement C). Le nouvel établissement fut inauguré le 30 avril 1583.
Ernest de Bavière fonda en outre un collège à Louvain, pour les Liégeois qui désiraient se perfectionner dans les sciences. Il établit à St-Trond un séminaire pour les humanités, et un autre à Liège, pour la philosophie et la théologie (*). Celait un prince instruit ('), sceptique à ce qu'on dit , et néanmoins persécuteur implacable des dissidents : par parenthèse, ses édits de bannissement eurent pour conséquence de transporter dans le pays de Stolberg l'industrie métallurgique qui commençait à se développer vers les sources de la Vesdre. L'enseignement fut soumis, sous son règne, à la censure la plus sévère : défense à quiconque « d'entreprendre d'estre ou estre maistre d'écolle ou d'enseigner aucuns enfans ou autres, communément ou particulièrement, lire, escrîre langues d'aucune sorte, compter, ciphrer, musiquer ou semblable an, science ou praticque quelconque, beaucoup moins d'enseigner la philosophie ou « prescher, » sans l'autorisation du grand vicaire (^). La vigueur de ces mesures rétablit la paix religieuse ; mais elle eut aussi pour effet d'amortir pour un temps
(*) V ci-après col. 4067.
{ * ) Becdelièvrc, Biographie liégeoise.
{*) lUentretenait dans son palais deux observateurs des phdnomèoes cëlestes« Gérard Stempel de Gouda et Adrieu Zelst, qui rédigèrent à son intention et sous son patronage un Traité de Vastrobobe. U s'occupait aussi très-activement de chimie : on lui doit une analyse des eaux de la Fontaine de Piine près de Tongres (Alph. Le Roy, Im philonopUie au pays de Uége, Liège 4860, in-S» p. 46).
(*) Pawilhar ciié par M. F. Henaux, Hist, du pays de Liège, 2« éd., t. Il, p. 439.