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XIV INTRODUCTION

rénergie de la population et de préparer les Liégeois, par l'abaissement de leur niveau intellectuel, k supporter le plus pénible de tous les jougs, celui du despotisme théocratique.

Sans être injuste envers les successeurs des Hiéronymites, il est permis de dire que leur enseignement, à Liège, ne fut rien moins que favorable au progrès des lumières. Comme partout, ils reléguèrent au second plan les langues et les littératures profanes, pour s'attacher exclusivement au latin; ils exercèrent leurs élèves à écrire proprement des pièces de rhétorique; ils composèrent et leur firent composer force héroïdes et tragédies pieuses ; ils eurent soin de les tenir éloignés du mouvement du siècle, ou tout au moins de ne le leur laisser entrevoir qu'à travers un prisme : zèle maladroit pour être trop habile, et dont le XVIIP siècle se chargea de leur démontrer l'imprévoyance. En attendant, ils cherchèrent à s'assurer la première place dans le monde théologique, et l'effroi inspiré, sur la fin du XVII« siècle, par les noms de Baïus et de Jansénius favorisa un instant leurs tentatives. Pendant un certain temps, ils trônèrent dans les chaires du Séminaire épiscopal. Ces querelles passionnèrent les Liégeois, qui n'avaient plus à s*occuper d'autre chose : nous traversons une période tout à la fois d'agitation stérile et de somnolence...

Tel fut l'enseignement public, en noire ville, jusqu'à la suppression de la Compagnie de Jésus. Il serait injuste de passer sous silence le Collège des Jésuites anglais, fondé en 1616; on y commenta les livres d'Aristote, on y attaqua Descartes et sa séquelle ; on y cultiva les mathématiques et la physique avec quelque succès, paraît-il; en tout cas, l'influence de cet établissement sur les études des nationaux fut très-indirecte.

De la fin du XVI'' siècle au commencement du XVIII% Liège compta cependant un assez grand nombre d'hommes distingués dans les sciences et dans les lettres : le savant critique Langius, l'éminent mathématicien R. de Sluse , le P. FouUon , historien impartial et souvent profond, apparaissent comme des étoiles de première grandeur au milieu d'une pléiade d'érudits et d'écrivains de second ordre. Nous laissons de côté les artistes , parmi lesquels il y aurait à citer surtout des graveurs très-remarquables et quelques peintres, comme Lairesse et Bertholet. Mais l'histoire des lettres et des arts n'est pas précisément celle de l'instruction publique. Ces individualités saillantes se détachent sur un fond d'une teinte assez monotone. La

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population liégeoise, Daturellement si vive, si avide de savoir, si virile en d'autres temps , s'endormait volontiers sur le doux oreiller de la paresse et ne se montrait fiëre que de ses chanoines. Elle vivait dans un demi-jour, et s'en trouvait bien. Elle était séparée de l'Europe comme par une muraille de la Chine. A l'intérieur, toute vie politique avait disparu : il se rencontrait des panégyristes du coup d'État de Maximilien-Henri, qui avait supprimé d'un trait de plume , en 1684, toutes nos libertés constitutionnelles. Cette atonie était-elle incurable? Cette quiétude profonde qui persista pendant un demi-siècle, où notre histoire n'a pas un événement à enregistrer, devait-elle durer toujours?—Sous le règne de l'excellent prince Georges-Louis de Berghes (1724-1743), alors que plus que jamais on a lieu d'être satirait du présent, alors qu'effectivement on en est satisfait, nous voyons un vif sentiment de curiosité s'emparer soudain de tout le monde. Ce n'est pas qu'on songe à réclamer les droits confisqués; mais on tient singulièrement à les bien connaître, à savoir au juste ce qu'ils ont coûté à nos aïeux. On relit Foullon, on le continue ; Bouille écrit son Histoire de Liège; les jurisconsultes Méan et Louvrex publient leurs précieux recueils; poussé par un instinct secret, l'esprit public se réveille. D'autres vagues symptômes se manifestent : on voit apparaître quelques ouvrages de littérature légère. Encore un moment : les idées de Jean-Jacques et des encyclopédistes vont franchir la frontière ; l'antique édifice tout entier chancellera sur sa base.

C'est le comte de Horion, premier ministre de Jean-Théodore de Bavière, qui se charge lui-même d'introduire l'ennemi dans la place. Pierre Rousseau, directeur du Journal enq/clopédique, \ieni s'installer à Liège. Cette ville est peu philosophe, il le déclare; elle n'est connue dans la république des lettres que par son Almatiach; mais elle est bien située : de là, le Journal se répandra plus aisément dans toute l'Europe. De 1756 h 1759, Rousseau poursuit sa propagande tout à l'aise. Tout d'un coup l'évêque, mieux informé, lui retire son privilège. Rousseau s'adresse à Marie-Thérèse ; mais l'Université de Louvain a l'œil au guet. Renvoyé de Bruxelles, il se réfugie enfin à Bouillon, ob il organise une Société typographique dont l'influence, comme celle du Journal encyclopédique et de YEspnt des journaux, sera considérable jusqu'en 1793. Le gant est jeté : mais quoi! loin de le relever, le prince-évéque Velbruck va lui-même se faire le protecteur, presque le complice des audacieu^v publicistes. La physionomie de ce règne

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