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XVI INTRODUCTION

est trèa-intéressante ; retracée par un pinceau habile, elle expliquerait le mouvement des idées à Liège mieux que la révolution ellemême.

Les Jésuites disparurent de la principauté en 1773. Un ancien prédicateur de leur collège, l'abbé de Feller, polémiste fougueux et infatigable, resta seul sur la brèche pour défendre le système qu'ils avaient personnifié. Le philosophisme français fit de rapides progrès dans le pays, grâce à l'activité des presses liégeoises, d'où sortit même une nouveHe édition de Y Encyclopédie, On peut reprocher au gouvernement d'avoir poussé trop loin l'insouciance , lorsque des libraires spéculèrent en grand sur des publications obscènes de bas étage, qui propageaient l'esprit d'opposition voltairienne dans ce qu'elle avait de malsain et oblitéraient le sens moral du peuple. Il est vrai que Velbruck édicta un règlement sévère contre les mauvais livres ; mais ce règlement, comme bien d'autres, ne fut jamais sérieusement appliqué (*).

En abusant de la tolérance, Velbruck ne fut pas moins imprévoyant que ses prédécesseurs. Ceux-ci avaient entretenu les Liégeois dans un état d'indifférence béate ; le nouveau prince ne prit pas assez garde à l'effet que devait produire, sur les masses ignorantes, la rupture subite de toutes les digues. Le prestige du pouvoir ecclésiastique une fois évanoui, la religion elle-même et jusqu'à la morale jetées par dessus bord, qu'allait-il advenir ?

C'est là le revers de la médaille : il n'en esl pas moins vrai que Velbruck, prince éclairé, grand zélateur des sciences, des lettres et des arts, peut être appelé à juste titre l'émancipateur des Liégeois. 11 ne se contenta pas de régénérer les écoles et de créer des cours gratuits spéciaux (mathématiques et dessin appliqué aux arts mécaniques) ; il fonda la Société libre d'Émulation^ institution académique dont il fut le premier président , et qui eut pour mission, d'abord d'étudier à fond les ressources du pays, ensuite d'ouvrir des concours sur des questions de science et d'utilité publiques. Tous les hommes de quelque valeur que renfermait Liège s'y firent inscrire (*) ; on y prit

{*) Sur le titre des livres corimpteurs, on lisait le nom de Genève ou de quelque ville de Hollande : c'était un passe-port dont on ne prenait pas la peine de contrôler l'authenticité.

( * ) Parmi les membres fondateurs de la Société, on remarquait bon nombre d'élèves des Oratoriens de Visé. Les Oratoriens , comme on sait, ne repoussaient pas l'esprit d'examen , mais s'en servaient dans l'intérêt du catholicisme. — V. A. Morel, Annuaire de VVniversiti de liège (1860), p. <1\ et suiv.

INTROULXTION. XVII

l'habitude, dans les réunions du soir, de choisir pour texte des conversations les doctrines et les problèmes sociaux qui passionnaient de plus en plus le public. Là se faisaient entendre des orateurs

ardents ; là se préparaient aux luttes de la tribune, à leur insu, les Bassenge, les de Chestret, les Fabry ; là se rencontraient les tréfonciers de Paix et de Harlez ; là s'essayaient les poètes ; là Grétry recevait des ovations et léguait d'avance son cœur au pays natal. Par ses concours , par ses expositions , par les travaux de ses Comités , par ceux qu'elle sut encourager, la Société d'Émulation resta pendant longues années fidèle à son mandat. Elle subit comme toutes les institutions le contre-coup de la crise révolutionnaire ; mais elle se releva au commencement de l'Empire, pour prendre une part plus directe et plus active que jamais au développement de l'instruction publique. Elle patrona l'Ecole de médecine Fondée par Ansiaux et Gomhaire (' ) ; elle organisa des Fêtes intellectuelles et décerna des>écompenses qui furent noblement disputées : nous n'exagérons rien en disant que le mouvement d'idées qu'elle prit sous sa direction contribua puissamment à fixer le choix du gouvernement hollandais, lorsqu'il fut question, en 1816, de déterminer le siège des Universités de l'État.

Mais encore une fois, Velbruck ne songeait pas au lendemain. On a vu des prêtres mondains sur le trône; mais un prince ecclésiastique ouvertement philosophe, dans le sens qu'on donnait à ce mot au siècle dernier, voilà certes une singularité dont cette période de l'histoire peut seule nous offrir le spectacle. Deux adversaires en une même personne : le prince compromettant l'évêque et l'évéque rendant le prince impossible. Ceux qui dès lors repoussaient la confusion des deux pouvoirs n'étaient que logiques; ils tiraient les conséquences naturelles des prémisses que leur fournissait le souverain lui-même. Les esprits modérés, mais clairvoyants, pressentaient qu'il faudrait bientôt opter.

Velbruck avait été évêque aussi peu que possible; son successeur Hoensbroeck, sincèrement mais étroitement pieux, s'engagea dès son avènement dans une voie tout opposée. Il tint en grande suspicion les penseurs et les beaux esprits; il essaya de paralyser l'essor vigoureux qui avait caractérisé le dernier règne. A un lettré qui lui demandait la place de conservateur de sa bibliothèque, il répondit

(>) V. ci-après, col. 43et H1.

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