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XVIII INTRODUCTION

sèchement : «Je n*ai jamais lu et je ne veux pas en prendre l'habitude» n. «Il éloigna peu à peu les hommes qui avaient eu la confiance de son prédécesseur, et finit par renouveler tout son entourage. Il se forma ainsi, dans la partie la plus intelligente de la population, un noyau de mécontents que grossirent la froideur et l'extérieur peu sympathique du prince ('). » On saisit avidement le premier prétexte venu: la balance pencha...

La révolution qui engloutit la principauté de Liège fut exactement le contraire de la révolution brabançonne. Celle-ci s'éleva contre le joséphisme, qui asservissait l'Eglise à l'Etat; celle-là revendiqua contre le clergé toutes les libertés civiles et politiques. Velbruck avait laissé les idées françaises saper les fondements de son pouvoir; la réaction opérée par Hoensbroeck acheva de rendre odieuse et insupportable la domination ecclésiastique. Tout conspirait à transformer les Liégeois, si longtemps courbés sous la crosse épiscopale, en libéraux décidés, en adversaires de toute intervention du prêtre dans les affaires temporelles. Pour être certains d'en finir avec l'ancien régime, ils se jetèrent dans les bras de la république française : malheureuse inspiration, qui leur valut d'être traités en peuple conquis, mais conséquence naturelle des influences qu'ils avaient subies et des fautes de leurs derniers princes. Quand les yeux furent dessillés, d'ailleurs, ils furent les premiers à se souvenir qu'ils étaient Belges.

L'insiruction publique languit à Liège pendant toute la période révolutionnaire. Sous la domination française, le grand Collège qui Tiv^it remplacé la maison des Jésuites (') fit place à une Ecole centrale, dont le programme devait comprendre «les mathématiques, la physique et la chimie expérimentales, l'histoire naturelle, Tagricullure et le commerce, la méthode des sciences ou logique, l'analyse des sensations et des idées, l'économie politique et la législation, l'histoire philosophique des peuples, l'hygiène, les arts et métiers, la grammaire générale, les belles-lettres , les langues anciennes , les langues vivantes et les arts du dessin. » C'était passer sans transition d'un extrême à l'autre. Ni les professeurs, ni les élèves n'étaient capables

(* ) Ferd. Henaux, oiii\ cité, t. il, p. 263.— Borgxet, Histoire de la révol. liégeoise de i789, Lidge, 1863, in-S*», t. I, p. 9. (*) BORGNET, ibid,

(') C'était simplement un collège d'humanités. L'enseignement philosophique avait ^Xé supprimé à Liège en 1774; il est vrai que ce coup n'était tombé que sur la vieille scolastique.

iNTRODur/nox. XIX

de venir à bout de ce qu'on exigeait d'eux (*)• L'Ecole de Liège végéta pendant six ans (1798-1804) ; le Lycée qui lui succéda subsista jusqu'en 1814 (*), époque où il fut transformé en Gymnase, sous la courte administration prussienne. Dans le plan d'organisation de l'Université impériale, Liège avait figuré comme chef-lieu d'Académie, pour les départements de TOurthe, de Sambre-et-Meuse, de la Roër et de la Meuse-inférieure. La Faculté des sciences y fut seule organisée; un maigre cours de logique représenta à lui seul toute la Faculté des lettres; finalement, un décret fit tout disparaître. Les aspirants au barreau allèrent fréquenter, à Bruxelles, XEcole de droite qui nous revint plus tard, professeurs et élèves, et forma le noyau de notre Faculté académique (^); les étudiants en médecine suivirent les cours d'Ansiaux et deComhaire. En résumé, l'enseignement supérieur ne reçut pas, chez nous, d'organisation régulière et pratique avant l'établissement du royaume des Pays-Bas. Plusieurs bons éléments pouvaient être mis à profil; mais, comme le dit M. Nothomb, en 1816 tout était à faire.

Lorsque le roi Guillaume soumit la loi fondamentale }\ rapprobalion des notables de la Belgique, les délégués des déparlements de TOurlhe, de la Meuse-inférieure et des Forêts (Liège, Limbourg et Luxembourg) se prononcèrent à une Irès-grande majorité en faveur du projet (*). A Bruxelles et à Namur, il y eut à peu près partage ; ralliiude des Flandres, d'Anvers et du Hainaut fut au contraire tellement hostile, qu'en dépit des 110 voix hollandaises des Elals-généraux, consultés

(M MOREL, p. 27 et su iv.

(') Les premiers dlèves du Lycdc furenl envoyés de France et choisis parmi les jeunes {T^DS qui avaient droit k une l)oursc d'études : nous tenons ce détail du plus ancien d'cnlr'eux, M. Montalant-Rougleux, do Versailles, à qui sa verte vieillesse permet encore de venir revoir de temps en temps la ville où il a fait ses éludes. M. Montalant s'est plus d'une foisftonvem] de Lijge dans SiS poésies; il est aussi l'un des correspondants les plus assidus de notre Société d'Emulation.

(*) V. ci-après, col. 267.

(*) A Liège, 38 voix pour, 31 contre ; à Hay, 11 pour, \\ contre \ à Ycrviers, BSponr. Sur 116 voix Hmbourgeoises, 19 seulement Turent négatives. Dans tout le Luxembourg (73 voix), il oe se rencontra pas un seul opposant (V. Van de Weyer, la Bcltjique et la Hollande (Opusc., t. Il, Londres, 1869, in-12«), p. 60).

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