INTRODUCTION. XXVII
à rUniversité de Liège, une importance hors ligne : à un moment donné, il en devait sortir une phalange tout armée pour le combat. L'esprit scientifique proprement dit souffrit cependant de cette situalion ; le système qui fut mis en vigueur en 1817 porta de tout autres fruits que ceux sur lesquels avaient compté ses promoteurs. Parmi les étudiants qui se distinguèrent, un petit nombre poursuivirent plus lard des études paisibles ; la plupart visèrent à jouer un rôle actif dans les affaires publiques. On sait ce que la Belgique doit à leur chaleureux patriotisme, à leurs audaces précoces, à la sagesse pratique dont ils firent preuve jusque dans leurs entraînements. On sait également avec quelle dignité courageuse et quelle abnégation antique quelques-uns d'entre eux restèrent fidèles au gouvernement déchu : ceuxlà aussi sont dignes de tout respect et de toute sympathie. Noble et vigoureuse génératioir, dont l'histoire se souviendra et qui est encore l'honneur de notre pays ! Mais l'époque où ces hommes étaient jeunes fut une époque dé crise et de transformation : c'est à peine si l'Université de Liège, jusqu'en 1830, put respirer dans des conditions normales. On y entrait trop peu préparé, on en sortait irop agité, et dans tous les cas trop indifférent à la science pure. C'est ainsi que, par l'effet naturel des circonstances, la politique vint s'asseoir sur nos bancs, et absorber de plus en plus l'attention ; elle s'en retira plus lard, nos libertés une fois conquises, pour intervenir, sous l'égide de la loi, dans la constitution du jury d'examen ; mais jusqu'aujourd'hui notre enseignement supérieur en a subi l'influence, et c'est ce qu'il importe de constater d'abord, si l'on veut porter un jugement équitable sur les efforts de ceux qui l'ont représenté jusqu'ici.
Pris en lui-même, le Règlement organique de 1816 était digne d'un prince éclairé, loyalement dévoué à l'œuvre d'émancipation qu'il avait entreprise. Il consacrait une sorte de compromis entre le système de centralisation de rUniversité de France, et le système d'autonomie des hautes écoles de l'Allemagne. Les spirituelles plaisanteries de l'Observateur belge (') ne lui portèrent aucune atteinte sérieuse; s'il n'était pas irréprochable de tout point, il substituait du moins des établissements complets aux institutions incomplètes léguées par rEmpire("). Le travail de M. Nothomb {') nous dispense d'analyser
(*) V. notamment t. IX, p. 353 et suiv. (■) Juste, p. 302.
{ ■) Etat de l'instruction supérieure en Belgique ;1794-1835). Bruxelles, i844, in 8«, 1. 1 , p. XXVII et suiv. — V. aussi Th. Juste, p. 292 cl suiv.