INTRODUCTION . XXIX
sion. L*opposition jeta les hauts cris (') : elle eut doublement tort. Les nouveaux professeurs n'étaient pas tous également familiarisés avec la langue française ; mais, d*une part, c*était un défaut dont ils avaient le loisir de se corriger tous les jours; de l'autre, renseignement de certains cours devait se faire en latin. L'essentiel était de poui*voir les jeunes gens de connaissances solides, de leur ouvrir des perspectives que rien jusque là ne leur avait fait entrevoir. Hais Tinjustice de l'opposition est surtout saillante à un autre point de vue. Sans les professeurs étrangers, les foites méthodes de l'Allemagne ne se seraient pas introduites dans notre pays; or ce sont ces méthodes, on peut le dire, qui nous ont décidément affranchis de la routine. Les Wallons ont quelque chose de l'esprit clair et analytique de leurs voisins du sud ; mais leurs instincts réclament aussi celte forte discipline intellectuelle et cette coordination synthétique des idées qui sont les premiers besoins des races germaniques. Les professeurs étrangers rendirent à nos étudiants un service inappréciable, en les iniriant à leurs procédés de travail et de recherches. Beaucoup d'élèves, sans doute, ceux qui faisaient des Brodstudien (il en est ainsi partout), ne prêtèrent à leurs leçons qu'une attention superficielle et forcée; beaucoup même conquirent leur diplôme en défendant des thèses dont ils n'étaient point les auteurs (cet abus tenait, soit au système qui n'exigeait point assez de garanties, soit à l'indulgence ou à la bonhomie de certains professeurs); mais ceux qui voulurent travailler sérieusement eurent du moins la possibilité de le faire et d'élargir la sphère de leurs idées, dans des conditions où ils ne se seraient certainement pas trouvés, s'ils n'avaient eu pour maîtres que des hommes restés dans le terre-à-lerre de nos vieilles écoles.
Quel essor n'imprima pas aux élèves de Liège un Wagemann, par exemple, non pas seulement en les animant du désir de savoir, mais en remuant avec eux les plus hautes, les plus pressantes questions sociales, économiques, historico-politiques ? Ackersdyck après lui, et dans un autredomaineKinker, quelle part ne prirent-ils pas h notre émancipation intellectuelle? quels disciples ne suivirent pas Bekker el Fohmann dans des sentiers ou personne parmi nos compatriotes n'avait depuis longtemps plus songé à s'aventurer ? Sachons rendre
( V V. ci après, col. li, 307, ;J68, etc.
XXX inthodlctiox.
pleine justice au roi Guillaume : nous lui devons d'avoir été, une fois pour toutes, mis au pas de la civilisation et de la science modernes.
Il nous eût fallu, cependant, un plus grand nombre de professeurs. Confier à un seul titulaire l'enseignement de toutes les sciences naturelles , par exemple , c'était presque dérisoire. La sollicitude du gouvernement ne se démentit point ; mais à l'époque où il s'occupa sérieusement de renforcer le Corps enseignant, le ciel se couvrait de nuages et l'on songeait h tout autre chose qu'à l'intérêt des études. Warnkœnig et le baron de Reiffenberg publièrent, en 1829, un écrit rempli de vues sages sur la réforme de l'enseignement supérieur. Ils y prenaient pour point de départ la direction de l'enseignement par l'État; ils perdirent leur temps et leur huile : ce qui préoccupait alors tout le monde et le gouvernement lui-même, c'était moins l'amélioration des études que la question même dont nos deux publicistes supposaient la solution acquise.
Les premières années se passèrent sans bruit : quelques petites querelles de ménage, quelques échauflburées d'étudiants aux eaux de Chaudfontaine ( * ) , l'une ou l'autre réclamation au sujet d'articles publiés par des élèves dans les journaux militauts , dans tout cela rien de bien grave. Les règlements universitaires étaient rarement enfreints. Il régnait entre plusieurs professeurs et leurs élèves une sorte d'intimité tout à fait avantageuse pour ces derniers et non sans importance au point de vue de la popularité du gouvernement, par la raison bien simple que la liberté des conversations privées amenait des discussions d'opinion qu'on ne pouvait aborder en chaire, et que, sans trop s'en douter, la jeunesse se pénétrait insensiblement d'idées qu'elle n'eût peut-être point accueillies si elles lui avaient été présentées ex cathedra {*). On s'habituait donc au nouveau régime. L'enseignement suivait une marche régulière et prenait peu à peu de l'extension. Denzinger, Fuss etWagemann avaient fondé une École propédeutique pour les aspirants au professorat secondaire; le gouvernement décrétait l'annexion à l'Université de Liège d'une chaire d'économie agricole et forestière et d'une chaire d'exploitation des mines. En un mot, l'institution commençait à répondre aux espérances du pouvoir et du public, lorsque les imprudents arrêtés
( <) n y avait alors une lablc de roulette inslallée à ChaudfoDlaine ; le Conseil acaddmlqoe s'en émut. Le directeur des jeux se tira d'embarras en interdisant aux élèves de TUniversité la fréquentation de son établissement.
(») V. l'art. KiNKER.